
« Il Divo » ou la vie d'Andreotti pour « italophiles avertis »
Beau film, mais aussi, bien souvent, une belle déception. « Il Divo », le film de Paolo Sorrentino sur le personnage trouble de Giulio Andreotti, n'a pas fait l'unanimité, contrairement à la forte attente que suscitait cette oeuvre présentée comme la « renaissance du cinéma politique italien ». « On commence donc l'année cinématographique par une mauvaise pioche, ce Divo pas divin du tout », s'exclame même Valzeur.
« Il Divo » semble avoir surtout séduit ceux de nos riverains qui connaissent parfaitement l'Italie et les méandres de sa politique intérieure depuis les années 70, ses années de plomb, de stratégie de la tension, de « mains propres » qui ne l'étaient pas tant que ça. Pour les autres, au-delà d'un genre cinématographique novateur et intéressant, les mystères de la politique transalpine restent entiers…
« Ils prennent conscience que le système politique n'a nullement évolué »
L'écrivain et riverain Serge Quadruppani, « nomade italo-bellevilois », peut ainsi décrire sa satisfaction :
« Excellent film, déjà vu en Italie. La stylisation cinématographique (très réussie) permet, aussi bien qu'un doc, de transmettre une vérité du personnage réel. »
Même bonheur pour Noufaro, qui l'a vu non seulement en VO, mais in situ :
« Très bon film. Je l'ai vu en Italie et j'ai écouté les commentaires des Italiens. Pour eux “Gomorra” (excellent celui-là) et “il Divo” sont des douches froides probablement parce qu'ils prennent conscience que le système politique n'a nullement évolué. »
Ou encore pour matrasov
:
« Tous les faits relatés dans ce film me sont connus (comme pour la majorité des Italiens). Pour cela, j'ai donc beaucoup aimé le film. »
« Sorrentino fait des images comme une voiture fait de l“huile”
Pour le reste, la déception est de rigueur, sur le fond et parfois sur la forme aussi, pourtant surprenante et très particulière.
Valzeur est assurément le plus sévère, non sans arguments :
« Prétendument iconoclaste, le film surprend d'abord pas son côté cartoonesque avant d'ennuyer un peu, beaucoup et finalement à la folie. Il est vrai que Sorrentino fait des images comme une voiture fait de l“huile. Incapable de mener un récit, il noie le poisson avec des effets grossiers et un cynisme fun qui désamorce le film. En même pas 20 minutes, on nage dans le bon goût léger -politicards filmés au ralenti comme le générique de ‘Reservoir Dogs', meurtres en montage alterné sur fond de Toop-Toop’ (une bombe dance de Cassius rythmée -entre autres- par des ‘Shoot ! Shoot', asssstuccce ! ! ! ). (…)
La grande idée du film est la métamorphose d'Andreotti en chimère de cinéma -silhouette de Nosferatu, gueule de Droopy, pouvoir taiseux de Don Corleone, la belle affaire ! Passé ça ? Nada. (…)
Au fond, le film peut se résumer à un seul plan symptomatique : la glissade ravie d'un ministre fraîchement nommé sur le parquet d'une somptueuse antichambre vide. Difficile de ne pas y voir Sorrentino se grisant à tort d'une maestria inapte à remplir Il Divo’ d'un quelconque contenu.”
Il faut dire que cette scène décrite par Valzeur est époustoufflante, un moment de vérité infantile dans le monde gris et terne de ces politiciens véreux qui dominent le film.
kz19qg est plus généreux sur la forme que sur le fond, qu'il juge hors de portée pour un étranger non spécialiste des arcanes de la politique italienne :
« Un film remarquable sur la forme qui laisse sur sa faim sur le fond. Difficile de se faire une opinion sur le degré d'implication d'Andreotti dans toutes ces morts violentes.
“Les brigades rouges n'étaient pas des enfants de chœur pour le peu que je m'en souvienne et l'opération ‘main propre’ a bien eu lieu.
‘A la fois, le film donne une image extrêmement négative du dirigeant et à la fois donne à penser que la justice italienne a été manipulée.
Il faut être un bon connaisseur de l'Italie et de cette période pour se faire une idée. Ce n'est pas mon cas. De ce point de vue, le film est un échec car on n'en ressort pas avec un sentiment de plus grande clarté. On peut légitimement hésiter entre deux positions : Andreotti est une profonde canaille qui est passée à travers les mailles du filet, ou le réalisateur distille de la médisance tout en faisant preuve d'une pseudo-objectivité.
J'aurais aimé en savoir plus. Ceci dit, le film est tellement bien fait qu'on le regarde avec plaisir du début à la fin.’
“Un film réservé aux italophiles avertis ? ”
NildeNassau estime pour sa part que “ce film n'en est pas vraiment un” :
« Il n'y a ni début ni fin, ce n'est pas un “bio pic” (pour les amateurs du genre, s'il en est). Déroutant pour les non-initiés à la politique italienne, et pour les non-Italiens en général je pense.
“Mais la mayonnaise a fini par prendre et je suis sorti de la salle avec la ferme intention d'en savoir plus sur le personnage.”
mute en rajoute une couche :
« Je sors de la séance et pour moi le film est une déception malgré un acteur époustouflant. Andreotti est sans doute un phénomène, mais Dieu que c'est compliqué de suivre l'action du film, les différents intervenants, les flashbacks, les procès, les attentats, les différentes périodes que ce film couvre. Et pourtant, j'ai une modeste connaissance de l'Italie, mais il faut s'accrocher pour saisir les innombrables nuances de “Il divo'. Un film réservé aux italophiles avertis ? ”
matarsov, qui dit avoir vu le film à Naples, se demandait justement “comment on pouvait réagir à ce film hors d'Italie, sans trop connaître la politique italienne des Années 50, 60, 70, 80, 90, 2000”. Il apporte son propre éclairage :
« Mais le plus époustouflant reste le “héros” de l'histoire, Andreotti dont on dit qu'après une grosse colère avant d'avoir vu le film, il a demandé narquois, après l'avoir vu : “Où sont mes droits d'auteur ? '. Il faut savoir qu'Andreotti, malgré toutes les casseroles qu'il a accrochées au cours de son incroyable carrière politique (commencée en 1945 avec De Gasperi et qui continue en 2009 -sénateur à vie), malgré Mafia, Mani puliti, P2, Vatican, etc, continue a fasciner ses pires ennemis. 99% des Italiens ont -malgré tout- de la sympathie ou tout du moins de l'admiration pour lui, pour son intelligence, son humour. Italiens de droite comme de gauche. C'est ça le vrai mystère du divo Andreotti.”
Gardons le mot de la fin à Noufaro, qui pose une question provocatrice :
« A quand un film français lucide sur le incroyable cynisme politique de tonton et sa programmation de l'extrême droite ? »
En creux, effectivement, “Il Divo” amène à s'interroger sur l'état du cinéma politique français ou plutôt sur son absence…
► A lire aussi : Votre critique ciné : “Il Divo”, bio du controversé Andreotti
► Il Divo de Paolo Sorrentino, avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulio Bosetti…
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De pomme
11H54 | 06/01/2009 |
En ce moment une histoire bien plus interressante que tonton se dessine depuis mai 2007 ! le film sortira en 2012 ou 2017 !
De Phil2922
Retraite invalidité | 12H44 | 06/01/2009 |
Je crois que je vais suivre les conseils de Rue89…j'irai voir le Che… ! !
http://phil195829.overblog.com
De Snowman
Fanboy | 12H50 | 06/01/2009 |
Tiens d'ailleurs si le cinoche « politique » italien vous intéresse, quelques films de Francesco Rosi sont ressortis (enfin ! ) en DVD dont Salvatore Giuliano, Lucky Luciano Main Basse Sur La Ville et un coffret 3 DVD avec Oublier Palerme, Le Christ S'est Arrêté à Eboli et 3 Frères.
Concernant l'absence de ce genre de cinéma en France, il faut se rappeler que Franco Solinas (scénariste entre autres de Etat De Siège et La Bataille d'Alger, donc absolument pas politique…) est mort en 82, que Costa Gavras ne fait plus grand-chose et Pontecorvo est mort il y a peu…
Ceci dit ça ne semble pas déranger outre-mesure le public…
à Snowman
De blablablaetblablabli
38523
patati et patata | 13H34 | 06/01/2009 |
De toute façon avec les italiens on est toujours en plein réalisme ,y a qu'a voir Berlusconi.
à Snowman
De blablablaetblablabli
38523
patati et patata | 13H35 | 06/01/2009 |
Non plutot suréalisme.
De Julien83
chroniqueur de Bande Dessinée au MA... | 13H46 | 06/01/2009 |
et bien de mon côté, je suis fier d'avoir vu « THE SPIRIT » !
http://www.lemague.net/dyn/spip.php ? article5646
Au moins ce film était disponibles dans plus de copies…
et c'est le meilleur film de ce début d'année ! Frank Miller est un excellent réalisateur !
My City Screams !
De sûrderien
paresseux | 16H54 | 06/01/2009 |
chaque fois que je vois la tête de ce Benicio del toro
et que je regarde mon poster du Che ,
me vient à l'esprit ce die de Tchernia :
» le cinéma est un mensonge «
De CALDE88
retraité | 18H37 | 06/01/2009 |
Ca aide mais il n'est nul besoin de très bien connaître les méandres de la politique italienne pour aimer ce film, magistral, et baroque . Interprété par des acteurs au sommet ( de leur art )
les liaisons dangereuses entre politiques et mafieux existent mais ici comme dans Gomorra sont démontrés une fois de plus s'il était besoin. On reste pantois, saoulés et avec une rage sourde devant ce spectacle , ce théatre d'ombres maléfiques et qui perdure depuis longtemps.. qu'en est-il dans notre pays ? y -a-t-il un cinéaste capable de nous montrer la réalité ? à moins que nos politiciens à nous soient bien éloignés de ces turpitudes ? ? ? .
à CALDE88
De balounou
00H56 | 07/01/2009 |
« à moins que nos politiciens à nous soient bien éloignés de ces turpitudes ? ? ? . »
Tout tiens là dedans ! Bien évidemment que oui, nos politiciens ne trainent pas dans ce genre d'histoires, sinon on aurait des films sur l'Angolagate, le Rwanda etc… Et comme il n'en est rien…
De Mokarider
06H46 | 07/01/2009 |
Ces critiques sont-elles toutes méritées pour un film dont le but final est une sorte de mémento politique à dimension pédagogique ? Certes, ç'aurait pu être un chef-d'œuvre, mais l'intention initiale est largement atteinte à mon sens.
J'ai un peu honte en tant qu'Européen de n'avoir eu que des réminiscences très vagues des protagonistes du récit.
C'est pourtant ce genre de films, suivi si besoin d'un rappel historique plus scolaire, que l'UE devrait promouvoir pour que les Européens aient de leurs voisins une perception qui dépasse la carte géographique ou le produit d'importation.
12h08 à l'est de Bucarest est un excellent exemple à ce titre. Il faudrait encore des dizaines de films qui traitent des pays de l'Europe de l'est, dont nous ignorons en général tout.
La question n'est de savoir si Godard est d'accord ou non.
Et ça édifierait les masses d'une autre manière qu'en applaudissant devant le personnage de Mesrine.
à Mokarider
De tocansa
retraité | 11H58 | 08/01/2009 |
Gomorra a eu un important succés à sa sorie l« été dernier (2008).en Italie
Je ne peux encore me prononcer sur Il Divo mais ces films ont le large mérite de mettre en évidence le pourquoi de ces retours multiplles de Berlusconi depuis près de 15 ans.
L'achat des électeurs par “des” politiques via toutes les mafias est une caractéristique italienne et les dénoncer aux pays voisins une bonne chose pour mieix comprendre les citoyens italiens.