
« Burn After Reading » : la forme des frères Coen fait débat

Pour une fois, la critique est quasi-unanime : ceux d'entre vous qui sont allé voir « Burn After Reading » , une farce des frères Coen avec en toile de fond une histoire de CIA, ont passé un bon moment. Ils applaudissent le jeu des acteurs (avec une mention spéciale pour Brad Pitt), mais s'interrogent quand même un peu sur l'essoufflement du « modèle Coen ».
Comme le constate JDep, pilier de « La bande du ciné », les frères Coen avaient besoin de se détendre, après le noir « No Country For Old Men ». Avec ce dernier volet de leur « trilogie des idiots » (après « O Brother » et « intolérable cruauté ») on leur doit « un régal de situations loufoques servies par une sacrée distribution ». Voici le début de l'intrigue résumé par JDep :
« Le premier par ordre d'entrée en scène, et peut-être par le talent, le shakespearien John Malkovitch, se fait jeter de la CIA pour “problème d'alcool”. Puisque c'est comme ça, il publiera des mémoires qui vont en faire pâlir…
Mais ses notes explosives, égarées par la secrétaire dans les vestiaires d'un club de remise en forme, sont trouvées par un gymnaste (Brad Pitt) de 8 ans d'âge mental. »
« Burn After Reading », pas question pour lui, ni pour Frances Mac Dormand, sa complice et collègue au club qui a besoin d'argent pour se « réinventer un corps » -autrement dit, et plus trivialement, pour payer les liftings et liposuccions qui l'obsèdent et que sa mutuelle a le culot de ne pas rembourser (« A quoi sert une mutuelle si elle ne rembourse pas la mise à neuf de son corps ? »).
Sa quête d'un homme (par Internet) et d'une silhouette affinée l'embarque dans des transactions aussi dangereuses que fantaisistes, et dans une aventure avec un autre « CIA man », George Clooney, coeur d'artichaut beau parleur, vite dépassé lui aussi par ce qui lui tombe dessus.
Pas un des personnages ne maîtrise grand-chose dans cette joyeuse et désenchantée parodie de thriller, où la musique inspirée du genre ajoute au comique. Pas même la froide Tida Swinton, apparemment blindée, pas même les super cadres de la CIA…
C'est peut-être ce qui rend touchants leurs enfantillages, hilarants quand Brad Pitt, pour proposer au téléphone une restitution monnayée des documents, utilise le langage et le ton cachotier d'un enfant qui joue à l'espion. »
Le film a de nombreux fans, comme paco, qui écrit :
« Le scénario peut bien être léger, c'est le casting qui tient le film : Brad Pitt (crétin à souhait), Clooney (bellâtre joggeur, idiot au possible), Malkovitch, McDormand, tous plus dépassés les uns que les autres. Un vrai plaisir. »
… ou encore RLucas, étudiant, qui penche pour le mot « merveille ».
« C'est tout simplement jouissif. L'effet boule de neige rocambolesque est proprement navrant, juste hilarant. L'écriture est au poil, la réalisation, évidemment, aux petits oignons et le casting… impérial.
Malkovich avait clairement manqué, et quel bonheur de le revoir si bien entouré, spécialement par Clooney, au sommet, dont le talent explose sur grand écran alors que ses subtiles mimiques faciales relèvent du génie.
C'est un film dans le haut de la moyenne des farces des Coen, selon azerty69 :
“Drôle, réplique qui tue, un vrai scénar qui nous sors des inepties habituelles… Et comme toujours des supers personnages : le dragueur opportuniste et lâche, l'agent secret mégalo, les femmes vénales et castratrice, le sportif débile, l'amoureux en secret qui n'y arrive pas, le moche-looser qui drague à fond avec succès sur internet… Bref que des salopes et des salauds comme je les aime ! ”
Sans oublier mon ami Pierre Haski qui a a-do-ré sans réserve :
“Pour moi, c'est le film d'espionnage par excellence de l'après-guerre froide. Il n'y a pas de véritable enjeu, pas de questionnement, on y meurt de manière absurde, les motivations sont exceptionnellement creuses (on vend des secrets aux Russes pour financer sa chirurgie esthétique…), bref, c'est le vide sidéral.
Mais c'est drôle, et ça met de bonne humeur tellement c'est absurde. J'en suis sorti de bonne humeur, même si, à la réflexion, c'est une vision ultradéprimante du monde.”
Un film peu paresseux ?
Certains “coenologues” ne cachent cependant pas leur déception.
Snowman, qui connait bien les films des frères Coen, a certes trouvé excellents tant le scénario que la mise en scène et les acteurs. Mais il a une réserve : à la différence des autres comédies des deux frères, juge-t-il, celle-ci ne prolonge pas la réflexion qu'ils mènent, dans leurs films plus “sérieux”, sur le monde contemporain.
Selon lui, le problème vient des personnages :
“En effet, les Coen sont des adeptes mise en abyme cinématographique du genre qu'ils investissent avec des personnages en quête d'une iconisation et qui agissent comme dans un film mais qui sont dépassés par les enjeux et les imprévus de ce qu'ils ont entrepris.
Si cela marchait à merveille dans ‘Fargo’, c'était avant tout grâce au personnage de Frances McDormand en flic enceinte (donc loin d'avoir l'avantage au niveau physique) mais qui se tenait comme ‘ hors du récit ’ et donc était la seule à prévoir et comprendre les motivations des autres protagonistes.
Or ici, ce référent sur lequel le spectateur pouvait s'appuyer disparaît (ou du moins reste en retrait, comme le personnage de John Malkovitch) et par conséquent, il en est de même pour l'implication émotionnelle.
Du coup, on se retrouve avec des péripéties certes drôles (…) mais qui n'aboutissent jamais, ou alors de façon caricaturale, à une réflexion sur la paranoïa ou même le film d'espionnage, genre ‘réveillé’ par les années Bush, du ‘Spy Game’ de Tony Scott au récent ‘Mensonges d'Etat’ de… Ridley Scott.
Bref, selon Snowman, les frères Coen ne reste qu'à ‘la surface de leur cinéma et n'offre qu'une agréable comédie mais aux enjeux limités’.
Un film routinier ?
Pour Valzeur, ‘avec le temps, le cinéma des frères Coen est devenu insupportable’. Il considère que leur tendance à ‘'animalisation’ de caractères ridicules, outrés et pathétiques” tourne aujourd'hui à vide :
“Depuis une dizaine d'années, leurs films sont des mécaniques surfilmées, déplaisantes et vaines (y compris ‘No Country For Old Men’ sauvé en partie par Josh Brolin et la longue scène centrale de traque autour de l'hôtel).
‘Burn After Reading’ -chose anémique à peine boostée par son ‘all-star cast’ [‘casting grand luxe’, ndlr]- joue clairement deux divisions en dessous de l'adaptation de Cormac McCarthy. Dans un grand élan critique, on pourrait s'attarder sur telle ou telle péripétie, tel ou tel caractère - mais tant qu'à faire, pourquoi ne pas se livrer à une étude esthétique et métaphysique de Guignol ?
Gardons notre salive. Il sera difficile cette année de trouver un film aussi routinier, sans objet, à la fois vide et encombré de sa pauvre virtuosité de petits maîtres.”
C'est assez drôle de retrouver le mot “vide” à la fois sous la plume, hagiographique, de Pierre Haski et sous celle, assassine, de Valzeur. Pour le second, le vide du film est involontaire. Pour le premier, c'est précisément dans ce “vide” absurde que les Coen ont cherché à encapsuler notre monde, mais pour mieux le peindre…
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De in girum
18H54 | 15/12/2008 |
il y a un supplémént de ing dans le titre de ce film que j'ai adoré ! !
à in girum
De in girum
21H28 | 15/12/2008 |
pascal, le titre du film c'est burn after reading, pas burning after reading. il y du ing en trop dans le titre du papier.
c'est drôle que les gens ne soient pas rentrés dans ce scénar très bien ficelé, le premier du genre à mon sens, un scénar qui se désagrège au fur à mesure qu'il avance. à la fin, plus rien, l'histoire ne tient plus à rien. super métaphore qui m'a fait très plaisir en plus de m'avoir fait rire. très intelligent, très subtil. mais peut être pas si grand public que ça…pourtant le truc qui fond sans laisser de trace c'est de la barbapapa … j'ai adoré
à in girum
De Rue89
22H50 | 15/12/2008 |
ing ravalé, merci.
De titysse
| 18H55 | 15/12/2008 |
bon, je vais aller voir ce film mais par contre, pascal riché, il fut relire l'article, je crois qu'il manque des mots…
De gast
19H00 | 15/12/2008 |
J'ai été déçu mais vraiment déçu. Le flim décolle au bout d'une heure.
Les acteurs sont très bons mais vu le casting, heureusement qu'ils le sont…
Ce film aurait fait un excellent court métrage.
à gast
De A-A
En perdition (comme la planète) | 22H55 | 15/12/2008 |
« Le flim décolle au bout d'une heure. »
c est dommage pour moi.
je me suis barré au bout d une heure tellement je me faisais ch***
Autant j avais vraiment bien aimé celui d'avant, mais celui là, je trouve qu il vaut pas un kopeck
Les acteurs ne sont pas en cause, c est l histoire qui démarre pas vraiment
De Susanna
19H13 | 15/12/2008 |
« Pour une fois, la critique est quasi-unanime : ceux d'entre vous qui sont allé voir “Burn After Reading” , une farce des frères Coen avec en toile de fond une histoire de CIA, ont passé un bon moment. »
« La critique » (cette entité homogène) est unanime (ce cliché).
Avec ça, les spectateurs ont passé un bon moment.
Vous parlez d'une idée de cinéma…
(Je traduis : vous vous embourbez avec cette vision sociologico-participative du cinéma qui n'envisage les formes qu'assujetties à un pauvre propos).
De La Grenouille
19H56 | 15/12/2008 |
Je poste le lien de la chanson live du générique de fin : « CIA Man » par The Fugs, un groupe rock/punk des 60's.
De TARPON
21H59 | 15/12/2008 |
On peut considerer que les Coen ont le droit de faire de l'alimentaire ,ce n'est pas un mauvais film,loin de là mais des numeros d'acteurs qui ont eux memes du mal à se retrouver dans le film.Une question quand meme : Qu'est ce qu'Angelina peut bien trouver à Brad Pitt ?
De intrepide77
22H10 | 15/12/2008 |
je me suis bien éclaté avec ce film ! ça fait du bien par les temps qui courent !
De marsman
esprit critique | 22H14 | 15/12/2008 |
J'ai adoré ce film pour son décalage, effectivement qu'il est vide, c'en est toute son essence, sa richesse ! ! !
J'ai bien plus aimé ce film que les précédents, même si l'avant dernier était pas mal foutu et dans un registre plus noir. Il faut reconnaître que les Cohen brothers ont quand même un talent énorme.
Les acteurs sont sublimes dans leurs rôles complètement barrés.
Par contre, Pascal, désolé, mais je trouve la première partie de l'article inutile. Rapporter des détails de l'histoire (certes pas des spectateurs) n'est vraiment pas la meilleure manière de s'y prendre, surtout si vous voulez éviter de gâcher l'effet de surprise aux lecteurs intéressés qui n'ont pas encore vu le film…………
De abfaboune
22H41 | 15/12/2008 |
Heuuuuuuuuuuu c'est le personnage joué par Clonney qui est fan de parquet, pas son pote Brad Pitt.
Je cherche un autre film ou Brad Pitt joue bien… y'en a pas des masses quand même. Quand il joue avec Clooney en fait.
Perso, je n'ai aimé que ça dans le film. Mauvaise pioche des frères Coen. Ils ont bien le droit de se rater de temps en temps. Allez, le prochain sera mieux.
à abfaboune
De paco
20H32 | 16/12/2008 |
Alors là, y'a débat : il me semble vraiment que c'est Brad Pitt qui aime les parquets. Bon, je n'irais pas le revoir pour vérifier.
De lefty
galérien | 08H46 | 16/12/2008 |
dessus,dessus,dessus ! ! ! !
plats,moue,nul.
si on enleve george et brad,ba il reste pas grand chose.
De Zorro est arrivé
Lecteur | 09H13 | 16/12/2008 |
Une vraie daube… Bien à l'image de ce que font les États-Unis depuis un certain temps. Depuis « Fight Club », pas grand chose de neuf au royaume des dollars.
Cela dit, en France c'est guère mieux…
C'est la crise, quoi !
De Giulia
étudiante | 12H53 | 16/12/2008 |
J'ai énormément les frères Cohen, je suis une fan de la première heure ! Je me demande juste pourquoi ce genre de films accapare toute l'attention à des festivals comme la dernière Mostra de Venise au détriment de films en compétition, notamment des films français tels que Nuit de Chien de Werner Schroeter qui devraient eux être mis en valeur !
Ce film a obtenu le lion spécial du jury et sort en France le 7 janvier.
Le point de vue de Libé :
« Demandez aux acteurs, tous excellents, Pascal Greggory, Amira Casar, Elsa Zylberstein, Bruno Todeschini, le grand Sami Frey, dans quel univers ils ont été projetés, écoutez leur réponse admirative : Nuit de chien, par nature, par volonté dandy, n'appartient pas à cette époque - mais une honte de notre époque serait de ne pas le reconnaître pour ce qu'il est : une image envoyée depuis une zone franche, une zone de l'imaginaire où tout est permis. Magic Werner Magic cinéma. » Philippe AZOURY, Libération, 04/09/08