Votre critique ciné : « L'Echange » de Clint Eastwood
Petite originalité cette semaine : votre critique ciné ne démarre pas le mercredi mais le jeudi... Pourquoi, me demanderont les esprits les plus curieux ? Parce que nous avons tout simplement oublié !
Cette question préliminaire mise de côté, petit rappel des règles du jeu : nous vous proposons un film à aller voir ; vous y allez (ou pas) et vous nous proposez en rentrant votre propre critique (même si certains continuent à critiquer avant d’aller voir le film, pourquoi pas...). Attention toutefois : votre critique doit être étayée tout en ne dépassant pas 1 500 signes. Ramassage des copies lundi à midi.
Passons maintenant au choix du film. Nous avons retenu cette semaine « L’Echange », avec John Malkovitch et Angelina Jolie. La présence de cette dernière n’est pas l’unique raison de notre choix. Il y a aussi le nom du réalisateur, Clint Eastwood, qui n’a pas fait que des navets depuis qu’il est passé derrière la caméra.
Le pitch, basé sur un fait divers : dans l’Amérique des années 20, une mère se heurte à l’inertie d’institutions corrompues pour récupérer son fils qui a disparu. Mais vous en saurez plus en regardant la bande-annonce. (Voir la vidéo)
Photo : Angelina Jolie dans ’L’Echange’ (Universal Pictures)
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L’histoire (vraie) de Christine Collins, mise en scène et en musique par Clint Eastwood, aurait en d’autres mains pu tourner au mélo : la disparition, dans les années 20, d’un enfant élevé par sa mère (Angelina Jolie) plaquée, belle et travailleuse ; une police mafieuse qui par vanité la somme d’agréer pour sien un gamin ressemblant au vrai ; le combat de Christine pour la vérité ; sa séquestration dans un asile ; sa rencontre avec le présumé bourreau de son fils, épouvantable à souhait ; le harcèlement d’un policier sadique, d’un psychiatre…
Clint Eastwood a compris que le public a besoin d’histoires, avec suspense, rebondissements, confrontations, luttes, peurs, émotions… Que le véhicule est trop précieux pour le laisser dans les archives des ciné-clubs. S’il règle ici son compte à la police du Los Angeles de 1928, c’est qu’elle incarne l’abus de pouvoir et le mépris. Et que, de ce gang légal appointé pour terroriser et s’enrichir, de simples citoyens ont pu avoir raison : une jeune mère sans autre appui qu’un pasteur militant (John Malkovitch), quelques lambdas décidés à lutter coûte que coûte… D’un côté de parfaites brutes qui tiennent la ville, de l’autre des braves gens, comme dans les westerns.
Le résultat est à la hauteur de l’ambition. Il y a dans L’Echange la densité, l’humanité, l’équilibre de l’univers d’un John Ford. Le bonheur qu’on en reçoit est de la même qualité. Dans la lignée des grands classiques, Eastwood n’use ni d’effets spéciaux ni des autres artifices habituels. Il prend le temps d’installer son décor, son personnage central dans ses habitudes, puis dans un cauchemar peu à peu maîtrisé. Du grand art.
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