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Journaliste à Kinshasa

Guerre au Kivu : vrais enjeux et questions sans réponse

Des réfugiés à Ntamugenga, à l'est du Congo (Finbarr O'Reilly/Reuters)

On a vu les rebelles par ci, il y a des déplacés par là, un massacre a été signalé à tel autre endroit… Tout le monde parle de la guerre dans le Kivu, à l'est de la République démocratique du Congo. Une « rébellion » bénéficiant d'une très bonne couverture médiatique et un gouvernement visiblement incapable de remettre de l'ordre ou de restaurer l'autorité d'un état qui n'en est plus une depuis quelques années.

Mais des explications claires quant aux vrais enjeux de cette guerre sont rares. Chacun tente d'analyser la situation avec ses clichés ou avec les éléments incomplets fournis par une des parties en conflit. Tentons d'y voir un peu plus clair.

Une mission des Nations unies coûteuse mais impuissante

Créée le 30 novembre 1999 par la résolution 1291 du Conseil de sécurité des Nations unies, la Monuc est actuellement la plus importante des missions de maintien de la paix de l'ONU. Elle est également la plus coûteuse avec un budget annuel de près d'1 milliard de dollars.

A ses débuts, cette mission, qui rassemble 17 000 hommes, a pour objectif d'accompagner le processus de transition et les élections en RDC. En 2006, après une longue transition et des élections agitées, Joseph Kabila est élu président de la République. Les priorités changent alors pour la mission, qui s'attache à rétablir la paix et de protection des populations civiles dans les zones encore touchées par des conflits armés.

Depuis la reprise des hostilités entre l'armée congolaise et le CNDP du général déchu Laurent Nkunda, la Monuc a reconnu plus d'une fois son incapacité à protéger les populations civiles, évoquant des difficultés d'ordre logistique.

La solution passe-t-elle par l'envoi de plus d'effectifs sur place, et l'augmentation des moyens engagés ? Combien d'hommes de plus faudrait-il, et quel sera leur rôle ? Observer, ou imposer la paix ?

Des intérêts économiques en jeu

L'Executive Order 13 413 signé par George W. Bush en 2006 ordonnait le gel les avoirs de Laurent Nkunda aux Etats-Unis. Il est alors accusé d'« enlèvements, de déplacements de populations et de violences sexuelles ciblant notamment des enfants ».

Cet exemple prouve que depuis les montagnes du Kivu, un chef de guerre peut mettre à l'abri dans des banques occidentales la manne récoltée pendant les conflits.

Contrairement à ce que l'on peut penser, un chef rebelle dans un pays comme la RDC ne correspond pas à l'image du guerrier couvert d'un costume traditionnel en raphia et qui habite sous une tente avec ses hommes.

Les mouvements rebelles œuvrant dans l'est de la RDC peuvent être considérés comme modernes. Les leaders de ces groupes s'affichent volontiers montre Rolex au bras, au volant de voitures luxueuses et couverts de vêtements sortant tout droit des grandes maisons de couture occidentales.

Même tendance du côté des FARDC, l'armée régulière dont les officiers sont avant tout des hommes d'affaires, impliqués directement dans l'exploitation et la vente d'étain, d'or et de coltan.

Souvent, dans la conquête des territoires pendant les affrontements, les zones minières sont prioritaires. La présence des populations civiles et leur situation sanitaire ne sont que des questions secondaires. Cette même population est utilisée par toutes les parties en conflit comme main d'œuvre bon marché ou même gratuite pour l'extraction des minerais.

Les questions sans réponses

Le regain de violence à l'est du Congo pose aussi quelques questions, notamment sur la légitimité de la rébellion de Nkunda et ses éventuels soutiens étrangers.

  1. Depuis la reprise des hostilités, on observe une montée en puissance du CNDP. L'armée congolaise collectionne les défaites face à une rébellion plus organisée et beaucoup mieux équipée.

    D'où viennent les armes qu'utilisent les rebelles et où trouvent-ils les moyens de s'en procurer ? Qui se cache donc derrière Nkunda ?

  2. Au lendemain de la reprise des hostilités dans le Nord-Kivu, Laurent Nkunda évoquait un renversement du pouvoir actuel. Il menaçait d'amener ses troupes jusqu'à Kinshasa, « chasser le pouvoir actuel pour libérer le pays d'un gouvernement corrompu et irresponsable ».

    La communauté internationale et l'ONU « privilégient la voie diplomatique », reconnaissant de fait le CNDP comme mouvement rebelle. L'ONU a d'ailleurs dépêché récemment l'ancien président Nigérian Olusegun Obasanjo pour négocier une trêve avec Laurent Nkunda.

    D'où Laurent Nkunda tient-il sa légitimité ? Une rébellion a-t-elle le droit de prétendre renverser un gouvernement issu d'élections démocratiques, organisées en 2006 avec le soutien de la Monuc et de la communauté internationale ?

  3. Laurent Nkunda multiplie des déclarations pour donner une dimension politique à sa lutte armée. Sa dernière revendication : une révision des contrats signés entre le gouvernement congolais et la Chine.

    Ces accords semblables à du troc prévoient l'exploitation d'une certaine quantité de minerais par les chinois en échange de quelques kilomètres de routes, hôpitaux et écoles. Plusieurs pays occidentaux dont la Belgique ont toujours clairement affiché leur opposition à ces accords.

    N'y a-t-il pas une main obscure derrière la montée en puissance de Laurent Nkunda ? N'est-ce pas là une manœuvre pour faire fléchir Kabila et lui faire regretter d'avoir pactisé avec les Chinois, au détriment de certaines puissances ?

  4. En 2001, les Nations unies accusaient le Burundi, le Rwanda et l'Ouganda de piller les ressources minières congolaises. Les experts onusiens s'étonnaient alors que ces pays soient devenus exportateurs de minéraux qu'ils ne produisent pas : or, diamant, cobalt et coltan.

    Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, recommandait l'interdiction immédiate des exportations de minéraux et de bois en provenance de ces pays. Qu'en est-il aujourd'hui ? Rien ! Les minerais congolais, coltan, or et étain transitent toujours par le Rwanda et l'Ouganda.

    Quelle est la destination finale des minerais pillés au Congo ? A qui profitent la guerre et la confusion qui prévaut à l'est de la RDC ? Ne serait-il pas plus bénéfique pour les grandes firmes occidentales, avides de minerais d'entretenir la guerre afin de préserver leurs mines bon marché ?

  5. Les réponses à toutes ces interrogations permettront sans doute de trouver une solution pour mettre fin à la guerre qui fait tous les jours des milliers de victimes innocentes. Des libérateurs armés, les populations civiles des Kivu en ont vu, et de toutes les couleurs.

    Enterrant leurs morts, n'ayant plus de larmes pour les pleurer, ils attendent impuissants qu'un miracle se produise, qu'il cesse enfin de pleuvoir des bombes chez eux. Si l'aide humanitaire leur apporte un réconfort temporaire, une paix durable reste le salut, un grand rêve pour ces nombreuses âmes meurtries.

    Photos : Des réfugiés à Ntamugenga, à l'est du Congo (Finbarr O'Reilly/Reuters)

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Lohiel

De Lohiel

non-officiel89.forumactif.net | 15H11 | 27/11/2008 | Permalien

Article très intéressant, mais devant lequel on reste un peu sans voix, tant la situation parait complexe…

Quand j'ai vu que Cedric Kalonji était actuellement en France, je suis allée faire un tour sur son blog… mais ouf, la relève a été assurée !

http://www.congoblog.net/
est depuis longtemps le blog africain le plus captivant parmi tous ceux que j'ai visités.

…certains articles m'ont laissée drôlement songeuse :
http://www.congoblog.net/kinshasa-belle-ou-poubelle/
http://www.congoblog.net/ventre-affame-na-point-oreilles/

je cite ceux-là, qui sont un brin ahurissant vu d'ici (et ce genre d'infos ne passent jamais sur les medias européens)…mais bon, tout le blog vaut la peine d'être lu en détail. Un travail exceptionnel, aussi bien dans la description des anecdotes quotidiennes, tableau vivant de Kinshasa qui survit envers et contre tous, que dans l'analyse plus globale et politique (terrible, hélas).

Portrait de Théophile KOUAMOUO

De Théophile KOUAMOUO

Journaliste | 17H42 | 27/11/2008 | Permalien

Félicitations Cédric pour cet article qui nous montre que les querelles locales, ethniques ou communautaires, ne peuvent pas OBJECTIVEMENT alimenter une rébellion et qu'il faut forcément toute une armada de moyens relevant de l'économie mondialisée pour arriver à faire ce que Nkunda-Kagame font en RDC et ce que Soro-Compaoré ont fait en Côte d'Ivoire.

Portrait de Annie

De Annie

19H27 | 27/11/2008 | Permalien

OK nous sommes 8 personnes à être intervenus sur cet article à propos d'une crise qui à minima est responsable de la mort de 5 millions de Congolais, à maxima, si l'on en croit les informations de Keith Harmon Snow, se chiffre à 10 millions. Mais 10 millions de noirs équivalent à combien de blancs ? ?

Portrait de Renaud Vialet

De Renaud Vialet

Riverain tardif | 09H56 | 28/11/2008 | Permalien

Oh, les Européens, pareil : routes, hôpitaux, etc… plus ou moins construits. Billets sans doute, armes aussi, mais les chinois aussi ont des billets et des armes à distribuer.
A défaut de film, je propose aux lecteurs « Le Chant de la Mission », le dernier ou avant-dernier opus de John le Carré, qui aux dires même de l'auteur est plus sur l'Angleterre que le Congo, mais quand-même, pas mal de choses sur le Kivu.

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