
A Kaboul, les protecteurs se protègent d'abord eux-mêmes
Dans la « zone verte » de la capitale, premier épisode du récit de Marc Kravetz, envoyé spécial de France Culture en Afghanistan..jpg)
(De Kaboul) La première image est un cliché, celle d'une ville en état de siège. Le visiteur qui débarque à Kaboul peut d'autant moins y échapper qu'elle accompagne son trajet depuis l'aéroport.
Le fil rouge du parcours est barbelé. Des kilomètres de fils de fer barbelés disposés en spirales courent au dessus des fortifications bétonnées qui bordent la route et masquent hermétiquement tout ce qu'elles protègent, des quartiers généraux, des ministères, des ambassades, toutes sortes d'institutions internationales ou locales et quelques résidences privées de ministres ou de personnalités par définition importantes, jusqu'à l'hôtel de luxe qui marque le terminus de ce premier parcours.
Le dispositif est impressionnant, avec ses rangées parallèles de panneaux de béton armé, doublés de plots qui dessinent des trajets labyrinthiques. S'agissant de dissuader les attaques d'éventuels commandos suicides motorisés, on l'imagine efficace. Pour l'esthétique urbaine, c'est évidemment une autre histoire.
On aura compris que l'on parle ici de sécurité maximale dans la capitale d'un pays en guerre et que le système ainsi déployé sous vos yeux entend démontrer que rien n'est négligé pour la garantir.
Kaboul a sa « zone verte », comme Bagdad
Mais c'est ici que le cliché s'effrite. On ne doute pas que les protections sont sérieuses. On peut du reste en avoir la preuve quand d'aventure on a le privilège de pénétrer dans l'une de ses forteresses, dont les ouvertures ne se commandent que de l'intérieur, l'une après l'autre bien sûr, et qu'après une dernière chicane, votre véhicule s'immobilise dans un sas où l'on vérifie qu'une bombe magnétique n'a pas été collée sous un essieux. Après quoi, un portique détecteur de métaux, ouvre la dernière porte au bipède innocent que vous êtes. On voit que rien n'a été laissé au hasard. On le sait, la sécurité est à ce prix.
Mais c'est néanmoins une étrange impression pour le visiteur venu découvrir la ville, que ce message de bienvenue décliné tout au long sous le signe de la peur. L'état de siège est bien le cliché qui s'impose, mais il brouille aussi le regard.
Une petite mise au point, au sens photographique, a tôt fait de rectifier cette première image. Kaboul ne ressemble pas à cette première impression. On ne revient pas sur les murs de béton, les barbelés et les chicanes ni leur omniprésence sur le parcours, mais ils marquent les frontières d'une ville-bis, d'une capitale annexe, une sorte de ville dans la ville autour de laquelle, il y a Kaboul et ses habitants.
La géographie urbaine ainsi décrite est particulièrement biscornue. Si l'on évoque volontiers une « zone verte » à Kaboul, que l'on oppose souvent du reste, dans les conversation, à la « ville libre », c'est plus en référence lointaine à Bagdad que pour signifier une cartographie homogène.
Il y a assurément une forte concentration de murs autour de la région qui comporte le QG de l'ISAF, la force internationale venue assister l'Afghanistan, celui de l'Otan qui en est le cerveau, l'ambassade des Etats-Unis et quelques institutions annexes jugées à haut-risque, mais pour le reste ce sont plutôt des taches « vertes » - le choix de la couleur a peu à voir avec des préoccupations écologiques- disséminées dans le paysage urbain et parcourues d'artères « ordinaires ».
Des protecteurs qui se protègent eux-mêmes
Chacune des taches implique ses contraintes, les trottoirs interdits et les rues fermées ou très surveillées qui y mènent, mais on circule normalement, « librement » donc, alentour. En fait, Kaboul vit et respire à l'ombre de ses « protecteurs » avec le sentiment qu'ils se protègent surtout eux-mêmes.
Vu de l'autre côté, Kaboul côté rue si l'on préfère, n'exprime guère le sentiment de menace permanente que les zones fortifiées devraient logiquement inspirer. Aucun dispositif militaire particulier n'attire le regard, sinon quelques patrouilles de la police afghane qui circulent à vivent allure.
Ce n'est pas que la guerre soit absente du paysage, mais elle l'est d'abord au passé, à l'état de ruines qui subsistent obstinément depuis quinze ans ou plus, quelques unes plus anciennes et certaines plus récentes, mais dans le souvenir, ce sont les destructions de la guerre civile des années 1990 qui restent les plus douloureuses.
Quant à la guerre du présent, celle qui tue tous les jours à l'est ou au sud, elle se marque surtout dans la ville par l'afflux des réfugiés. Les chiffres varient selon les interlocuteurs, mais les plus modestes disent que la population de Kaboul a pratiquement doublé dans les sept dernières années avec l'arrivée de gens des provinces ravagées par les combats, certains multiplient par trois.
Un fonctionnaire de la municipalité affirmait ainsi que sans pouvoir garantir le calcul, six millions de personnes vivaient aujourd'hui dans Kaboul et ses environs alors que la ville était normalement équipée pour faire vivre un demi-millions d'habitants. Cela expliquerait tout ce qui ne va pas en ville, les équipements insuffisants, la circulation, les problèmes d'eau et d'hygiène, l'insécurité ici, la misère là, notamment dans ces quartiers qui poussent comme des champignons sur les flancs des collines qui encerclent la ville.
Pourquoi si peu de progrès à Kaboul ?
Alors oui, la guerre est là qui explique bien des choses dans la dégradation de Kaboul. Mais on a tôt fait de vous faire remarquer que la guerre n'explique pas tout et surtout pas pourquoi si peu de progrès ont été accomplis depuis que la paix est revenue dans la capitale.
L'impéritie du gouvernement a tôt fait de pointer son nez dans la conversation, mais plus encore les regards accusateurs se tournent vers les étrangers venus disent-ils pour aider l'Afghanistan et dont les Afghans sont -ou seraient- les derniers bénéficiaires.
Le cliché de l'état de siège n'est pas si faux, mais il concerne l » autre ville, celle qui précisément vit bien et a fait exploser les prix, de l'immobilier comme des denrées courantes, la « zone sécurisée » qui pompe les sommes colossales qui n'ont pas servi à refaire les routes et les adductions d'eau.
Mais il est temps de faire mieux connaissance avec la ville « libre ».
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De SuperAlAmAs
homo sapiens sapiens qui sait qu'il... | 15H44 | 21/06/2009 |
« Pourquoi si peu de progrès à Kaboul ? »
Pourquoi autant de régressions en France ?
De Flood
Citoyen du monde | 15H53 | 21/06/2009 |
Enfin des médias qui comprennent que l'info ne se trouve pas (que) derrière un ordinateur ou sur les chaises en plastique d'une conférence de presse ! Merci de toujours nous rappeler que l'info est d'abord et avant tout sur le terrain et se vit au quotidien là-bas. J'espère que cette série d'articles pourra permettre de casser un peu les stéréotypes préconçus qui nous arrivent sur l'Afganisthan..
à Flood
De jfko
Infosophe | 18H19 | 21/06/2009 |
Ce qui ne doit pas nous empêcher de rester circonspect.
Souvenons-nous de BHL en Géorgie (certes, BHL et MK ne sont pas comparables)…
De plus, ce premier papier de Kravetz me laisse un peu sur ma faim… Attendons qu'il fasse « mieux connaissance avec la ville “ libre ”.
De Alexad
16H00 | 21/06/2009 |
Bravo à Marc Kravetz et merci de nous informer depuis le terrain. Je fais confiance à son analyse et attends ses prochains articles avec grand intérêt.
De Phil2922
Retraite invalidité | 16H08 | 21/06/2009 |
Voilà une leçon brillante de la part de Kravetz qui montre que le journalisme d'investigation vit encore. Vivement son prochain papier… !
http://phil195829.overblog.com
De Helogabale
! | 16H39 | 21/06/2009 |
Merci infiniment à Marc Kravetz. Respect.
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 16H53 | 21/06/2009 |
On aimerait avoir, lire et pourquoi pas écouter, la suite, ici vous avez plus de temps et d'espace que sur FC.
Comptez-vous camper longtemps, souvent, régulièrement… sur les pavés de RUE89 ?
De mauser
17H27 | 21/06/2009 |
Kaboul, Bagdad même punition même motif. La solution existait et les français et les anglais l'on pratiqué durant quelques siècles. Laisser les hommes circuler acheter et se distraire en ville l'on y perdait quelques marsouins ou tunique rouges. Mais le sens du commerce des habitants jouait pour la protections de nos hommes relisez les mémoire ou les histoires de cette époque.
En plus il est vrai que nous apportions le progrès, ici il fallait reconstruire et dans le cas irakiens avec des ingénieurs et des ouvriers hautement qualifiés les afghans ne demandaient qu'à apprendre.
Au lieu de quoi en vertu d'une doctrine zéro mort ; qui a déjà vue une guerre à zéro mort même des grandes manœuvres en génèrent si elles sont réaliste. Et d'une supériorité américaine l'on s'enferme dans un bunker effectivement au bout de très peut de temps les soldats de libérateurs deviennent des occupants qui n'ont comme contact que quelques aigrefins motivés par le seul appât du gain. C'est ainsi que l'on crée des zones vertes .
à mauser
De N A F
en territoire apache | 19H18 | 21/06/2009 |
bonjour Mauser absolument vous avez raison
les armées occidentale surtout l us sont totalement incultes sur les moeurs et coutumes des autres societés
les arméee britanniques et françaises
ont longtemps eu des officiers » aux affaires coloniales » pas un regret juste un constat de ma part »
qui etaient au courant et informés
des us et coutumes des sociétés rencontrées sur le terrain, la meconnaissance engendre le malentendu quand les deux malcomprenant sont armés « boum »
De sup. à la demande du riverain 29 juin
bye bye ... | 18H59 | 21/06/2009 |
« l'ISAF, la force internationale venue assister l'Afghanistan »
……..
Ah bon ! c'est pour ça qu'ils l'ont envahi et l'occupent ! Tout s'explique….
sont-ils ingrats quand même ces Afghans !
voilà ces pauvres sauveurs si désintéressés, obligés de se protéger à tel point qu'ils n'ont plus le temps d'assurer le minimum vital aux habitants.
à sup. à la demande du riverain 29 juin
De EulChe
Humaniste hère | 22H54 | 21/06/2009 |
J'ai bloqué sur la même phrase…
De mick69
18H32 | 21/06/2009 |
Bonjour Marc Kravetz,
Vous êtes sympathique mais c'est dommage que le 7-9 de France Culture soit principalement du bavardage jet-set
à mick69
De jfko
Infosophe | 18H53 | 21/06/2009 |
Je trouve vos propos sévères et quelque peu injustes, j'ai souvenir de grands moments du 7/9, mais bien sûr l'invité y est pour beaucoup.
Certes nous sommes assez loin de la perfection (Slama est horripilant, le ton quelque peu péremptoire de Kravetz m'énerve parfois et la chronique d'Adler… heu, n'en parlons pas), mais globalement, et en comparaison des autres fréquences, ce 7/9 reste d'un bon niveau.
à jfko
De El Niño
13H29 | 22/06/2009 |
oui, une petite pétition pour virer Slama et Adler, ça aurait de la gueule, non ?
à jfko
De mick69
08H47 | 23/06/2009 |
Ce matin, 2h de blabla sur le discours du monarque.
C'est bizarre, Sarkozy a beau mentir comme un arracheur de dents depuis des années, chacune de ses nouvelles déclarations est traitée par les « journalistes » comme une vérité a priori
De Philou017
Informaticien | 20H20 | 21/06/2009 |
Bon article, qui parle de la réalité et qui ne reprend pas les communiqués officiels et les poncifs habituels.
La propagande sur l'Afghanistan est sévère. Un autre bon bon article qui remet les choses en place :
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/afghanistan-une-guerre-perd…
De sujetduprince
20H25 | 21/06/2009 |
il existe donc encore des journalistes ? le fond , la forme et l'esprit… la réalité … on s'en doutait un peu
la suite !
De micke
utopiste | 21H24 | 21/06/2009 |
« jusqu'à l'hôtel de luxe qui marque le terminus de ce premier parcours. »
là j'ai arrêté de lire.
c'est pas du journalisme, c'est du tourisme
m'enfin, j'espère que le buffet est bon et qu'on entend pas trop le bruit des bombes dans la campagne.
(je crains le prochain épisode, la guest house et le menu du macdo de la base us ? )
à micke
De sup. à la demande du riverain 29 juin
bye bye ... | 21H40 | 21/06/2009 |
ce que j'ai lu semblait avoir parfois des relents de BHL, je verrai bien un titre du genre « choses vues à Kaboul ».
dans le prochain épisode on vous parlera des pauvres échoppes au marché, des trottoirs encombrés et défoncés, des femmes qui se pressent comme des fantômes dans leur burqa, des cerfs volants, de la poussière et de la crainte toujours présente. mais tous ces regards et ces sourires qui vous accueillent avec chaleur…
p'têt même que je vais vous l'écrire : -))
De Renaud Vialet
Riverain tardif | 21H33 | 21/06/2009 |
Ben mon colon, quand France-Cul fait du reportage, ca y va fort !
Bravo Mr. Kravetz, on attend la suite avec impatience.
De Kassandre
Etudiante jusqu'à plus soif | 22H53 | 21/06/2009 |
Si on était sur Facebook, je dirais « Like ». (Génération Y, que voulez-vous…)
En tout cas, c'est vraiment un chouette article, très bien écrit et vivant. On s'y croirait.
Bravo !
De EulChe
Humaniste hère | 22H58 | 21/06/2009 |
Je serais curieux de connaitre à l'invitation de qui France Culture a fait le déplacement et quel est le dispositif de sécurité qui accompagne l'équipe…
De Dominique THOMAS
réseau alerte libertés | 08H16 | 22/06/2009 |
Salut Marc !
Quel plaisir de te savoir à Kaboul : c'est enfin une vraie chance de lire quelque chose d'objectif, non idéologique, dépassionné sur cette ville que j'aime malgré sa laideur, les ruines de son ancienne beauté, sa poussière, sa saleté, et son climat impossible.
Oui, surtout va dans la ville libre, je sais que tu sauras y comprendre les modes de vie, les raffinements, la gentillesse des Afghans pour ceux qui ne viennent pas profiter de leurs malheurs comme de leurs erreurs aussi.
Je ne suis pas retournée à Kaboul depuis fin 2005 après la première élection de Kerzaï, c'était la fête. Il avait même plu le jour de l'élection et les Afghans y voyaient un signe d'espoir. Les attentats annoncés par tes collègues journalistes n'avaient pas eu lieu. Si les Kaboulis avaient quitté la ville en de longues files d'embouteillages, ce n'était pas par peur des attentats, mais pour profiter des 3 jours de « congé » donnés à tous pour qu'ils puissent aller voter chez eux.
Mes amis afghans m'ont dit à quel point la situation avait changé. Je suis heureuse que ce soit toi qui me permette de me faire une idée. J'espère toujours pouvoir retourner à Kaboul bientôt, nul doute que tes articles m'aideront à mieux me préparer.
Bon travail.
De mick69
08H43 | 23/06/2009 |
En Afghanistan, la France mène une guerre extérieure, c'est à dire un boulot de salopards, en notre nom. Mais grâce au travail de lobotomie des grands medias, les français ne le savent pas