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Chercheur à la Brookings Institution

Sarkozy, le gaulliste décomplexé

Sarkozy rend visite aux soldats français à Kaboul en décembre 2007 (Reuters).

J'avais eu l'occasion d'exposer mon désaccord avec Pierre Haski sur l'atlantisme illusoire de Nicolas Sarkozy : je n'ai pas changé d'avis, bien au contraire, sa méprise sur la politique étrangère française actuelle -certes bien partagée- me paraît se poursuivre. En réalité, la politique étrangère de Sarkozy s'inscrit dans le droit fil du consensus post-De Gaulle dont tous les présidents de la Ve République ont été partie prenante, et n'en varie pas d'un iota dans les faits (pour les discours, c'est autre chose).

Le saviez-vous ?

J'aimerais commencer par quelques mises au point, car le débat est mal engagé : ainsi, les étiquettes « atlantistes » et « gaullistes » obscurcissent les choses plus qu'elles ne les éclairent.

Saviez-vous par exemple que la France est présente à plus de 80% dans les structures intégrées de l'Otan ? Non seulement nous ne sommes absents que du comité des plans de défense et du groupe des plans nucléaires, mais nous avons déjà une centaine d'officiers dans les états-majors, à Norfolk (Virginie) par exemple. Nous commandons périodiquement des opérations de l'Otan, et nous sommes les meilleurs élèves de la classe sur certains aspects (transformation ; force de réaction rapide).

Peut-être, me direz-vous, mais alors, franchir ce cap, ces 20% restant, ce serait abdiquer toute volonté d'une politique française indépendante ? Pas du tout. D'abord, nous n'avons jamais quitté l'Otan, rappelons-le : l'échelon politique important c'est le CAN (Conseil de l'Atlantique Nord), lorsque les 26 ambassadeurs de l'Otan se retrouvent, et si un seul d'entre eux n'est pas d'accord, tout s'arrête : il y a 26 droits de veto, comme le montre actuellement le refus obstiné de la Grèce de faire entrer la Macédoine avec son nom.

Terminons cette mise au point avec un rappel des années Chirac : non seulement Jacques Chirac -qu'on peut difficilement taxer d'atlantisme- a proposé exactement le même retour dans le commandement militaire intégré en 1996-1997 (avec plutôt moins de conditions que Sarkozy), mais il a tellement usé de son influence politique au sein de l'Otan au moment du Kosovo qu'il en a dégoûté les Américains qui s'en sont largement détournés : c'est ce qu'on appelle « le syndrome du pont de Belgrade ».

Du coup, au moment de l'Afghanistan, ils ont répondu aux offres de service de l'Otan : surtout pas ! (avec des formules plus polies, comme « Don't call us, we'll call you »). Bref, on voit bien que l'étiquette « atlantiste », qui voulait dire quelque chose du temps du Général (quand il y avait, rappelons-le, des dizaines de milliers de soldats et des bombes nucléaires américaines sur le sol français), ne permet plus de décrire le positionnement vis-à-vis de l'Otan. On peut être en-dehors de l'Otan et avoir une politique étrangère qui prend ses ordres à Washington. On peut être dans l'Otan et conduire une politique étrangère indépendante.

Words, words, words

Pourquoi veut-on tellement voir Sarko en « atlantiste », en meilleur ami de Washington ? Pour une bonne raison et deux mauvaises. D'abord parce qu'il le dit lui-même, dans sa stratégie de rupture qui est pourtant, en politique étrangère, très surfaite. Deuxième raison : parce que les journalistes répètent ce qu'il dit sans regarder de plus près le contenu de ses politiques, ni l'histoire. Je ne dis pas ça pour Pierre Haski (euh, si, en fait, je le dis aussi pour Pierre Haski, mais gentiment), mais reconnaissons que les journalistes n'aiment rien tant que les contrastes, et ici Sarko nous offre un beau contraste : Chirac gaulliste, Sarko atlantiste… on ne va pas bouder, même si ça ne colle pas tout à fait avec la réalité.

La troisième raison, c'est que les journalistes et les observateurs ont oublié que le Chirac de 2003 (Irak) n'est ni celui de 1995-2002 (cf. supra), ni celui de 2004-2007, période pendant laquelle une remarquable réconciliation franco-américaine s'est opérée. Sarkozy a joué sur le contraste des perceptions, pas sur celui des politiques. Et, oui, il a fait des discours sur l'amitié franco-américaine et sur l'amitié franco-britannique, comme avant lui presque tous les présidents et ministres des affaires étrangères en début de mandat (à l'exception de Michel Jobert).

Ce papier est déjà beaucoup trop long, mais rappelons cette anecdote : lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, lorsque De Gaulle a assuré Dean Acheson, émissaire de Kennedy, du soutien « sans réserve » de la France parce qu'elle est son alliée, il l'a fait contre l'opinion publique française majoritaire, plutôt favorable à Cuba. Ca ne veut pas dire que De Gaulle était atlantiste, mais qu'il estimait que la France pouvait conjuguer une politique d'indépendance nationale et une solidarité avec sa « famille occidentale » quand des intérêts essentiels étaient en jeu.

L'Afghanistan

Ce qui me conduit, toutes proportions gardées, à l'Afghanistan. L'un des aspects irritants du débat actuel, c'est que parmi ceux qui s'opposent à l'envoi de troupes supplémentaires, l'argument essentiel semble être : « Parce que les Américains l'ont demandé, parce que c'est une guerre américaine ». Bref, oublions notre politique indépendante française : tout est donc décidé à Washington, il suffit de faire l'inverse de ce que font les Américains ! Ca n'est pas sérieux. Nous avons un intérêt fançais, et un intérêt européen, à ce que l'Afghanistan ne retombe pas dans le chaos de 1992-1996, ni dans les brutalités talibanes de 1996-2001.

« La solution n'est pas militaire », disent certains. Evidemment qu'elle n'est pas militaire (personne ne dit le contraire), mais elle inclut nécessairement un volet de sécurisation. Et les deux autres volets sont d'une part la (re)construction et surtout, point plus délicat mais plus important, la réintégration des Talibans dans le jeu politique, comme les Britanniques le suggèrent… mais les Américains bloquent sur ce point, assimilant Talibans et al Qaeda dans une « guerre contre le terrorisme » indistincte.

Sarko le gaullo-sarkozyste

Mais j'en reviens à l'interprétation de Pierre Haski. Le discours du 18 janvier 2008, qu'il nous engage à lire, est assurément instructif : Sarkozy y parle notamment du rôle « irremplaçable » de la France sur la scène internationale et d'un « monde multipolaire dont l'Union européenne pourrait devenir progressivement l'un des pôles les plus actifs, si seulement elle en a la volonté. » Ca sonne bien plus chiraquien qu'atlantiste à mes oreilles.

Quant à la « famille occidentale », le retour rhétorique qu'y fait la France (et qui n'est pas contradictoire, on l'a vu, avec le gaullisme) a pour but, comme le cite Pierre Haski, « d'accroître sa crédibilité, sa marge d'action, sa capacité d'influence à l'intérieur comme à l'extérieur de sa famille. » Bref, la France est solidaire, mais c'est pour mieux transcender les blocs géopolitiques (notamment en négociant avec les régimes que Washington n'aime pas : Vénézuéla, Syrie, et dans une certaine mesure Libye) : ça rappelle la posture d'un certain Général.

Plus généralement, Sarkozy considère les Etats-nations comme les unités de base du système international (comme De Gaulle), il considère que la force militaire est à la racine de la souveraineté (comme De Gaulle), il est fondamentalement dirigiste et défend les champions nationaux tout en vitupérant contre le dollar (comme De Gaulle). Surtout, Nicolas Sarkozy est un volontariste et, on ne le répétera jamais assez, un pragmatique (comme De Gaulle) et la discussion sur son supposé « atlantisme » ou son supposé « gaullisme » devrait débuter et s'achever sur ce dernier argument.

Venons-en aux faits

Mais assez de discours : des actes. En effet, je ne conteste nullement que la rhétorique sarkozienne soit « atlantiste », ou, disons, pro-américaine. En revanche, les actes sont en décalage avec ce discours, et ils comptent davantage (les signaux, la posture comptent, mais un certain temps seulement).

Comme cette réponse à Pierre Haski est déjà bien trop longue, je vais, au bénéfice de ceux qui ne sont pas encore endormis, résumer mon analyse de l'année de politique étrangère écoulée sous forme de catégories non pas sur l'axe « atlantisme-gaullisme », étiquettes dont on a vu l'inanité, mais sur l'axe « rupture conforme aux souhaits de Washington » - « continuité chiraco-gaulliste » - « rupture dans le sens inverse aux souhaits de Washington ».

Rupture conforme aux souhaits de Washington :

  • 1. Afghanistan : même si nous avons nos propres bonnes raisons de stabiliser l'Afghanistan, on peut voir la décision d'accroître nos effectifs militaires (très efficaces mais, notons-le, très peu nombreux par rapport à nos partenaires) comme une bonne nouvelle pour Washington.

Continuité chiraco-gaulliste :

  • 1. L'Iran, si l'on regarde les faits de 2002 à 2008, au-delà d'un discours plus ferme, la posture est inchangée.
  • 2. L'Irak, certes Bernard Kouchner y est allé en visite… mais ce qui serait choquant serait qu'il n'y aille pas ! Et aucun geste concret de coopération franco-américaine sur ce dossier n'a suivi.
  • 3. Israël-Palestine, pas un iota de différence (sauf peut-être cette déclaration très ferme de Bernard Kouchner sur les colonies israéliennes).
  • 4. Indépendance de l'Europe de la défense (avec plus d'enthousiasme encore pour Sarkozy).
  • 5. Rapprochement avec l'Otan, peut-être retour plus complet dans les structures militaires intégrées.
  • 6. Demande de levée de l'embargo sur les armes pour la Chine.
  • 7. Démarches sur le réchauffement climatique hostiles à Washington.

Rupture avec Jacques Chirac dans le sens inverse aux souhaits de Washington :

  • 1. Refus de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne
  • 2. Discussions avec la Syrie (juillet - décembre 2007)
  • 3. Inclusion du Hezbollah dans les négociations intra-libanaises
  • 4. Réception de Hugo Chavez à Paris

Je vous laisse faire la comparaison, cher Pierre.

187 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Nogreps

De Nogreps

11H51 | 03/04/2008 | Permalien

Comparer la politique étrangère de Nicolas Sarkozy aves celle du général de Gaulle me semble tout à fait excessif.
Tout le monde sait que de Gaulle était très antiaméricain, contrairement à notre président qui ne cache pas son admiration pour les USA.
Certe, de Gaulle soutint les USA dans la crise des missiles de 1962. Toutefois, il fustigea l'attitude américaine au Viêt Nam. Pour, de Gaulle, l'alliance avec les USA n'était pas synonyme de vassalisation.
C'est cette volonté d'indépendance qui le conduisit à refuser les fusées Polaris car il voulait que les français pussent bénéficier d'une défense nucléaire autonome. C'est d'ailleurs cette politique d'indépendance qui poussa de Gaulle à retirer la France du commandement intégré de l'OTAN.

Au fait, si de Gaulle retira la France du commandement intégré de l'OTAN, pourquoi serait-il revenu sur sa décision ?

Dire que Sarkozy n'est pas aussi en rupture avec Chirac qu'il le prétend n'est pas suffisant pour faire de lui un gaullistes convaincu.

Il ne faudrait pas exagérer !

Merci à tout de même à Justin Vaïsse pour cette article qui permet de nuancer certains idées reçues.

Portrait de Les Chats

à Nogreps Portrait de Nogreps De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 13H41 | 03/04/2008 | Permalien

Tout à fait Nogreps et ce titre sark'OR le gaulliste est une insulte et un mensonge qui trompe le lecteur indécis, de passage dans cette rue, sur le personnage qu'est sark'OR.
Pourquoi pas l'abbé Pierre tant que vous y êtes !

Portrait de JeanBavedeRage

à Nogreps Portrait de Nogreps De JeanBavedeRage

Démocrade Crétin | 16H16 | 03/04/2008 | Permalien

« Comparer la politique étrangère de Nicolas Sarkozy aves celle du général de Gaulle… »

On s'en fout non ?

Portrait de jac le rat

De jac le rat

aventurier | 11H52 | 03/04/2008 | Permalien

Moi, je vote pour le retour du Grand Charles et du Ptit
Danny et du service militaire obligatoire. Le bon vieux temps.

Et puis faut voir du pays !

Portrait de parousnik

De parousnik

11H54 | 03/04/2008 | Permalien

Si Sarkozy était décomplexé il ne serait pas l'allié des terroristes anglo-saxons qui sément la mort en Afghanistan et en Irak pour controler et voler le pétrole au moyen orient… La grandeur de la France
ne s'est jamais exprimé par les guerres qu'elle a toujours perdu du reste… En quoi l'Afghanistan menace t-il la France ? Nous savons tous que les attentats de New-York et de Londres ont été organisés de l'intérieur par les services secrets des usa de la GB et d'autres, alors on ne peut soutenir ces agressions que si on est raciste ou débile… De quel droit contrôlons nous par la force ces pays ? De quel droit volons nous par la force leur pétrole et leur gaz ? Pourquoi avoir condamné Vichy si c'est pour recommencer ? Il ne s'agit pas d'argent… mais de dignité et de droit de l'homme. Nous n'avons vraiment pas de leçons a donner à la Chine ou a toute autre pays sur les droits de l'hommes de la femme et de l'enfant. La barbarie est-elle un droit ?

Portrait de Citizen lambda

De Citizen lambda

enseignant | 12H05 | 03/04/2008 | Permalien

image détournée : http://citizenlambda.canalblog.com/archives/2008/04/03/8579772.html
Je partage l'avis de citoyensly : Sarkozy est davantage l'héritier de Bush que celui de De Gaulle.

Portrait de survivant

De survivant

12H21 | 03/04/2008 | Permalien

Donc à vous lire justin vaïsse l'oncle sam est dans la merde jusqu'aux oreilles et vous demandez à pierre haski d'arrêter ses conneries en diffusant des contradictions aux bonnes moeurs américaines du bien contre le mal qui pourraient déclencher des manifestations des opinions publiques occidentales voire se relayer aux opinions publiques mondiales d'un ras le bol des guerres de mensonges pour la spoliation des pays producteurs de pétrole sous couvert de terrorisme et isolerait les usa sur la scène politique mondiale les obligeant à céder la place du N° 1 de gendarme du monde et déclencheur de guerres (armes de destructions massives en Irak, guerre contre le terrorisme en Afghanistan, armes nucléaires en Iran ect ect). Les opinions publiques n'ont pas besoin de pierre haski pour se mobiliser contre la saloperie américaine en revanche pierre haski fait parti de ces médias qui semble sérieusement vous déranger et moi j'aime tout ce qui dérange les démagogues, les tortionnaires (guatanamo)…Les usa ne peuvent plus mentir et sarkozy a prit une grave décision seul sans tenir compte du parlement et de l'opinion publique française. Des comptes seront à rendre.

Portrait de NuklearCocroach

De NuklearCocroach

12H22 | 03/04/2008 | Permalien

De Gaulle était un dictateur light, monarchiste et obnubilé par le culte de la personnalité,il avait quand même un certain sens de la morale même si elle était à chier,mais il n'était pas un prédateur ultra-libéral parabolique tendance mégalo- bipolaire qui ne savent rien lire d'autre que les cours de la bourse et pour qui toute forme de morale n'est qu'un machin purement abstrait,idéologique et donc forcément de gauche,donc absente de leur imaginaire…

Portrait de ZAITSEV

De ZAITSEV

225 | 12H34 | 03/04/2008 | Permalien

Pensée schématique, Cocroach.

Etre bouddhiste, ça ne veut pas dire être niais.

Portrait de marigae

De marigae

12H36 | 03/04/2008 | Permalien

Tentative limite scabreuse mais à mettre dans l'arène :

Si l'on admet que le moteur principal de sa majesté est l'illusion rassurante de la gloire absolue (4 mots pouvant totalement changer d'ordre) ;
si l'on admet par conséquent qu'une étape clé est de faire tomber les « idoles » occupant déjà la place ;
alors on peut éventuellement comprendre cette politique, dont les objectifs ne seraient (une fois de plus) que symbolique.
Ce raisonnement serait en cohérence avec la question du titre. Les présidents illuminés qui désenchantent le monde pour mieux le réenchanter…

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 12H36 | 03/04/2008 | Permalien

Je pense que le papier de Justin Vaïsse est fondamentalement juste dans son appréciation de la posture de NS vis-à-vis des Etats-Unis. On pourrait craindre qu'une intégration à 100% de la France dans les structures exécutives de l'OTAN constitue SYMBOLIQUEMENT une erreur, mais elle ne changerait pas grand chose dans les faits.

Reste la décision d'envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan. Sarkozy en a déjà beaucoup rabattu par rapport à ses annonces antérieures : le nouveau contingent français comprendra quelques centaines d'hommes, et surtout il sera cantonné à l'est de l'Afghanistan, région beaucoup moins exposée au feu de l'ennemi que le sud (autour de Kandahar), où les Canadiens, entre autres, ont déjà perdu pas mal d'hommes. La fonction, le rôle des troupes françaises consiste essentiellement à traquer les infiltrations de talibans depuis les zones tribales pakistanaises mal contrôlées, et à former les cadres et le contingent de l'armée afghane. Disons que les Français joueront le rôle (utile) de « semi-planqués » sur le plan militaire, car ils s'exposeront comme aujourd'hui à un risque bien inférieur à celui que courent les USA, le Canada, etc.

L'aspect majeur de toute décision relative à l'Afghanistan doit prendre en compte les questions suivantes :

1) Envoyer quelques centaines d'hommes de plus a-t-il un sens sur le plan stratégique, étant entendu qu'il ne faut PAS que les troupes internationales (essentiellement occidentales) subissent un revers de taille rappelant celui de l'URSS ? (Un Afghanistan laissé à l'état d'« électron libre » conduit par les talibans ne servirait qu'à faire progresser le camp musulman fondamentaliste et à fournir à Al Qaïda des bataillons supplémentaires.)

2) Une position plus critique de la France vis-à-vis de l'OTAN et de la question afghane ne devrait-elle pas consister à préconiser une véritable politique de sécurisation ET DE DEVELOPPEMENT du pays ? C'était l'objet initial du déploiement de troupes en Afghanistan, mais l'aspect développement a été complètement négligé jusqu'ici.

Sarkozy ne semble pas vouloir infléchir profondément l'attitude française car l'envoi de quelques troupes supplémentaires a surtout une valeur symbolique (semblable à celle de l'implication française dans la première guerre d'Irak sous Mitterrand). Pas plus que ses prédécesseurs, NS ne semble vouloir répondre positivement à la deuxième question, car il faudrait alors que la France consacre des moyens en hommes et en ressources matérielles se chiffrant en milliers d'une part, et en dizaines de milliards d'euros d'autre part. Ni NS ni la population française ne semblent prêts à franchir un tel pas, même si cela semble indispensable à terme, tout bien réfléchi, SI L'ON VEUT AVOIR UN VERITABLE IMPACT sur la situation afghane.

Il n'y a donc pas de changement profond de l'attitude française sur le plan historique. Sarkozy souhaite essentiellement dire aux Américains que la France est bien à la remorque du pacte Atlantique, mais à la remorque seulement. Pas question d'adopter une posture (à la Tony Blair) d'engagement profond au côté des USA, comme dans le cas de la deuxième guerre d'Irak.

Un commentaire sur ce qui a été dit de la Brookings Institution :

C'est un non-sens de croire qu'il peut jamais y avoir une politique de neutralité pacifique des Etats-Unis vis-à-vis du reste du monde, comme semblent le croire pas mal des personnes qui ont réagi ici à l'article de Justin Vaïsse, étant bien entendu qu'une telle neutralité pacifique n'a jamais été la posture de la France gaulliste (ou autre) non plus. De Gaulle a soutenu les USA lors de la crise des missiles de Cuba, et Mitterrand a défendu Margaret Thatcher à l'occasion de la guerre des Malouines, envoyé des troupes lors de la 1ère guerre d'Irak, etc.

Brookings s'est toujours inscrite à l'appui de la politique extérieure des USA en tant que PUISSANCE ECONOMIQUE ET MILITAIRE majeure, mais elle a historiquement adopté une attitude critique virulente vis-à-vis de tous les débordements impérialistes de cette politique (Chili, Opération « Condor », Vietnam, etc.). Allez relire les divers papiers et bouquins de Leslie Gelb, et vous en aurez la preuve.

Et Brookings a bien besoin de notre soutien en un temps où les positions des néo-conservateurs, de la Heritage Foundation, etc. font encore florès dans la presse et au sein de l'administration fédérale américaine, même si elles ont en pris un sacré coup sur la tête avec le désastre de l'intervention en Irak.

Les commentaires sur le financement de la Brookings Institution sont spécieux. Toutes les fondations américaines du genre « groupe de réflexion » (thinktank) sont bien obligées de trouver des fonds quelques part pour subvenir à leurs besoins. Et trouver des fonds aux USA passe par des investissements boursiers (c'est également vrai de toutes les grandes universités américaines, à propos). Il n'y a rien de spécial à cela. Préfèrerait-on que Brookings soit subventionnée par l'Etat fédéral américain ? ?

Portrait de ron-ron

à Jaycib Portrait de Jaycib De ron-ron

17H05 | 03/04/2008 | Permalien

Pardonnez mon ignorance crasse, mais en quoi l'Afghanistan ou l'Irak sont moins nationaliste que le Vietnam par exemple ?

Portrait de Avril

à Jaycib Portrait de Jaycib De Avril

19H29 | 03/04/2008 | Permalien

Si entrer dans le commandement intégré de l'OTAN « ne change pas grand chose », pourquoi y entrer ?

Ca sent l'enfumage rhétorique libéral !

 : D

Portrait de levraidebat

De levraidebat

12H36 | 03/04/2008 | Permalien

Oui enfin bon, on peut toujours essayer de dire tout et son contraire, mais c'est du grand n'importe quoi : Sarkozy est anti-gaulliste, il va nous faire réintégrer l'OTAN l'an prochain, il envoie sur ordres de Washington des soldats en Afghanistan, il était pour la guerre en Irak, il appauvrit notre armée, notre dissuasion nucléaire !

SARKOZY l'ANTI DE GAULLE, à l'instar du PS et de l'UMP !

www.levraidebat.com

Portrait de Cepajuste

De Cepajuste

12H37 | 03/04/2008 | Permalien

Sarkozy n'est pas un gaulliste décomplexé, ce n'est pas un gaulliste du tout.

Portrait de demian

à Cepajuste Portrait de Cepajuste De demian

19H16 | 03/04/2008 | Permalien

euh, il a quand même déposé une gerbe à colombey le 16 avril 2007 ainsi que le 09 novembre 2007… histoire sans doute que le général se retourne dans le bon sens !

Portrait de jac le rat

à demian Portrait de demian De jac le rat

aventurier | 20H49 | 03/04/2008 | Permalien

Une gerbe ?

Portrait de Courageux anonyme

De stangrof

13H17 | 03/04/2008 | Permalien

Combattre al quaeda est une excuse bidon ! mr sarkozy,lorsqu'il était ministre ne savait méme pas si cette partie de la CIA ( al ciada )était sunnite ou chiite et j'ai la preuve !
http://www.ipernity.com/doc/stangrof/616354
Un détail selon l'onu, sous les talibans ,production d'opium 180 tonnes, aujourd'hui, 8300 tonnes ! ca c'est du bon business,non ! A bientôt

Portrait de CA Not Dead

De CA Not Dead

Glandouilleur Pro | 13H42 | 03/04/2008 | Permalien

Et un business protégé ! Le pied ! ! !

Regardez l'évolution du traffic de drogue en fonction des guerres… Très instructif !

Je ne sais pas si la CIA finance encore ses « Black Ops » par le traffic, mais une chose est sure, il existe un pays ou l'argent n'a pas d'odeur !

Portrait de Tintinac

De Tintinac

13H15 | 03/04/2008 | Permalien

Monsieur justin VAISSE,

Croyez-vous ce que vous écrivez ou alors êtes-vous dans un schéma de propagande pro-sarkoziste ?

Rêver n'a jamais de mal et n'est pas répréhensible. Nous vous laissons ce plaisir.

Portrait de ThomasLefebvre

De ThomasLefebvre

Rapatrié | 13H21 | 03/04/2008 | Permalien

@ Justin Vaisse,

D'accord avec tout l'article. Juste un point vous dites : « Chirac : non seulement Jacques Chirac -qu'on peut difficilement taxer d'atlantisme- a proposé exactement le même retour dans le commandement militaire intégré en 1996-1997 (avec plutôt moins de conditions que Sarkozy) »

Tres juste sur Chirac, on parlait meme de « revolution stratégique » Je croyais pourtant que Chirac avait demandé des contreparties percues comme extravagantes a la réintégration de la France dans le commendement militaire intégré : role du D-SACEUR sous controle de la UEO + obtention d'un des commandements majeur (AFSOUTH, AFNORTHWEST, ou AFCENT), déplacement du Commandement Sud de Naples a Paris, + refus de l'élargissement si les propositions francaises n'étaient pas mises en place.

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 13H36 | 03/04/2008 | Permalien

Sans commentaire :

Bush : Sarkozy, « incarnation d'Elvis »

Le président américain George W. Bush a comparé l'effet produit par la récente visite de son collègue français Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis à la « dernière incarnation d'Elvis » Presley, a indiqué une haute responsable américaine.

M. Bush a aussi chaleureusement remercié M. Sarkozy pour le renforcement du contingent français en Afghanistan, lors du sommet de l'Otan à Bucarest.

Portrait de Les Chats

De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 14H15 | 03/04/2008 | Permalien

Cette guerre va rapporter à quel pote de sark'OR ? Da$$ault ? Et qui d'autre ? Pour que sark'OR soutienne un perdant, c'est qu'il y a gros à gagner car Bush est un perdant dont plus personne ne veut.
La gauche ne peut-elle pas engager une procédure pour non respect de procédure ? A quoi sert le parlement ?

Portrait de Caius

De Caius

Expert en management | 14H15 | 03/04/2008 | Permalien

Cettte tribune jauge le degré de « gaullisme » de Sarkozy selon un seul critère : son positionnement à l'international, et en particulier sa vision des relations France-USA.

C'est oublier que la gaullisme avait aussi un volet franco-français - la politique intérieure - et un volet européen - notamment la création et le renforcement du couple franco-allemand). Or sur ces deux plans, on se doit de considérer que la politique de NS est aux antipodes de celle du général :

- libéralisme assumé, avec une volonté de non-intervention de l'état dans l'économie, là où le gaullisme se distinguait par une vision à long terme, un engagement somme toute assez keynésien dans le développement de grands programmes ;

- attitude gaulliste soucieuse d'indépendance dans la construction européenne (l'Europe des nations), axée sur une coopération sans abandon significatif de souveraineté, alors que NS est dans la droite ligne de la tendance des dernières décennies à des transferts de souveraineté, parfois à des institutions comme la BCE sans réel tuteur politique.

Sur ces deux plans, qualifier NS de gaulliste, même décomplexé, est un contre-sens.

Quant à l'atlantisme, les 20% pour lesquels la France reste à ce jour en dehors de l'OTAN sont 20% qui comptent, car les plans de défense et la dissuasion nucléaire relèvent de la stratégie, alors que les 80% restants sont du ressort de l'intégration au niveau des méthodes et des technologies, et ont une portée purement tactique.

Autrement dit, ces 20% sont garants de l'indépendance politique, et ils ont une toute autre portée. Ce n'est pas un hasard si la France est, en 1966, précisément sortie de l'OTAN sur ces deux points, reflétant la volonté du général de conserver la pleine et entière liberté pour la France de définir ses choix stratégiques.

Donc, sur ce plan aussi, cette tribune fait un contre-sens majeur. NS est bien aux antipodes du gaullisme en matière de relations internationales.

Portrait de Laurent Mauriac

De Laurent Mauriac

Rue89 | 14H18 | 03/04/2008 | Permalien

Nous avons tous ici de la chance d'avoir Justin Vaïsse parmi nous. D'abord parce qu'il est l'un des meilleurs spécialistes des relations franco-américaines. Ensuite, rien ne l'oblige à choisir notre site pour exposer ses vues. Justin Vaïsse nous fait l'honneur d'intervenir sur Rue89. Sa présence nous est précieuse, pour la construction du débat sur notre site, un débat contradictoire, mais étayé par des arguments et non nourri par des invectives. Comme l'a dit Thiery, si nous ne partageons pas les vues des intervenants, battons-nous pour qu'ils puissent les exprimer. Et faisons-leur bon accueil.

Portrait de jac le rat

à Laurent Mauriac Portrait de Laurent Mauriac De jac le rat

aventurier | 17H22 | 03/04/2008 | Permalien

Compris, les enfants ? ! ! !
Laissez tranquille votre petit camarade.
Finie, la récréation.

Merde, alors !

Portrait de Azrael

De Azrael

14H21 | 03/04/2008 | Permalien

Je ne pige pas la raison de ce débat. Gauliste or not Gaulliste. C'est pas le problème !

Ce qui importe c'est l'envoi de soldats supplémentaires en Afghanistan. Et sur le sujet, M. Vaïsse glisse un peu vite.

Cela fait maintenant plus de 7 ans que l'OTAN est dans ce pays et que les « ennemis » contrôlent toujours près de 70% ddu territoire . En quoi 1000 mercenaires français (car ce sont des mercenaires, puisqu'ils en font leur métier) de plus peut contribuer à stabiliser le pays ?

@Marie 75. Faut pas t'énerver comme ça. Laissons causer le Justin si ça l'amuse. Nous avons tous les moyens de résister à sa propagande sans complexe !

Portrait de Caius

à Azrael Portrait de Azrael De Caius

Expert en management | 14H33 | 03/04/2008 | Permalien

Il y a au moins une bonne raison pour ne pas laisser Nicolas 1er endosser l'étiquette de gaulliste : c'est que le gaullisme a en quelque sorte valeur d'icône en France, bien sûr surtout parmi un certain nombre d'électeurs de droite, mais aussi parmi un certain nombre à gauche (il y avait des « gaullistes de gauche »).

Et donc il est important d'éclairer ceux qui ont la nostalgie de cette icône sur l'escroquerie qu'il y aurait à affubler le petit Nicolas de la défroque du grand Charles.

Sinon d'accord avec vous pour dire à Marie 75 de ne pas s'énerver, même si Justin Vaïsse a décidément une vision très étatsunienne de la chose ; laissons toutes les opinions s'exprimer, cela permet d'en débattre et de remettre les choses à leur juste place.

Portrait de Azrael

à Caius Portrait de Caius De Azrael

14H37 | 03/04/2008 | Permalien

Je ne pense pas qque le Génie des Hauts de Seine la réclame, l'étiquette.
Quant aux gaullistes, vu la date de la mort du grand, ils ne doivent plus être trés nombreux ni influents…

Mais je conviens que la pub marche encore…

Portrait de Caius

à Azrael Portrait de Azrael De Caius

Expert en management | 16H12 | 03/04/2008 | Permalien

Vous avez raison, Azrael, il ne la cherche pas, il se prend déjà pour Napoléon 1er. Mais quand quelqu'un cherche à la lui coller, il faut dénoncer l'imposture. Parce que c'est de la publicité frauduleuse.

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