
Néoconservateurs américains : Le Monde fait du néo-n'importe quoi
Je n'aime pas jouer à l'universitaire pointilleux qui recense une à une les erreurs des journalistes dans son domaine de spécialité. D'abord parce que la plupart de ces erreurs ne prêtent pas vraiment à conséquence. Ensuite parce que moi aussi je fais sûrement des erreurs, mais planquées dans des revues spécialisées. Enfin parce que c'est la trêve des confiseurs.
Mais à un moment, « faut arrêter, les gars » comme dit un bon ami, et les journalistes ont tout de même un devoir d'exactitude, surtout quand les sources d'information sont largement disponibles. Après tout, la formule veut qu'ils écrivent la première version de l'histoire, alors ça ne peut pas laisser les historiens indifférents.
« Un échec intellectuel » publié dans le Monde. En effet…
J'avais tiqué une première fois lors de la parution d'un article du Monde intitulé « L'échec intellectuel du néoconservatisme » le 23 novembre 2008 (reproduit sur ce blog).
L'article n'était pas inintéressant, il était même important. Il reprenait de nombreuses analyses, notamment de David Brooks et Mark Lilla, diagnostiquant la sclérose du parti républicain qui se referme sur son aile la plus populiste.
A force de stigmatiser les « intellectuels libéraux du Nord-Est » et les « médias élitistes », et de glorifier Joe le plombier, « Joe Sixpack » [l'Américain moyen, ndlr], et Sarah Palin, les républicains ont jeté le bébé (l'importance d'une force de frappe intellectuelle) avec l'eau du bain (« les élites éduquées »).
Seulement, il s'agit bien là de « l'échec intellectuel du parti républicain », et pas des conservateurs, et encore moins des néoconservateurs… On pourrait bien sûr évoquer un « échec intellectuel du conservatisme » (qui n'a pas su s'adapter aux temps nouveaux, ce que suggère l'article sans développer), ou un « échec intellectuel du néoconservatisme » (dont la vision du monde aboutit à une impasse, par exemple en Irak), mais c'est un autre article.
Car le plus embêtant, c'est l'absence de distinction entre conservateurs et néoconservateurs. En réalité, non seulement ce n'est pas du tout la même espèce politique, mais ils entretiennent des relations d'amour-haine -et le plus souvent de haine.
Reprenant en la tronquant une phrase de Mark Lilla, l'article qualifie par exemple la National Review de « revue néoconservatrice-phare », et le Weekly Standard d'héritière intellectuelle de William Buckley, ce qui est un contresens dans les deux cas.
D'ailleurs, à l'exception de Bill Kristol au Weekly Standard, ceux qui, à droite, ont été les plus nombreux à attaquer la nomination de Sarah Palin pour incompétence et populisme ont été les néoconservateurs (Charles Krauthammer, Ken Adelman, David Brooks, Max Boot, David Frum, et les autres), donc on ne voit pas bien pourquoi leur attribuer cet échec.
Tu pinailles, tu pinailles…
Mais me direz-vous : est-ce bien grave ? Faut-il vraiment s'embêter à faire la différence entre deux familles idéologiques qui ont l'air d'être blanc bonnet et bonnet blanc ?
Ma réponse : oui, il faut. C'est comme si, vu de loin, on vous disait que les gaullistes c'est pareil que les libéraux d'Alain Madelin et, allez, pour faire bonne mesure, que l'orléanisme pro-européen démocrate-chrétien façon Bidault-VGE-Bayrou. Kif-kif.
Or, transposé aux Etats-Unis, ça donne par exemple la différence entre la guerre et pas la guerre. De nombreux conservateurs se sont opposés à la guerre en Irak, même si beaucoup se sont crus obligés de la soutenir puisque l'administration Bush l'avait décidée, tandis que tous les néoconservateurs l'ont activement promue. (Cette guerre entre différentes familles de la droite au sujet de l'Irak est l'objet de « The Right War », un recueil passionnant.)
Je pourrais développer, mais à titre d'illustration, regardez juste cette couverture de l'American Conservative daté du 12 janvier 2009 consacrée aux Neocons (et ce n'est pas un retournement de veste : cette famille de conservateurs a toujours tiré à boulets rouges sur les Neocons).
Mais, m'objecterez-vous encore, tu dis ça parce que tu viens de publier un livre sur le sujet (avec son site compagnon), donc tu es familier de ces trucs-là, mais les journalistes ne connaissent pas forcément ces subtilités et de ton bouquin, ils s'en tamponnent le coquillard.
Les journalistes du Monde ne lisent pas leur journal ?
Sauf que, encore une fois, c'est peut-être un peu compliqué, mais c'est une distinction très importante pour comprendre la politique étrangère américaine. Si vous confondez Henry Kissinger [secrétaire d'Etat de Nixon et de Ford, ndlr] et Bill Kristol [l'un des fondateurs du mouvement néo-conservateur, ndlr], Colin Powell [secrétaire d'Etat de George W Bush, ndlr] et Robert Kagan [chef de file des néo-conservateurs, ndlr], vous ne comprendrez rien au film.
Et non seulement il y a des sources de base sur le sujet, pas forcément géniales mais qui donnent le B.A.-ba, mais il y a surtout un quotidien du soir de référence qui a fait un compte-rendu très subtil et informatif de mon livre fin octobre 2008, et un directeur de la rédaction du même canard qui a co-écrit avec son directeur des relations internationales « L'Amérique messianique, Les guerres des néo-conservateurs », un très bon ouvrage sur le néoconservatisme (mais achetez plutôt le mien quand même).
Les journalistes du Monde n'ont qu'à se donner le mal de lire les journalistes du Monde, pétard, c'est quand même pas trop demander pour un quotidien de référence ! Et il n'y a pas de relecture interne des papiers des collègues, au Monde ?
Non, « Le Choc des civilisations » n'est pas un texte néoconservateur !
Si jusque là je n'avais pas pris la plume, c'est que bon, tout le monde peut se tromper, et tout cela n'est pas bien grave. Mais le même journaliste a récidivé dans Le Monde avec la nécrologie de Sam Huntington, dont « Le Choc des civilisations », nous informe-t-il, est « tenu pour être l'un des textes fondateurs de l'idéologie néoconservatrice. »
Là, on plonge la tête la première dans le grand n'importe quoi. Et le problème, c'est que comme il s'agit du Monde, que l'article va rester en ligne, qu'il va être repris, pleins de gens vont gober cette bourde, la répéter et la reproduire.
Reprenons : sans entrer dans les subtilités, les néoconservateurs ne sont pas des culturalistes comme le sont beaucoup de conservateurs, ce sont des universalistes, c'est leur côté gaucho et jacobin.
Pour eux, ce n'est pas la culture ou la religion qui compte, mais le type de régime politique, et le monde est divisé en deux camps, les démocraties et les tyrannies (voir le dernier livre de Robert Kagan, « The Return of History and the End of Dreams », qui reprend ce point).
A leurs yeux, l'Amérique est ainsi bien plus proche de la Turquie démocratique ou du Japon que d'un pays occidental qui serait tyrannique (bon, je n'en ai pas sous la main, mais vous voyez l'idée).
Bref, non seulement faire du « Choc des civilisations » un texte « fondateur » du néoconservatisme est un anachronisme flagrant (le néoconservatisme existe depuis la fin des années 60), mais c'est un contresens politique et idéologique complet. C'est au contraire en s'appuyant en partie sur les théories d'Huntington que des conservateurs à la Pat Buchanan ont pu combattre l'intervention en Irak promue par les Neocons, sur le thème : la démocratie n'est pas pour les Arabes (/les musulmans), qu'allons-nous faire dans cette galère ?
Le Monde est en bonne compagnie : les raisons du n'importe quoi
Ne croyez pas que je m'acharne sur ce journaliste du Monde. D'abord, comme je l'ai dit, Le Monde a parfois fait un travail de pionnier sur ce sujet. Ensuite, d'autres journaux ont fait des erreurs similaires, comme Le Figaro.
D'inombrables hommes politiques adorent parler des « néoconservateurs », sans savoir le moins du monde de quoi ils parlent. J'avais déjà, en mai 2007, attaqué dans ces colonnes (hé oui je suis un vieux de la vieille, j'habite au tout début de la Rue89, au n°41, si c'est pas la classe, ça) le pamphlet d'Eric Besson, intitulé « L'inquiétante “rupture tranquille” de Monsieur Sarkozy ».
Ce texte socialiste accomplit l'exploit d'être à la fois plein de relents maurassiens (Sarkozy comme étranger), islamophobe et antiaméricain. Et il utilise le néoconservatisme pour inquiéter : Sarkozy est un néoconservateur ! Ouh là là, je ne sais pas trop ce que c'est, mais ça fait peur.
Blague à part, je crois que le néoconservatisme, en tant que concept, est victime de trois phénomènes. D'abord, son nom, ou plus exactement le préfixe de ce dernier. Comme je le disais dans une interview à un site sur les théories du complots, le préfixe « néo », est une invitation aux fantasmes. Le « néo » sent le soufre : néo-nazi, néo-fondamentaliste, etc.
D'ailleurs, c'est plus mystérieux, plus séduisant, plus excitant -et ça fait aussi plus savant- de parler des « néoconservateurs » que des « conservateurs »… même si en fait on veut effectivement parler des conservateurs. Mais avec « néo », on a le frisson de l'interdit, du sulfureux, de l'idéologique.
Les deux autres raisons sont d'une part le lien entre le pouvoir des idées et la guerre (ça fascine toujours), et d'autre part la complexité même du néoconservatisme.
Quelques repères pour mieux distinguer néo et anciens « cons »
Ben justement, donc au bout du compte, c'est quoi le néoconservatisme ?
Ah, mais pour ça il faut acheter mon bouquin, y'en a même d'occase sur Amazon (des cadeaux de Noël rejetés ? ), et il ne fait que 288 pages.
Bon, je vous entends déjà râler, alors je veux bien donner quelques raccourcis -mais je vais pas me relancer dans une longue explication, j'en ai assez écrit pour cette année et le réveillon m'attend, je promets pour plus tard, s'il y a de la demande- un post du Justin Blog détaillé sur la différence entre conservateurs et néoconservateurs, car c'est un sujet important et intéressant.
Pour un aperçu historique simple, vous pouvez commencer par cet article de la revue L'Histoire que j'ai écrit en 2004, continuer par un bilan du « moment néoconservateur » de 2002 à 2005 dans « L'hiver du néoconservatisme », et éventuellement mettre tout cela à jour avec cette interview récente déjà mentionnée, notamment sur le lien avec la guerre en Irak.
Si vous vous intéressez aux relations transatlantiques, voyez aussi « Les néoconservateurs américains et l'Europe : sous le signe de Munich » (2004). Si vous voulez d'autres points de vue par d'autres observateurs, en anglais, je recommanderais « A Tragedy of Errors » de Michael Lind, ou encore « The Pleasures of Reaction » du susmentionné Mark Lilla.
Enfin, personne ne parle mieux du néoconservatisme que les néoconservateurs : lire notamment « The Past, Present, and Future of Neoconservatism » par Joshua Muravchik, ou encore « After Neoconservatism » de Francis Fukuyama, un néocon repenti. Et joyeuse année 2009 !
► Rectifié le 1/1 à 15h19. Colin Powell était secrétaire d'Etat de George W. Bush, et non de son père. Nos excuses à Justin (qui n'est pour rien dans cette erreur) et aux riverains.
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De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 13H44 | 01/01/2009 |
Gnnnn
Bonne année Homère ..
De tintouin
14H05 | 01/01/2009 |
« Colin Powell [secrétaire d'Etat de George Bush père, ndlr] »
C'est faux.
Colin Powell était chef d'Etat Major des Armées US lors de la 1ere guerre du Golfe en 1991, sous la présidence de Bush père.
Il fut secrétaire d'Etat plus tard, à partir de 2001, sous l'ère de Bush junior. Son intervention en février 2003 devant le conseil de sécurité de l'ONU fut très médiatisée. Il y présenta « les preuves » US de la présence d'armes de destruction massive, justifiant ainsi d'attaquer l'Irak de Saddam.
à tintouin
De Yann Guégan
Rue89 | 15H22 | 01/01/2009 |
C'est corrigé. Merci pour votre vigilance.
De Janus 333
Slainte! | 14H45 | 01/01/2009 |
De l'art de couper les cheveux en quatre…. Beaucoup de bruit pour pas grand chose !
à Janus 333
De N A F
en territoire apache | 18H12 | 01/01/2009 |
au contraire Powells a l oreille d Obama en attendant mieux je
parierais sur un poste a la defense avant fin 2009
De abfaboune
14H59 | 01/01/2009 |
Heuuu. C'est un article ou de l'autopromo ? Une fois d'accord mais plusieurs ça devient désagréable.
De helios33
15H11 | 01/01/2009 |
Je m'intéresse depuis quelques années aux développements de l'économie qui se sont accélérés récemment avec la crise qui se déchaine. Et bien les seuls à avoir vu juste depuis le début, dont les analyses se sont trouvées confirmées, et qui ont même prévu ce qui allait se passer, sont, à part quelques individus isolés comme Roubini, les « libertariens » américains qui sont à peu près complètement ignorés en France (qui connait Ron Paul ? ).
De Phil2922
Retraite invalidité | 15H30 | 01/01/2009 |
En France aussi, la haine est profonde à droite entre Libéraux, Néo-libéraux, Gaullistes, Démocrates-chrétiens. Ils se gaussent d'être unis, contrairement au PS, mais à la moindre secousse sociale importante, leur édifice pourrait se lézarder plus vite qu'on ne le pense… ! !
http://phil195829.overblog.com
De Hououji_Fuu
Racaille Syndicale (oh yeah !) | 15H44 | 01/01/2009 |
Article intéressant parce qu'il nous rappelle les différences entre des termes bien souvent mélangés, même par des « sources authentiques ». Effectivement, ces distinctions ont toute leur importance, parce que même s'ils n'ont pas été « directement » au pouvoir (quoique des gens comme mon copain Wolfie ont hanté des couloirs et puis sont passés faire leurs dégâts au FMI avant de retourner à leurs chères études…), ils ont plus qu'influencé la politique US durant les années Bush.
Profitant d'une combinaison unique d'absence d'un « vrai » président à la Maison blanche et de l'effroi/refus/fureur à la suite des attentats du 11 septembre, les « thinktanks » neo-cons (j'adore, personnellement, en français ça donne si bien) ont pu habilement manoeuvrer et étendre leur influence comme jamais auparavant. Ces groupes de pensée (oserai-je dire « forums de discussion » ? ) ne sont jamais rien d'autre que des lobbies, avec des objectifs plus universels et plus larges que la plupart, mais bon. Après tout, au Vatican à certaines époques, on voulait aussi apporter au monde le modèle idéal (enfin, on veut toujours, mais on est heureusement retombé au niveau « tiens v'là encore l'autre » de la portée des discours)…
Et Penser que Palin aurait été poussée en avant et soutenue par les néo-cons…brrrrrrr
Bref, des rappels bien utiles.
Deux regrets cependant :
- le timing (réveillon) qui fait qu'avec le jeu des votes, au moment où les gens sortiront des cuites de la veille, l'article risque d'avoir dérivé vers les bas de page.
- le renvoi vers des articles externes pour réexpliquer ce qu'est le néo-conservatisme, alors qu'il aurait été utile d'utiliser la science de l'auteur pour la faire partager directement avec les lecteurs ici-même, mais bon, pub pour bouquins, sites, etc. Un peu gros et voyant, même si très humain, et donc compréhensible !
De Chris du Fier
Chroniqueur | 16H49 | 01/01/2009 |
La qualificatif de neocon utilisé par l » auteur de l » article pour décrire une nouvelle pensée politique, voir une doctrine politique, aux USA me semble plutôt refléter les états d » âme de journalistes et autres chroniqueurs français - qui viennent tous de sombrer dans l » Obomania primaire- que la réalité de la mentalité et de la psychologie du peuple américain.
L » utilisation des sectes religieuses ( désolé.. mais en tant que catholique de France, je ne peux taxer ses dérivés de notre religion originelle que comme des sectes) se pratique par les adhérents des deux grandes formations politique de ce pays.
Sans trop me tromper, j » oserai affirmer que l » on trouve plus de neo-chrétiens chez les démocrates que chez les républicains.. Curieux, vous me direz. Ayant vécu prés de 15 ans dans ce pays, je peux vous l » affirmer..
Eh oui, comme chez nous les anciens de la révolution culturelle qui se baladaient avec des fleurs dans les cheveux il y a encore peu de temps à San Francisco, se promène maintenant avec une croix en bois dans leur 4x4 et une bible dans la boîte à gants.
Des bobos américains, quoi ! … On n » a rien inventé sur la rive gauche de la Seine. Il n » y a qu » à écouter certains propos de notre Ségolène nationale et de certains ancien « révolutionnaire'…
Alors ! qu » est ce exactement un neoconservateur américain ? …
Mes moyens intellectuels ne me permettent pas de déchiffrer l » excellent article de Justin Vaïsse.
J » aimerai qu » il fasse un petit rapprochement ou une comparaison avec ce qui est existant en France. Contrairement aux USA, les partis politiques ne manquent pas chez nous. Il n » a que l » embarras du choix. Allez ! .. un petit effort, svp..
De siko
cherche un moyen élégant pour gagne... | 17H10 | 01/01/2009 |
Comme d'habitude, une vraie finesse dans l'analyse conceptuelle. Merci des précisions que vous apportez sur ce thème dont nous appréhendons mal, au final, la complexité, « de loin » (vu d'Europe).
Quant à vos conseils sur une éthique journalistique plus exigeante, qui ne s'y retrouverait pas ?
Espérons que les quelques précisions que vous apportez ici ne vous empêcheront pas de publier de nouveau dans un quotidien qui ne doit pas revoir ses ambitions à la baisse.
De Anastaze
☺ | 22H05 | 01/01/2009 |
La meilleur définition du néo-n'importe quoi, est de mon point de vue celle que notre président à donné pour définir son plan de relance de l'économie : « J'essaie d'être pragmatique ».
Nicolas Sarkozy - Discours de Rethel - 28 oct 2008
envoyé par Richard-MALLIE
Autrement dit mon plan, il est que je n'en ai pas, que je navigue à vue et que je suis dans une sacrée merde, mais je vous le dit avec une telle ferveur que vous, bande de pignoufs, vous n'y voyez que dalle.
Parce que les néo-machins, ce n'est rien d'autre qu'une rhétorique élaborée dans des think-tanks (vu sous cet angle, le discours de Rethel est une petite perle, il y essaie en réalité de sauver son projet de prêts hypothécaire, c'est pourquoi il trébuche sur le mot « crédit »).S'ils doivent être combattus, ce n'est pas par des bons sentiments mais par une autre rhétorique, ou si on y répugne un démontage des artifices des néo-trucs.
Quand aux rapports entre Huntington et le néolibéralisme il suffit de lire ce petit texte (extrait du Choc des civilisations) pour comprendre qu'ils sont aux antipodes (tout au moins aux antipode de la politique des USA) :
« L'Occident devra de plus en plus s'accommoder des civilisations modernes non-occidentales, dont la puissance rejoint celle de l'Occident, mais dont les valeurs et les intérêts diffèrent significativement des siens. Cela demandera à l'Occident de développer une bien meilleure compréhension des principes religieux et philosophiques de base, qui sous-tendent les autres civilisations et la façon dont les peuples de ces civilisations envisagent leurs propres intérêts. Cela demandera un effort pour identifier les éléments communs entre les autres civilisations et l'Occident.
Pour le futur tel qu'il est envisageable, il n'y aura pas de civilisation universelle, mais, à la place, un monde fait de civilisations différentes, chacune ayant à apprendre à coexister avec les autres. »
De lanterne rouge
à cheval sur mon yawl | 18H56 | 01/01/2009 |
c'est vrai que cette manière de faire de la néo-pub sur soi-même est ridicule… les ventes du bouquin n'ont pas été bonnes ou le homard breton trop cher ?
De Anastaze
☺ | 19H29 | 01/01/2009 |
La première fois que j'ai entendu un discours néolibéral, c'était en 1967 et c'était en France.
Prévenus
De Mohamed_NY
Senior Vice President | 20H32 | 01/01/2009 |
Bonjour,
Evidemment d'aprés Justin Vaisse, commercial à souhait et jusqu'aux bouts des mots, pour savoir ce que sont les néocons il faut lire son livre. J'en aurai bien ri si cela ne relevait que du pur phantasme commercial d'un écrivain soucieux de comptabiliser le nombre d'exemplaires vendus et par la même son compte en banque. Mais j'avoue être sidéré par ce mélange inextricable de malhonnêteté intellectuelle, de raccourcis, et de simplisme qui tend à vous vendre un produit ('sa » façon d'interpréter à contre-sens des FAITS, aujourdhui doctement établis et bien documentés) en leur donnant un label AAA (en considérant que sa perspective est la plus juste). Et pour rester « collé » au contexte de la crise financière d'aujourdhui et de son jargon, je qualifierai ce mélange inextricable de « titrisation d'idées fausses (à défaut de “pourries”, car je suis poli en ce début d'année ! ) comme une ultime tentative, desespérée, de réécrire l'histoire voire de la manipuler. Cela a commencé par Francis Fukuyama qui n'a pas arrêté, à la suite de l'échec de l'armée américaine en Irak, de se dire combien il s'est trompé d'avoir dit “oui à l'invasion de l'irak”, car il ne s'attendait pas à ce que “son exécution soit si inefficace (sic ! ! ) (interview avec Charlie Rose sur PBS) et s'est bouclé la semaine passée avec l'hommage appuyé de Fouad Adjami à Samuel Huttington dans le Wall Street Journal, vantant (comme vous ! ) la portée de son ‘clash des civilisations et la menace issue notamment du monde musulman'. Point de vue dont vous reprenez d'ailleurs les idées et qui, vous le savez bien n'impacte aucune conscience américaine aujourdhui, à part peut être Mme Huttington elle-même !
Finalement, il y a une cohérence à tout cela : Fukuyama, Vaisse, Adjamai : trois de John Hopkins University et SAIS ! Difficile de s'étonner de l'angle de vos anlyses, ajouter à cela le Brooklyn Institute, et la boucle de la malversation intellectuelle est bouclée !
Je n'ai bien entendu pas envie au soir d'un 1er Janvier de décortiquer votre art consommé de mélanger les antithèses du oui mais ..’ avec le ‘non ce n'est pas vrai..’ approche bien connue et maitrisée de la propagande néocons qui a consisté a jouer sur des évidences simplistes structurées autour de mensonges ‘argumentés’ pour à la fois inventer un ennemi (l'Irak), le désigner (Saddam Hussein), conceptualiser sa nécessaire destruction (c'est en cela que ‘le clash des civilisations’ de Huttington est à la fois le support et le point focal de la démarche meurtrière des néoscons ), et le détruire. Et de la même manière argumenter à travers une sombre confusion, sciemment entretenue, entre la condamnation de ‘l'invasion de l'irak’ et celle de sa mise en oeuvre (histoire de séparer les bons conservateurs et démocrates américains des néocons qui ‘aspirent à l'universalisme’ que vous assignez avec une placide forfaiture ! Pour un peu, vous auriez cité Fouad Adlami, comme preuve de cet universalisme.
Je vous fais grâce de vos contre-vérités (je suis poli en ce début d'année sinon j'aurais parlé de mensonges ! ). Outre votre dédouanement de Huttington, je vous signale que contrairement à ce que vous assénez - faussement ! - (et là encore je reste toujours poli, en dépit du fait que vous commenciez l'année par des affirmations contraires à la vérité), qu'aussi bien David Brooks (dans les colonnes du NYTimes ou dans ses débats sur PBS, n'a jamais cessé d'applaudir le choix de Sarah Palin en qui il trouvait toutes les qualités de leader et corollairement se félicitait du ‘bon jugement’ de McCain pour l'avoir choisie. Il en est de même pour Charles Kauthammer qui, certes plus cynique (un trait de sa personnalité), prévoyait tout e même la victoire de Obama non pas à cause d'elle mais parce que selon lui les américains, hélas, auront à faire le choix entre Obama et …McCain ! ! . Sans commentaires ! !
Je comprends pourquoi vous cherchez à tout prix à vendre votre livre en France, ici aux USA, mêmes les néocons ne vous l'auraient pas acheté tant vos arguments sont erronés, simplistes et dépassés.
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 08H57 | 02/01/2009 |
Les neocons US ne cessent de perdre de l'influence depuis 2006 et ce n'est pas Palin qui va les sauver. Bien au-dela, le GOP est en pleine PSisation :
http://e-blogules.blogspot.com/2008/11/sarah-palin-and-segolene-royal-sy…
Si le mouvement neocon a evolue depuis l'origine (« liberaux » convertis, en particulier pendant les annees Reagan), l'Europe de l'Est demeure un bastion. Ces interventionnistes a la diplomatie expeditive ont tisse un joli reseau sous les 2 mandats Bush-Cheney, et leur pouvoir de nuisance demeure intact au Moyen-Orient, par proxys interposes (ie Israel).
Sarko n'est pas plus neocon que theocon, mais il a fricote avec les deux. Esperons qu'Obama exerce une meilleure influence sur cette girouette.
De plouis59
medecin | 10H00 | 02/01/2009 |
Pour aller un peu a contrario de certaines critiques« (et apaiser un peu votre femme), je voulais vous feliciter pour l'excellence de votre article.
Humour et erudition font trop rarement si bon menage .
Reussir en quelques lignes à faire passer des idees fortes (et souvent à contre courant des idees reçues) en les rendant parfaitement intelligibles sans entrer dans la demago lenifiante ,tout cela meritais la peine de prendre une aspirine au petit dejeuner !
Vous evoquez entre les lignes le probleme du traitement de l'info .Bien entendu toute analyse est sujette aux sensibilites (pour ne pas commencer l'annee en se disputant c'est le terme le plus neutre que j'ai trouvé) de l'auteur ,neanmoins je trouve particulierement problematique que certains journalistes d'un quotidien de reference puissent etre pris aussi manifestement en defaut ! (surtout comme vous l'indiquez que les sources abondent)
je decouvre ce matin à la fois un auteur passionnant et un site tres prometteur(une bonne journee qui commence…)
ps : votre “retape n'etait pas lourde elle etait au contraire tres drole et permettait au texte une aeration salutaire en ces lendemains de fete…
De Venezuela
vit aux Pays-Bas | 14H16 | 02/01/2009 |
Best of Bill Maher on
Religion : http://www.youtube.com/watch ? v=WmUvhKr9SPk&feature=related
Jesus Camp : http://www.youtube.com/watch ? v=309MCU8TonE&feature=related
his new film « Religulous, » a documentary slated for release October 3 : http://www.youtube.com/watch ? v=PHH2JItePlc
De ST
enseignant | 21H51 | 03/01/2009 |
Bonsoir,
Je viens juste de terminer votre livre, que j'ai consulté dans le cadre de mes recherches de doctorat sur la « contre-insurrection » en Irak. Je dois vous féliciter pour la clarté de votre propos et la profondeur de la réflexion que vous avez mené sur ce sujet ô combien délicat.
De fait, je partage complètement votre analyse sur l'apport relatif de certains néoconservateurs proclamés dans le déclenchement de la guerre en Irak, même si je crois surtout que les néoconservateurs ont servi de catalyseurs à la décision de Dick Cheney et Donald Rumsfeld. En témoignent d'ailleurs la critique persistante d'une partie des « néocons » et de leur poulain de 2008 (le sénateur McCAIN) sur le problème des effectifs en Irak, et leur promotion corrélative de la « contre-insurrection ».
D'ailleurs, j'avais écrit il y a tout juste un an un article (plutôt prétentieux et moins bien informé que vous ne l'êtes par définition) sur le rapport entre les néoconservateurs et la RMA (voir les Cahiers du RMES de l'hiver 2007/2008). Bourré de fautes et d'approximations, cet article soutenait que le réseau néoconservateur (notamment ce « néoconservatisme stratégique et nucléaire » autour de WOHLSTETTER et de ses disciples) avait servi de point de rencontre à différentes sensibilités et personnalités pour promouvoir le thème de la Révolution dans les Affaires Militaires. On retrouve en effet de nombreux thèmes communs au CPD et à la Team B. Mais surtout, je tentais d'expliquer comment la RMA avait eu rang de « doctrine nationale de sécurité » (à travers les documents de 2002 et 2006) grâce à la conjonction entre une « Révolution civile des Affaires militaires » (propre au DoD et dont RUMSFELD était l'instigateur) et les réseaux proches ou ayant été néoconservateurs.
Bref, je me pose aujourd'hui la question de savoir en quoi la « COIN » est aussi (mais pas seulement) l'émanation de l'influence des thèmes intellectuels des néoconservateurs du 2ème et du 3ème âge.
Quoiqu'il en soit, je ne manquerais pas de faire un compte-rendu de votre livre sur mon blog (http ; //coinenirak.wordpress.com).
Cordialement
ST
De rigas
sociologue | 12H00 | 04/01/2009 |
@Jstin Vaisse (Ce qu'il y a de bien dans les exemples c'est qu'on peut discuter).
JV dit :
A leurs yeux, l'Amérique est ainsi bien plus proche de la Turquie démocratique ou du Japon que d'un pays occidental qui serait tyrannique (bon, je n'en ai pas sous la main, mais vous voyez l'idée).
Ben justement, c'est un peu le problème, non ? Mais, les pays occidentaux n'ont pas toujours été démocrates que je sache. Et tendent même sérieusement à vouloir se passer de démocratie. Et tout le monde à l'air d'aimer çà, ce qui est inquiétant. C'est le sujet d'un autre article.
Merci pour cet article éclairant.