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Chercheur à la Brookings Institution

Trop tard pour McCain (et pour la surprise d'octobre)

McCain à Allentown, Pennsylvanie, le 27 octobre 2008 (Brian Snyder/Reuters).

Parmi toutes les nouveautés de cette élection, il en existe une qui change la donne en matière de prévisions : le vote anticipé, qui s'est considérablement développé, dans 30 Etats, surtout suite aux fiascos de 2000 (Floride) et 2004 (Ohio).

Lundi dernier (le 29 octobre), d'après Gallup, 18% des électeurs américains inscrits avaient déjà voté, et 15% prévoient de le faire avant le mardi 4 novembre, soit un total d'un tiers de l'électorat réel, un chiffre en progression de plus 10 points par rapport à l'élection de 2004.

Les démocrates, électeurs prévoyants (et mobilisés)

Or, traditionnellement, les électeurs prévoyants sont plutôt républicains. Mais cette année, il semble au contraire qu'ils soient démocrates : ceux qui ont déjà voté auraient choisi Obama par 10 points (53% contre 43%), tandis que ceux qui prévoient de le faire avant le mardi 4 novembre choisiraient Obama par 14 points (54% contre 40%). Le Pew Center rapporte des chiffres comparables (15% avaient déjà voté le 26 octobre, 53-34 en faveur d'Obama, et 16% d'autres prévoient de le faire avant le 4, 56-37 en faveur d'Obama).

Bien sûr, il faut croire les sondages, et on se laisse toujours avoir, surtout quand les marges paraissent si nettes. Or, cette élection apparaît si atypique, l'électorat a l'air de changer de façon si profonde, que les professionnels eux-mêmes reconnaissent qu'ils sont un peu perdus, et que leurs modèles hérités de 2004 pourraient être à côté de la plaque. Mais malgré tout, si l'on croit les sondages, on peut en tirer trois conclusions.

D'abord McCain, sur les 66% d'électeurs qui ne voteront que le mardi 4 novembre, jour officiel du scrutin, doit faire plus que renverser la tendance, et obtenir non pas une bête majorité de 50%, mais (puisque Obama aura déjà obtenu à ce stade, si l'on en croit Gallup, 17,64% contre 13,74% des électeurs) au minimum 52,8% des votes qui s'exprimeront ce jour-là.

McCain : reprendre l'avantage… mais aussi compenser les pertes

Autrement dit, il doit obtenir plus de 36,26% du total de l'électorat, contre seulement 32,36% nécessaires à Obama pour atteindre 50%), afin de compenser son retard existant parmi les votes anticipés. Bref, non seulement McCain doit, d'ici mardi, reprendre l'avantage s'il veut l'emporter, mais il doit également compenser les pertes déjà enregistrées et acquérir en quelques jours une sorte de super-marge d'avance.

Et encore, je raisonne ici de façon simplifiée, puisqu'on sait bien (et Al Gore mieux que quiconque) qu'il ne suffit pas de remporter 50% du vote populaire, mais que l'on gagne Etat par Etat, à cause du système « winner-take-all ».

Mais même comme ça, Obama semble favori : d'après mon collègue Michael McDonald, compte tenu du fait qu'Obama semble en tête dans tous les Etats que Kerry avait remporté en 2004, et que par ailleurs il semble également en tête dans le Colorado (gagné par Bush en 2004), où 60% des électeurs auront voté par anticipation avant le mardi 4 novembre, McCain pourrait n'être même plus en mesure, le fameux mardi 4, de rattraper son retard dans le Collège électoral.

Deuxième conclusion : Ben Laden aussi doit se dépêcher pour sa surprise d'octobre –si l'on suppose qu'un attentat ou une cassette jouerait en sa faveur. Car à ce jour, environ un électeur sur cinq n'est déjà plus susceptible d'être influencé, et à la fin du week-end, ce sera près d'un sur trois.

Les sondeurs vont-ils gâcher la soirée ?

Dernière conclusion : notre soirée électorale va être à la fois moins angoissante et plus angoissante. Moins angoissante, parce qu'un tiers de l'électorat aura déjà voté, en majorité pour Obama. Plus angoissante, parce que, si les écarts d'intentions de vote se resserrent d'ici là comme cela semble se produire à l'heure où j'écris ces lignes, ou bien que les démocrates ait, contrairement à l'habitude, été surreprésentés parmi les « votants précoces » pour des raisons autres que politiques (la mobilisation de l'électorat noir notamment en Géorgie, Floride et Caroline du Nord), les sondages de sortie des urnes risquent de gonfler le score final des républicains… sauf si les sondeurs intègrent dans les « sondages sortie des urnes » les sondages sur les votes par anticipation.

Article modifié le 30/10/2008 à 12h45, l'auteur ayant souhaité préciser certains points.

Photo : John McCain à Allentown, Pennsylvanie, le 27 octobre 2008 (Brian Snyder/Reuters).

3 commentaires sélectionnés

Portrait de Luk

De Luk

01H12 | 30/10/2008 | Permalien

Le vote par anticipation est un outil formidable.

En Suisse, on vote par correspondance. On reçoit le matériel de vote à la maison un mois à l'avance, sans avoir besoin de s'être inscrit nulle part, ce qui évite de rater un délai administratif.

Ainsi, on obtient le texte à voter, ou les listes de candidats, un mois à l'avance. On a le temps de discuter et quand on se sent prêt, on remplit les bulletins, on relit deux fois, trois fois, puis, on va déposer notre enveloppe scellée - soit à la poste, soit à l'urne réservée à cet effet.

C'est d'un confort imparable. Pas besoin de se lever le dimanche matin, pas besoin de faire la queue, et on peut faire ça quand on a le temps, à tête reposée.

Outre le bienfait sur les taux de participation (on reçoit un bulletin à la maison, dans une enveloppe caractéristique. Difficile d'oublier de voter si on compte le faire), ce système augmente sans doute la qualité du vote en étalant le processus. Le coup d'éclat du dernier moment perd un peu de son intérêt par exemple.

Bonne chance à Obama.

Portrait de Alex Engwete

De Alex Engwete

Consultant | 03H19 | 30/10/2008 | Permalien

Le grand problème, pour McCain à ce stade de la campagne électorale, c'est le manque d'argent. Le soir du mercredi 29 octobre, par exemple, Obama a acheté pour 5 millions de dollars 30 minutes de 7 chaînes de télévision pour la diffusion d'un « informacial » (publireportage) dans un créneau horaire de grande écoute (20 h, heure de l'est des USA) — touchant près de 40 millions de ménages. Ce documentaire narré par Obama a été si bien chronométré qu'il a coïncidé avec le direct de la fin d'un meeting d'Obama en Floride. Voici l'extrait de la pub sans le meeting « live » :

Portrait de Venezuela

De Venezuela

vit aux Pays-Bas | 08H55 | 30/10/2008 | Permalien

Hier, il a dit « je ne vous promets pas de changer le monde mais au moins j'essaierai“- Pour toutes les minorites dans le monde, l'immage d'une famille noire a la Maison Blanche sera plus forte que celle de Mandela.
Obama est a l'image du monde : je ne sais pas pour vous, mais moi par exemple, mes parents sont de 3 pays differents, je suis nee en France, et j'en suis a mon 8 pays. Mon mari est francais d'origine portuguaise.
Et puis, les enfants des ghettos (qui ont pour habitude de se moquer des premiers de la classe et disent que les etudes ne servent a rien) verront qu'il y a d'autres moyens de s'en sortir que le rap, le sport ou le deal.
Obama est loin d'etre un imbecile : tous les candidats democrates qui se sont declares contre la peine de mort ont ete battu. Bien sur qu'il s'est demarque de McCain sur l'avortement (relisez ou revoyez le debat…).
Obama est d'abord americain, donc il defendra d'abord les interets des americains.

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