Flop olympique pour la flamme à Paris

Incidents et arrestations ont émaillé le parcours prévu dans la capitale, et la flamme a fini le trajet jusqu'au stade Charléty en bus.

La police maîtrise un manifestant qui tente de s'emparer de la torche (Patrick Kovarik/Reuters).

Le climat était électrique ce lundi martin sur le parcours de la flamme olympique dans les rues de Paris. Les manifestants pro-Tibétains et pro-Chinois se faisaient face, à quelques centimètres les uns des autres, devant des CRS réunis en nombre pour l'occasion.

A pied, à rollers, en moto ou en voiture, les policiers étaient répartis le long du trajet. Une bulle protectrice d'environ 200 mètres de long a d'ailleurs été constituée autour du porteur de l'emblème des JO, composée de 65 motards, 100 policiers en rollers et 32 véhicules de CRS. A plusieurs reprises, des manifestants qui essayaient de courir vers la flamme ont été rattrapés, de manière musclée. (Voir la vidéo.)


Dans ces conditions, il était difficile de voir passer la flamme... Cette dernière a finalement été mise à l'abri, comme le raconte Alexis Marant, journaliste de l'agence Capa, présent sur place pour un reportage d'Envoyé spécial:



Delanoë zappé
par la Chine


L'itinéraire de la flamme olympique a été modifié au dernier moment lundi en milieu d'après-midi. Motif: l'ambassade de Chine a demandé in extremis que la flamme ne s'arrête pas devant l'hôtel de ville de Paris. Bertrand Delanoë, qui attendait au pied de sa mairie, a été prévenu une minute avant le passage de la flamme de cette décision des organisateurs, qui se sont donc pliés aux exigences des officiels chinois.

Contactée par Rue89, l'équipe municipale, visiblement outrée, s'interroge: est-ce à cause de la banderole dressée par la mairie "Paris défend les droits de l'homme partout dans le monde", ou en raison du drapeau tibétain hissé sur la façade par les élus Verts et RSF?

Renseignement pris auprès de la préfecture de police, une seule des torches a été officiellement éteinte "en raison d'une défaillance technique". Quoi qu'il arrive, la flamme ne cesse jamais de brûler pendant son parcours à travers le monde: elle est "conservée à l'intérieur du bus". A chaque relais, une nouvelle torche est allumée à partir de la flamme.

Alexis Marant a également filmé les cameramans chinois qui s'abstenaient de rendre compte des manifestations sur place:



Une conduite qui a déplu aux officiels. Alors qu'il bénéficiait de toutes les accréditations nécessaires, il s'est fait tout simplement débarquer du car par un CRS, à la demande des journalistes chinois:



Les derniers relais de la flamme olympique dans les rues de Paris ont été supprimés peu avant 17 heures, la torche gagnant en bus directement depuis l'Assemblée nationale son point d'arrivée, le stade Charléty, a-t-on appris de source policière.

En fin d'après-midi, les organisateurs ont finalement décidé de raccourcir le trajet prévu: arrivée à l'Assemblée nationale (dont les travaux ont d'ailleurs été suspendus, des députés souhaitant manifester), la flamme a pris à nouveau le bus pour arriver à l'heure aux cérémonies prévues dans le stade Charléty.

► Ajout le 7 avril 2008 à 19h: Reporters sans Frontières (RSF) a lancé plusieurs opérations, tout au long du trajet de la flamme. Dans deux lieux symboliques, sur la tour Eiffel et sur les Champs-Elysées, l'organisation est parvenue à déployer un drapeau géant sur lequel figure leur désormais célèbre logo: les anneaux olympiques remplacés par des menottes. Les banderoles ont été rapidement décrochées par la police et les militants interpellés.

De son côté, le secrétaire général de l'association, Robert Ménard a réussi à hisser le même drapeau vers 16 heures, en haut de Notre-Dame, alors que la flamme olympique s'approchait de l'Hôtel-de-Ville. Pour cette opération, il a "escaladé dans la nuit de dimanche à lundi la façade arrière de la cathédrale avec deux professionnels et un autre membre de RSF", selon un des responsable de l'organisation.

Selon le parquet de Paris, une vingtaine de personnes ont été arrêtés sur le parcours. Une seule a été placée en garde à vue, au commissariat du XVe arrondissement, pour "violences à l'encontre d'agent de la force publique" et "port d'arme prohibée".

Dans la matinée, la vice-présidente du conseil régional d'Ile-de-France, Mireille Ferri (Verts), a été interpellée par la police, alors qu'elle se dirigeait vers le Champ de Mars, munie d'un extincteur. Elle a été ensuite conduite au poste de police avant d'être relâchée quelques heures plus tard.

► Ajout le 7 avril 2008 à 23h15: Interviewé sur le plateau du Soir3 (France 3), l'ancien champion olympique de judo qui dirige la Commission des athlètes du Comité national olympique, David Douillet, est revenu sur les événements de la journée. Il sortait d'une réunion du Comité national olympique. Visiblement agacé, il a expliqué que selon lui, il fallait "arrêter cette mascarade du parcours de la flamme". A la question "fallait-il organiser les JO en Chine?", David Douillet a été très clair : "La réponse, on l'a vu en images. Ils ne sont pas au niveau. Non, on aurait pas dû le faire".

Vidéo: Antonin Sabot


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
Par PMB | lecteur écriveur
20H57    07/04/2008

On peut penser que l’attitude de la Chine dans cette affaire relève de l’autisme et du mépris (bon, pour le mépris, ne leur donnons pas tort !). Mais il semble qu’à l’intérieur*, il y ait en fait une vraie crainte de voir, si le pouvoir cède quoi que ce soit, le Tibet donner le signal d’un effritement de l’empire chinois comme s’est effondré l’empire soviétique.

L’attitude des pays occidentaux est en général, la France plus que les autres, d’une belle hypocrisie schizophrénique (enfin, plus hypo que schizo) : on veut avoir le beurre et l’argent du beurre, les contrats et la bonne conscience droidelhommiste. Parti comme c’est, on n’aura ni l’un ni l’autre. Personne parmi les gens de pouvoir ne veut admettre (because opinion publique) cette évidence : les Tibétains/Birmans/etc. on s’en fout, ce qui compte c’est business as usual.

Quant au supposé rôle des JO comme outil de paix entre les peuples, hihihohohaha.

* Il est important d'écouter ce que nous disent les Chinois. Pas sûr que nos manifestations, d'où le désir de bonne conscience et l'affirmation européo-centrée ne sont pas absents, fassent avancer quelque chose dans l'esprit des Chinois, qu'il y a lieu de mieux connaître et de moins caricaturer.

 
Par Essem
20H42    07/04/2008

Avez vous entendu Bernard Laporte au jt de France 2 ?
Pour lui ces manifestations donnent une mauvaise image de la France! Et partout la même réaction; la fête à été gâchée!
Aujourd'hui si la défense des droits et des libertés normalement prôné par la France ne sont plus défendus par nos dirigeants alors ce sont bien des usurpateurs qui ont réussis à prendre le pouvoir!
Pour moi, la réaction de la population est une formidable fête! Empêcher la flamme de circuler c'est empêcher les pourris du cio de se servir de ce symbole impunément!
On nous dit il ne faut pas confondre sport et politique! Comme si ce n'était pas la politique dirigée par le fric qui serait à l'origine de la désignation de la chine pour les JO.

 
Par ame | citoyenne de Poitiers
21H35    07/04/2008

Bravo et que ça continue.

Peut être que la Chine va se fâcher très fort et qu'on va se faire tout petits, parce qu'ils ont pas l'air drôles les coco.
Peut être qu'un moins con que les autres chez eux va se dépêcher de faire un signe pour calmer le jeu, sur le Tibet en recevant l'émissaire du Dalai Lama, ou libérer le dissident HU JIA.

Tout ce qu'on fait là c'est parce qu'on les aime bien et qu'on a envie qu'ils y arrivent plus vite à la démocratie.

Merci le sport d'avoir diffusé largement dans le monde la réalité de la répression en chine, la répression contre les journalistes, merci les jeux olympiques!..

Après la réception "people" du président chez la reine d'Angleterre , les violences dans les rues de Paris nous reviennent en pleine poire. Heureusement qu'il y a des gens qui ont le courage de manifester par solidarité avec les opprimés.

La parole de DIAGANA ce matin sur France inter était libre et claire. Les sportifs sont blousés,certes,mais il faut au minimum mettre les chose à leur place: entre combattre une dictature et courir le 100 m, il n'y a pas photo.

Espoir et merci encore aux parisiens

 
Par ame | citoyenne de Poitiers
21H38    07/04/2008

Dany (COHN BENDIT) tu parlais de "foutre le bordel" : c'est bien ce qui s'est passé, non ?
Merci l'histoire pour cette jolie boucle entre 1968 et 2008

 
Par LCALBERT | Observateur de l'actualité
21H43    07/04/2008

Les JO : un jeu d’ombres chinoises ?

La multiplication des manifestations sur le parcours de la flamme olympique pose d’emblée le choix et l’opportunité d’avoir concédé les jeux olympiques à la Chine, un pays qui est loin d’être un modèle en matière des libertés fondamentales (je ne parle même pas des droits de l’homme). Evidemment la question du Tibet est importante mais elle ne doit pas masquer les autres manquements de la Chine aux principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies.

Bernard Laporte et compagnie soutiennent que les gens s’en prennent à l’olympisme qui à leurs yeux serait le seul idéal porteur des valeurs démocratiques. Ce serait une désillusion en arriver à ce point là. Par ailleurs, les mêmes bonhommes s’efforcent de cantonner les JO et toutes ses manifestations dans la sphère sportive. Ils oublient cependant de dire que les choix du CIO, y compris en matière d’organisation, relèvent d’une logique essentiellement géopolitique. Le sport est de moins en moins au cœur des réflexions et des décisions.

De ce fait je ne pense pas que l’olympisme réponde aujourd’hui à un idéal purement sportif et qu’il soit le dernier refuge de la démocratie. On rappellera que les instances internationales de l’olympisme n’ont aucune assise démocratique et que leurs décisions ne sont pas soumises à une volonté populaire. On a même l’impression qu’elles bénéficient d’une sorte d’impunité notamment du fait que, invoquant un statut d’organisation internationale, elles s’affranchissent souvent des volontés nationales, des instances judiciaires et des autres instances internationales.

D’où cette impression que les choix faits, notamment sur le pays organisateur des jeux, relèvent plus d’une logique politique, voire affairiste, que sportive. Force est de constater en effet que depuis quelques décennies l’olympisme est utilisé pour servir un pouvoir (1936), une puissance économique en devenir (2008) qu’à transmettre les valeurs inscrites dans la charte olympique.

Ces dernières années le caractère affairiste s’est accentué d’abord en incitant les pays organisateurs à faire de la surenchère notamment en matière d’infrastructures (de ce fait les pays pauvres ont peu de chance d’accueillir un jour des jeux que tout le mode devrait être en mesure de pouvoir organiser) et en ouvrant grandes les portes aux diktats des grandes multinationales qui désormais vont pouvoir dicter leur lois (ce droit ils le payent, il ne leur est pas délégué). Le risque est de voir l’olympisme gangrené par le sport business, voire par le business tout court, et d’oublier les principes universels qui jusque-là ont réussi à fédérer les peuples, les nations, les religions,…De ce point de vue on peut naïvement espérer que les derniers événements observés sur le parcours de la flamme permettra un réveil du monde du sport. Dans le cas contraire nous ne seront bientôt que de spectateurs passifs d’un spectacle d’ombres chinoises !!!!

 
Par Révolutiona | Hawwah
19H15    08/04/2008

Il faut le reconnaître, ce n'est pas facile pour nos "politiques" français.

L'image de la France, on s'en tape, c'est l'image des Français qui est en question, et là, y a de la réac'. Trop fière ! Vous allez voir, les Américains vont faire un tabac.

Bon, je sais, personnellement, je suis chauffée à blanc... Je suis une ancienne sportive recordwoman, j'adore les JO. En économie, lors de la formation professionnelle, j'avais fait un exposé sur la Chine, pays à la culture très intense.

J'ai le respect des autres idées, des autres religions, modes de pensées, mais NON A LA VIOLENCE, surtout sur des MOINES, ceux de la non-violence par excellence -obligés de se révolter, cela va loin-! Malheureusement, on ne comprend qu'en parlant le même langage, voilà pourquoi le recours à la violence des échauffourées !

Le seul mot en chinois que je sais dire, c'est "LUMIERE", parce que le signe est harmonieux, et mon patron de l'époque qui faisait de la calligraphie était heureux de me le montrer. De la lumière à la flamme, il n'y a qu'un pas !

Que cette lumière arrive à percer ces cerveaux obscurs !

 
Par Pichel
12H20    09/04/2008

Témoignage :

ARRETE POUR AVOIR BRANDI UN TSHIRT RSF
sur le parcours de la Flamme Olympique

Lundi 07/04/08

Pour manifester mon soutien aux droits de l'homme
j'avais décidé de porter un tshirt RSF
Mon choix pour le lieu s'était porté sur le pont du Garigliano.
Vers 12h00 je me place sur le pont, bien avant la barrière des CRS, donc absolument pas sur le parcours de la flamme, j'étais même à une centaine de mètres d'une caméra de FR2 ou France 3, du côté de Javel.

J'ai tenu le tshirt le long du parapet du pont face à la tour Eiffel, dans l'axe du parcours de la flamme.
A l'arrivée de la flamme, vers 13h00, j'ai brandi le tshirt au-dessus de moi, avec l'aide de personne auprès de qui je me tenais. Vers 13h15 je me suis tourné vers le convoi, toujours en brandissant mon tshirt, je n'avais en aucune façon un comportement pouvant mettre en danger ou ne serait-ce que géner le convoi de la Flamme ( je re-précise que j'étais toujours au même endroit, bien avant le secteur "interdit" par les CRS ).

A ce moment j'ai remarqué ce qui m'a parut bizarre, à savoir l'arrivée en vélo d'un homme de type Chinois, écouteurs de téléphone greffés aux oreilles, qui s'est mis à prendre des photos des personnes qui exhibaient des "signes manifestes" de soutien au Tibet ou aux Droits de l'Homme/RSF. Il était évident que ce n'était pas la flamme qui semblait l'intéresser !
( je me suis dit à ce moment là que s'était "rapé" pour mon visa pour les JO, si jamais j'en avais eu l'intention !)
Et bizarrement, peu après un CRS est arrivé pour me demander de ne pas montrer le tshirt RSF !
Je lui ai répondu que je n'enfreignais aucune loi, que je ne gênais pas le passage de la flamme, que je ne comprenais pas le motif de sa demande !
Sur ce, avec l'aide d'autres CRS, ils me saisissent pour m'enlever mon tshirt en me trainant vers le milieu du pont sous les sifflets de la foule.
Comme je refusais de lâcher mon tshirt, un officier des CRS m'à proposé le marché suivant : "Vous nous donnez le tshirt ou nous vous emmenons au poste !"
J'ai refusé, me suis trouvé menotté, fouillé et jeté dans un fourgon-cellule où je me suis retrouvé en compagnie d'un autre redoutable individu de 78 ans !

De là, nous avons été emmené au commissariat central du 15 ième (rejoint par deux autres personnes entre temps).
Je dois signaler que dans le commissariat, les policiers semblaient très génés sur les motifs de nos arrestations, dans mon cas personnel, il n'y avait aucun motif ni raison justifiant la privation de liberté d'un citoyen Français !

Remis en liberté vers 17h00

Deux interrogations :
De quel droit, en France, les Chinois peuvent donner des consignes/ordres aux forces de l'ordre au mépris le plus total du droit !
Qu'il était inquiétant de savoir que l'on pouvait donné ce type d'ordre aux forces de l'ordre et encore plus inquiétant de réaliser que ces ordres pouvaient être appliqués !

Je précise que je n'ai rien contre les athlètes
Que je ne fais partie d'aucune organisation ou parti