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Etudiants en école de commerce

« Six Days in Fallujah » : peut-on jouer avec la guerre en Irak ?

Image du jeu 'Six Days in Fallujah', en projet chez Konami (DR)

A peine annoncé, le prochain jeu de guerre de Konami crée déjà la polémique. En effet, « Six Days in Fallujah », en cours de développement, proposera de revivre sur console et PC l'une des batailles les plus meurtrières et controversées de la guerre en Irak.

Le projet est né à l'initiative d'anciens marines américains qui ont contacté les studios Atomic Games, spécialisés dans les jeux de guerre, en leur proposant leurs photos, vidéos et récits des combats. Un responsable de Konami justifie la démarche dans le Los Angeles Times :

« Ces soldats appartiennent à une génération qui a grandi avec les jeux vidéo, cela explique pourquoi ils ont choisi ce média afin de raconter leur histoire. »

Conçu en étroite collaboration avec ces vétérans, le soft promet une approche ultra-réaliste. Peter Tamte, président d'Atomic Studio, explique :

« Le challenge pour nous est de représenter les horreurs de la guerre dans un jeu qui soit également divertissant ; notre but étant de proposer un aperçu de ce que peut ressentir un soldat dans une telle situation. »

« Ces événements horribles ne devraient pas être banalisés »

Des interviews de vétérans devraient également entrecouper les scènes de jeux afin de renforcer le réalisme et ajouter une dose de pédagogie documentaire.

Ce défi assumé de mêler fun et réalisme dans un jeu vidéo à partir d'un conflit contemporain a toutefois suscité bon nombre de réactions négatives dès son annonce.

La premier assaut médiatique provient du Daily Mail avec une interview d'un père de soldat britannique mort au combat :

« Si l'on considère les pertes énormes en Irak, glorifier cette guerre dans un jeu vidéo est une preuve de mauvais goût. Ces événements horribles ne devraient pas être banalisés et reproduits dans un jeu pour amateurs de sensations fortes virtuelles. »

L'homme s'inquiète également du profil des consommateurs d'un tel jeu :

« Un jeune fanatique islamiste pourrait y voir une forme de vengeance, ce qui pourrait aussi l'inciter à aller plus loin… »

« Six Days in Fallujah » proposera en effet d'incarner des insurgés irakiens, et même des civils !

« Bien trop tôt pour faire de la guerre en Irak un jeu vidéo »

Le colonel Tim Collins, vétéran décoré de la guerre en Irak, estime qu'il est encore « bien trop tôt pour faire un jeu vidéo sur une guerre qui est toujours en cours » et juge cette démarche « particulièrement insensible, compte tenu de ce qui s'est passé à Falloujah ». Il s'opposera lui aussi à la parution du jeu.

Des associations de familles de soldats américains tués en Irak ont également fait part de leur indignation :

« Quand la barre de vie d'un être cher tombe à zéro, il n'a pas la possibilité de “recommencer” la mission. Lorsqu'il reçoit une balle, il ne lui suffit pas de ramasser une trousse de secours pour continuer à “jouer”… Il souffre, il pleure, il meurt. »

L'association pacifiste britannique « Stop the war », quant à elle, s'indigne que l'on puisse enrober un « massacre » de glamour au seul nom du divertissement, Falloujah devant être considéré avant tout comme un « crime de guerre »…

Une meilleure compréhension de la dure condition du soldat ?

Mais l'annonce du prochain jeu de Konami ne suscite pas forcément la colère chez tout le monde, et certains vétérans y voient même une bonne nouvelle.

Interviewé par G4, le sergent John Mundy considère qu'un tel jeu pourrait servir à l'entraînement des soldats, et qu'il n'est pas impossible qu'ils tirent quelques enseignements de cette expérience vidéo-ludique.

Les sergents George et Smith considèrent eux que « Six Days in Fallujah » pourrait être une bonne opportunité de rapprocher les civils des militaires en leur offrant une meilleure compréhension de ce que les soldats endurent sur le terrain :

« Il n'est pas aisé pour les civils de comprendre pourquoi un soldat de retour du front peut paraître si nerveux et alerte tout le temps.

La première fois dans le jeu qu'ils seront tués de s'être approchés trop près d'une voiture piégée, ou bien la première fois qu'ils seront abattus sans savoir ce qu'il se passe vraiment, peut-être comprendront-ils un peu mieux ce que nous vivons et combien la réadaptation des vétérans à la vie civile peut parfois être difficile. »

Et si au lieu d'un jeu vidéo, il s'agissait d'un film ou d'un livre ?

« Six days in Fallujah » est actuellement en cours de développement. Prévu pour 2010, sa sortie promet d'être plus que controversée.

On se souvient du projet de jeu de Sony baptisé « Shock and Awe » (« choc et effroi », du nom de l'opération militaire américaine lancée sur l'Irak en 2003) qui provoqua un tollé général et contraignit la marque japonaise à s'excuser avant d'abandonner l'idée.

Ces exemples de vindictes bien pensantes qui brident la liberté d'expression en poussant les créateurs de jeux à l'autocensure nous amènent ainsi à nous poser la question : accusé de trivialiser la guerre, « Six Days in Fallujah » connaitrait-il la même levée de boucliers s'il était un livre ou un film ?

Le journaliste américain Mike Antonucci voit en ces critiques hâtives un mépris latent pour les jeux vidéo en général, considérés comme « dépourvus de valeur artistique et sociale ».

Illustration : image du jeu « Six Days in Fallujah », en projet chez Konami (DR)

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de Laurent-Weppe

De Laurent-Weppe

11H48 | 15/04/2009 | Permalien

Prenons une autre série phare de la compagnie Konami :

Metal Gear…

Le dernier épisode en date débute au Moyen-Orient.
Le personnage principal est en lutte contre une sorte de confédérations d'armées mercenaires croisées avec des gadgets de SF et des femmes à gros sein (c'est plus sexy que le monde réel où le terme « private contractor » fait surtout penser à la politique de Bush et Cheney).

Pas de controverse.

Pourquoi ?

Parce que ça se passe au pays de nul part, parce que le scénariste a prudemment pris la peine de recouvrir son histoire d'un verni de science-fiction suffisamment épais pour que cela passe sous le nez des gardiens du politiquement correct sans qu'ils s'en rendent compte.

Le jeu vidéo offre des possibilités de scénarios très variées : vous pouvez avoir des terroristes pour héros (Final Fantasy 7, Arc the Lad 2), vous pouvez assister au viol d'une héroïne avant de voir ses enfants s'entre-tuer (Fire Emblem 4), vous pouvez assister à des génocides (Final Fantasy 6), vous pouvez avoir une héroine très tentée à l'idée d'en commettre un (Final Fantasy 12), vous pouvez même voir Dieu le père décrit comme un leader fasciste (la série des Shin Megami Tensei) ou comme un demeuré (Xenosaga), vous pouvez voir toutes les théories conspirationistes les plus farfelues être mises en scène (Deus ex) ou même avoir un héros qui pratique dès l'adolescence la polygamie (Persona 3) : tant que les lieux décrits sont suffisamment imaginaires, personne ne hausse un sourcil.

Mais si jamais un jeu vidéo commet l'hérésie de faire comme la littérature, comme le cinéma, comme la télévision, comme la musique, et OSE proclamer qu'il a été inspiré de faits réels, alors là, STOP. Les tortues à pique peuvent lancer un blitzkrieg un jour de fête religieuse contre une contrée de champignons parlants, ça va, mais ne parlez pas de la deuxième guerre mondiale ou de la guerre du Kippour dans un jeu vidéo : verbotten, unfassbar ! On ne va quand même pas mêler des sujets sérieux à des jouets, tout de même, ma bonne dame, voilà qui est à réserver aux « arts nobles ». Par contre, massacrer aliens, elfes, trolls et autres créatures ailées, ça c'est permis, parce que comme ça, les chtits n'enfants (l'âge moyen du joueur de jeux vidéo est de 30 ans) ne risquent pas de confondre la réalité et la fiction, et sauront que si la presse leur dit qu'il y a des AMD en Irak ou en Iran, c'est normal d'aller les bombarder.

Portrait de Tyb

De Tyb

(par ici, par là) | 11H47 | 15/04/2009 | Permalien

Dommage que les auteurs de cette article édulcorent les critiques, puisque ce qui est aussi reproché à ce jeu c'est surtout que Fallujah fut le théâtre de véritable crimes de guerre massif.

http://agircontrelaguerre.free.fr/article.php3 ? id_article=226
http://www.saphirnews.com/L-armee-americaine-aurait-utilise-des-bombes-a…

Et on imagine mal, même aujourd'hui un jeu vidéo qui consisterait à bombarder Dresde, larguer la bombe nucléaire sur Hiroshima, ou à nettoyer My Laï.

Sans même aborder le problème d'une guerre absolument illégitime.

sinon ça :
« La première fois dans le jeu qu'ils seront tués de s'être approchés trop près d'une voiture piégée, ou bien la première fois qu'ils seront abattus sans savoir ce qu'il se passe vraiment, peut-être comprendront-ils un peu mieux ce que nous vivons et combien la réadaptation des vétérans à la vie civile peut parfois être difficile. “

me semble complètement à coté de la plaque et typique de quelqu'un qui n'a jamais joué aux jeux vidéos.

Bref cette polémique me parait utile car elle remet surtout sur le tapis cette politisation souvent insupportable (et souvent clancyesque…) des jeux vidéos de guerre ou de tir, où l'ennemi - d'Operation Wolf à Splinter Cell - est toujours un basané avec ou sans barbe ou un russe ivre de rage et le bon droit bien sur toujours du coté des occidentaux…

‘Et s'il faut suivre la logique de certains, alors bannissons les films et les livres sur la guerre du Vietnam, la Seconde Guerre Mondiale, etc…’

un peu de sensibilité dans un monde troublé et au bord du chaos devrait suffir à s'apercevoir que sortir Six Days In Fallujah si peu de temps après les évènements ne peut absolument pas être comparé à un jeu sur la seconde guerre mondiale plus de 50 ans après les faits…

Portrait de Courageux-Anonyme

De Courageux-Anonyme

12H22 | 15/04/2009 | Permalien

accusé de trivialiser la guerre, « Six Days in Fallujah » connaitrait-il la même levée de boucliers s'il était un livre ou un film ?

Un livre ou un film propose une histoire, parfois ludique.
Un jeu vidéo propose une expérience ludique, avec parfois une histoire.
Ça fait quand même une énorme différence, la comparaison me semble assez facile du coup.

Mais quoiqu'il en soit, truc ici, c'est qu'ils se cachent derrière des vétérans histoire de dire que c'est un témoignage réaliste (mais avec respawn ou sauvegarde), mais en réalité si Komani à choisi cette bataille, c'est uniquement comme argument commercial pour vendre son jeu. Une bataille connue, du « réalisme » comme si vous y étiez (il y a déjà ARMA sur ce créneau, je vois mal comment il vont réussir à faire mieux), et en plus une petite polémique histoire de bien teaser. Vous devriez pourtant le voir en temps qu'étudiant en commerce.

Portrait de sup. à la demande du riverain 29 juin

De Waldo

bye bye ... | 12H25 | 15/04/2009 | Permalien

Les interventions d'Atomic studio, des vétérans ou même de ce père de famille qui a perdu un fils fournissent un premier plan édifiant.
Le jeu permettrait de « ressentir » ou de « vivre » ce qu'éprouve un soldat sur le terrain : grossière stupidité et argument de vente assez obscène.

« … La première fois qu'ils seront tués ou abattus, peut-être comprendront-ils… »
Que voulez-vous opposer comme argument à ce genre de conn*** ? !

« un jeune fanatique islamiste [serait] incité à aller plus loin »
Un jeune étatsunien évangélique décervelé pourrait y trouver l'absolution du massacre d'Arabes pour renforcer sa foi et son sentiment de supériorité.

Le second plan (stupéfiant) vient du dernier paragraphe, donc des auteurs de l'article :
« Ces exemples de vindictes bien pensantes qui brident la liberté d'expression en poussant les créateurs de jeux à l'autocensure… »

Chiche ! Ne « bridons » plus la liberté d'expression ! Foin de cette « bien-pensance ». Développons un jeu sur les massacres du Rwanda : celui qui fait le plus de cadavres gagne une machette d'or, chaque décapitation compte double.
Ou bien imaginons-nous à la place d'un gestionnaire de camp de concentration (situez le où et quand vous voulez) qui devra faire du bénéfice avec le moins de morts possible.
Pourquoi pas un « Guantanamo week-end » avec tortures et sévices ?

Quant à leur interrogation sur les réactions s'il s'agissait d'un film ou d'un livre, je crois qu'il y a là, de leur part, comme un manque de réflexion évident.

Portrait de Ben85

De Ben85

ramoneur | 13H06 | 15/04/2009 | Permalien

Selon moi, le problème d'un jeu vidéo violent n'est pas son contenu, mais la façon dont le joueur perçoit cette violence. En effet, une personne mature et équilibrée psychologiquement peut, selon moi, jouer à n'importe quel jeu sans qu'elle oublie que son contenu est virtuel et n'a aucune valeur historique. D'ailleurs, certains jeux, qui sont selon moi bien plus violents et choquants, sont sortis depuis des années sans qu'on s'en émeuve… Je pense même qu'ils ont certaines vertus cathartiques : il vaut mieux, pour se calmer après une dure journée dégommer un adversaire virtuel que de se friter avec son connard de voisin (ça sent le vécu, hein…).
Ici, ce qui choque, c'est qu'on utilise un événement historique récent dans le cadre d'un jeu… mais si ce n'est qu'une question de proximité historique, l'argument ne semble un peu mince pour qu'on s'indigne.

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