Sarkozy « persiste et signe » sur le rôle social des religions
En France, le culte juif est représenté par le Consistoire Central. Cette vénérable institution allant commémorer cette année son bicentenaire, on peut penser que Nicolas Sarkozy en a entendu parler. Pourtant, en prononçant hier soir son discours devant les invités du dîner annuel du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), le président de la République a choisi, et cela ne peut être fortuit, de parler de religion à des laïcs, renforçant par là même la confusion qui existe entre religion juive et judéité.
Alors que les deux centres d'intérêt traditionnels du Crif sont le soutien à Israël et la lutte contre l'antisémitisme, les passages de l'allocution présidentielle consacrés à ces questions ont été relégués au second plan par la première partie du texte qui, après les discours de Latran et de Riyad, aurait pu s'intituler : » Défense et illustration de la foi et des religions » .
Car Nicolas Sarkozy persiste et signe : pour lui, les deux grands fléaux du XXe siècle, qu'ont été le nazisme et le communisme, ne sont pas nés » d'un excès de Dieu, mais de sa redoutable absence » .
On a échappé (pour l'instant) à la mise en cause de la philosophie des Lumières, mais de peu. Se faisant ensuite exégète à la fois de la Bible, de la Torah et du Coran, le président de la République a indiqué que dans ces textes il
» n'y a pas une ligne(…) restituée dans son contexte et dans la plénitude de sa signification, qui puisse s'accommoder des massacres commis en Europe au cours du XXe siècle au nom du totalitarisme et d'un monde sans Dieu » .
Au passage, on remarquera que la phrase est curieuse, puisqu'elle prend soin de réfuter l'idée selon laquelle il aurait pu y avoir dans la Torah de quoi justifier la Shoah ( ? ) ou le communisme, et qu'elle passe par pertes et profits la responsabilité de l'antijudaïsme chrétien dans la solution finale.
Une remise en cause de la laïcité dans sa conception actuelle
Quoi qu'il s'en défende, c'est ensuite à une véritable remise en cause de la laïcité dans sa conception actuelle que s'est livré le président de la République. Il déclare :
» Nos enfants ont le droit de rencontrer, à un moment de leur formation intellectuelle et humaine, des religieux engagés qui les ouvrent à la question spirituelle et à la dimension de Dieu » ,
Il élude ainsi l'essentiel : si cela se fait, se sera dans quel cadre, sous l'autorité et l'enseignement de qui et avec quel contenu ? Et si ce n'est pas dans la famille, où cela pourra-t-il se faire, sinon à l'école ?
Pas le bon endroit pour parler de l'islam
Nicolas Sarkozy, ensuite, a choisi le cadre peu approprié du Crif pour parler de l'islam de France. Expliquant qu'on avait trop longtemps refusé » d'examiner les conséquences pratiques de la présence musulmane en France » (ce en quoi il a raison), il a ajouté qu'on avait ainsi :
» Laissé se développer les attitudes les plus contraires à la laïcité, comme les pratiques vestimentaires ostentatoires et les revendications identitaires » .
A supposer que là soit la cause principale de la montée de l'islamisme en France, et non pas aussi la complaisance à l'égard des régimes autoritaires arabes, la relégation des jeunes des quartiers sensibles et l'échec des politiques d'intégration, ce n'est pas devant une communauté qui se définit comme telle, et qui réclame à juste titre le droit d'afficher ses propres pratiques, qu'il fallait tenir ce discours.
Pourquoi n'honorer que les enfants » français » victimes de la Shoah ?
Nicolas Sarkozy a ensuite parlé d'Israël, de l'antisémitisme et de la Shoah. Ami revendiqué de l'Etat hébreu, il croit un accord israélo-palestinien possible en 2008. Partisan d'une action résolue contre l'antisémitisme, il a toutefois eu un propos stupéfiant, en indiquant qu'à son avis, les colloques et recherches sur les différentes variantes idéologiques de l'antisémitisme » aboutissent parfois à le banaliser » .
Les intellectuels, juifs ou non, qui ont passé les années 2000 à faire un travail sérieux et à contre-courant, pour décrire les nouvelles formes du préjugé anti-juif, apprécieront…
Enfin, et toujours sur le registre émotionnel, le président de la République a annoncé que :
» chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 (se verront) confier la mémoire d'un des 11000 enfants français victimes de la Shoah. »
Problème : comme l'indique parfaitement le » Mémorial des enfants juifs déportés de France » , de Serge et Beate Klarsfeld, les enfants en question, 11400 précisément, ont bien été déportés » de France » , mais ils n'étaient pas tous français.
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Je suis politologue et travaille à la fois sur les radicalités politiques et les cultures de marge. Je suis chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).























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De Le Yéti
yetiblog.org | 12H26 | 14/02/2008 |
LE PÉCHÉ ORIGINEL
Le pire de la déclaration présidentielle concerne la décision de rattacher chaque enfant de CM2 à un jeune martyr de la Shoah. Pour ma part je refuse ABSOLUMENT que l'on procède ainsi avec les miens !
Que cherche-t-on à faire avec nos enfants ? Leur attacher le boulet de la culpabilité aux chevilles ? Leur faire porter le poids des horreurs passés commis par leurs aïeux ? Faire oublier les horreurs commises au présent par ceux-là mêmes qui les attachent ? Voulez-vous que l'on reviennent sur le sort fait aujourd'hui aux sans-papiers, aux exilés, aux exclus, sur la honte des centres de rétentions et des campings de SDF ?
L'Histoire est une référence nécessaire pour corriger le présent. Un journal de bord que nul ne saurait nier.
Mais pas un instrument commode noyer le présent (comme la cérémonie lamentable sur la lettre de Guy Môquet). Pas pour réinculquer aux enfants un nouveau péché originel, les arrimer aux chaînes paralysantes de la culpabilité. Laissons-leur au moins l'innocence de l'enfance.
De PMB
sans importance | 12H39 | 14/02/2008 |
Sur un point précis avant de revenir sur le tout.
A propos de son « chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 (se verront) confier la mémoire d'un des 11000 enfants français victimes de la Shoah », quelqu'un a qualifié ça d'ânerie. Moi je vais plus loin : c'est une saloperie, un nouvel avatar de la compassion médiatisée. Je m'explique. Si j'ai bien compris, il s'agit d'une sorte de rapport individuel entre un enfant vivant et un enfant mort. Si j'ai bien compris : individuel. Comme une sorte de deuil permanent, jamais terminé. Vivre avec un fantôme triste.
Un de mes frères porte le prénom d'un enfant mort, confié/imposé à notre mère par un oncle curé. Il lui a fallu une thérapie de 10 ans pour arriver à apprivoiser ce mort qui pesait souterrainement sur sa vie depuis le début.
Saloperie.
Et puis, tant qu'à porter un enfant, pourquoi ne pas porter un vivant. Ces petits morts n'ont hélas plus besoin de personne, mais c'est vivants qu'ils auraient apprécié l'aide qu'aujourd'hui il est interdit d'apporter aux enfants expulsés par Hortefeux, l'exécutant des basses oeuvres de NS.
De remi86
le croquant ...du poitou | 12H57 | 14/02/2008 |
ah j oubliai hier c etait le petage de carla avec ses references sur la second guere mondiale et vichy, mais aujourd hui c est son mari qui en rajoute une couche ! ! non mais là franchement fau leur dire qu on vit en 2007 et qu ils arrentent de vivre dans le passé ! pppffff
De Peureux anonyme
13H19 | 14/02/2008 |
Nous voila revenus au 19 éme siècle. Sous Napoléon III plus précisément.
Ce discours sur les bienfaits de la religion rappelle celui des dirigeants du 19 éme siècle qui sentaient se déliter la foi en Dieu suite aux Lumières , à la Révolution Française, et à la philosophie Allemande du 19éme, notamment le matérialisme dialectique. On a eu droit alors à une poussée d'obscurantisme qui a culminé sous le Second Empire : culte marial, immaculée conception, infaillibilité pontificale, apparitions de la vierge… et à des discours du type Sarkosyste qui essayaient de conjurer l'écroulement des religions.
On sait ce qu'il en est advenu. Nietsche a dressé l'acte de décès de Dieu. La pratique religieuse dans les pays développés est en voie de disparition. Il y aurait environ 10% de pratiquants en France, ce qui, par différence, donne 90% de païens. Dans le même esprit, on a du mal à entendre l'apologie de l'Amour du Prochain dans les discours des dirigeants du CAC40.
La meilleure réponse aux discours de Sarkozy sur la religion est là : la Société s'en fout.
De FO le dire
Nantes | 18H20 | 14/02/2008 |
Je suis écœurée des propos de ce type. La laïcité de notre république en est un des fondements essentiels et je ne peux que me révolter contre de tels propos tenus.
Sinon j'apporte mon témoignage de maman :
J'ai un fils de 8 ans (cE2) qui découvre la religion depuis cette année : celle de son papa, l'islam et l'anciennement mienne, catholique (juste pour lui donner une culture de connaissance) et aussi des notions sur le bouddhisme, philosophie de laquelle je me rapproche. Mon enfant a pour le moment fait le choix de l'islam choix que j'approuve et soutiens entièrement.
Je sais que cette histoire de mémoire des enfants de la Shoah va poser un problème. Personnellement ça me dérange beaucoup que la religion entre à ce point à l'école publique et laïque. Que l'on parle des religions pour avoir une culture à ce sujet, je suis pour, pour le reste non. Je ne veux pas de culte, pas d'enseignement religieux à l'école. Pour cela nous avons le catéchisme, l'école coranique et c'est un choix personnel à chaque individu, mon fils en l'occurrence, de décider sur ces questions de spiritualité. Je ne me sens aucun droit à lui imposer quoi que ce soit, j'essaye juste de l'éclairer dans sa démarche. Et c'est encore moins à l'école publique de lui imposer ce que je ne lui impose pas moi.
Je me doute que cela va poser problème aussi à son papa.
Mais alors que faire quand le maître ou la maîtresse devra donner ce travail de mémoire à chaque enfant de la classe ? Refuser c'est aussi mettre l'enfant dans une position difficile, il sera à l'écart, se sentira différent. Je pense que d'ici deux ans mon fils sera plus mûr et que l'on pourra certainement en parler, et peut-être décider ensemble.
J'ai envie d'être grossière parce que je suis en colère contre les inepties que profère ce type sans culture et sans intelligence. Chaque jour qui passe, un nouveau motif de colère. Un jour ça va exploser.