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Chercheur en science politique

Les RG s'inquiètent du renouveau de l'extrême gauche « autonome »

On l'avait remarqué depuis les manifestations qui avaient immédiatement suivi l'entrée en fonction de Nicolas Sarkozy : il existe en France un renouveau de la mouvance « autonome » d'extrême gauche, qui avait aussi fait parler d'elle lors des mobilisations contre le CPE en 2006 et contre la loi LRU, en 2007.

Les Renseignements généraux, qui ont travaillé sur ces groupes, ont interpellé ces derniers mois, à Toulouse, à Bourges, en Bretagne et en région parisienne, plusieurs jeunes d'une vingtaine d'années, dont certains en possession d'explosifs artisanaux, et qualifiés un peu rapidement par les enquêteurs « d'anarcho-autonomes ».

Faut-il réellement ranger, comme de nombreux médias l'on fait en reprenant intégralement et sans recul des informations policières, cette « nouvelle autonomie » parmi les dangers terroristes ? C'est aller un peu vite. Car, si dans une interview au Figaro du 1er février, la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot- Marie, met en garde contre la « résurgence violente de l'extrême gauche radicale » en invoquant le danger de voir resurgir des clônes d » « Action directe, des Brigades rouges ou de la Fraction armée rouge », la situation est bien différente de celle de la fin des années 70, qui voyait s'écraser la queue de comète du mouvement maoïste.

Effectivement, on a vu émerger ces dernières années une mouvance de quelques centaines de militants radicaux, partisans de l'action violente dirigée contre les symboles de l'appareil d'Etat (police et gendarmerie ; bâtiments officiels). De quels textes théoriques s'inspirent-ils ? A quelle mouvance idéologique les rattacher ? L'enquête policière a mis en avant un texte, « L'Insurrection qui vient », publié par un « Comité invisible ».

Cela peut faire peur, sauf que, loin d'être un brûlot clandestin, il s'agit…d'un livre publié en 2007 aux éditions la Fabrique, le comité invisible étant, pour éclairer la référence historique, un organisme lyonnais de propagande républicaine, dans les années 1830. Egalement mis en avant, le fait que certains interpellés ont été trouvés en possession de documents signés « Organe de liaison au sein du parti imaginaire », lequel « parti imaginaire » a préfacé, toujours aux éditions la Fabrique, un livre titré « Maintenant, il faut des armes ». Certes, mais l'ouvrage en question est l'œuvre… d'Auguste Blanqui ! Les déçus des mouvements antifascistes et altermondialistes

Rien de bien neuf donc. La seule réelle continuité avec l'autonomie des années 80 réside dans la présence, pour encadrer et former des militants souvent arrivés sans aucune culture théorique d'extrême gauche, d'une ou deux dizaines de militants « historiques » qui ont commencé à s'engager voici un quart de siècle.

L'irruption de la mouvance autonome n'est pas, contrairement à ce qu'affirme la ministre de l'Intérieur, le résultat de « l'affaiblissement à droite comme à gauche des partis politiques qui permettent d'exprimer les frustrations sociales ». Elle est le résultat de la crise du mouvement antifasciste, elle-même consécutive à la marginalisation du Front national. Elle est surtout la conséquence de l'institutionnalisation de l'extrême gauche altermondialiste, désormais intégrée au jeu politique et électoral et qui génère donc des déçus.

D'où l'émergence d'une vague de très jeunes militants, partisans de la « propagande par les faits », et qui sont en rupture avec les organisations anarchistes constituées, telle Alternative libertaire et la CNT.

L'occupation-saccage de la Maison des sciences de l'homme

La première apparition visible des « nouveaux autonomes » date de l'occupation-saccage de la Maison des sciences de l'homme, à Paris, en mars 2006 : outre des slogans violents graffités sur les murs (« CRS blessé, achève-le »), on avait alors remarqué la présence, comme dans plusieurs squatts politisés de Paris et de la banlieue, de militants allemands ou italiens d'ultra-gauche.

Les occupants de l'Ehess, regroupés sous le vocable « AG en lutte », ont d'ailleurs produit une longue brochure expliquant leur démarche, sous le titre « Une expérience d'assemblée en France au printemps 2006 ». A la même époque, le 23 mars 2006 place de la Nation, les « autonomes » ont également durement affronté les CRS, en fin de manifestation contre le CPE.

Mais alors déjà, le renouveau de l'autonomie violente était perceptible notamment à travers l'action des « Black Blocks » lors des sommets du G8 à Evian, à Gênes et l'année dernière en Allemagne. Et là encore, les Black Blocks sont idéologiquement hétérogènes : si l'autonomie domine dans les BB français, en Suisse, l'impulsion vient des marxistes-léninistes du Revolutionäre Aufbau.

L'autonomie est donc une nébuleuse éclatée. Elle se construit sur la base de petits groupes locaux et de petites publications irrégulières dont beaucoup sont visibles sur le site Infokiosques.net. Internet d'ailleurs, devient un vecteur important de circulation d'informations de la mouvance, en particulier sur le site Indymedia Paris, où sont postés nombre de messages avertissant d'une mobilisation ou d'un rassemblement, pratiquement en temps réel.

Des textes aux relents d'extrême droite

Il est une dernière question qu'on peut de poser, à la lecture de certains textes de cette mouvance : anarchiste, l'est-elle vraiment ? Certains passages en effet, ont des réminiscences curieuses. L'utilisation du concept d'Occident par l'AG en lutte, par exemple, pour décrire l'Europe et l'Amérique, n'a pas grand-chose de libertaire. Et pour conclure, lisons les phrases suivantes :

« Qui grandit encore là où il est né ? Qui habite là où il a grandi ? Qui travaille là où il habite ? Qui vit là où vivaient ses ancêtres ? Et de qui sont-ils, les enfants de cette époque, de la télé ou de leurs parents ? “La vérité, c'est que nous avons été arrachés en masse à toute appartenance, que nous ne sommes plus de nulle part, et qu'il résulte de cela, en même temps qu'une inédite disposition au tourisme, une indéniable souffrance.”

C'est un extrait de “L'Insurrection qui vient” (pp.19-20). Et cela sent bigrement le “retour aux racines”, voire “la terre et les morts”, thèmes chers à l'écrivain d'extrême-droite Maurice Barrès.

207 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Alice77

De Alice77

18H28 | 07/02/2008 | Permalien

Oui mais allez y mollo sur les extraits et le contexte.

Ceci dit, iol est vrai que grâce à Sarko, à Ségo, à Bayrou, les cerveaux ont tedance à se radicaliser à noueau.

Cela ne m'étonne pas…

Les citoyens français ont fermé les yeux sur l'incurie politique et gestionnaire ces 30 dernières années, et même plus avant, en se disant bah ! ça va bien s'arranger… ; On va en sortir… Ils ont nous sortir de l'impasse (chômage etc…) Ils ont bêtement fait confiance et joué avec toutes ces nouvelles technologies, les nouveaux cd, les noueaux Dvd, et puis internet, et puis les enfants, et puis les vacances, et subitement, depuis quelques années, on leur supprime les jouets…

L'Etat s'est absenté, l'Europe se construit en détruisant les structutres anciennes, les citoynnetés, les Etats s'adonnent à des discours religieux, certains s'aperçoivent du vol, on s'est fait faire les poches pendant trente en pensant que les choses étaient anecdotiques alors que pas du tout, c'est structurel tout ça. Et fait pour durer, perdurer, au travers de la France, l'Europe, les 27 etc…

effectivement parfois on ne sait plus très bien où on habite. Moi parfois je ne me sens pas chez moi : interdiction de fumer dans les troquets qui sont mon lieu de prédilection depuis des décennies. Interdiction de ceci, cela… Sensation de dépossession de plaisirs très simples, peu onéreux…

Alors si l'extrême gauche radicale revient, moi, ça me va. Tant que personne n'est tué.

Portrait de virginie78

à Alice77 Portrait de Alice77 De virginie78

Éteignez votre TV et apprenez à lir... | 19H29 | 07/02/2008 | Permalien

Suite aux forfais du président bling bling, aux actions fascistes, violence dans les décisions politiques, irrespect complet des droits du citoyen, etc, etc, effectivement, je souhaite vivement rejoindre un groupe anarchiste bien de gauche, mais pas un tiède. Alors j'en cheche un pour m'y inscrire et agir…..

La coupe a débordée.

Portrait de lamichael

à virginie78 Portrait de virginie78 De lamichael

20H39 | 07/02/2008 | Permalien

A esperer qu'un de ces groupes anarchiste ne tente pas d'assassiner le président avant les prochaines séléctions.
Cela le ferais remonter dans les sondages,comme mitterand a son époque.Le pére françois avait tout organisé.Notre PP* ne nous referais pas la même ?
Il est trop honnête pour cela…

*Petit Président

Portrait de Network 23

à lamichael Portrait de lamichael De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 20H17 | 10/02/2008 | Permalien

Je ne sais pas si la tentative de Maxime Brunerie contre Chirac l'a fait remonter dans les sondages, mais en tout cas elle a montrée le caractère dangereux de l'extrême-droite. J-Y Camus rappelle ailleurs qu' :

« Au début des années 90, un réseau de policiers d'extrême droite avait été démantelé. Ils participaient aux activités d'un groupuscule néo-nazi, le Parti Nationaliste Français et Européen (PNFE), mais aussi et surtout aux activités d'un réseau de gens qui avait posé des engins explosifs dans des foyers d'immigrés sur la Côte d'Azur. »

(http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/3_questions_a/2008020…)

Mais on préfère parler du danger de l'extrême-gauche que des menaces de l'extrême droite ou que de l'inquiétante et occulte puissance financière et politique de la Scientologie (cf. Project Chanology http://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_Chanology « Hello leaders of Scientology »… http://www.youtube.com/watch ? v=JCbKv9yiLiQ - « We are Anonymous we are legion » - ils agissent comme des autonomes…)

Camus : « J'ai tendance à penser que la mouvance skinhead n'est pas dangereuse pour la démocratie et la sécurité de l'Etat. » Ah bon ? Bien qu'il précise : « En revanche, en termes d'ordre public, ce sont des gens susceptibles d'être impliqués dans des affaires de violence, avec des agressions à caractère raciste ou antisémite qui se sont révélées plusieurs fois mortelles. Là, il y a une nécessité d'identification et de suivi de ces groupes. »

Portrait de Thomas GREDAT

à Network 23 Portrait de Network 23 De Thomas GREDAT

| 20H37 | 10/02/2008 | Permalien

Il y a en effet de quoi s'interroger, quand on se souvient de la réception de Tom Cruise par Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances. Non qu'il faille le soupçonner, mais il y a au minimum un risque de dangereuse bienveillance.
Tolérance zéro pour tout le monde ?

Portrait de jide

à virginie78 Portrait de virginie78 De jide

jide.romandie.com | 21H26 | 07/02/2008 | Permalien

Je me retrouve aussi, et comme beaucoup avec deux cas de conscience à régler :
- Démocrate convaincu, je pense que les urnes sont le meilleur moyen de se faire entendre. Malheureusement, pisser dans un violon a parfois plus d'effet. Mais l'abstention (ou le vote nul, ou le vote blanc) sont de grands silences dans l'arène : personne ne les entends, il ne reste que sont petit plaisir personnel, et une certaine fierté, très individuelle elle aussi.
- pacifiste convaincu, je pense que le dialogue est la meilleure des voies. Malheureusement, face a la bêtise le plus crasse, aux hurlements des loups, des hyènes et des vautours (notez le bestiaire…), au vacarme étourdissant de la boite à image et des torchons associés, le discours complexe n'a aucune chance de se faire entendre, sans parler de comprendre.

Donc, au choix, rester sur mes positions de démocrate pacifiste, me laisser glisser vers mes penchants naturels pour l'anarchie militante, ou me fabriquer mon petit mélange perso…

http://jide.romandie.com

Portrait de Axior

à jide Portrait de jide De Axior

Citoyen | 23H46 | 07/02/2008 | Permalien

Pacifiste, oui, je veux bien le rester moi aussi, mais il y a des limites.
Si le peuple décide un jour d'investir l'Elysée et Matignon, et de virer tous ces bouffons à coup de pompes dans le c.., j'ai de bonnes guedasses moi aussi ; et qu'on colle cette (vraie) racaille au trou, vite fait bien fait, ça me soulagerais bien.
Je précise que je ne suis pas d'extrême gauche, je suis un modeste partisan de la démocratie participative.

Portrait de Buggy

à jide Portrait de jide De Buggy

10H04 | 08/02/2008 | Permalien

Les urnes pour se faire entendre ? Comme le référendum,par exemple ? MDR !

Le dialogue ?
- Ta gueule c'est moi qui cause ! et si t'es pas contant descends, on va se filer…

Le discours complexe ?
Si tu captes pas les 400 mots de vacabulaire de Sarko, on ne peut rien pour toi.

C'est con quand même plus je vieillis et plus je me radicalise, et franchement j'ai envie de passer à l'action… directe.

Portrait de louise2

à jide Portrait de jide De louise2

11H18 | 08/02/2008 | Permalien

+1
« nous sommes très nombreux à être tout seuls »

Portrait de pierrejcallard

à virginie78 Portrait de virginie78 De pierrejcallard

www.nouvellesociete.org | 01H59 | 08/02/2008 | Permalien

L'anarchie sera là quand on ne la verra plus et elle sera au pouvoir quand elle aura pris un autre nom.

http://nouvellesociete.org/5161.html

Pierre JC Allard

Portrait de robindesfoix

à virginie78 Portrait de virginie78 De robindesfoix

cherche une issue | 11H10 | 08/02/2008 | Permalien

c'est normal contre l'actuelle extreme droite au pouvoir la résistance s'organise et j'espère qu'elle ne reculera pas ! ! ! !

Portrait de citoyensly

à Alice77 Portrait de Alice77 De citoyensly

10H58 | 08/02/2008 | Permalien

Pour ma part moi aussi par moment »,je ne sents plus chez moi , » le pouvoir en place manque de respect à son peuple , pouvoir d achat , répression des contestations populaires ex étudiants.. suppression des libertés individuelles, censure de la presse par les grands patrons proche du pouvoir , poltique jetset …chasse aux immigrés comme si ceux ci etaient la cause de notre mal… pression au travail ds le seul but de la rentabilité…
bref tout ceci fait que les hommes libres ne se reconnaissant plus dans l « evolution du pays agissent !
c est pourquoi pour ma part j ai crée ce site de journaliste citoyen afin de détourner la censure et informer les français
http://vigicitoyen.canalblog.com/

Quant à rue89 merci d exister on se sent moins seul, on se dit d autres pensent comme nous , rien n est fini ! Résistons ensemble

Portrait de quetzal2012

à Alice77 Portrait de Alice77 De quetzal2012

enseignant précaire | 12H16 | 08/02/2008 | Permalien

non elle ne revient pas , elle n'a jamais cessé d'exister, les rg appuyéspar le gvnt veulent rajouter une couche en droite ligne de sa politique de la peur, seulement voilà, il s'agit d'une force mal connu et qui aurait plutôt tendance à rassurer un certain nombre de gens (de plus en plus nombreux), une alternative qui sort des squatts et descend dans la rue…
une réponse à la hauteur de la violence néo-libérale qui, elle, terrorise ! ! !
eh oui messieurs à force de se foutre littéralement des 3/4 de l'humanité, on fait naître la rage, à l'heure où le concept de civilisation est galvaudé chaque jour par le roi bouffon, la sauvagerie a quelque chose de beau pour tous ceux qui n'ont plurien à perdre ! ! !
http://alternativealaconstipationdelapensee.blogspot.com

Portrait de g-e. d.

à Alice77 Portrait de Alice77 De g-e. d.

12H30 | 08/02/2008 | Permalien

EXTRAIT du livre cité.

Sous quelque angle qu'on le prenne, le présent est sans issue. Ce n'est pas la moindre de ses vertus. À ceux qui voudraient absolument espérer, il dérobe tout appui. Ceux qui prétendent détenir des solutions sont démentis dans l'heure. C'est une chose entendue que tout ne peut aller que de mal en pis. « Le futur n'a plus d'avenir » est la sagesse d'une époque qui en est arrivée, sous ses airs d'extrême normalité, au niveau de conscience des premiers punks.

La sphère de la représentation politique se clôt. De gauche à droite, c'est le même néant qui prend des poses de cador ou des airs de vierge, les mêmes têtes de gondole qui échangent leurs discours d'après les dernières trouvailles du service communication. Ceux qui votent encore donnent l'impression de n'avoir plus d'autre intention que de faire sauter les urnes à force de voter en pure protestation.

On commence à deviner que c'est en fait contre le vote lui-même que l'on continue de voter. Rien de ce qui se présente n'est, de loin, à la hauteur de la situation. Dans son silence même, la population semble infiniment plus adulte que tous les pantins qui se chamaillent pour la gouverner. N'importe quel chibani de Belleville est plus sage dans ses paroles qu'aucun de nos soi-disant dirigeants dans toutes leurs déclarations. Le couvercle de la marmite sociale se referme à triple cran tandis qu'à l'intérieur la pression ne cesse de monter. Parti d'Argentine, le spectre du Que se vayan todos ! commence à sérieusement hanter les têtes dirigeantes.

L'incendie de novembre 2005 n'en finit plus de projeter son ombre sur toutes les consciences. Ces premiers feux de joie sont le baptême d'une décennie pleine de promesses. Le conte médiatique des banlieues-contre-la-République, s'il ne manque pas d'efficacité, manque la vérité. Des foyers ont pris jusque dans les centres-villes, qui ont été méthodiquement tus. Des rues entières de Barcelone ont brûlé en solidarité, sans que nul n'en sache rien que leurs habitants. Et il n'est même pas vrai que le pays ait depuis lors cessé de flamber. On trouve parmi les inculpés toutes sortes de profils que n'unifie guère que la haine de la société existante, et non l'appartenance de classe, de race ou de quartier. L'inédit ne réside pas dans une « révolte des banlieues » qui n'était déjà pas nouvelle en 1980, mais dans la rupture avec ses formes établies. Les assaillants n'écoutent plus personne, ni les grands frères ni l'association locale qui devrait gérer le retour à la normale. Aucun SOS Racisme ne pourra plonger ses racines cancéreuses dans cet événement-là, à quoi seules la fatigue, la falsification et l'omerta médiatiques ont pu feindre de mettre un terme. Toute cette série de frappes nocturnes, d'attaques anonymes, de destructions sans phrases a eu le mérite d'ouvrir à son maximum la béance entre la politique et le politique. Nul ne peut honnêtement nier la charge d'évidence de cet assaut qui ne formulait aucune revendication, aucun message autre que de menace ; qui n'avait que faire de la politique. Il faut être aveugle pour ne pas voir tout ce qu'il y a de purement politique dans cette négation résolue de la politique ; ou ne rien connaître aux mouvements autonomes de la jeunesse depuis trente ans. On a brûlé en enfants perdus les premiers bibelots d'une société qui ne mérite pas plus d'égards que les monuments de Paris à la fin de la Semaine sanglante, et qui le sait.

Il n'y aura pas de solution sociale à la situation présente. D'abord parce que le vague agrégat de milieux, d'institutions et de bulles individuelles que l'on appelle par antiphrase « société » est sans consistance, ensuite parce qu'il n'y a plus de langage pour l'expérience commune. Et l'on ne partage pas des richesses si l'on ne partage pas un langage. Il a fallu un demi-siècle de lutte autour des Lumières pour fondre la possibilité de la Révolution française, et un siècle de lutte autour du travail pour accoucher du redoutable « État providence ». Les luttes créent le langage dans lequel se dit le nouvel ordre. Rien de semblable aujourd'hui. L'Europe est un continent désargenté qui va faire en cachette ses courses chez Lidl et voyage en low-cost pour encore voyager. Aucun des « problèmes » qui se formulent dans le langage social n'y admet de résolution. La « question des retraites », celle de la « précarité », des « jeunes » et de leur « violence » ne peuvent que rester en suspens, pendant que l'on gère policièrement les passages à l'acte toujours plus saisissants qu'elles recouvrent. On n'arrivera pas à enchanter le fait de torcher à vil prix des vieillards abandonnés des leurs et qui n'ont rien à dire. Ceux qui ont trouvé dans les voies criminelles moins d'humiliation et plus de bénéfices que dans l'entretien de surfaces ne rendront pas leurs armes, et la prison ne leur inculquera pas l'amour de la société. La rage de jouir des hordes de retraités ne supportera pas à plat ventre des coupes sombres dans ses rentes mensuelles, et ne peut que s'exciter davantage devant le refus du travail d'une large fraction de la jeunesse. Pour finir, aucun revenu garanti accordé au lendemain d'un quasi-soulèvement ne posera les bases d'un nouveau New Deal, d'un nouveau pacte, d'une nouvelle paix. Le sentiment social s'est bien trop évaporé pour cela.

En fait de solution, la pression pour que rien ne se passe, et avec elle le quadrillage policier du territoire, ne vont cesser de s'accentuer. Le drone qui, de l'aveu même de la police, a survolé le 14 juillet dernier la Seine-Saint-Denis, dessine le futur en couleurs plus franches que toutes les brumes humanistes. Que l'on ait pris le soin de préciser qu'il n'était pas armé énonce assez clairement dans quelle voie nous sommes engagés. Le territoire sera découpé en zones toujours plus étanches. Des autoroutes placées en bordure d'un « quartier sensible » font un mur invisible et tout à fait à même de le séparer des zones pavillonnaires. Quoi qu'en pensent les bonnes âmes républicaines, la gestion des quartiers « par communauté » est de notoriété la plus opérante. Les portions purement métropolitaines du territoire, les principaux centres-villes, mèneront dans une déconstruction toujours plus retorse, toujours plus sophistiquée, toujours plus éclatante, leur vie luxueuse. Elles éclaireront toute la planète de leur lumière de bordel pendant que les patrouilles de la BAC, de compagnies de sécurité privées, bref : les milices, se multiplieront à l'infini, tout en bénéficiant d'une couverture judiciaire toujours plus impudente.

L'impasse du présent, partout perceptible, est partout déniée. Jamais tant de psychologues, de sociologues et de littérateurs ne s'y seront employés, chacun dans son jargon spécial où la conclusion est spécialement manquante. Il suffit d'entendre les chants de l'époque, les bluettes de la « nouvelle chanson française » où la petite bourgeoisie dissèque ses états d'âme et les déclarations de guerre de la mafia d'Evry, pour savoir qu'une coexistence cessera bientôt, qu'une décision est proche. »

Ce texte est signé d'un nom de collectif imaginaire. Ses rédacteurs n'en sont pas les auteurs. Ils se sont contentés de mettre un peu d'ordre dans les lieux communs de l'époque, dans ce qui se murmure aux tables des bars, derrière la porte close des chambres à coucher. Ils n'ont fait que fixer les vérités nécessaires, celles dont le refoulement universel remplit les hôpitaux psychiatriques et les regards de peine. Ils se sont faits les scribes de la situation. C'est le privilège des circonstances radicales que la justesse y mène en bonne logique à la révolution. Il suffit de dire ce que l'on a sous les yeux et de ne pas éluder la conclusion.

Continuons.

« Chaque secteur spécialisé de la connaissance fait à sa manière le constat d'un désastre. Les psychologues attestent d'inquiétants phénomènes de dissolution de la personnalité, d'une généralisation de la dépression qui se double, par points, de passages à l'acte fou. Les sociologues nous disent la crise de tous les rapports sociaux, l'implosion-recomposition des familles et de tous les liens traditionnels, la diffusion d'une vague de cynisme de masse ; à tel point que l'on trouve dorénavant des sociologues pour mettre en doute l'existence même d'une quelconque “ société ”. Il y a une branche de la science économique - l'“ économie non autistique ” - qui s'attache à montrer la nullité de tous les axiomes de la prétendue “ science économique ”. Et il est inutile de renvoyer aux données recueillies par l'écologie pour dresser le constat de la catastrophe naturelle. »

« Appréhendé ainsi, par spécialité, le désastre se mue en autant de “ problèmes ” susceptibles d'une “ solution ” ou, à défaut, d'une “ gestion ”. Et le monde peut continuer sa tranquille course au gouffre. »

« Le Comité invisible croit au contraire que tous les remous qui agitent la surface du présent émanent d'un craquement tectonique dans les couches les plus profondes de la civilisation. Ce n'est pas une société qui est en crise, c'est une figure du monde qui passe. Les accents de fascisme désespéré qui empuantissent l'époque, l'incendie national de novembre 2005, la rare détermination du mouvement contre le CPE, tout cela est témoin d'une extrême tension dans la situation. Tension dont la formule est la suivante : nous percevons intuitivement l'étendue de la catastrophe, mais nous manquons de tout moyen pour lui faire face. L'insurrection qui vient tâche d'arracher à chaque spécialité le contenu de vérité qu'elle retient, en procédant par cercles. Il y a sept cercles, bien entendu, qui vont s'élargissant. Le soi, les rapports sociaux, le travail, l'économie, l'urbain, l'environnement et la civilisation, enfin. Arracher de tels contenus de vérité, cela veut dire le plus souvent : renverser les évidences de l'époque. Au terme de ces sept cercles, il apparaît que, dans chacun de ces domaines, la police est la seule issue au sein de l'ordre existant. Et l'enjeu des prochaines présidentielles se ramène à la question de savoir qui aura le privilège d'exercer la terreur ; tant politique et police sont désormais synonymes. »

« L'insurrection qui vient nous sort de trente ans où l'on n'aura cessé de rabâcher que “ l'on ne peut pas savoir de quoi la révolution sera faite, on ne peut rien prévoir ”. De la même façon que Blanqui a pu livrer les plans de ce qu'est une barricade efficace avant la Commune, nous pouvons déterminer quelles voies sont praticables hors de l'enfer existant, et lesquelles ne le sont pas. Une certaine attention aux aspects techniques du cheminement insurrectionnel n'est donc pas absente de cette partie. Tout ce que l'on peut en dire ici, c'est qu'elle tourne autour de l'appropriation locale du pouvoir par le peuple, du blocage physique de l'économie et de l'anéantissement des forces de police. »

Portrait de g-e. d.

à g-e. d. Portrait de g-e. d. De g-e. d.

17H30 | 08/02/2008 | Permalien

c'est formidable, un extrait du livre, qui a le mérite d'en rendre le ton général, et d'éclairer l'article et son parti-pris policier, récolte un « naze ».

c'est vrai, des fois que ça donnerai envie de le lire, où d'enrichir le débat…

Portrait de uaybalam

à g-e. d. Portrait de g-e. d. De uaybalam

12H46 | 11/02/2008 | Permalien

ca fait peur …
il y a quelques années on aurait appelé ca de la science fiction …. aujourd'hui de de l'anticipation …
a faire froid dans le dos ! ! !
Merci pour cet extrait ! ! !

Portrait de Alice77

à Alice77 Portrait de Alice77 De Alice77

17H44 | 13/02/2008 | Permalien

C'est-à-dire aussi que les Renseignements Généraux s'inquiètent pour pas grand-chose. Gardez vos nerfs, dirait votre patron.

En touts les cas grâce à l'article ci dessus on vous a mâché le travail.

Toutes nos adresses ip sont à vous, si vous savez trifouiller le webmaster Rue 89. (Rue89, j'espère que votre spécialiste informatique est très bon, d'autant que l'on a pas signé de clause de confidentialité.

Je suis certaine qu'il y a un gars de RG branché sur le site en permanence.

Elle est pas belle la vie des RG sur Rue 89 ?

Portrait de La Framboise Congelée

De La Framboise Congelée

18H33 | 07/02/2008 | Permalien

On récolte ce que l'on sème !

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 18H45 | 07/02/2008 | Permalien

Le Président Mao a dit : « Le révolutionnaire doit être au milieu du peuple comme un poisson dans l'eau ».

J'espère que tout le monde a saisi que cette citation fait avant tout fonction de plaisanterie… Toutefois, à ne la considérer que sous l'angle technique, il y avait dans cette parole d'évangile rouge comme un parfum de bon sens.
Tout à fait dans le sens de J.-Y. Camus, à relire cette bonne vieille maxime maoïste, on comprend que d'hypothétiques candidats à la lutte armée seraient aujourd'hui tout à fait comme un poisson sur le sable. Autrement dit, la mise en exergue d'un possible revival terroriste d'extrême-gauche sert surtout à se faire peur… et on sait tout le profit politique qu'on peut tirer de la « grande peur des bien-pensants ».

Portrait de Modibo

à thierry reboud Portrait de thierry reboud De Modibo

19H07 | 07/02/2008 | Permalien

Emant de notre VRP en chef de l'action directe, voilà une déclaration plutôt faux-cul. A moins qu'il s'agisse d'intox à l'intention des RG…

Portrait de PonG

à Modibo Portrait de Modibo De PonG

rationaliste fondamentaliste à Pari... | 23H51 | 07/02/2008 | Permalien

@Modibo

Vous sortez d'où vous ?
Faut croire qu'il faut absolument un casse-couille de service sur ce site.
Ca me lasse.

Portrait de virginie78

à thierry reboud Portrait de thierry reboud De virginie78

Éteignez votre TV et apprenez à lir... | 19H31 | 07/02/2008 | Permalien

on veut tuer le poisson dans l'oeuf
mais soyons légions

Portrait de Jonas2

à thierry reboud Portrait de thierry reboud De Jonas2

Les mouches ne me trouveront pas as... | 19H35 | 07/02/2008 | Permalien

Je crois effectivement qu'une confrontation violente, orchestrée, serait impossible à organiser. Les moyens de surveillance ont atteint un degré se sophistication sans précédent.
Si d'aventure cela se produisait les moyens de répression seraient tout à fait aptes à circonscrire immédiatement les actions violentes.
Cette « fuite » est une grosse manip destinée à banaliser et à faire accepter un peu plus la main mise intégrale du pouvoir sur tous nos faits et gestes encore un peu libres.
En revanche, l'explosion soudaine et incontrôlable de violences portées par le désespoir…

Portrait de thierry reboud

à Jonas2 Portrait de Jonas2 De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 19H38 | 07/02/2008 | Permalien

Salut Jonas.
Tout à fait d'accord avec toi : une jacquerie, oui ; une révolution (ou un mouvement révolutionnaire), je n'y crois pas dans les conditions actuelles (voir les émeutes d'octobre-novembre 2005).

Portrait de uaybalam

à thierry reboud Portrait de thierry reboud De uaybalam

12H44 | 11/02/2008 | Permalien

il faut créer le mouvement du 14 fevrier …
en hommage au deni de democratie referendaire qui a eu lieu au parlement ce jour la en ratifiant la constitution europeenne que nous ne voulions pas ! ! !
vive le democratie ! ! !

Portrait de manu2005

à thierry reboud Portrait de thierry reboud De manu2005

La France tue en Afghanistan, en no... | 19H45 | 07/02/2008 | Permalien

Salut Thierry, toi z'aussi tu t'es fait un poisson pilote ?
Moi, j'ai perdu le mien au fil des pages…
Tu le nourris comment le tiens ?

Portrait de thierry reboud

à manu2005 Portrait de manu2005 De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 19H54 | 07/02/2008 | Permalien

Salut Manu.
Je ne le nourris pas, je considère que ça ne sert à rien (ça : le poisson-pilote ET le nourrir) : franchement, tu as vu le niveau ?
Je suppose qu'il n'a plus que ça pour avoir quelques érections, qu'est-ce que tu veux que je te dise !
(Pis d'abord, j'te ferais dire que le bidule, je me l'étais collé avant toi, na…)

Portrait de Modibo

à thierry reboud Portrait de thierry reboud De Modibo

20H09 | 07/02/2008 | Permalien

les deux tiofs ont mordu à l'hameçon, on va pouvoir préparer le thie(rry re)boudienne ! ! !

Portrait de PonG

à manu2005 Portrait de manu2005 De PonG

rationaliste fondamentaliste à Pari... | 23H59 | 07/02/2008 | Permalien

Ce qui est marrant c'est que c'est de la génération spontanée. Ca pousse après la pluie comme les champignons. Quoique mycose serait sans doute plus approprié pour ce type de nuisance.

Portrait de bidule

à thierry reboud Portrait de thierry reboud De bidule

21H39 | 07/02/2008 | Permalien

Je vous garantis que vous êtes irrésistibles toi et le Manu .
On apprend beaucoup à vous lire !

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