Les partis d’extrême-droite contre "l’islamisation des villes"
L’islam divise l’extrême-droite européenne. Alors que Marine Le Pen débat avec Tariq Ramadan et que des groupes radicaux, dont le NPD allemand, appuient le Hamas ou l’Iran par antisionisme, plusieurs formations politiques nationalistes et xénophobes se sont réunies à Anvers le 18 janvier pour lancer le mouvement « Les villes contre l’islamisation ».
Celui-ci est dirigé par Filip Dewinter, le président du parti indépendantiste flamand Vlaams Belang; Hans-Christian Strache, président du FPÖ autrichien; l’avocat Markus Beisicht, du mouvement allemand Pro-Köln et Robert Spieler, un ancien député FN, désormais président du mouvement régionaliste « Alsace d’Abord ».
D’autres partis étaient également présents, dont les Republikaner allemands, représentés par leur président, Uschi Winkelsett, ainsi que des groupes italien, danois, néerlandais et espagnol.
« Congrès anti-islamisation »
A l’initiative de Pro-Köln, qui a des conseillers municipaux dans la quatrième cité d’Allemagne, un grand « congrès anti-islamisation » est envisagé au printemps 2008. D’ici là, plusieurs manifestations seront organisées à Rotterdam, Paris, Londres et Madrid. D’ailleurs, le 2 février à Paris, Robert Spieler expliquera la démarche du mouvement lors du colloque organisé par la revue Synthèse nationale sur le thème: « Face à l’islamisation de nos villes: la réponse nationale et identitaire ».
Cette publication trimestrielle rassemble des cadres d’extrême-droite, en particulier du Front national, opposés à la démarche de Marine Le Pen. Spieler lui-même, dirigera, aux élections municipales, « une vraie liste de droite », qui fera du « refus de l’islamisation de Strasbourg et de l’Alsace » son thème de campagne, et qui fera concurrence à la liste frontiste.
Un nouveau fonds de commerce
Le thème de l’islamisation de l’Europe fait recette à l’extrême- droite. Rien d’étonnant, nous dira-t-on, de la part de partis qui font de la lutte contre l’immigration, surtout africaine, turque et maghrébine, leur fonds de commerce. Sauf que jusqu’au 11 septembre 2001, cette phobie anti-immigrés était surtout de nature culturelle et raciste et utilisait peu la peur de l’islam en tant que religion.
Désormais, ce thème est mis en avant par deux catégories de partis. Tout d’abord, des formations d’extrême-droite dites « identitaires » et qui défendent une vision de l’Europe fondée sur la blancheur de la peau et les racines chrétiennes. Ensuite, des partis situés à la charnière de la droite et de l’extrême-droite comme le Mouvement pour la France, de Philippe de Villiers; l’UDC suisse; le Parti du Progrès norvégien et surtout le Parti de la Liberté, qui est entré en fanfare au Parlement néerlandais en 2006 et dont le leader, Geert Wilders, est l’homme le plus médiatique (et le plus controversé) du pays.
Ces deux familles politiques ont en commun de s’opposer, non pas à l’islamisme mais à l’islam lui-même. Elles le considèrent comme radicalement incompatible avec la vie sur le sol européen et multiplient les demandes provocatrices: Geert Wilders veut interdire la vente du Coran, qu’il compare à « Mein Kampf ». Surtout, elles focalisent tellement sur l’islam qu’elles en oublient le vieux fonds antisémite de l’extrême-droite.
Alliance « avec les sionistes »
Le Vlaams Belang « drague » ouvertement l’importante communauté juive d’Anvers. Le livre « La Nouvelle question juive », publié en 2007 par Guillaume Faye, ancien intellectuel organique de la Nouvelle droite française, favorable à une alliance « avec les sionistes » contre l’islamisation, remporte un certain succès. Les partis islamophobes issus de la droite conservatrice tiennent pour leur part un discours ouvertement pro-israélien qui rencontre un écho à Jérusalem: une délégation du Parti de la Liberté, dirigée par Wilders, s’y est rendue début janvier et a été reçue par le vice-premier ministre Haïm Ramon ainsi que par le dirigeant du parti Israel Betainou, Avigdor Liberman, favorable au « transfert » des Palestiniens vers la Jordanie.
Le créneau de l’anti-islamisation était occupé jusqu’ici, à l’extrême-droite, par une autre structure transnationale, « Stop à l’Islamisation de l’Europe » (SIOE), qui a organisé à Marseille, le 8 décembre 2007, une manifestation devant le Centre méditerranéen du commerce international, pour protester contre le projet de construction d’une grande mosquée dans la cité phocéenne. Moins de 100 personnes y étaient venues, qui ont pu entendre une allocution de Bruno Mégret, le président du Mouvement national républicain, parti en campagne municipale. Dirigée par un danois, Anders Gravers, qui affirme « Nous ne croyons pas en le concept de ‘musulmans modérés’ », SIOE manifestera pour sa part à Amsterdam, le 26 janvier, sur le thème « Trop c’est trop: arrêtons l’islamisation de la Hollande ».
Un des enjeux des prochains mois sera donc de voir si les deux mouvements finiront par unifier leurs démarches.
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Il me semble bien que, d’une certaine façon, une tournure de pensée propre à l’extrême-droite ait déjà remporté une victoire.
Je trouve frappant de constater que beaucoup discutent de catégories religieuses comme si elles étaient des catégories immuables. Il devient assez courant de mettre en avant les appartenances confessionnelles par rapport aux appartenances politiques, comme si les premières étaient essentielles et les secondes contingentes.
Qu’on puisse parler des musulmans (ou des juifs, ou des chrétiens) comme s’ils étaient un ensemble indistinct, c’est déjà une victoire de ce type de pensée. Et j’observe que nous sommes de plus en plus nombreux à y céder.
Par ailleurs, comment ne pas constater qu’un discours simplificateur sur l’islam et les musulmans fait le lit de ce genre d’amalgame ? Il suffit d’entendre des journalistes confondre allègrement les adjectifs « musulman », « islamique » ou « islamiste » (souvent employés les uns pour els autres) pour s’en rendre compte.
Puisque la mode est à revenir à Edgar Morin, sans doute serait-il précieux de réhabiliter la pensée complexe.
Dans l’analyse il est dit que l’islam divise les parties d’extreme droite avec pour exemple d’un cote Marine Lepen qui debat avec Tariq Ramadan et de l’autre un mouvement « Les villes contre l’islamisation ».
Peut-etre ai-je mal compris mais le debat avec Tarik Ramadan vise essentiellement a montrer l’hostilite du front national a l’egart d’un certain Islam si ce n’est pas l’Islam en general, donc en parfait accord avec la mouvance anti-islam en Europe.
Le soutien du NPD pour le Hamas bien que fondamentalement motive par son vieux fond anti-sioniste, marque aussi le soutien a une organisation en dehors du sol europeen, « l’islam des autres » en quelques sortes, « l’islam de chez eux » comme on peut l’entendre, ce qui ne rentre pas en contradiction avec un rejet de l’islam sur le sol europeen.
Plus que de division ideologique, Il me semble que nous assistons a une tentative politique de lutte pour le pouvoir au sein des parties d’extreme droite. Le FN et son leader ont subit une lourde defaite, et pour renaitre de ses cendres certains semblent vouloir se demarquer de facon pretenduement ideologique pour tirer a eux la couverture des electeurs.
Je pensais que le rejet culturel etait depuis toujours intimement relie au rejet de la religion associee a cette meme culture.