
Les SMS au secours des droits de l'homme en Afrique

Comment utiliser les nouvelles technologies pour faire avancer la cause de la démocratie et des droits de l'homme en Afrique ? Cette question est au cœur de la réflexion de nombreux militants, activistes et membres de la société civile sur le continent noir. Elle y est plus complexe qu'ailleurs en raison de la fameuse « fracture numérique ».
Alors que la fourniture en électricité est irrégulière dans la majorité des villages et dans un certain nombre de centres urbains, alors que l'accès à Internet reste encore un luxe (seulement 2% des internautes dans le monde sont Africains), comment créer des réseaux efficaces permettant de témoigner dans l'urgence, notamment en cas d'atteinte aux droits humains dans des lieux difficiles d'accès ? La récente crise politique kenyane a profondément traumatisé la société civile de ce pays parmi les plus évolués d'Afrique. Plusieurs informaticiens et spécialistes d'Internet ont essayé de se rendre utiles dans ce contexte explosif. Parmi eux, deux hommes : Erik Hersman, très influent au sein de la blogosphère « techno » africaine, installé aux Etats-Unis après avoir grandi au Kenya et au Soudan, et David Kobia, serial entrepreneur du web.
Ils ont eu une idée : combiner les avantages de la téléphonie mobile (dont l'usage s'est démocratisé en Afrique) et d'Internet ; utiliser le mobile pour mieux recueillir à la base les témoignages concernant les exactions de part et d'autre, et le web pour mieux les dénoncer. C'est ainsi que le site Ushahidi est né.

Un numéro de téléphone mobile a été rendu public : les témoins de violences, y compris dans les campagnes reculées (donc non connectés au web), n'avaient plus qu'à envoyer des alertes par SMS. Des alertes traitées par l'équipe d'Ushahidi et mises en ligne. Mieux : grâce à l'utilisation de Google Map (ci-dessus), les visiteurs d'Ushahidi pouvaient localiser, sur une carte du Kenya, les régions les plus explosives. Dès lors, il devenait plus difficile de massacrer à huis clos.
Dans l'urgence, Ushahidi a été développé en deux jours et déployé en six jours. Le site a très vite fait sensation : des centaines de blogs et des médias prestigieux (BBC, Guardian, Christianity Today) en ont parlé.
Lors des dernières violences à caractère xénophobe en Afrique du Sud, Ushahidi a fait un petit : le site United For Africa, bâti par la même équipe sur le même principe. Désormais, il est question, pour les bâtisseurs du concept, d'améliorer l'existant (en perfectionnant les techniques d'évaluation de la pertinence des alertes SMS) et de développer une application logicielle gratuite, facilement utilisable dans le cadre d'initiatives humanitaires. Ils ont aujourd'hui besoin de soutien de bénévoles du web, notamment de développeurs, pour affiner un outil désormais mis à la disposition de tous.
Un outil qui ne pourra toutefois prospérer qu'à condition que les gouvernements africains s'abstiennent de « censurer » les communications par SMS. L'autorité de régulation des télécommunications au Zimbabwe a d'ores et déjà décidé de contrôler les messages téléphoniques pour combattre ce qu'elle considère comme un abus de services d'envois de SMS. Il est reproché aux organisations de la société civile et aux abonnés en général de communiquer des messages politiques… et de diffuser des blagues de mauvais goût sur le président Robert Mugabe.
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Journaliste depuis mai 1999, je suis éditorialiste et aussi chroniqueur indépendant, après avoir été reporter à L'Autre Afrique, correspondant du Monde à Abidjan, grand reporter à Fraternité-Matin, rédacteur en chef du Temps et du Courrier d'Abidjan. 


























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De Pierre Haski
Rue89 | 12H01 | 14/06/2008 |
Bonjour Théophile,
bienvenu sur Rue89 ! Nous avions échangé quelques e-mails il y a quelques mois, et te voilà dans notre rue… Et bravo pour ce premier post passionnant ! Au plaisir de lire la suite…
à Pierre Haski
De Théophile KOUAMOUO
(auteur)
Journaliste | 00H44 | 15/06/2008 |
Merci, Pierre. Je suis content que vous appréciiez mes posts et ça m'encourage…
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 12H29 | 14/06/2008 |
Tout à fait intéressant, merci. Vive Ushahidi !
Est-ce qu'on peut faire quelque chose pour vous donner un coup de pouce ?
à Jaycib
De Ech-picard
21H09 | 14/06/2008 |
Ne jetez pas vos « vieux » téléphone portable !
Avant d'utiliser votre HI faune tout neuf, pensez à déverrouiller votre téléphone (même si c'est payant), recherchez la notice le carton d'emballage et surtout le chargeur et donnez le tout à un africain.
Vous avez bien un africain dans votre entourage ?
Ce dernier, j'en suis sur, expédiera le tout la bas.
Et ne me dite pas que … la pollution …. le recyclage,
NON, cet article nous montre l'utilité de cette démarche. Je n'ai pas conseillé non plus de donner un téléphone avec une batterie nase ou un écran HS.
à Ech-picard
De Socrate Tchatcha
viouuuu du vent | 17H30 | 15/06/2008 |
Préjugés, préjugés ! Je suis africain et suis pas au courant de ces pratiques ! A l'heure où l'Europe est au Hi Faune (la faune d'Afrique bien entendu) on trouve quand même raisonnable d'envoyer là bas des portables par le biais de quelques africains dans l'entourage de Horteufeux ! Minable, quand est ce que vous serez au courant qu'en Afrique les téléphones de derniers cris viennent de l'Arabie Saoudite ou de la Chine ? … En plus, ces appareils sont moins chers que d'envoyer les portables pourris d'ici par la poste. Il y a tout simplement un effet de « Mon portable vient de Paris ! » seule différence. Ne regardez pas votre nombril Monsieur Ech-picard !
Je salue donc l'initiative de mon confrère Théophile (Frère de plume bien entendu, moi, je suis gribouilleur et je lui dit félicitation pour sa première sur Rue89 ! ).
http://adjimdanngar.over-blog.net/
à Socrate Tchatcha
De Ech-picard
18H53 | 16/06/2008 |
Dommage Socrate ! Mais je suis très loin d'être un africain dans l'entourage d'Horteufeux (Je ne vous dis pas tout vous seriez surpris) et je ne regarde pas mon nombril non plus (la vous m'avez vexé) j'ai bien insisté pour que l'on n'envoie pas un portable pourrave et si l'on respecte l'article de Théophile je précise avec photo/vidéo/son.
Bien de nos compatriotes sont capable de jeter au bout de 6 mois le téléphone tant adulé.
Quand au téléphone en provenance de Chine ou d'Arabie, je suis au courant. Tiens si vous avez un tuyau pour l'ADSL je suis preneur ?
Pas mal votre site.
De NM
14H56 | 14/06/2008 |
Bonjour Théophile ! Méga-intéressant. Je travaille beaucoup sur les nouvelles technologies pour les droits de l'Homme et la mobilisation et la possibilité qu'offre les portables fait rêver. Les Philipins ont deja commencé il y a pas mal d'années pour organiser des rassemblements politiques et à la suite, Nokia avait commandité une enquête sur le portable et son utilisation dans les mouvements de la société civile philipino. Trés intéressant. Une autre organisation basée à Brighton qui s'appelle Tactical Tech (www.tacticaltech.org) travaille sur l'utilisation des portables en Asie (autour d'une campagne des femmes et de l'industrie du sexe) et avec une organisation Sud-Africaine (Fahamu) sur l'utlisation des portables au niveau de la défense des droits humains.
Continuez à partager ces initiatives, c'est trés satisfaisant et montre une image des pays africains que l'on voit peu dans nos médias : celle d'une société civile vibrante, active et courageuse.
A bientot !
à NM
De Socrate Tchatcha
viouuuu du vent | 17H35 | 15/06/2008 |
Bravo ! NM ! Tout à fait d'accord avec : « Continuez à partager ces initiatives, c'est trés satisfaisant et montre une image des pays africains que l'on voit peu dans nos médias : celle d'une société civile vibrante, active et courageuse. »
De éternellerebelle
enragée ! | 15H08 | 14/06/2008 |
Se servir de tous les outils pour témoigner des
tragédies en Afrique et dans le monde,
qu'aucune dictature ne puisse persécuter les
populations dans le secret
Merci pour votre engagement
que les témoignages soient une arme contre les
assassins de leur peuple ,soutenus hélas par notre
gouvernement qui préfére vendre des armes et former
des robocops locaux pour étouffer les révoltes populaires
De richelieu94
18H07 | 14/06/2008 |
Merci pour ce papier passionant. C'est une problématique de fond. un tel service ouvre des voies d'action prometteuses et offre des « avantages » : Permettre une meilleure visibilté des atteintes aux droits de l'homme sur la base des sms reçus (même si c'est de toute façon une toute petite part des actes, une connaissance approfondie est nécessaire pour agir et prévenir les atteintes aux droits de l'homme). Ensuite c'est un outil contre l'impunité. Par exemple, lors du conflit ivoirien les viols ont été pratiqués sur une grande échelle. Les rapports de HRW dénoncent le silence des victimes qui n'ont pas d'accès à la parole. le crime est d'autant plus terrible qu'il ne sera pas dénonçé et s'inscrit durablement comme un traumatisme individuel et collectif.
La souplesse de ce type de système permet de s'affranchir quelque peu des contraintes techniques et permet surement de déployer des moyens d'autant plus utiles à d'autres niveau (investigation, poursuite,prise en charge des victimes)
Même si c'est encore limité, des applications vont l'améliorer (les logiciels cités)et l'aider à se développer ailleurs.
par contre auriez vous des précisions ?
sur les zones concernées ?
des données sur les plaintes ? (types d'atteintes, auteurs,etc)
sur la méthode d'intervention après réception ? (collaborations des institutions, des autorités locales, acteurs sociaux, etc)
encore une fois merci. et signalons que de plus en plus d'actions en ce sens se dévellopent en Afrique et que de plus en plus d'actes et d'auteurs font l'objet d'investigations et de poursuite.
De Jean-Baptiste
Projets entre marketing, éditorial ... | 21H30 | 14/06/2008 |
Merci de ce billet.
Je vous signale aussi http://www.sokwanele.com qui suit les élections au Zinbabwe. Sur ce site on trouve un mashup avec google map, mais sans SMS. La carte n'a pas été actualisée, mais le site oui.
En signalant la carte dans l'émission de l'atelier des médias de RFI j'avais noté une réaction qui semblait montrer que ce genre d'application est attendue sur le continent.
http://atelier.rfi.fr/profiles/blog/show ? id=1189413 : BlogPost : 21924&page=…
De hans lefebvre
00H13 | 15/06/2008 |
Un article fort passionnant, et qui décrit une initiative particulièrement innovante en Afrique. Cela démontre encore que les africains savent faire beaucoup avec peu ! Il y a quelque chose de l'ordre de l'invention de survie au quotidien. En ce sens, je vois beaucoup d'espoir pour le continent, dont la situation n'est par ailleurs pas uniforme. Pour autant, j'ai bien conscience et connaissance des indicateurs qui démontrent une situation dramatique, mais je veux croire dans les forces vives du continent, notamment dans sa jeunesse ! Mais il faut libérer les énergies, et rétablir un minimum d'équité. L'Afrique ne peut continuer à être pillée, tant part ses dirigeants que par l'occident complice depuis la nuit des temps. Pour ma part, je veux aussi croire dans ce que je nomme le micro co-développement citoyen, soit des petites action transnationales, mises en place par des petites structures associatives.
cordialement votre
http://jeboycotte.org
De 3880
étudiant | 00H19 | 15/06/2008 |
Sympa cet article.
mais comment mesurer l'impact d'une telle initiative sur la population civile ?
Comment éviter que sa deviennent le bureau mondial des pleurs ?
à 3880
De Théophile KOUAMOUO
(auteur)
Journaliste | 00H49 | 15/06/2008 |
Je pense que les groupes politiques et les gouvernements n'ont pas forcément envie que le monde entier soit témoin de certaines exactions. En plus, plus les témoignages sont précis, plus les seconds couteaux qui font n'importe quoi ont peur de l'opprobre et de la justice, qu'elle soit nationale ou internationale.
De Humain_malgre_vous
00H24 | 17/06/2008 |
Afrique noire vous dites dans votre article - par ailleurfortinterrssant - ? kezako ? Et elle est ou l'Autre Afrique bazanee, blanche, albinos creole et tuti quanti ? Je suis convaincu que vous etes du genre a mesurer les poids des mots. Un continent, c'est par definition geographique. Qui ose encre parler de l'Asie jaune ou des jaunes tout cours ? L'afrique subsaharienne serait-elle condamnee a porter sa couleur comme le malfrat du farwest enduit de goudron et de plumes ?
Hummm …
De Yoroba
Journaliste | 13H33 | 17/06/2008 |
Félicitation, chef…
l'idée du sms pourrait être utilisée pas seulement en période de crise(ou de guerre). Il faudra trouver son utilité en temps de paix… une utilité qui redorerait l'image des pays africains… j'y pense !
à Yoroba
De Théophile KOUAMOUO
(auteur)
Journaliste | 18H30 | 18/06/2008 |
Disons que le SMS peut globalement être utilisé dans le domaine du « watching » pour mettre en réseau des gens et leur donner l'avantage de l'information. Par exemple, des paysans peuvent recevoir tous les jours les cours du cacao ou du café.