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Médiateur scientifique

Quand l'ADN bégaie, il identifie les individus

Le projet de loi relatif » à la maîtrise de l'immigration, à l'intégration et à l'asile » a été définitivement adopté par le Sénat le 23 octobre. Fin du suspense, extinction des feux, chacun rentre chez soi. Le législateur, après avoir décidé comment l'étranger peut rassembler sa famille autour de lui, peut rejoindre son regroupement familial personnel.

Le projet de loi a maintenu, au terme d'un débat national à rebondissements multiples et à expression multilatérale désynchronisée, la possibilité pour un candidat au regroupement de demander une identification » par ses empreintes génétiques […] afin d'apporter un élément de preuve d'une filiation déclarée avec [sa] mère. »

Une telle possibilité est offerte, nous explique le législateur, dans le cas où le demandeur d'asile serait dans l'impossibilité matérielle de montrer patte blanche grâce à des documents officiels d'état civil. En dehors de tout débat idéologique sur le sujet, une question se pose au scientifique qui sommeille en chacun de nous, pour peu qu'on aille le débusquer sous sa couette : une empreinte génétique, c'est quoi ?

Le code de l'ADN, une phrase interminable avec un alphabet de quatre lettres

Chacun connaît le principe des empreintes digitales, superpositions de sillons creusés à la pointe de nos doigts par la charrue du hasard, et qui permettent de nous identifier avec quasi-certitude parmi 6 milliards d'humains. Le principe est rigoureusement le même pour les empreintes génétiques, sauf que ce ne sont pas les doigts qu'on observe, mais l'ADN.

L'ADN, abréviation d'acide désoxyribonucléique (ne cherchez surtout pas à le placer au scrabble), est une grosse molécule entrant dans la composition de tous les êtres vivants. Chaque molécule d'ADN est formée d'une succession de petites molécules dont il n'existe que quatre formes, décrites en général par leurs initiales : A (pour adénine), C (pour cytosine), T (pour thymine) et G (pour guanine).

Par exemple, une portion de molécule d'ADN peut être formée par l'enchaînement ATGGGAACCCATTGCAAA… Ces lettres alignées n'ont aucun sens pour le commun des humains. En revanche, nos cellules, dont c'est presque le métier, ont les moyens de déchiffrer le code de l'ADN. Elles savent traduire tous les mots, les phrases, les paragraphes qui le composent, et exploitent ses informations pour toutes les étapes essentielles de leur vie : manger, boire, se défendre, trouver des potes, se reproduire éventuellement avec, se diviser toutes seules au besoin, etc.

Les informations que les scientifiques exploitent pour établir la carte génétique d'un individu sont elles aussi portées par l'ADN. L'histoire remonte au milieu des années 80, quand Alec Jeffreys, chercheur britannique de l'université de Leicester, découvre un phénomène bizarroïde dans les enchaînements de l'ADN : certains fragments ont tendance à se répéter les uns derrière les autres.

Par exemple, l'enchaînement AATTCCGG peut se répéter trois fois de suite, ce qui donne AATTCCGGAATTCCGGAATTCCGG. Mieux : on trouve des fragments répétés un peu partout sur l'ADN. Encore plus fort : Jeffreys a découvert en se martelant les quadriceps de bonheur que le nombre de répétitions varie d'un individu à l'autre. Dingue de joie, le savant s'est senti planer tellement haut qu'il a appelé ces fragments répétés des » mini-satellites » .

Pour passer de l'ADN à l'empreinte, on compte le nombre de bégaiements

Tous les ingrédients pour identifier un individu à partir de petits morceaux d'ADN qui bégayent au hasard sont réunis. Si on imagine simplement 10 mini-satellites répartis sur l'ADN et pouvant se répéter chacun de 1 à 8 fois, il existe alors 8 longueurs possibles pour chaque fragment et au total 8×8×8×8×8×8×8×8×8×8 possibilités, soit un peu plus d'un milliard. Ce qui offre pas mal de variété dans l'ADN…

Mais on a ensuite trouvé, car on n'arrête pas un chercheur lancé au galop, qu'il existe des milliers de mini-satellites sur l'ADN, et même qu'il existe des micro-satellites dans lesquels l'enchaînement répété n'est constitué que de quelques éléments.

Par exemple, le petit motif » AG » devient AGAGAGAGAGAGAGAG… En ajoutant la variété issue des mini-satellites à celle des micro-satellites, on obtient des milliers de milliards de combinaisons possibles, et donc, à moins d'un gros coup de bol, l'impossibilité de trouver deux fois la même combinaison chez deux êtres humains. Mis à part les vrais jumeaux, et encore…

Aujourd'hui, l'empreinte génétique repose principalement sur l'analyse des micro-satellites. Grâce à des techniques hyperpointues, on peut mesurer la longueur de toute une série de micro-satellites, et obtenir ainsi une carte précise de l'ADN. Par exemple, le satellite n°1 mesure 40, le n°2 mesure 76, le n°3 mesure 145… et le n° 1785 mesure 8. En comparant cette carte entre deux échantillons d'ADN, deux solutions possibles :

  1. Tous les satellites ont la même longueur, et il s'agit de deux échantillons appartenant au même individu ;
  1. Un même n° de satellite n'a pas la même longueur dans les deux échantillons, et on peut être quasiment certain qu'il ne s'agit pas de la même personne.

Cependant, si la longueur de la plupart des satellites est exactement la même, on peut conclure que les échantillons appartiennent à deux individus proches, voire de la même famille. C'est sur cette dernière éventualité que reposent les tests de filiation, notamment celui proposé par la nouvelle loi française.

Prendre une empreinte ADN n'est pas faire un » test ADN » , bien plus complet

Une empreinte génétique est donc établie en mesurant la longueur des micro-satellites. Pour y parvenir, on ne réalise en théorie aucune autre expérience que celles de découper l'ADN, isoler certains morceaux, en photocopier d'autres, séparer l'ensemble et mesurer chaque petit bout.

Ne confondons pas avec un vrai » test ADN » , qui consiste plutôt à farfouiller dans les gènes de quelqu'un pour y trouver son sexe, une maladie éventuelle, un risque de cancer, un abonnement à Pif Gadget, que sais-je encore. En réalisant une empreinte, on ne cherche (toujours en théorie) rien d'autre que des longueurs d'ADN.

Celui qui s'y soumet ne court donc pas le risque de se faire révéler une maladie honteuse. Il saura simplement si son papa ou sa maman sont vraiment ceux qu'ils croyaient. Ce qui constitue déjà une information lourde de dangers, ne serait-ce que pour la stabilité de la famille ainsi dévoilée au grand jour ! C'est d'ailleurs un des principaux risques qui a alimenté le débat en France sur ce sujet.

Reste que la loi est maintenant votée, et qu'un étranger qui désire entrer en France a le droit de demander à vérifier si sa maman est bien sa maman. Pourquoi sa maman, et pas son papa ou même les deux ? Voilà un des mystères qui entoure encore cette loi, et qui a du soulever des discussions acérées chez nos élus.

19 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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De

13H01 | 04/11/2007 | Permalien

Merci pour ces éclaircissements, très instructifs.

L'essentiel reste le principe ; on peut encore signer la pétition http://www.touchepasamonadn.com/ (300 000 signatures pour le moment : il faudrait arriver au million pour être entendu du président ? )

Portrait de Courageux anonyme

De

14H39 | 04/11/2007 | Permalien

L'exclusion du pére est un amendement à la proposition initiale, une des objections étant que la révélation d'une paternité sociale différente de la paternité biologique serait courante (autour de 10% des cas grosso modo) et plus problématique qu'une révélation sur la mére beaucoup plus rare et qui peut plus difficilement être ignorée du pére et jamais de la mére.

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alpha-béta | 01H14 | 05/11/2007 | Permalien

J'aime bien les discussions acérées chez nos élus,elles ont un petit relent ironique qui ne me déplait pas.

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07H51 | 05/11/2007 | Permalien

J'ai beaucoup apprécié,moi aussi,la bonne dose d'humour,(+ la bonne compréhension pour les non-spécialistes), contenue dans cet article,un scientifique qui n'exclut pas la fantaisie (encore un cliché qui tombe) ça fait plaisir. le AG qui devient GAG ou GAGA (subtil et drôle) et l » abonnement à Pif gadget m'a bien fait rire.

(MAIS)² ; une information essentielle manque à cet article :

Combien ça coûte une empreinte gêne-éthique ?

Serait-ce,aprés la « sélection » par les diplômes, une sélection par l » argent ?

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à le-vilain-petit-canard Portrait de le-vilain-petit-canard De

17H51 | 05/11/2007 | Permalien

moi aussi

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De compte supprimé14

18H14 | 04/11/2007 | Permalien

Au moment où Mariani, dans le cadre d'une loi destinée à limiter le regroupement familial, se pose en farouche défenseur de ce même regroupement, propose et fait voter « l'amendement ADN », survient l'affaire de l'Arche de Zoé. Et la diplomatie française de s'apitoyer et d'accabler cette association qui voulait arracher ses enfants à leurs « familles africaines ». Ainsi découvre-t-on qu'en Afrique, un enfant peut souvent ne pas être l'enfant de ses parents, mais souvent adopté par un « oncle » ou un « proche » de la famille… et que l'Etat français en est tout à fait conscient et compatissant. Mais, grâce à Monsieur Mariani, aucune chance que cet « oncle » ou ce « proche », si tant est qu'il puisse atteindre un jour le territoire français, ne puisse un jour prouver son lien de filiation avec son enfant ; il nous avait déjà prévenu dans Le Point, « Et puis pour les autres modèles de famille, je suis désolé de dire que le droit français n'est pas comme les coutumes africaines ! ».
Ecoutez Kouchner sur Europe 1, cela vaut son pesant de riz

Portrait de Servais-Jean

à compte supprimé14 Portrait de compte supprimé14 De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 02H39 | 05/11/2007 | Permalien

@Babou

Mon père a été récupéré peu de temps aprés sa naissance et suite à la mort de sa mère par une de ses tantes,et ceci sans aucun acte authentique.

Mais il faut dite à la décharge de Mariani que comme cela se passait dans les années 1910,il n'était pas en France ni d'ailleurs ses parents.

Et je suis sûr que cela se passe encore de nos jours dans notre beau pays dans certaines régions un peu à l'écart des grandes routes.

Portrait de Courageux anonyme

De

20H47 | 04/11/2007 | Permalien

merci damien. encore un excellent papier, l'instruction joyeuse, limpide et passionnante.

Portrait de Succédané

De Succédané

| 21H27 | 04/11/2007 | Permalien

Rien que le mot biochimie effare le vulgum pecus, mais comme quoi un docteur en biochimie peut se faire comprendre aisement de ses concitoyens.
Cette intervention est à diffuser le plus largement possible

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De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 01H25 | 05/11/2007 | Permalien

J » ai parfois l'impression de faire le Zorro en mettant des « top » à certains commentaires qui récoltent des « naze » comme les deux ou trois ci-dessus qui ne méritaient pas les nazes qu'un farceur leur avait attribué.

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à Servais-Jean Portrait de Servais-Jean De

17H12 | 05/11/2007 | Permalien

Zavez pas mieux à faire ?
(je sais c'est naze)

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De

09H14 | 06/11/2007 | Permalien

Y as peut être une raison encore plus vile au fait que les pères ne soient pas touchés par cette mesure. Si le but est d'envisager à court ou moyen terme de pouvoir procéder à cette opération pour des affaires judiciaires, alors nombre de pères francais risqueraient d'apprendre qu'ils : ne sont pas des pères…

Et si on imagine en plus que les personnes qui soupconnent des politiques ou célébrité d'êtres leurs « réels » parents, on risquerait de bien s'amuser à voir combien d'enfant les pontes de l'industrie et les politiques ont réellement « produits ».

Remarquez, en fait, ca serait peut être pas si mal cette loi dans ce cas la ? (humour bien sûr ^^ )

Portrait de Courageux anonyme

De

10H22 | 06/11/2007 | Permalien

pas mal ce petit article.
L'ADN cependant, est un acide, et donc du genre masculin. Faudrait corriger le titre s'il vous plait.

Portrait de Courageux anonyme

De

12H29 | 06/11/2007 | Permalien

Au risque de passer pour un benêt, j'avoue ne pas avoir compris un traitre mot de ce qui est écrit.

« Tous les ingrédients pour identifier un individu à partir de petits morceaux d'ADN qui bégayent au hasard sont réunis. Si on imagine simplement 10 mini-satellites répartis sur l'ADN et pouvant se répéter chacun de 1 à 8 fois, il existe alors 8 longueurs possibles pour chaque fragment et au total 8×8×8×8×8×8×8×8×8×8 possibilités, soit un peu plus d'un milliard. »

Je ne vois absolument pas pourquoi on aurait 8 longueurs possibles, qu'on ait jusqu'à 8 longueurs possibles pour ces mini satellites là je serai d'accord.

Par la suite : « deux solutions possibles :

1. Tous les satellites ont la même longueur, et il s'agit de deux échantillons appartenant au même individu ;

1. Un même n° de satellite n'a pas la même longueur dans les deux échantillons, et on peut être quasiment certain qu'il ne s'agit pas de la même personne. »

alors là j'avoue comprendre encore moins je croyais qu'un satellite était une copie à l'identique d'un morceau d'ADN or s'il n'a pas la même longueur j'ai l'impression que c'est pas un satellite à moins que des détails m'aient échappé dans la méthode d'analyse…
au final on est plus ou moins capable de dire si l'empreinte laissé par un ADN est similaire à une autre empreinte laissé par un autre échantillon d'ADN alors cet ADN appartient à la même personne. Or qu'en est il en ce qui concerne les liens de filiation puisque d'après ce que vous nous dites avec des pincettes : « Un même n° de satellite n'a pas la même longueur dans les deux échantillons, et on peut être quasiment certain qu'il ne s'agit pas de la même personne. »

En espérant obtenir ces éclaircissements…

Portrait de Courageux anonyme

De

15H04 | 06/11/2007 | Permalien

Quelques éclaircissements, donc.

Un satellite est une portion de l'ADN dans laquelle une même succession de lettres, un même « motif », se répète un nombre variable de fois selon les individus. Dans l'exemple que j'ai pris, au sein d'un même satellite on peut avoir de 1 à 8 répétitions du même motif : le motif ATG peut par exemple se répéter 1 fois ou bien 2 (ATGATG), 3(ATGATGATG), etc. Bien sûr, le chiffre 8 est pris totalement au hasard.
Peut-être aurais-je du mieux séparer les 2 termes : « satellite », qui représente la séquence totale, et « motif » qui désigne uniquement le petit morceau répété.
Est-ce que les choses sont plus claires ainsi ?

Pour identifier les individus, on compte le nombre de répétitions du même motif dans un grand nombre de satellites (je ne sais pas exactement combien, ça doit dépendre des méthodes).
Si pour tous les satellites on observe, entre 2 échantillons, le même nombre de répétitions d'un même motif, alors on peut dire que les 2 échantillons appartiennent à la même personne.
Si on trouve de très nombreuses différences en mesurant le nombre de répétitions à l'intérieur des satellites, on peut être quasiment certain que les 2 échantillons viennent de 2 personnes différentes.
Par contre, si un grand nombre de similitudes apparaissent, on peut supposer que les deux échantillons appartiennent à 2 individus proches.
Quant à la définition de la probabilité de parenté à partir de la comparaison d'empreintes, elle relève de calculs effectués par les spécialistes de ces méthodes…
Mais cela ne change rien au principe de la technique : la probabilité de parenté entre 2 individus augmente avec le nombre de satellites qui ont la même longueur chez les 2.

J'espère que cela a éclairci vos idées. Sinon, n'hésitez pas à redemander des précisions.

Portrait de Courageux anonyme

De

15H48 | 06/11/2007 | Permalien

Merci pour cet éclaircissement…
Dois je en conclure qu'un lien de parenté est établi en fonction de tests statistiques. Or il me semble qu'il existe une zone d'erreur, il serait peut être interessant de savoir à quelle hauteur cette erreur est fixée (10%, 5%, 1% ou moins).
L'erreur statistique est elle tolérable quand on parle de l'Homme ? ? ?

Portrait de Courageux anonyme

De

17H19 | 06/11/2007 | Permalien

Le test donne en effet des résultats statistiques, mais dont le degré de précision dépasse les 99%. Il s'agit donc d'une quasi-certitude…

Petit détail technique, dont je n'ai pas parlé dans l'article initial : chaque enfant recevant la moitié de son patrimoine génétique de son père et l'autre moitié de sa mère, on doit en théorie retrouver la moitié des micro-satellites (avec la même taille, bien sûr) d'un enfant chez sa mère, et l'autre moitié chez son père. Ce qui simplifie un peu les recherches.

Portrait de Courageux anonyme

De

21H09 | 06/11/2007 | Permalien

Les 99% de certitude c'est pour la méthode théorique, non ? Mais pour les tests en eux-même qu'elle est leur fiabilité réelle ?

Portrait de Courageux anonyme

De

21H29 | 06/11/2007 | Permalien

non, les 99% de probabilité sont bien pour le test en lui-même, pas sur la méthode théorique ! vous filez à un labo adapté un bout de couenne, de rein, de poumon gauche, droit ou du milieu, vous les laissez mijoter 2-3 jours et ils vous annoncent avec plus de 99% de certitude si vous êtes bien le fils de votre papa et de votre maman.

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