Et si les OGM réconfortaient l’humanité?
Le texte de la loi sur les OGM est stocké sur un bureau de l’Assemblée, attendant son vote définitif qui ne saurait tarder. Les plantes OGM continueront à pousser en plein air et plus librement qu’avant. La colère des hommes envers leurs (ir)responsables mûrit en un rejet catégorique de ces monstres qui envahissent nos champs et nos assiettes. Les OGM sont honnis, soit. Et qui mal y pense? Qui oserait encore suggérer que lesdits monstres peuvent apporter un quelconque bien-être à l’humanité? Hé bien il en reste, de ces courageux ou de ces fous (rayez la mention inutile) pour qui les OGM peuvent aussi nous faire du bien. A vous de juger.
La malbouffe au cœur des colères… et des espoirs
Commençons par les applications dans le secteur de la bouffe, qui sont les plus difficiles à avaler. Les OGM résistants aux pesticides ou aux insecticides n’ont aucun intérêt pour l’humanité, chacun en convient. L’obtention d’un maïs moins gourmand en eau grâce à un gène de sorgho (plante africaine résistante à la sécheresse), même si elle poursuit une logique agricole discutable, mérite déjà plus d’intérêt. Et dites, si on parvenait à un résultat identique avec du blé, du mil, du manioc ou du riz? Si on améliorait les rendements agricoles dans les régions semi désertiques, si on pouvait vaincre durablement les famines africaines ou asiatiques? Et si un des rares moyens de la victoire résidait dans quelques espèces de plantes génétiquement modifiées?
Après la sécheresse, on envisage de produire des plantes résistantes à d’autres formes de stress comme le froid ou des sols trop salés. Alors qu’on se prépare à une inondation croissante des terres cultivables par la mer, l’idée vous semble-t-elle alléchante? Elle l’est en tous cas pour les pays concernés, et des recherches d’amélioration génétique des plantes locales sont déjà lancées en Inde, en Afrique du Sud, au Kenya, au Sénégal, au Guatemala, en Ouganda, etc. Là-bas, le principe de précaution s’efface devant le principe de survie. Quand la priorité est de ne pas mourir à 35 ans, les OGM deviennent vite un espoir…
Dans ces mêmes pays en voie de développement, des millions de personnes souffrent d’une carence en vitamine A, présente en trop faible quantité dans le riz qui constitue parfois l’essentiel du régime alimentaire. Des milliers en meurent chaque année. Il existe sûrement plusieurs solutions. Un riz modifié, enrichi en vitamine A, en est une. Elle est en cours d’étude, et les malades ne rejetteraient peut-être pas catégoriquement ces OGM s’ils éliminaient leurs souffrances et proposaient un avenir plus souriant à leurs enfants.
De l’agriculture à l’industrie agricole
Faisons un pas en avant pour nous placer à cheval entre l’agriculture et l’industrie. Les "pays du sud" sont farouchement intéressés par l’idée de canne à sucre, de tabac ou de banane transgéniques, perçues comme de réels moyens de développement économique. Bien sûr, l’impact des OGM sur l’homme et l’environnement est aussi inconnu là-bas qu’ici. Mais une fois encore, lorsqu’il s’agit de ne pas crever de faim, les débats ne sont plus les mêmes.
Les projets industriels existent aussi chez nous. Toutefois, notre problème essentiel n’étant pas de nous remplir l’estomac une fois par jour, de tels projets laissent plus dubitatifs et frisent parfois le ridicule à grands coups de bigoudis. L’imagination humaine devient fascinante quand elle propose des huiles végétales enrichies en molécules excellentissimes pour la santé, histoire d’éliminer le mauvais cholestérol, ou des yaourts enrichis en bactéries génétiquement modifiées pour nous apporter des dizaines de trucs essentiels. De vous à moi, je pose la question: ne vaut-il pas mieux une bonne séance de sport, deux litres d’eau fraîche, une cuiller d’huile de foie de morue et les pizzas surgelées à la poubelle? Compenser notre bêtise alimentaire par une ineptie industrielle, autant se mordre la queue tout de suite ça fera moins mal.
Mais imaginons qu’on produise dans des plantes modifiées des matériaux plastiques biodégradables et garantis sans pétrole? Imaginons qu’on file des kilomètres de soie d’araignée, un des matériaux les plus résistants au monde, synthétisée par des feuilles de tabac? Avouez que ça fait réfléchir. Et même agir: des matériaux biodégradables (au nom appétissant de polyhydroxyalcanoates) sont déjà produits par des bactéries, mais les coûts restent élevés. D’où l’idée d’utiliser du tabac, moins cher et presque plus facile à utiliser (attention toutefois à ne pas le fumer).
Pour la soie d’araignée, l’entreprise Nexia Biotechnologies propose aujourd’hui des chèvres transgéniques dont le lait contient des protéines de soie qui sont ensuite purifiées puis filées. On ne tire donc pas, lors de la traite de la chèvre, une fondue savoyarde de lait plein de fils de soie. N’empêche, je suis d’accord avec vous : pauvres bêtes. Plaignons les gosses des dirigeants de Nexia, vu ce qu’ils font aux chèvres. Dans ces conditions, l’idée de produire la soie d’araignée dans du tabac n’est-elle pas moins douloureuse?
La médecine au travail
Les meilleurs projets d’utilisation d’OGM restent malgré tout d’ordre médical. Comme dans certains cas agricoles, l’objectif est de proposer aux hommes une vie meilleure, et personne ne peut décemment prendre l’argument à la rigolade. De plus, le cadre pharmaceutique offre un nouvel avantage: les OGM, confinés sur le lieu de production, n’ébattent pas leur pollen à tous vents.
On produit déjà des protéines-médicaments dans des bactéries, des levures ou des cellules animales en culture. Ces procédés présentent plusieurs inconvénients: les microorganismes ne fabriquent pas des protéines exactement humaines, les cellules animales coûtent cher, les rendements sont parfois faiblards, etc. Pour y remédier, les plantes proposent encore leurs services. Plus proches de nous que les bactéries, elles fabriqueraient des protéines plus ressemblantes aux nôtres et donc plus efficaces. Elles offrent de bons rendements et ne coûtent pas cher à cultiver: de quoi produire des médicaments en grande quantité et à un prix abordable.
Parmi les recherches en cours, citons la production d’hémoglobine (protéine de transport de l’oxygène dans le sang), de collagène (protéine de la peau, importante dans les processus de cicatrisation par exemple) ou même de vaccins qui coûtent extrêmement cher avec les techniques actuelles. Dans ce dernier cas, l’idée serait de produire des vaccins directement dans des aliments faits exprès, comme des grains de maïs. Le prix de revient serait réduit, le mode d’ingestion dans l’organisme d’une grande simplicité. D’ici à ce qu’on achète nos boîtes de maïs en pharmacie, il reste quelques pas, mais tout de même: l’espoir de traiter à peu de frais des millions d’humains par des vaccins produits en grande quantité peut séduire.
Les plantes sont des outils médicaux de choix qu’il serait dommage de jeter aux ordures par principe. Surtout si les plantes poussent, comme les bactéries actuelles, dans des locaux hermétiques. En organisant le bazar, suffisamment pour qu’on ne retrouve pas de l’hémoglobine humaine dans les plants de manioc ou des fils de soie dans nos haricots verts, l’idée de soigner et nourrir l’humanité dans un cycle durable ne semble pas idiote. Reste à user raisonnablement de ces outils de progrès, et à convaincre nos (ir)responsables que nous en voulons bien un peu. Mais le strict nécessaire, et pas un grain de plus.
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Pas mieux. Le coup du "c'est dangereux (thèse) mais cela présente des aspects positifs (antithèse) donc soyons vigilants et tout ira bien (synthèse)", on ne me le fera plus.
C'est bien beau tout ça sauf que :
- les OGM en labo ont déjà facilement 30 ans et je ne crois pas que quiconque soit allé les faucher
- l'agriculture traditionnelle peut très bien nourrir la planète. L'agriculture telle qu'elle est actuellement suffirait à nourrir tout le monde. Le problème n'est pas la quantité de denrées produites mais la répartition de ces denrées, avec aussi une utilisation folle des produits agricoles pour faire des agrocarburants et engraisser du bétail. Quelle est la proportion de nourriture qui finit à la poubelle aux Etats-Unis ? de mémoire c'est de l'ordre de 30%
- les semences performantes, nutritives etc le plus souvent existent déjà. Mais il s'agit de semences traditionnelles, qui ne sont brevetées par personne et que les multinationales n'ont aucun intérêt à voir se développer. Voir par exemple le catalogue Kokopelli !!
vous voulez nous faire croire que les multinationales vont subitement devenir des entreprises philanthropiques après avoir passé un demi-siècle à exploiter et provoquer la souffrance humaine sous toutes ses formes avec un cynisme insensé ??? vous y croyez vraiment vous mêmes ???
la question n'est pas d'être pour ou contre les OGM, la question est "comment éviter la contamination incontrôlée de la nature par des OGM ?"
Parce que tant que l'on n'est pas sûr de l'absence totale d'effets nocifs des OGM, il vaudrait peut-être mieux prendre quelques précautions. Sinon on risque de reproduire des épisodes malheureux, comme l'amiante ou les farines animales.
Est on sûr aujourd'hui à 100% que le maïs OGM de Monsanto n'aura pas d'effets nocifs sur la santé et l'environnement ? Bien évidemment que non, on n'a pas assez de recul. Alors prudence...
Par contre que l'ingéniérie génétique puisse rendre de grands services à l'humanité, personne n'en doute, je pense, et personne n'est contre son usage. Il faut donc éviter de déplacer le débat.
J'admire les points de vue originaux ainsi que ce courage qui amène à ne pas penser comme les opinions de la horde …… Mais je reste partisan de précautions raisonnables
certes je suis souvent indisposé par les réactions religieuses, ici ou autour de moi,
car la pollution quasi-religieuse, l'irrationnel handicape l'humanité depuis des millénaires.
Paradoxalement, la meilleure réaction pour un adversaire des OGM c'est d'en cultiver … bien sûr en les confinant. Pourquoi ?
—Afin d'être en mesure de contrôler ce que l'industriel Monsanto voudrait nous imposer. Comment le faire autrement ?
—Afin de ne pas se faire mettre plusieurs générations de retard par rapport aux pays plus engagés et aussi plus imprudents.
—Afin d'échapper à nos tendances religieuses et mythologiques……
Précision: je ne dis pas (et ne pense pas non plus) qu'il faut produire des OGM à tous prix, que c'est la seule solution à tous nos problèmes. Produire des OGM ne résoudra pas la faim dans le monde. Mais si ça peut y contribuer, je crois que ça vaut la peine d'y réfléchir. Quitte à abandonner le projet si cela est jugé trop dangereux.
J'ai toujours eu du mal avec l'argument que l'agriculture actuelle peut nourrir la planète. Avec une meilleure répartition, on peut à la limite envoyer du blé ou des tranches de boeuf au Niger ou au Honduras. Et après? Comment assurer que les populations, sur place, auront à manger tous les jours, même quand on aura cessé de leur en envoyer?
L'aide humanitaire est indispensable, l'utopie d'un échange merveilleux entre les peuples mérite qu'on se batte pour elle, mais sinon, concrètement, comment on fait?
Si on respecte la logique du développement durable, alors il me semble qu'il faut trouver un moyen pour que chaque peuple, chaque village de la planète produise sa propre bouffe. Et ce n'est pas avec de la répartition qu'on règlera le problème. Produisons moins de notre côté, oui, mais aidons les autres à produire de quoi vivre. Sinon rien ne sera viable à long terme.
Pour nourrir quelqu'un, ne lui donne pas de poisson, donne-lui plutôt les moyens de pêcher!
Tout ça serait crédible si on appliquait aux tests scientifiques OGM les même précautions que pour la recherche médicale, la recherche nucléaire, (et si tant est que ces précautions elles-même soient déjà suffisantes.)
Au contraire, tout ce qui est "OGM" sous-prétexte que c'est soi-disant "naturel" -un croisement de plante amélioré- échappe à tout ça, et on dissémine à tout va pour voir ce que ça donne.
Cet article où tout n'est peut être pas faux,est mal venu au moment où ce qui se joue, ce n'est pas la recherche de laboratoire, mais bien les profits et l'hégémonie de grandes entreprises semancières et céréalières. Monsanto a déjà largement montré de quoi elle était capable en matière d'irresponsabilité. Les grandes filières agricoles aussi, avec la vache folle, les hormones, les antibiotiques à tout va.
Les députés et sénateurs UMP ont aussi largement montré depuis 2002 qu'ils n'en avait strictement rien à faire de la recherche : c'est bien de productivisme irreversible et irresponsable qu'il s'agit aujourd'hui avec la loi sur les OGM.