Ce que font vraiment les chercheurs: l'histoire de Natalia

Une molécule d'insuline (Isaac Yonemoto/Wikipédia).

Vous croyez la recherche scientifique fermée au monde ? Les chercheurs isolés dans des labos bunkers où se déroulent fatalement des événements surnaturels ? Leur vocabulaire ne correspond jamais à celui qu’on vous a appris dès la maternelle ? Leurs explications sont incompréhensibles par l’homme de la rue, et même de l’avenue ? Ils le font exprès, croyez-vous, pour nous empêcher de fourrer le nez dans leurs affaires ? Voyons cela d’un peu plus près, et prenons au hasard un article scientifique récent.

Natalia Gustavsson (DR).Natalia Gustavsson travaille dans un laboratoire de médecine métabolique à Singapour. Elle a publié le 11 mars dans le journal américain PNAS (Proceedings of the National Academy of Science) les résultats de son étude sur le diabète. Car pour le commun des mortels Natalia travaille sur le diabète. C’est ce qu’elle doit raconter à ses amis quand ils lui posent des questions sur son boulot. Mais ce n’est pas si simple.

Soulignons pour commencer que Natalia ne travaille pas seule. Son étude a été réalisée en collaboration avec les universités de Singapour et de Dallas (Texas) ainsi que les laboratoires de l’entreprise pharmaceutique Merck. Cette information rappelle, si besoin était, que la recherche moderne est un truc mondial, et que les labos ne sont pas si isolés qu’on le croit.

Sur l'arbre du diabète, Natalia ne s'intéresse qu'à une brindille

Natalia ne travaille pas vraiment sur « le diabète ». D’abord, quel diabète ? Le type 1, provoqué par l’absence d’insuline, une hormone qui régule le taux de sucre dans le sang ? Ou le type 2, dans lequel l’insuline est bien produite mais ne parvient pas à transmettre son signal ? Bon, Natalia s’attaque au diabète 2. Mais ce n’est pas tout : celui-ci peut venir, entre autres, d’une trop faible libération d’insuline dans le sang, ou d’une mauvaise réception de l’hormone par les organes chargés de pomper le sucre.

Natalia s’intéresse à la première cause, et elle sait qu’une faible libération d’insuline peut à son tour avoir plusieurs sources, dont une mauvaise réception du sucre par les cellules du pancréas qui fabriquent l’hormone, ou un défaut de transmission du signal « trop de sucre : lâchez l’insuline ! à l’intérieur même des cellules. Natalia a choisi cette dernière possibilité comme sujet d’étude. C’est déjà une petite branche dans l’arbre du “diabète”, vous ne trouvez pas ? Et il y a pire.

Du glucose qui entre jusqu’à l’insuline qui sort, il se passe des dizaines d’événements dans la cellule du pancréas. Un entrelacs de protéines se passant le témoin à tour de rôle, d’ions qui arrivent ou qui repartent en se saluant vite fait du bout des doigts, de molécules qui s’entassent, se coupent en deux ou changent de pièce, etc.

Au milieu de ce champ de foire, Natalia a pioché une protéine, une seule. Elle s’appelle la “synaptotagmine 7”, qu’on écrira SYN7 pour éviter la fièvre.

Pourquoi avoir choisi la SYN7 ? Parce qu’elle ressemble à d’autres protéines qui, dans le cerveau, jouent un rôle dans la libération des neurotransmetteurs. De là à imaginer une fonction similaire de la SYN7 envers l’insuline, il n’y a qu’un pas de pointure 32, à peine. Mais pour être sûre de l’hypothèse, Natalia a donc analysé ce qui se passe quand on enlève cette protéine du pancréas.

Pour cela, elle a étudié des souris un peu trafiquées, incapables de produire une seule SYN7. De telles souris se portent bien, ont un métabolisme normal et un pancréas ressemblant à s’y méprendre à celui d’une souris normale. Mais quand on leur donne du sucre, elles parviennent moins bien à l’éliminer du sang. Et ce à cause d’une libération d’insuline environ 40% inférieure à celle des souris normales.

Les souris femelles compliquent la donne

Natalia, très heureuse, suggère que la SYN7 joue un rôle dans la libération de l’insuline suite à une augmentation de sucre dans le sang. Et elle a bien raison.

Le but de l’étude est atteint, l’hypothèse semble validée. Pourtant, Natalia n’a fait qu’ajouter une brindille à ce qui n’était déjà qu’une petite branche. La SYN7 est un petit composant de la cascade très complexe aboutissant à la libération de l’insuline. L’étude de cette protéine est donc réductrice.

En plus, la SYN7 n’est pas la seule représentante de sa famille dans les cellules productrices d’insuline ; elle n’explique pas à elle seule le phénomène, puisque chez les souris sans SYN7, la libération d’insuline continue, bien qu’en moins grandes quantités. La SYN7 est aussi présente dans d’autres organes que le pancréas, et l’étude ne cherche pas les dommages collatéraux de son absence dans lesdits organes.

Pour achever l’extrême spécificité du bazar, Natalia a remarqué que chez les souris sans SYN7, les femelles ont, comme les mâles, un défaut de libération d’insuline, mais n’ont aucun problème pour réguler leur taux de sucre ! Le lien entre SYN7 et diabète avéré ne concerne donc que les mâles. N’oublions pas, enfin, que le travail a été mené chez la souris, et que transposer les résultats à l’homme est délicat. Par exemple, les souris sont capables de modifier certains aspects de leur métabolisme afin de s’adapter au manque d’insuline. Les humains en sont incapables…

Les chercheurs semblent loins du monde : ils sont profondément plongés dedans

Natalia a-t-elle élucidé en détails le mécanisme de libération d’insuline ? Non. A-t-elle compris comment se déclenche le diabète ? Non plus. A-t-elle mis le doigt sur un moyen de lutter contre la maladie ? Encore moins. Son étude fut-elle d’une quelconque utilité, alors ? Et bien oui.

Les chercheurs comme Natalia se penchent sur les plus petits composants de la vie et de la matière. Ils dressent peu à peu la liste de ces éléments et essaient de comprendre leur structure, leur organisation, leur rôle et la place qu’ils occupent au milieu des autres. Un boulot titanesque qui explique en partie pourquoi les chercheurs semblent si loin du monde : ils sont profondément plongés dedans.

Et Natalia a travaillé des mois avant d’arriver à ce “simple” résultat. Elle a effectué de nombreuses expériences, chacune répétées plusieurs fois pour être sûre. Elle a coordonné l’activité de plusieurs équipes de recherche, réparties dans plusieurs pays, ne parlant pas la même langue et possédant chacune sa spécialité.

Rassembler les bonnes pierres avant d'attaquer la maçonnerie

Chacun de ces spécialistes utilise des mots que peu de gens comprennent car seuls ces mots barbares lui permettent de décrire ce qu’il voit. Comme seul le mot “pied’ désigne un pied, seul le mot ‘synaptotagmine” permet de désigner la protéine de Natalia.

Si certains chercheurs n’arrivent à rien de concret aujourd’hui, c’est parce qu’ils sont en train de peaufiner l’assemblage de leurs petits cailloux. Cette étape, fastidieuse, est pourtant indispensable. Ce n’est qu’après des années de maçonnerie qu’ils arrivent à monter un pan de mur.

Il faut donc leur laisser le temps. D’ici là, essayons de les comprendre, de les aider, de les critiquer si besoin, mais ne leurs jetons pas trop de pierres. Ils ont assez de boulot avec les leurs.


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FREDERIC 67
23H06 17/03/2008

bien vu

 
karlM
19H51 18/03/2008

Le diabète, c’est une ALD (affection longue durée), de celle qui consomme 80 des 132 Milliards de dépense du régime général. Le cancer est aussi une ALD. En 10 ans les taux de ces ALD a augmentés respectivement de +83% et de +84%.
Voila les vrais raisons de l’augmentation des déficits (et non pas de l’abus de la part des assurés).
Les chercheurs sont souvent des bons petits soldats des multi-nationales de la santé.(ou de celle du nucléaire ou de celles des nano-technologies)
Quid des recherches pour expliquer l’explosion de ces maladies dramatiques ? (L’environnement, la mal-bouffe?)
Le rôle de lanceurs d’alerte de certains chercheurs qui sont convaincus que la prévention limiterai les dégâts est bien trop rare (merci à C. Velot sur les OGM, merci à Pierre Méneton pour les excès de sel), et en plus ils sont soit virés des labos, soit en procès !!!
Alors oui à la recherche au service des citoyens et avec des orientations démocratiquement décidés…Ce qui est loin d’être le cas.

 
Xa_chan | (doctorant - entre ici et ailleurs)
23H09 17/03/2008

Ahhh, ben j’ai failli l’attendre, ta nouvelle chronique, Damien ! ^_^ Remarque, je ne regrette pas, c’est toujours un bonheur à lire.

Et tu fais mettre le doigt sur le problème crucial : la recherche fondamentale, on a l’impression que ça ne sert à rien, mais sans elle, tout le reste s’effondre.

Ah oui, ce n’est pas aussi spectaculaire que tel ou tel grand laboratoire qui annonce (parfois un peu trop précipitamment) avoir mis au point un vaccin contre le paludisme. Mais ce qu’on oublie de dire, c’est qu’avant ce vaccin, des dizaines et des dizaines de Natalia se sont activées pendant des années, démontant toutes les pièces du Meccano géant pour savoir comme tout ce bazar fonctionnait.

Alors, quand on voit l’état de la recherche fondamentale en France en termes de crédits et de reconnaissance, on se dit qu’il va en falloir, des Damien, pour que tout le monde sache à quel point cette recherche fondamentale est indispensable.

 
KrazyKitty
01H48 18/03/2008

Je suis la première à reconnaitre que la différence entre recherche fondamentale et recherche appliquée est floue (d’ailleurs certains s’opposent radicalement à ce vocabulaire). Cependant, il me semble qu’étudier une protéine particulière dans le but de mieux comprendre certains mécanismes et dans l’espoir de développer de nouveaux traitements pour une maladie est généralement considéré comme de la recherche appliquée.

 
expat
11H08 19/03/2008

 » il me semble qu’étudier une protéine particulière dans le but de mieux comprendre certains mécanismes et dans l’espoir de développer de nouveaux traitements pour une maladie est généralement considéré comme de la recherche appliquée. »

C’est exactement de la recherche appliquee a la demande de credit.

La recherche appliquee est un concept non-sensique!
Appliquee a quoi?

Beaucoup de gens essaient de faire du development, quelque chose qui a un retour sur investissement minuscule, puisque comme le dit l’inductrie pharmaceutique la larme a l’oeil 90% des molecules developpees finissent a la poubelle!

 
julien95
23H25 17/03/2008

Très pertinent comme article.

Il défini à mon goût très bien ce joli métier de passionnés.
Ces gens sont parfois pris pour des savants fous vivants en autarcie dans leur bulle. Même s’il règne une part de vérité là dedans.
Je constate de plus en plus de conférences vulgarisées sur les travaux effectués en France dans la recherche publique. Ces conférences sont à la fois bénéfiques pour le public mais aussi pour la recherche qui gagne à se faire connaître et à être comprise de tous.
Alors j’espère que les gens se sentiront plus concernés par ces conférences ou nous retrouvons principalement des scientifiques retraités.

Alors un grand merci à rue 89 qui à son tour sensibilise ses lecteurs.

 
Feu
02H39 18/03/2008

je me suis bien marré à visualiser ça en dessin animé.

Bravo quand même, car bien vulgarisé et bien vrai!

 
Don Matito
03H48 18/03/2008

Superbe article

 
Anonyme ou presque
04H49 18/03/2008

Excellent article qui explique vraiment bien pourquoi quand on nous demande « Et alors, chercher c’est bien mais quand est-ce que vous trouvez? », la réponse est un peu difficile/évasive/agacée etc.

Aucun amour propre la dedans, un joyeux « Venez voir mademoiselle Hortense, c’est extraordinaire!! » étant en revanche toujours bienvenu!

 
gropl
05H09 18/03/2008

Bravo Natalia.
Je suis content.

L’article est tres plaisant
Mais je ne saisi pas tres bien ce qu’il démontre?
C’est sensé répondre à ça?:
« Vous croyez la recherche scientifique fermée au monde? Les chercheurs isolés dans des labos bunkers où se déroulent fatalement des événements surnaturels? Leur vocabulaire ne correspond jamais à celui qu’on vous a appris dès la maternelle?
Leurs explications sont incompréhensibles par l’homme de la rue, et même de l’avenue? Ils le font exprès, croyez-vous, pour nous empêcher de fourrer le nez dans leurs affaires? « 
Un coup pour rien,
mais c’est bien d’avoir essayé.

Parce que je me demande qui est capable de penser l’ensemble du processus…

 
nono le simplet | agent secret
07H22 18/03/2008

coluche a dit : ce n’est pas de chercheurs dont on a besoin , mais de trouveurs. Je rajoute que c’est l’avis des chercheurs de l’ANPE.

plus sérieusement, la vie c’est vraiment compliqué .

 
skalpa | actif et militant ?
08H08 18/03/2008

Moi j’avais la même citation, elle parlait des chercheurs du CNRS et était signé JMLP
Emprunté à Coluche?

 
Succédané | 
08H54 18/03/2008

Et dans la même veine: des chercheurs on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche

 
jack burton
16H18 18/03/2008

Un chercheur qui a trouvé n’est plus un chercheur, c’est ce qu’on appelle un savant.

 
www.laguerredesmots.com-yannick | pays de gex
08H59 18/03/2008

Et vous faites quoi dans la vie ?
Je suis enculeur de mouches
Les nuls

 
Aspiral
09H26 18/03/2008

Etant moi-même du secteur, ce que vous décrivez là est l’exacte complexité de ce qu’est la vie. Ce sur quoi je refuse de vous relayer, c’est sur votre affirmation « Cette étape, fastidieuse, est pourtant indispensable. Ce n’est qu’après des années de maçonnerie qu’ils arrivent à monter un pan de mur. » Ici vous sombrez dans la mystification: vous donnez à croire que la recherche puisse construire… alors que vous ne cessez d’insister sur le fait qu’elle analyse, qu’elle démonte pour démontrer. Vous donnez à croire qu’un jour, lointain peut-être, la « science » mystifiée et déifiée, comprendra la complexité de la vie et pourra nous rendre tout puissants. Vous oubliez qu’en biologie le tout est plus que la somme des parties; qu’il y a un nœud qui noue la vie, inaccessible à l’analyse. La viande ce n’est plus et pas encore du muscle! Notre civilisation est en train de se faire couillonner par les abus de pouvoir des ex-pères en tous genres. Je ne conteste pas ici l’intérêt de la recherche fondamentale mais les croyances collectives sur le fait que cette science là, analytique, pourra un jour dominer la nature. On voit ce qui se passe en médecine et dans le secteur agro-alimentaire: la nature n’a jamais été aussi malade. Cherchez l’erreur: à quand une science synthétique, fondée sur l’expérience et l’observation des « éleveurs » que nous devrions tous être, au lieu de donner ce pouvoir exorbitant à tous les « détraqueurs » qui déguisent leurs avis personnels de leur aura de scientifique, qui complexent et culpabilisent avec les miracles de la médecine et de l’agro-chimie, au lieu de faire de véritables propositions globales constructives pour… éviter de tomber malade. http://www.aspirale.be/wordpressfr/2008/01/27/mode-demploi-des-experts/

 
Aspiral
08H24 19/03/2008

Je suis désolé de constater que le mythe scientifique, le complexe de Colomb et donc l’environnement naturel, social et psychologique n’est pas prêt de cesser de se dégrader. L’avenir, sombre, vérifiera tôt ou tard ce que j’ai dit ici: on n’a pas tiré les leçons du scientisme qui a conduit aux horreurs nazies et staliniennes! Qui vivra verra. Parole prophétique.

 
ohlebeaujour | traducteur littéraire
09H29 18/03/2008

Bravo pour cet article pertinent où pointe une note de candeur, de poésie, même. De la poésie dans la recherche, c’est une manière comme une autre de rapprocher le chercheur de l’ignare lambda que je suis. Je vais de ce pas inviter à lire cette page un ami chercheur.

http://ohlebeaujour.blogspot.com

 
ripley
09H34 18/03/2008

Merci pour cet excellent article.
Un mot cependant; Natalia a bien de la chance de pouvoir se consacrer à sa passion de la recherche. Dans les labos, il y a aussi beaucoup de monde qui s’occupe exclusivement de trouver de l’argent. Vous mentionnez le partenariat de plusieurs labos dans le monde et d’un fabricant de médicaments. C’est aujourd’hui la régle, les moyens publics en France étant ce qu’ils sont. Si un jour les travaux de Natalia débouchent sur une application médicale, il ne faudra pas s’étonner du prix du traitement.
Il ne faudra pas être trop surpris non plus le jour ou Natalia devra arréter ses travaux faute de moyens, voire faute d’un salaire.
En France, de nombreuses Natalia vivent d’amour (de leur travail) et d’eau fraiche.

 
TEN
10H03 18/03/2008

Interessant…
Pourait on avoir maitenant un article de vulgarisation sur la recherche en sciences humaines, economie…?

 
Guillaume H.
10H20 18/03/2008

Pas mal cet article ;) Pour bosser justement dans la recherche pharma, c’est souvent difficile d’expliquer l’intérêt du tout petit truc sur lequel on passe un temps fou et surtout pour lequel on dépense c’est vrai des sommes importantes…

 
philap
11H25 18/03/2008

Merci Damien. Je ne sais pas quel effet produit cet article sur un non scientifique mais pour nous c’est un peu de miel. Et on en a bien besoin!
C’est un très élégant plaidoyer pour la recherche fondamentale, la plus « payante » à long terme n’en déplaise à nos tutelles actuelles.

 
NosLibertes | Collectif national pour la préservation ...
12H59 18/03/2008

Que fait le journaliste qui censure les études scientifiques sur les risques du tabagisme passif, qui montrent que celui-ci est nul ?

Que fait le journaliste qui ne dit pas que le nombre de cancer du poumon ne cesse d’augmenter, alors que le nombre de fumeurs baisse depuis 50 ans ?

Que fait le journaliste lorsqu’il ne s’étonne pas du fait que la police aille dans les bistrots, grâce à un décret ?

Que fait l’OMS lorsqu’elle parle d’urgence en matière d’alcool et de tabac, mais pas en matière de pollution ?

Que fait le politique lorsqu’il organise son petit décret, pour satisfaire certains lobbies pharmaceutiques ?

Que fait le scientifique qui ne dit pas que la science va dans le mur, parce que c’est l’industrie qui la dirige ?

Ils touchent leur chèque et ils laissent la science au service des industries chimiques se prendre pour Dieu et considérer que le monde est son laboratoire, sa propriété.

Qu’en pense le professeur Dominique Belpomme, professeur de cancérologie à l’université Paris V, qui a fondé l’Artac en 1994 ?

 
Chou marin | kiné
13H36 18/03/2008

C’est vrai quoi, tout à fait d’accord, d’ailleurs je vais de ce pas dire à une amie qui fume en voiture avec ses enfants, de fermer sa fenêtre à cause de la pollution, et vu que vous affirmez que le tabagisme passif n’est pas nuisible, elle ne culpabilisera même pas.

Autant la capacité des souris à auto-réguler leur taux de sucre me semble intéressante, il y a aussi une capacité des êtres humains, celle, unique, de pouvoir se construire une réalité qui colle à leurs besoins, nicotiniques en l’occurence. Fascinant ;-)

 
Damage.5 | Omniscient neophyte
22H07 18/03/2008

> Que fait le journaliste qui censure les études scientifiques sur les
> risques du tabagisme passif, qui montrent que celui-ci est nul ?

il est dehors et s’en grille une.

> Que fait le journaliste qui ne dit pas que le nombre de cancer du poumon
> ne cesse d’augmenter, alors que le nombre de fumeurs baisse depuis 50 ans
> ?

il est occupe a denombrer les fumeurs passifs (faites les calculs ca colle !!!)

> Que fait le journaliste lorsqu’il ne s’étonne pas du fait que la police
> aille dans les bistrots, grâce à un décret ?

??? incident Hexagonal sans doute ?

> Que fait l’OMS lorsqu’elle parle d’urgence en matière d’alcool et de
> tabac, mais pas en matière de pollution ?

elle se modere, sachant bien que la pollution et s’en soucier est un truc de riche

> Que fait le politique lorsqu’il organise son petit décret, pour satisfaire
> certains lobbies pharmaceutiques ?

son boulot ! Qui s’en etonne ?

> Que fait le scientifique qui ne dit pas que la science va dans le mur,
> parce que c’est l’industrie qui la dirige ?

c’est plutot Monsieur Toulemonde (ses desirs et ses craintes) qui a le plus d’impact sur la recherche techno/medico/gogo (se comparer a ses grands parents pour s’en convaincre).

> Ils touchent leur chèque et ils laissent la science au service des
> industries chimiques se prendre pour Dieu et considérer que le monde est
> son laboratoire, sa propriété.

c’est plus facile d’expliquer tout en simples termes de ventes/benef/rolex plutot qu’avec des theories de complot+savant fou/Industriel megalo se prenant pour Dieu (cf. Hollywood).

> Qu’en pense le professeur Dominique Belpomme, professeur de cancérologie à
> l’université Paris V, qui a fondé l’Artac en 1994 ?

Le Scientifique en bonne sante deteste se fier a un seul son de cloche (pour ne pas se retrouver du cote de ceux qui ont tout faux). Appliquer cette approche a presque tout donne presque toujours de bons resultats (presque!): cf. les recommendations alimentaires (« mangez un peu de tout, on sait jamais »)

A+

 
fanch.r | entre 2 chaises
15H08 18/03/2008

Fascinant surtout comme les commentaires qui ne sont pas totalement scientistes se font replier en moins de deux sur ce fil.
Effrayant comme nos « bons scientifiques » profitent en quelque sorte du mauvais sort qui leur est fait par le gouvernement pour abandonner tout sens critique et justifier le chemin que prend la science aujourd’hui, totalement soumise aux diktats de la technologie et de l’économie, pour effectivement faire de notre monde un laboratoire.
« On peut passer sa vie à mesurer les dimensions de sa prison. »

 
vincelle
15H43 18/03/2008

questions à 2 centimes :
1- qui a dit :
« les organismes de recherche devenus agences de moyen davantage qu’opérateurs, mettront en oeuvre la politique scientifique DÉFINIE PAR LE GOUVERNEMENT «  ?

2- répercussions concrètes sur la Recherche Française ?

Si quelqu’un peut me faire un cours de « vulgarisation de discours sarkozyste »…

Bon courage aux collègues français de Natalia !

 
marabbeh
16H12 18/03/2008

Ben je suis bien content de ne m’être pas spécialisé. J’adore grappiller. J’ai toujours refusé l’étiquette scientifique / littéraire. Donc quand je vois que des gens passent des mois voire des années sur un epsilon, bien que ce soit utile à la recherche, je suis bien content de ne pas en être…

 
3-bastet | électron libre
21H35 18/03/2008

Commentaires contrastés…
Pourquoi reprocher aux chercheurs de chercher, avec les financements qu’on leur laisse? Pourquoi vouloir que la recherche soit rentable à tout prix et tout de suite?

 
Appleseed | master biologie montpellier
01H24 19/03/2008

Le truc dont on ne se rend pas bien compte quand on n’est pas « dedans » , c’est que pour chercher sur ce que l’on veut il faut avoir des financements (publiques ou privés). Le pauvre pékin qui va travailler sur la reproduction des mouches à pétaouchnok les bains à peu de chance de trouver ces financements… Donc je ne pense pas que les chercheurs se plaignent sans raison, et ne croyez pas qu’ils bossent tous pour des multinationales parce que ça leur fais plaisir, certaines fois c’est ça ou bien un petit labo dans une fac obscure avec aucune possibilité d’avancer faute de moyens, financiers, techniques et humains…
 Bye

 
CourageuxAnonyme | le vrai
03H31 19/03/2008

À voir tous ces commentaires, on croirait qu’aujourd’hui seule recherche scientifique rime avec recherche biomédicale. Et c’est drôle de voir comme cette recherche cristallise à la fois toutes les peurs et toutes les attentes de la société : je ne veux pas mourir d’Alzheimer à 70 ans, trouvez-moi le secret de la vie éternelle, mais je ne veux pas manger de poulet transgénique. Tout le monde se demande où tout ça va nous mener.

Prenons un autre exemple que cet article publié récemment dans PNAS. Prenons quelque chose d’un peu plus vieux, dont on peut mesurer les conséquences. Laissez moi vous raconter l’histoire de Johannes Kepler.

Mon histoire commence en 1600 quand Kepler rencontre Tycho Brahe, « mathématicien impérial à la cour de Rodolphe II », à Prague. En effectuant des calculs sur les observations effectuées par Tycho Brahe sur le mouvement de la planète Mars, Kepler finit par publier trois lois, dites les Lois de Kepler. Ces lois ont par la suite conduit Newton à sa théorie de la gravitation, et c’est grâce à la découverte de ces lois que nous pouvons aujourd’hui envoyer des satellites autour de la Terre nous fournissant analyses météos, localisation, réseau de communication… etc…

Les calculs de Kepler, les élèves de 1èreS les font en TP. Ça leur prend 20 min dans Excel. Kepler, en 1600, ça lui a pris 12 ans. Pendant 12 ans il a fait le boulot d’Excel. Et 400 ans plus tard, on utilise sa découverte pour placer des satellites géostationnaires en orbite.

L’histoire ne s’arrête pas là. Kepler avait des enfants. À l’école sur le formulaire d’inscription, les bambins devaient écrire : « Profession du père : mathématicien impérial ». Et l’instit de répondre : « Ça en jette mais ça consiste en quoi ? ». « Bah c’est faire plein de calculs auxquels personne comprend rien (et que dans 400 ans n’importe quelle calculatrice pourra faire en 3 min). » Pas de quoi se vanter. Pourtant si à l’époque seuls quelques personnes au monde étaient capable de comprendre le travaux de Kepler, aujourd’hui on apprend ça à des gamins de 16 ans.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Kepler est arrivé à Prague parce que ses théories dérangeaient l’église Catholique à Graz, et qu’on lui a poliment mais fermement demander d’aller voir ailleurs si on comptait les étoiles. Arrivé chez Tycho Brahe, les deux hommes parlent salaire et en arrivent aux mains… Finalement Tycho Brahe embauche Kepler, et au décès de celui-là, celui-ci (ou l’inverse) récupère le poste de mathématicien impérial.

On croit que nos problématiques sont nouvelles. Ça nous soulage.

Financez un savant fou pendant 12 ans, et 400 ans après votre civilisation enverra des fusées sur la lune. Reste à savoir si c’est bien.

 
expat
11H20 19/03/2008

Je me demande ou vous voulez en venir?

Aurions du dire a Kepler de faire quelque chose de serieux (des placements financiers par exemple) et attendre 400 ans que les sous-fifres de Bill Gates creent Excel pour aller sur la lune etablir une base militaire maintenant au lieu de mettre la planete a feu et a sang.

Ou bien que 400 ans avant sa premiere application Kepler avait procure au monde tous les outils necessaires a la mise au point de satellites et la visite de la lune 40 ans trop tot, et de cette facon il n’y a pas de base militaire US sur la lune avec l’equipement necessaire a aneantir l’Islam d’un coup de baguette magique et sans risquer l’ongle du moindre soldat americain et sans Bill Gates!

 
CourageuxAnonyme | le vrai
12H04 19/03/2008

Je suis de nature prudente. Chacun a certainement son avis sur ce qu’il considère bien ou non. Mais cet exemple montre plusieurs choses :
- le cas de Natalia n’est pas nouveau,
- il faut pafois attendre 400 ans pour évaluer toute la portée d’une découverte,
- ce qui nous paraît aujourd’hui incroyablement compliqué pourrait très bien être enseigné au collège dans quelques décennies,
- et enfin, le financement de la recherche a toujours été problématique.

Si l’on considère qu’aller sur la lune est un progrès et que le progrès est bon pour l’humanité (ce que nous ne sommes pas tenus de croire), alors nous devons une fière chandelle aux mécènes de Kepler et Tycho Brahe. Et nous devons nous poser la question : qui sont ces mécènes aujourd’hui ? Au 17ème, c’était l’empereur.

Enfin j’ajoute que sans Kepler la conquête spatiale n’aurait certainement pas eu lieu dans les années soixantes, et l’informatique n’en serait peut-être encore qu’à un état embryonnaire… Nous n’aurions peut-être pas Excel pour refaire les calculs de Kepler en quelques minutes…

 
stefan.agemian
09H34 20/03/2008

Mr damien Jayat , le diabète type 2 vous habitent ? Très bien l’article , merci .