
Guerre aux bactéries : l'homme fourbit de nouvelles armes

Une bactérie, comme toute cellule vivante, est une mécanique bien huilée. Une usine à fabriquer, maintenir, reproduire et faire évoluer la vie. Ses principaux ouvriers sont des grosses molécules : des protéines, dont il existe plusieurs milliers de formes différentes.
Les protéines font entrer à manger, convertissent le repas en énergie puis expulsent les déchets, bâtissent la paroi -sorte de mur protecteur qui entoure la bactérie-, permettent au microbe de communiquer avec ses voisines ou de produire sa descendance, de se défendre, de se propulser au fil de l'eau…
Bref, ce sont les forces vives de la nation bactérienne.
Certaines vont jusqu'à s'auto-organiser pour fabriquer toutes les protéines… y compris elles-mêmes. Il y a donc des ouvriers spécialisés dans la production d'ouvriers ! Un cycle parfait, une machine réglée au quart de poil à partir des plans inscrits sur l'ADN. Le rôle de cette molécule est en effet de stocker les données à partir desquelles la cellule forge ses protéines.
La forme géométrique de l'ADN est celle d'une « double hélice », comme deux ressorts identiques encastrés l'un dans l'autre.
Quand la bactérie a besoin d'une protéine, un groupe d'ouvriers se précipite sur le lieu de stockage dédié à celle-ci, tire sur l'ADN pour le débobiner, s'insère dans l'espace ouvert puis parcourt le ressort en décodant les directives inscrites à l'intérieur. Ils passent alors le relais à la chaîne de fabrication proprement dite.
A chaque attaque humaine, riposte des bactéries
La connaissance de tous ces rouages permet de concevoir des espions et traîtres en tout genre qui font tourner en bourrique la biologie bactérienne. On appelle ça des antibiotiques. La première famille explorée dès les années 40, celle des pénicillines, a la propriété de casser la truelle des maçons qui entretiennent le mur extérieur. La bactérie n'a plus sa paroi protectrice et se trouve fragilisée, ouverte aux quatre vents.
On peut aussi bloquer la chaîne de fabrication des protéines, à coups d'antibios comme la tétracycline. L'ADN est une autre cible potentielle : certains médicaments empêchent la bactérie d'en faire une copie, qu'elle doit pourtant fournir à tous ses bébés.
Pas d'ouvriers, pas de protection, pas d'enfants : dans tous les cas un antibiotique finit par détruire l'infection bactérienne.
Les bactéries, on le sait, deviennent peu à peu résistantes à toutes ces attaques. Des protéines appelées bêta-lactamases, par exemple, leur permettent de détruire tout ce qui ressemble à la pénicilline.
Pour contrer cette résistance, on essaye bien de compléter l'antibio avec une autre molécule bloquant à son tour les bêta-lactamases. Mais c'est reculer pour mieux sauter. Autant tenter d'éliminer un virus de son PC en achetant juste un autre écran.
Les bactéries savent aussi verrouiller leur porte face aux antibios ou refouler ceux qui entrent à grands coups de pompes biologiques, les découper en petits morceaux ou simplement muter pour changer la forme de l'ouvrier visé par le médicament. Celui-ci passera à côté de sa cible en l'ignorant superbement…
En bref, à chaque stratégie inventée par l'homme, les bactéries répondent par un pied de nez, voire un bras d'honneur pour les moins bien élevées.
J'ai déjà expliqué dans un article combien le staphylocoque doré, par exemple, se révèle de plus en plus dur à cuire. On n'a donc pas le choix : il faut chercher de nouvelles stratégies, de nouvelles protéines-ouvrières cibles et même des pistes entièrement neuves.
Pour couper le fil de l'ADN, faisons des nœuds !
Et pourquoi pas s'intéresser d'encore plus près à l'ADN ? Mettre en grève les ouvriers qui en font des copies ou qui décodent ses plans, on a essayé. Mais si on les empêchait carrément de l'approcher, qu'ils ne puissent même pas se fixer dessus ? En voilà une idée !
C'est la piste suivie par une équipe de chimistes, biologistes et pharmacologues anglais. Ils ont mis au point une petite molécule qui, en présence de fer, s'agrège par groupes de trois pour former une courte hélice parfaitement complémentaire de celle d'ADN.
Elle se niche au creux du ressort et s'emberlificote avec lui pour former un bon gros nœud, digne d'un marin qui aurait déjà fait quinze fois le tour du monde.
Essayez de dénouer ça et de lire les plans inscrits sur l'ADN, maintenant ! Vous avez déjà essayé la tyrolienne sur un câble plein de nœuds ? Pour les ouvriers bactériens, c'est le drame. L'ADN est illisible, aucune protéine ne peut plus être fabriquée.
Avec cette nouvelle arme, les chercheurs ont réussi à faire rendre l'âme à un élevage de bactéries en deux minutes. Bel exploit !
La recherche sur les antibios avance, court, galope, fonce
Une nouvelle piste s'ajoute donc à toutes celles, nombreuses, en cours d'exploration. Bon, le produit utilisé dans les premières expériences était trop concentré, et on ne connaît pas encore précisément son mode d'action à l'intérieur de la bactérie. Le projet n'en est qu'à ses balbutiements, au stade « recherche fondamentale ».
Parmi les embûches à lever, il faudra aussi trouver comment injecter le produit aux microbes, et à eux seuls. Car nos cellules contiennent aussi de l'ADN, sensible comme celui des bactéries à la petite hélice meurtrière…
La recherche sur les antibiotiques avance, court, galope, fonce sur toutes les voies possibles, mêmes les plus constellées de nids de poules. Le monde entier a mis les gaz. Des journaux spécialisés sont même apparus, comme celui d'où j'ai tiré le sujet de cet article : The International Journal of Antimicrobial Agents, fondé en 1991.
Un journal débordé d'articles, voyez plutôt : celui dont je vous parle fut reçu le 21 août 2008, donc écrit début 2008 voire fin 2007. Les résultats publiés datent d'un an et demi ou deux ans. Minimum. Reçu en août, accepté le 30 octobre. Entre les deux, relecture par les éditeurs du journal, critiques, corrections. Publication en ligne en janvier 2009, pour une version papier officiellement parue dans le numéro de mai.
Neuf mois de gestation ! Quand on dit que la science progresse vite… oui, mais le temps qu'on le sache elle est déjà passé à autre chose. Pas étonnant que les bactéries, comme les virus, aient toujours une longueur d'avance sur l'humanité !
Photo : manifestation de bactéries opprimées par les nettoyants ménagers, à Varsopvie (Zakwitnij/Flickr)
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à Damien Jayat
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 14H57 | 01/07/2009 |
Et bien, un virophage !
http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1393.htm
Ouais bon, c'est un peu un cercle visqueux : D
à Damien Jayat
De Eliott
15H06 | 01/07/2009 |
La phagothérapie existe depuis de nombreuses années dans les pays de l'Est.
Les virus pour pouvoir vivre ont besoin d'un hôte, si la bactérie n'existe plus le virus ne se multiplie plus, et il s'élimine.
à Eliott
De Lurker
Neant | 21H17 | 01/07/2009 |
Sauf s'il mute, comme précisé, et s'attaque a une bactérie différente mais similaire déjà existante dans notre organisme. Pensez lapins, australie.
à Damien Jayat
De Eliott
15H18 | 01/07/2009 |
Concernant la recherche sur les antibiotiques elle est loin d'apporter des résultats satisfaisants.
Les nouvelles molécules mettent en place des mécanismes de plus en plus complexes, qui sont à l'origine de plus en plus d'incidents.
Combien de nouveaux antibiotiques ces dernières années ?
Les cliniciens se retrouvent dans des cas où ils leur est impossible de stopper une infection.
à Damien Jayat
De Knarf
17H04 | 01/07/2009 |
« Un bactériophage (ou phage) est un virus n'infectant que des bactéries »
L'article aurait dû, à mon goût, parler de cette piste pour ouvrir les perspectives et votre réponse me semble incomplète, car les bactériophages ne sont pas hostile envers le cellules mais les bactéries. Donc votr théorie mérite précision.
Les bactériophages se retrouvent partout tout comme les bactéries et les virus… et heureusement ! non ?
Cordialement
à Knarf
De Damien Jayat
(auteur)
Médiateur scientifique | 18H34 | 01/07/2009 |
S'il avait fallu parler de toutes les pistes suivies contre les bactéries pathogènes, ce n'est plus un article qu'il faut écrire mais au moins un bouquin !
Les virus sont bien hostiles envers les cellules, puisque les bactéries sont des cellules…
Cela dit, la possibilité d'utiliser des virus contre elles peut être intéressante, car la structure et le fonctionnement de nos cellules sont assez éloignés de ceux d'une bactérie. Peu de chances, a priori, que le virus mute jusqu'à devenir capable de nous infecter. Mais le risque existe, surtout si on s'amuse à mettre le virus en contact avec nous.
C'est toujours le même problème : pour éliminer un risque, on en crée un autre. Est-il possible d'y échapper ? Je crois bien que personne n'a la réponse.
à Damien Jayat
De Badgud
Athée | 21H45 | 01/07/2009 |
Réponse à Damien Jayat (peut être que c'est ce que vous vouliez dire) et à Eliott
Qu'on le veuille ou non les produits fermentés contiennent des bactériophages, ces derniers posent d'ailleurs de sérieux problèmes à certaines industries laitières.
Les bactériophages sont les organismes les plus nombreux, il y en aurait 10^30 sur terre.
http://www.bacteriologie.net/generale/phages.html
Si les bactériophages étaient capable de muter au point d'attaquer les cellules eucaryotes de notre organisme, est ce que ça ne serait pas déjà fait ?
Si c'est le cas, je serai intéressé par la publication.
Le danger le plus important serait plutôt que les bactériophages utilisés mutent, attaquent notre flore intestinale et fassent de très gros dégâts. Se débarrasser des phages mutés ne seraient pas une mince affaire. Pendant 11 ans, une industrie a utilisé une seule culture bactérienne (ce qui est énorme). Finalement, ils ont eu de très gros problèmes (fermentation moins efficace, acidification plus longue). Ils ont arrêter d'utiliser cette culture. Un an après, Ils ont essayés de réutiliser la même culture, les phages sont réapparus aussitôt (Josephsen et al., 1999). Les malades avec des phages capable d'attaquer la flore intestinales seraient mal barré.
De plus, les bactéries évoluent de manière à contrer les phages, on aurait le même problème qu'avec les antibiotiques. Les bactéries peuvent empêcher l'adsorption, l'introduction de l'ADN, l'ADN introduit peut être détruit (les systèmes R/M) et les phages fabriqués peuvent être emprisonner dans la bactérie (abortive infection).
J'ai été impressionné par l'article, c'est vraiment très bien expliqué. Par contre, c'est vrai que le sujet n'est pas très original, encore un sur les bactéries pathogènes. Même si ça aurait été un peu moins populaire, un article sur les bactéries bénéfiques, ça aurait un peu changé.
Josephsen, J., Petersen, A., Neve, H. and Nielsen, E.W., 1999, Development of Lactococcus lactis bacteriophages in a Cheddar cheese plant, International Journal of Food Microbiology, 50 (1999) : p 163-171
à Badgud
De Tyrian
Informaticien | 07H19 | 02/07/2009 |
Oui les bactériophages ont certainement mutés dans le passé pour s'attaquer aux cellules eucaryotes, puisqu'ils sont probablement la forme ancestrale des virus.
Maintenant c'est une piste à exploiter également. De toute façons, on ne va pas avoir le choix, nos armes anti-bactérienne n'apparaissent pas assez vite vu le rythme d'adaptation des bactéries.
à Tyrian
De Badgud
Athée | 08H16 | 02/07/2009 |
La mutation des bactériophages en virus a été longue, très longue. Je pensais plutôt à une mutation à notre échelle (une dizaine d'année, voir un siècle, mais pas une mutation en plusieurs millions d'années).
Si les bactériophages attaquent nos cellules eucaryotes, ce sera probablement après notre flore intestinale.
Des recherches sont effectués afin d'utiliser un virus comme un médicament, on appelle ça les adénovirus. L'ADN de l'adénovirus code pour le principe actif. Néanmoins dans ce cas là, on modifie ou on supprime le gène qui permet au virus de se multiplier. Dans le cas des bactériophages, si on veut que ça reste efficace, on ne peut pas l'empêcher de se multiplier. Franchement utiliser des virus (les bactériophages) capable de se multiplier en tant que traitement, ce serait extrêmement dangereux …
De setori
retraité | 14H44 | 01/07/2009 |
A y regarder de plus près avec un oeil de philosophe de bistrot on se dit que : ces bactérie qui n'ont pas de système nerveux ni encore poins de cerveau ont tout de même une stratégie ! Curieux n'est-il pas ? Cela démontre encore une fois qu'il peut y avoir création sans idée créatrice.Curieux cela aussi et pose question sur l'origine de la vie : y a-t-il création sans volonté créatrice ? Vaste (très vaste) sujet de réflexion !
à setori
De Lurker
Neant | 21H29 | 01/07/2009 |
Vaste sujet si on parle de religion. Sujet clos si on parle de science. La théorie de l'évolution décrit justement une organisation empirique, qui arrive toujours ses fins, sans même être consciente d'elle même ; )
Le terme de stratégie ici est employé dans le sens « la stratégie de l'eau est de couler jusqu'a la mer et de s'evaporer ». Plutot que de stratégie, c'est un mécanisme. Un iceberg se crée à un instant T, démontrable, sans que personne n'aie décidé qu'il en soit ainsi.
Votre question trouve sa réponse chez l'être humain, à la section « anthropomorphisme », ou la faculté de l'être humain a attribuer a ce qu'il ne comprend pas des desseins intelligents.
à Lurker
De setori
retraité | 17H32 | 02/07/2009 |
Justement ,je n'attribue rien du tout aux bactéries .J'observe qu'elles agissent (et tout comme les virus ) pour perpétuer l'espèce (si l'on peut dire).Il n'y a là rien d'intelligent mais qui a une finalité .C'est en effet une question que l'on pourrait poser aussi bien aux théologiens qu'aux scientifiques !
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 14H56 | 01/07/2009 |
Une autre arme pour lutter contre les bactéries : la peinture !
Et je suis sérieux : http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/chimie-1/d/une-peinture-pour-lu…
Enfin en plus de tous les moyens utilisés pour lutter contre les bactéries, moyen à combiner et modifier régulièrement, il faudrait aussi arrêter dans gaver la viande, car c'est une des pollutions les plus dangereuses qui soit. Une hormone ou un engrais qui passe par la bouffe ne tue que ceux qui la mange, alors qu'une bactérie résistante peut exterminer l'humanité…
En tout cas, les bactéries sont une chose merveilleuse. Aucune intelligence, aucune conscience, un corps réduit à sa plus simple expression, à peine plus qu'une machine. Et pourtant en masse, c'est un formidable organisme qui évolue, qui arrive à lutter à armes égales contre nos millions de neurones.
Les hommes regardent le ciel pour y chercher du divin, mais ils feraient mieux de contempler leurs propres excréments.
Et à propos de ce produit qui flingue l'ADN de la bactérie, ne pourrait-il aussi servir à lutter contre le cancer ?
Si je ne m'abuse, le cancer est du à une cellule « difforme » qui a vu changer son ADN et se met à se reproduire à l'infini.
Si on est capable de cibler précisément l'ADN de la bactérie, on pourrait aussi cibler celui de la cellule cancéreuse et flinguer toutes les cellules malades.
à Keldan
De Damien Jayat
(auteur)
Médiateur scientifique | 15H32 | 01/07/2009 |
Pourquoi pas… Si on arrive à faire cibler au médicament les cellules cancéreuses et uniquement celles-là. C'est un des gros projets de la recherche médicale : comment faire pour que le médicament n'aille que là où on veut ? Pas facile, pour le moment…
à Damien Jayat
De Tyrian
Informaticien | 07H21 | 02/07/2009 |
Pour ça les nanotechnologies fourniront peut-être une réponse.
De Yvon le Zébulon
L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 12H16 | 02/07/2009 |
Je viens d'entendre un commentaire sur A2 (faisant la promotion des véhicules électriques avec bail mensuel pour la location des batteries - autant dire une arnaque)…
…qui explique que les gens bien (ceux qui se font avoir) pourront se vanter d'avoir sauvé les abeilles de la disparition.
° Aucun commentaire sur Monsanto !
- J'avale, donc je suis !