
Les préférences sexuelles des mouches sont-elles culturelles ?
Le comportement des animaux est soumis à trois influences : génétiques, environnementales et culturelles. La culture serait le propre de l'homme, une façon unique de fonder une société qu'aucun animal n'atteindra jamais, même pas aux chevilles. Problème : les chercheurs commencent à voir de la culture partout. Y compris chez les mouches !

Des comportements à trois entrées
L'influence génétique d'un comportement est, comme son nom l'indique, ce qui est dirigé par les gènes. C'est elle qui donne au paon la capacité d'exhiber ses plumes arrières pour épater les copines, ou au bébé juste sorti à l'air libre celle de téter le sein de maman. La génétique a donc un rôle à jouer chez tous les êtres vivants, y compris chez nous. Quant à savoir où, comment et pourquoi, ça relève d'une autre paire de manches.
Idem pour la partie « environnementale » du comportement : on la retrouve partout. Par exemple, certains pinsons des Galápagos utilisent des épines de cactus pour extirper des insectes cachés sous l'écorce ou dans des trous d'arbres, et pas d'autres. Pourquoi ? Parce que les utilisateurs d'épines vivent dans des milieux plus secs, donc moins riches en nourriture. Ils sont donc obligés d'explorer les moindres recoins pour trouver à manger.
Voilà pour l'environnement. Mais la culture ? Elle reste pour beaucoup, par tradition… culturelle, justement, l'apanage des Homo sapiens. Nous sommes les seuls à parler togolais ou espagnol selon les régions, les seuls à interdire l'inceste jusque dans nos lois, les seuls à préférer des partenaires habillés en mauve parce que c'est la mode.
Et bien non. Tout cela pourrait être faux. Depuis quelques années, les fissures du doute zèbrent le mur qui nous isole des animaux, et les spécialistes du comportement animal en sont convaincus : la culture existe ailleurs, ils l'ont rencontrée ! Un des derniers exemples en date a de quoi surprendre le plus au courant des faits. Je vous parlais de la mode à l'instant… C'est bel et bien un phénomène similaire qui a été démontré chez la mouche drosophile !
Choisir le bon partenaire
Chez ces animaux, les femelles choisissent les mâles en meilleure santé, ceux qui volent le mieux, l'aile fringante et alerte. Cette « sélection du partenaire » existe chez la plupart des animaux, où en général c'est la fille qui choisit le garçon. Le phénomène s'étend bien sûr jusqu'à l'homme (j'ai bien dit en général ! ).
Et bien cette préférence naturelle, des chercheurs sont parvenus à la modifier. Pour la première fois chez un invertébré - des résultats similaires avaient été obtenus chez les poissons, les oiseaux et les humains - on a pu faire changer d'avis une femelle drosophile. Et ce de deux manières.
Expérience 1. On nourrit un mâle avec des aliments riches, et un autre avec des plats pauvres. Au final, le mâle bien nourri respire de santé, vole comme un kamikaze et les filles le remarquent : elles passent plus de temps près de sa cage que de celle d'un mou de la voltige nourri chichement.
Plaçons maintenant une femelle toujours face à deux mâles, un bien nourri et pas l'autre, mais trichons : laissons le mâle « riche » seul, et enfermons avec le mâle « pauvre » une femelle, comme s'il avait mieux réussi que l'autre à attirer les filles.
Résultat contre nature dont les conséquences le sont encore plus : si au cours d'une troisième phase on place la même femelle face à deux mâles à nouveau seuls, elle passera plus de temps avec le « mal nourri », celui qu'elle vient de voir en galante compagnie !
La conclusion des chercheurs est formelle : la bestiole a modifié son comportement après avoir été le témoin d'une information publique, ici un choix de partenaire fait par une autre femelle. On entend par information publique un fait ayant impliqué un individu - « je choisis ce mâle-ci » - mais visible par d'autres, qui peuvent alors décider « puisque c'est ça je prends le même ! ».
Vous voyez de la culture là-dedans ?
En quoi ce phénomène de copie du choix de partenaire est-il de l'ordre du culturel ? Parce qu'il s'agit d'une modification comportementale transmise entre individus et nullement influencée par la génétique (sinon la femelle choisirait le mâle « pauvre » dès le début) ni par l'environnement (celui-ci est resté inchangé au cours de l'expérience).
Il ne reste donc que le facteur « culturel » pour expliquer : une nouvelle habitude se transmet entre mouches par une sorte d'imitation. Le mot est fort, oui, surtout pour ceux qui voient la culture comme le summum de l'évolution psychologique et sociale de l'espèce humaine.
Expérience 2. La deuxième expérience enfonce un peu plus le clou. Cette fois, on teste directement l'acte copulatoire. Plus question de passer du temps près du mâle ; faisons-nous en un vrai camarade de jeu. Pour cela, on utilise deux nouveaux types de mâles, recouverts d'une poudre colorée soit en rouge soit en vert.
Puis on montre à une femelle innocente un mâle rose parvenir à s'accoupler, et un mâle vert se faire jeter (il suffit de lui faire rencontrer une femelle qui vient juste de s'en taper un autre). On répète l'opération plusieurs fois pour que la leçon rentre bien.
La suite est simple : on enferme cette même femelle avec deux mâles, un rose et un vert. Avant d'avoir été le témoin des scènes érotiques pour arthropodes, elle s'accouplait à 50/50 avec les deux mâles. Mais après avoir vu une femelle choisir un rose et une autre rejeter un vert, le rapport (si j'ose dire) tourne à 65/35 en faveur du rose.
Ce n'est plus du hasard ! Le fait qu'un rose soit parvenu à ses fins allèche la femelle, qui s'en offrira un pareil à l'occasion. Bien entendu, si on inverse les rôles c'est le mâle vert qui devient hyper sexy aux yeux de la femelle.
On ne copule quand même pas comme des mouches !
Les drosophiles sont donc capables de modifier leurs habitudes naturelles lorsqu'elles voient des copines perdre ces mêmes habitudes. On appelle ça un changement de tradition, ce qui relève, au sens biologique du terme, d'un comportement « culturel ».
A noter que ce genre de phénomène existe de la mouche à l'homme. Une étude a par exemple montré qu'on trouve une personne plus attirante si on nous dit qu'elle est déjà prise. Cela veut-il dire que nous agissons toujours comme des mouches ?
Rassurez-vous, quelques différences subsistent. Ainsi, chez la drosophile c'est la femelle qui, après le coït, devient réfractaire à toute approche. Alors que chez nous, c'est plutôt l'homme qui a tendance à s'endormir. On a beau perdre sa fierté avec la culture qui s'envole jusque chez les insectes, on n'en reste pas moins des humains. Non mais !
► Référence de l'article : Mery F. et al., Current Biology 2009, vol. 19(9) pp. 730 - 734, « Public Versus Personal Information for Mate Copying in an Invertebrate »
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De moijepense
09H15 | 12/05/2009 |
Pourquoi le petit nicolas qui règne en france est il toujours représenté par les dessinateurs avec un tas de mouches tournant autour ?
pourquoi les mouches sont elles attirées par une merde ?
voilà des questions criciales ….
à moijepense
De extralucide
retraite | 05H10 | 13/05/2009 |
Sans faire partie du modem, je me demande pourquoi la photo de Bayrou vient illustrer cet article. Il est vrai que celle de Nic aurait mieux convenu
De Camille
Mauvais genre | 09H22 | 12/05/2009 |
Tu sais que ça me fait plaisir de te lire Damien ? Excellent article comme tu sais si bien les faire : -) Merci
à Camille
De Damien Jayat
(auteur)
Médiateur scientifique | 10H10 | 12/05/2009 |
Merci Camille, et merci à tous pour vos commentaires. Ca fait bien plaisir ! Et dire qu'il suffit de parler de sexe pour s'attirer les bonnes grâces des lecteurs… : o)
à Damien Jayat
De pablico
23H04 | 12/05/2009 |
derrière le sexe, se cache la culture.
d'abord il faut définir le mot culture, qui est employé à toutes les sauces en ce moment.
après, on remarque qu'il n'y a pas très longtemps (à peut près depuis l'adn) que l'homme sensé, commence à admettre qu'il est un animal comme les autres.
des Millénaires de religions lui ont donné l'illusion qu'il était un fils des dieux, ou du dieu.
donc étant un animal, qui connait sa culture, pourquoi ne pas penser que les autres ont une « culture » ?
étudions les dauphins, éléphants, baleines etc
à Camille
De Yvon le Zébulon
L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 12H11 | 12/05/2009 |
Sacré Camille…
Toujours aux aguets de la moindre petite friture qui pourrait faire pétiller son Rue69.
à Camille
De Yvon le Zébulon
L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 12H20 | 12/05/2009 |
Camille, juste pour toi…
- vu le nombre de petits mots gentils que tu reçois à travers les forums d'où chacun t'envoie une petit bonjour..je suis obligé de me dire que tu dois être forcément sympa : donc je t'aide !
° J'ai trouvé ce thème pour ton prochain forum sur Rue 69
…sauf que je ne suis pas du tout certain que ça la fera !
à Camille
De Yvon le Zébulon
L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 12H28 | 12/05/2009 |
Insertion ratée…
Il s'agissait pour Camille de l'amour entre les végétaux !
De jfko
Infosophe | 09H25 | 12/05/2009 |
C'est toujours un régal de vous lire Damien Jayat : l'intelligence et l'humour font très bon ménage !
De vinz13
bisounours gauchiste | 09H27 | 12/05/2009 |
Et que pense Drosophila melanogaster de « la princesse de Clèves » ?
Sinon, très, très bon article. Clair, instructif. Merci !
De Pseudo
Aimer la vie, aimer les fleurs, aim... | 09H30 | 12/05/2009 |
Bonne idée. Je vais peindre toutes les mouches en vert. Si elles ne se reproduisent pas, j'en aurai moins l'année prochaine.
Faut dire aussi, qu'en vert, elles sont assez répugnantes. : -))
à Pseudo
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 09H41 | 12/05/2009 |
http://www.deezer.com/track/26987
De Ryuu
Informaticien parisien | 09H31 | 12/05/2009 |
De la bonne vulgarisation comme on l'aime, merci.
Maintenant, appliquons cela a l'homme. Il faut donc etre petit, divorcer et s'habiller bling-bling, et les chances de coucher avec un top model et/ou une star de la chanson augmente ? Ou c'est l'inverse : puisque la top-model / star de la chanson a déjà couché avec moult personalité a succès, elle est plus attirante ?
à Ryuu
De Laurent-Weppe
10H57 | 12/05/2009 |
Le pouvoir est un puissant aphrodisiaque.
D'ailleurs, il y eu des sexologues durant l'affaire Lewinsky qui répondirent à la question « Comment Clinton a pu être assez idiot pour risquer sa présidence avec une stagiaire » par un « Vous prenez le problème à l'envers : Clinton est devenu président POUR passer du bon temps avec une stagiaire »
Pour revenir à l'article en lui même, le fait de nier l'existence de tout aspect culturel chez les espèces non-humaines a été baptisé par certains zoologues « l'anthropodéni » (anthropodenial en VO), une sorte de pendant inverse de l'anthropomorphisme, et si on s'intéresse à des espèces possèdent un cerveau plus gros qu'une drosophile, comme nos compagnons à quatre pattes, on peut y faire des découvertes passionnantes : par exemple, en étudiant les chiens errants de Moscou, ville qui s'est beaucoup transformée depuis 1990, des zoologues se sont rendus compte que depuis que le nombre de voitures circulant en ville a augmenté, ceux-ci utilisent les trottoirs et les passages cloutés au lieu de marcher au milieu de la route ; depuis qu'ils ne sont plus interdits dans les couloirs du métro, les chiens errants (le plus souvent nés dans la rue) ne font plus leur besoins aux alentours des points d'accès du métro et ont appris à utiliser les transports en commun pour se déplacer plus vite, l'augmentation des ressources alimentaires a fait que les chiens errants fouillent moins les poubelles et cherchent davantage à obtenir de la nourriture directement de la part des humains et font preuve d'une telle habileté à sélectionner parmi les milliers de passants qu'ils croisent LA personne qui sera généreuse à leur égard qu'Andrei Poyarkov l'un des zoologues qui s'intéresse à leur cas, n'a pas hésité à les décrire comme des spécialistes en psychologie humaine, qui connaissent les Moscovites mieux que les Moscovites se connaissent eux-mêmes, et les comportements des meutes de chiens sauvages (qui sont plus de 25.000 à Moscou) montre que celles-ci ne sont pas étrangères aux notions de diplomatie et de mercenariat, tout cela pour un animal au cerveau pourtant bien plus petit que le notre.
à Laurent-Weppe
De dazz
19H04 | 12/05/2009 |
interressant cette étude sur les chiens de moscou, merci. y'a pas un lien de ca quelque part ?
ps : clinton était déjà un coureur de jupon bien avant sa présidence. des stagiaires, il a déjà du s'en taper avant ; ) il avait même une maitresse.
à dazz
De Laurent-Weppe
22H39 | 12/05/2009 |
L'étude avait été publiée sur le courrier international il y a quelques années, mais si on reste sur le net, il y a un article qui reprend quelques éléments (en anglais seulement) ici :
http://online.wsj.com/article/SB121123197068805001.html
à Ryuu
De Pseudo
Aimer la vie, aimer les fleurs, aim... | 12H52 | 12/05/2009 |
Carla serait donc la mouche du cloche ?
à Pseudo
De AlexG2008
temporaire | 13H45 | 12/05/2009 |
Non, mais elle est dans la couche du moche.
De kkadim
service public rhone alpes | 09H31 | 12/05/2009 |
remarquez quand on voit certains « membres de la culture officielle », on peut se dire que les mouches à merde ne sont pas en reste.
à kkadim
De DBL8
Retraité | 10H25 | 12/05/2009 |
Exact… elles ont le choix !
De ApollonduRéverbère
09H33 | 12/05/2009 |
blablabla
je vais vous dire un truc, Bayrou transpire, il sue et peut-être qu'il sent fort effectivement
les gens sur qui les mouches se collent parce qu'ils transpirent ne m'inspirent que répulsion
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 09H36 | 12/05/2009 |
Comme quoi il n'est pas inutile d'enculer les mouches ..
encore un a-priori qui s'envole ..
De solstice
pigiste | 09H44 | 12/05/2009 |
Voilà qui interpelle la mouche du coche : on attrape donc bien les mouches avec du vinaigre ! Voilà qui m'en mouche un coin…
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 09H49 | 12/05/2009 |
Les mouches, tu parles d'une culture, franchement ..
De ZonZon la MouChe
ni dieu ni maître ! | 09H52 | 12/05/2009 |
J'adôôôôôôre cet article !
à ZonZon la MouChe
De framboise92
Je refleurirai un jour ! | 17H37 | 12/05/2009 |
Tu m'étonnes, LOL
De Anastaze
☺ | 10H04 | 12/05/2009 |
On n'attrape pas le mouches avec du vinaigre (sauf les drosophiles évidemment).
On prend la mouche.
On tombe comme une mouche.
On se pose une mouche.
On se pose comme une mouche (ou comme un papillon).
On ne se mouche pas du col (attention faux ami ! ).
Pierre qui roule n'amasse pas mouches (vrai mais faux).
La mouche du coche.
Comme piqué par une mouche.
Une mouche à m..iel.
Le mouch arabieh.
Le bateau mouche
Le papier tue-mouche !
à Anastaze
De Al nasr al tair
10H44 | 12/05/2009 |
Et l'enc…… de mouche ? Ah non ça c'est pas politiquement correct !
à Anastaze
De extralucide
retraite | 11H01 | 12/05/2009 |
Pierre qui roule n'amasse pas mouches (vrai mais faux).
Et Pierre à ski ?
à extralucide
De AlexG2008
temporaire | 13H50 | 12/05/2009 |
Hé ExtraGlucide, arrêtes le sucre tu te fais du mal : )))