Accueil du blog
Médiateur scientifique

De Nicolas le Turc à Coca : la véritable histoire du Père Noël

Publicité pour Coca-Cola (DR)

[De nos archives] Le Père Noël est américain. Enfin… presque. Sous sa forme moderne, Petit Papa Noël nous vient en effet d'outre-Atlantique. Mais au départ de l'action, les Etats-Unis n'étaient absolument pas concernés. D'ailleurs, ils n'existaient même pas.

Le 25 décembre, date officielle

Au commencement, il n'y avait rien. Puis, il y eut Jésus-Christ, apparu on ne sait quel jour car les Evangiles ne disent rien sur le sujet. Dans les premiers instants du christianisme, d'ailleurs, on fêtait la naissance du Christ selon le bon vouloir du Pape du moment, entre les premières dents du petit et les semailles des graines d'artichaut.

Mais au IVe siècle, il devint urgent de se mettre d'accord : dans l'Empire romain, le christianisme se trouvait en concurrence avec des centaines de religions, dont certaines très influentes. Parmi celles-ci figurait le mithriacisme, culte du dieu Mithra, venu de Perse plusieurs siècles avant J.-C. et dont la fête officielle était fixée au 25 décembre. En 274, l'empereur Aurélien s'était inspiré de Mithra pour inventer le culte de Sol Invictus (Soleil invaincu), dieu auquel il attribua ses victoires militaires en Orient, et dont il décida, lui aussi, que la célébration officielle tomberait le 25 décembre.

Afin d'assoir leur domination en Orient et pour clouer le bec à tous les petits cultes, le Pape Libère décréta finalement en 354 que la célébration de la naissance du Christ tomberait, elle aussi, le 25 décembre ! Depuis plus de 1600 ans, nous fêtons donc la naissance du petit Jésus à cette date jamais remise en cause. Et comme il s'agissait d'arroser la venue au monde de l'enfant de Dieu, la fête de Jésus est rapidement devenue la fête de tous les petits enfants, à qui on racontait des histoires merveilleuses au coin du feu. Le 25 décembre est ainsi devenu, au fil des siècles, une des fêtes religieuses les plus populaires et les plus gaies : la fête de la famille et des enfants.

Comment Saint-Nicolas devint Santa Claus

Toujours au IVe siècle, nous rejoignons maintenant la côte sud de la Turquie, dans l'ancienne ville de Myre. Là-bas, comme dans toutes les villes chrétiennes, un bon petit évêque faisait régner la paix perpétuelle de Dieu. Il se nommait Nicolas et il devint malgré lui un martyr, puis une légende, et finalement un Saint. L'évêque Nicolas est mort vers l'année 345, très certainement un 6 décembre et peut-être tué par les Romains. On le considéra donc comme un martyr, à qui on attribua des dizaines de légendes et de miracles, grâce auxquels l'Eglise le canonisa.

Le jour de sa mort devint l'occasion d'un véritable culte : le 6 décembre, on fête la Saint-Nicolas. Et comme par hasard, les principales légendes qui lui sont associées concernent des enfants, qu'il aurait sauvés de morts affreuses ou de prostitutions infâmantes. La Saint-Nicolas est donc une fête des enfants, à qui l'évêque rend visite dans la nuit du 6 décembre pour leur offrir des cadeaux. S'ils ont été sages.

Les reliques de Nicolas furent conservées à Myre pendant des siècles. Mais, vers 1087, une bande d'Italiens attirés par la légende n'hésitèrent pas à voler les restes de Saint-Nicolas pour les ramener chez eux, à Bari, sous prétexte que celui-ci y était passé au cours de sa vie. Puis, vers 1090, le lorrain Charles Aubert, chevalier de Varangéville, qui passait par Bari, récupère à son tour un morceau du Saint et le ramène chez lui : dans ce qui deviendra la basilique de Saint-Nicolas le Port, près de Nancy.

L'ancien évêque turc, après plus de 700 ans de voyages, atteint la Lorraine. De là, son culte se répand dans tout le Nord et l'Est de la France, puis dans les actuels Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne. Et voilà comment les Chrétiens du Nord de l'Europe ont appris à faire la fête, avec leurs enfants, le 6 décembre.

Tout se passe merveilleusement pour Nicolas jusqu'à la Réforme. Luther dont l'influence devint immense en Europe du Nord, trouvait en effet cette célébration par trop catholique. certains continuèrent malgré tout à la célébrer discrètement et, aux Pays-Bas, un groupe de supporters acharnés parvint à le maintenir quasi officiellement sous le nom de Sinter Klaas (traduction de Saint-Nicolas, en flamand dans le texte).

C'est un siècle plus tard que l'Histoire rejoint l'Amérique. Nous sommes alors en pleine période d'explorations du nouveau continent, sur lequel les Hollandais fondent, à partir de 1614, la colonie de la Nouvelle Amsterdam. Qui deviendra en 1667, après plusieurs années de guerres anglo-hollandaises… New York. Anglais et Hollandais entament alors une période de cohabitation durant laquelle des échanges en tous genres s'opèrent. Les Hollandais refilent notamment à leurs vainqueurs l'idée d'une bonne grosse fête le 6 décembre, en l'honneur de Sinter Klaas. Les Anglais, incapables de prononcer un nom pareil, le renomment à son tour pour lui donner une sonorité plus familière : Santa Claus.

Le gros bonhomme en rouge et blanc

L'histoire moderne du Père Noël peut commencer. Pendant longtemps, les Anglais continuent de fêter Santa Claus le 6 décembre, puis la naissance de Jésus le 25. Mais après tout, ce sont deux fêtes consacrées aux enfants à trois semaines d'intervalle. Autant n'en faire qu'une… Peu à peu, les Anglais transportent donc Santa Claus au 25 décembre et le laissent libre de venir offrir des cadeaux aux bambins. Ils conservent aussi la vieille tradition religieuse qui voit en Nicolas un ancien évêque des débuts de la chrétienté, vieux et famélique, transporté par une pauvre mule décharnée. Rien de très joyeux a priori.

Mais aux Etats-Unis d'Amérique, on comprend très vite que, pour plaire aux enfants, il faut les faire rêver. C'est pourquoi, ce 23 décembre 1823, le journal Sentinel de la ville de Troy (état de New York) publie un joli petit conte de Noël tout mignon, d'abord anonyme puis attribué à Clement Clarke Moore. Dans ce poème, intitulé « A visit from Saint Nicholas », Moore présente ledit Saint comme un bonhomme joufflu, l'air gentil et bien nourri, habillé en fourrure, portant barbe soyeuse et véhiculé par un traîneau tiré par huit rennes.

Une image un tout petit peu plus enthousiasmante que celle du pauvre vieux traîné par sa mule agonisante… D'ailleurs, le poème devient rapidement célèbre, se propage à travers les Etats-Unis puis, après traductions multiples, se disperse dans le monde entier. La légende internationale du Père Noël prend forme. Un des premiers pays touchés sera l'Angleterre, qui associera le Santa Claus américain à ses anciennes traditions pour créer un Father Christmas dès les années 1850.

L'apparence physique décrite par Moore est ensuite concrétisée par une série de dessins signés par Thomas Nast, caricaturiste pour le Harper's Illustrated Weekly de New York. Dès le premier dessin, réalisé le 3 janvier 1863, Santa Claus ressemble bien plus à un lutin qu'à un évêque. Au cours des quarante ans qui suivent, Nast produit des centaines de dessins similaires qui s'exportent à tour de crayon. L'image du bonhomme joufflu pénètre les esprits et, progressivement, on invente tous les détails de sa vie : dans un dessin de 1885, Nast décide que Santa Claus habite le Pôle Nord, et ainsi de suite.

Dans les années 1920, la société Coca-Cola se lance dans une campagne de pub afin d'encourager les consommateurs à se désaltérer en toute saison. Pour les arguments d'hiver, on choisit le personnage le plus représentatif de la saison : Santa Claus. A l'origine, il est représenté dans sa tenue traditionnelle de lutin, conforme aux dessins de Nast. Puis, à partir de 1931, la société fait appel à l'illustrateur Haddon Sundblom, à qui on demande de remodeler l'image du Santa Claus publicitaire. Et ce bon Haddon nous dessine un bonhomme gras et joufflu, rougeaud, barbu, sympathique et forcément assoiffé. Il est habillé de rouge et blanc, les couleurs… de Coca-Cola. Et voilà. Le Père Noël moderne est là. Officiel.

Brulé sur les grilles de la cathédrale de Dijon

En France, il faudra attendre la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour que les soldats américains introduisent, avec le chewing-gum, les histoires d'amour sur grand écran, le Coca et leur Père Noël. Qui mettra d'ailleurs du temps à s'installer : le 23 décembre 1951, un prêtre bourguignon un peu à cheval sur les principes brûla une effigie géante du Père Noël sur les grilles de la cathédrale de Dijon. Car l'église catholique continua de voir d'un mauvais œil ces représentations grossières d'un Saint très respectable.

Mais elle avait tort. Une tradition se doit d'évoluer sous peine de s'éteindre, surtout quand elle n'est pas très affriolante. S'il s'agissait de glorifier un vieux Turc mort depuis presque 1700 ans et même pas un 25 décembre, qui accepterait aujourd'hui de s'user les nerfs pendant des heures de courses effrénées pour les enfants ? Un vrai Père Noël, c'est quand même plus encourageant !

Mise à jour  : Il existait des Père Noël en rouge et blanc avant sa popularisation par Coca Cola. En 1875, Louis Prang éditait déjà des cartes postales
représentant un Père Noël en rouge et blanc.

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 82557 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code

7 commentaires sélectionnés

Portrait de riverain désinscrit

De alan.smithee

14H13 | 26/12/2007 | Permalien

Le Sol Invictus est Celte au moment du solstice d'hiver (20/22 décembre). Le soleil est au coeur de la nuit et renaît à cette période (la durée du jour augmente).

Comment l'église s'est-elle débrouillée avec le remplacement du calendrier Julien par le Grégorien qui n'a été que très lentement adopté à partir de octobre 1582 ?
Noel se fêtait-il à des dates variables selon les pays puisque le 25/12 des uns n'était pas celui des autres.

Portrait de Gallifrey

De Gallifrey

www.olivierpanza.com | 14H30 | 26/12/2007 | Permalien

« Au commencement, il n'y avait rien. “ ? ? ? C'est faux. Au commencement il y a la fete de la lumiere, le solstice d'hiver, la date a partir de laquelle les jours sont plus long, la renaissance de la lumiere, fete ou l'on se faisait des cadeaux. L'église c'est contenté de mettre une fete religeuse sur une fete païenne.

Portrait de Numerosix

De Numerosix 14499

Prisonnier dans le village global | 14H38 | 26/12/2007 | Permalien

Oui , il y a deux avantages pour la religion Catholique ( et pour les precedentes religions ) a recuperer des dates et des lieux particuliers
1) ce sont des lieux ( Cathedrale de Chartes construite sur un ancien site druidique etc) et des dates ( Noel au solstice, Paques au printemps …) propice a la contemplation , a la grace etc
2) Ca permet de pas changer les habitudes des anciens croyants pour en faire des nouveaux.

Quand aux americains, ils ont fini par recuperer le Noel chretien pour un faire un temple de la consommation par l » intermediaire du Pere Noel, donc .

Et le pere Fouettard ?

Portrait de Damien Jayat

De Damien Jayat (auteur)

Médiateur scientifique | 16H09 | 26/12/2007 | Permalien

Merci à tous pour vos commentaires et précisions, qui complètent ma petite histoire forcément non exhaustive par manque de place.

C'est vrai que Saint Nicolas était géographiquement turc (dans la terminologie moderne) mais politiquement byzantin.

Concernant le père fouettard, il semble qu'il ait été introduit dans la légende de Nicolas comme compensation aux cadeaux donnés aux enfants sages : pour leur mettre la pression, on leur a donné le Fouettard en pâture en cas de bêtise. Il est resté collé à la tradition pendant des siècles, et dans certaines familles on en parle encore. Dans les contes américains du 19ème, il a cependant disparu (Clarke n'en parle pas dans son conte fondateur de 1823). Certainement pour ne garder que l'aspect jovial de la chose…

Portrait de vol19

De vol19

awash | 21H42 | 26/12/2007 | Permalien

L'histoire des représentations n'est-ce pas un sujet passionant et utile en rapport au sens des choses ? Merci à rue 89, et à quelques contributeurs.

Mais savez-vous que ce type de démarche, complexe, longue, on le voit bien est particulièrement dévalorisée au niveau professionnel aujourd'hui, car créatrice de doute (en rapport à une valeur sociale orientée vers la foi en l'action, immédiate, à court terme), et pourtant celà s'avère très utile. Mais…

L'histoire d'une représentation qui donne sens à notre réalité contemporaine combine des emprunts dans une multiplicités de strates culturelles, les sens sont parfois détournés, concassés, retournés, reformulés selon des substrats culturelles ou des enjeux d'une époque. Les échanges précédents évoquent les cycles solaires, des religions préchrétiennes, le Christianisme, le capitalisme, bref nombreuses influences en « isme », auquel l'imaginaire Germain aurait sans doute une grande contribution à compléter, mais comme on le sait celui-ci était coutumier, non écrit et se révèle davantage pour ce qui en reste par les contes et légendes.

Toutefois, ce type de travail de « reconstitution du sens d'une représentation » se heurte aussi à des idéologies sectaires, à des tentatives de détournement et nécessite de la prudence. Toutes les sources ne se valent pas et au moins un site conseillé dans les échanges précédents, est, il me semble, cité dans les rapports de milivudes (lutte anti-secte). Attention ! Et c'est la difficulté de l'exercice, au cadre dans lequel se fait ce travail pour ne pas transformer l'histoire. Pas évident…et ce n'est pas de grande valeur actuellement !

Portrait de Adicie

De Adicie

www.adicie.com | 01H41 | 27/12/2007 | Permalien

Exact, je confirme que les Saturnales était bien la fête païenne d'origine romaine que le Pape Jules 1er a incorporé à la tradition catholique en l'an 306.
D'ailleurs, il y a des éléments communs entre les Saturnales et la fête de Noël actuelle : le sapin décoré, le partage et le pardon, la célébration des enfants, etc.

Pour le reste, je suis totalement contre le Père Noël qui est un mensonge psychologiquement déroutant pour les enfants.
Mon billet qui dénonce les mensonges de Noël : http://www.adicie.com/archives/63

Portrait de l_art_du_silence

De l_art_du_silence

13H56 | 27/12/2007 | Permalien

Jolie histoire… sauf que coca n'a pas donné son manteau rouge et blanc au père noël.

On a suffisamment de document d'époque montrant le père noël habillé de cette façon avant la date de 1931 pour émettre des doutes sur cette rumeur (la première représentation datant de la fin du XIXe siècle).

Pour des exemples de cartes postales qui montre le gros bonhomme rouge avant même que coca commence à faire de la pub :

http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2005/12/25/le-manteau-rouge…

Tous les commentaires