08/06/2011 à 12h38

Sur le vote blanc, les politiciens s'abstiennent toujours

François Krug | Journaliste Rue89

Deux propositions de loi relancent une vieille idée : compter les bulletins vierges comme un vote à part entière. Plus démocratique ?

Lutter contre l’abstention et la montée du FN en reconnaissant le vote blanc : à un an de la présidentielle, l’idée revient à la mode. Deux propositions de loi sur le sujet viennent d’être déposées. Deux de plus, car on ne compte plus les tentatives. Elles ont toutes échoué.

C’est un vieux débat, rouvert après chaque traumatisme électoral. Le choc 21 avril 2002 avait ainsi poussé Hervé Morin puis Laurent Fabius à s’engager pour la reconnaissance du vote blanc. Sans succès.

Le débat ressurgit logiquement à l’approche de la présidentielle. La semaine dernière, une association de Bobigny, la BAC (pour... « Balle au centre »), a même annoncé qu’elle comptait présenter « un candidat de l’absention ». De son côté, le Parti du vote blanc continue à réclamer la réécriture du code électoral.

Le vote blanc plutôt que l’abstention ou le vote FN

Et si le Parlement se penchait vraiment sur la question ? Deux nouvelles propositions de loi passées presque inaperçues ont été déposées dans la foulée des cantonales. Des élections marquées par un taux d’abstention de 55% et le retour en force du FN.

Chacun de leur côté, le sénateur centriste de la Somme Daniel Dubois et le député UMP du Nord Thierry Lazaro font le même constat et la même suggestion :

  • faute d’être pris en compte, les électeurs ne se reconnaissant dans aucun candidat seraient tentés par l’abstention ou le vote pour les extrêmes ;
  • la solution serait de donner aux bulletins blancs la même reconnaissance qu’aux bulletins portant le nom d’un candidat, en les comptabilisant dans les suffrages dits « exprimés ».

Lors des dépouillements, les bulletins blancs sont pour l’instant comptabilisés avec les bulletins nuls, par exemple les enveloppes contenant des messages injurieux à l’égard d’un candidat. Le message n’est pourtant pas tout à fait le même.

Or, les scores des candidats sont calculés à partir du nombre de bulletins portant leurs noms, les fameux suffrages « exprimés ». Inclure les votes blancs dans le calcul relativiserait les performances de certains élus. « Il faut que les politiques apprennent l’humilité », nous explique Thierry Lazaro.

L’ex-auteur des Guignols Bruno Gaccio militant du vote blanc

Son collègue du Sénat a pensé à l’aspect pratique. Plus besoin de se munir d’une feuille blanche avant de se rendre au bureau de vote : une pile de bulletins blancs y serait disponible, « en nombre correspondant à celui des électeurs inscrits ».

Voilà qui devrait réjouir les militants du vote blanc, comme l’ex-Guignol Bruno Gaccio. Seulement, ces deux propositions de loi risquent de ne déboucher sur rien. Comme les précédentes.

En janvier 2003, l’Assemblée nationale a bien adopté une proposition de loi sur le vote blanc, mais elle ne l’a toujours pas transmise au Sénat. Il faut dire qu’elle avait vidé de sa substance le texte original, déposé notamment par Hervé Morin : d’accord pour comptabiliser officiellement les bulletins blancs, sans les confondre avec les bulletins nuls, mais pas question de les inclure dans les suffrages exprimés.

Cette reconnaissance minimale était justement la solution retenue par les socialistes dans une autre proposition de loi, déposée au même moment à l’initiative de Laurent Fabius. Et jamais soumise en séance à l’Assemblée.

A ce nouveau droit pour les électeurs s’ajoutait un devoir, celui de voter : la participation aux élections serait obligatoire, sous peine d’une amende de 30 euros. Au lendemain des dernières cantonales, Laurent Fabius défendait encore ce principe. (Voir la vidéo)

Si les bulletins blancs sont pris au sérieux, les abstentionnistes n’ont plus d’excuses : c’est aussi l’opinion du député UMP Thierry Lazaro. En complément de sa proposition de loi sur le vote blanc, il en a déposé une autre, sur le vote obligatoire. Cette fois-ci, l’amende serait fixée à 15 euros, mais elle grimperait à 45 euros en cas de récidive.

Pour les parlementaires favorables à une meilleure reconnaissance du vote blanc, donc, celle-ci ne suffirait pas à régler tous les problèmes. Elle pourrait même en créer de nouveaux.

Annuler le scrutin si le vote blanc dépasse 30%

Aujourd’hui, le vote blanc ne représente qu’une petite partie des suffrages : au second tour de la présidentielle de 2007, par exemple, on n’a compté que 1,44% de bulletins blancs ou nuls dans les urnes. Mais en cas de vague blanche, le pourcentage du candidat élu fondrait : quelle serait alors sa légitimité ?

En 2010, le député UMP de l’Isère Jacques Remiller a tenté d’apporter une réponse avec sa propre proposition de loi sur le vote blanc.

C’est simple : il suffit d’annuler le scrutin et d’en organiser un autre le dimanche suivant « s’il y a plus de 30% de bulletins blancs dans les urnes ». Ce texte, déposé un 1er avril, n’a pas été pris au sérieux : comme les autres, il prend la poussière sur les étagères du Parlement.

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  • Yp2
    Yp2
    Sale gauchiste d'IEP
    • Posté à 13h03 le 08/06/2011
    • Internaute 71496
      Sale gauchiste d'IEP

    Par contre, petit défaut de ce système : les partis étant rémunérés par rapport à leurs résultats sur les suffrages exprimés, cela va nuire aux petits partis, donc profiter en général aux candidatures UMP et PS. Bref... je suis pour la prise en compte du vote blanc, mais il faut réfléchir à tous les aspects de sa mise en place. Attention à ne pas renforcer le bipartisme là où on voudrait l’atténuer.

  • BoomShankar
    BoomShankar
    Gérant
    • Posté à 13h20 le 08/06/2011
    • Internaute 159364
      Gérant

    Bonjour,

    Si les politiques ne veulent pas du vote blanc c’est qu’ils ont peur de perdre contre un candidat qui n’existe pas ou cela laisserait apparaitre le faible pourcentage de population qu’ils représentent, et pi c’est tout !

  • Samuel Vimaire
    Samuel Vimaire
    Dipolmate morporkien.
    • Posté à 13h27 le 08/06/2011
    • Internaute 140339
      Dipolmate morporkien.

    il suffit d’annuler le scrutin et d’en organiser un autre le dimanche suivant « s’il y a plus de 30% de bulletins blancs dans les urnes »
    Non, pas besoin de trouver un nombre fixe.
    Il suffit d’annuler le scrutin si le vote blanc représente plus de voix que le candidat réalisant le meilleur score. beaucoup plus simple...

  • char23
    char23
    Salarié du privé
    • Posté à 13h37 le 08/06/2011
    • Internaute 71832
      Salarié du privé

    Le vote blanc c’est la fausse bonne idée par excellence.

    Le problème du vote blanc c’est qu’il veut tout dire et rien dire : anarchiste, monarchiste, mécontent, indécis, frustré de ne pas voir son candidat présent,... Peut on prendre en compte la voix de ceux qui ont choisis de ne pas s’exprimer. Ca ne serait ni très démocratique, ni très logique

    Ce n’est pas pour rien si aucune démocratie, même les plus avancées, ne l’ont jamais mis en place.

  • Malzieux
    Malzieux
    Ex-chomeur
    • Posté à 14h06 le 08/06/2011
    • Internaute 124404
      Ex-chomeur

    Le vote blanc est une très bonne idée, à condition que le vote soit obligatoire, sinon, ca ne change rien.

  • Boireault
    Boireault
    étudiant
    • Posté à 14h12 le 08/06/2011
    • Internaute 153678
      étudiant

    Le vote blanc est un choix utile qui a du sens : il permet de montrer d’aucun candidat n’est satisfaisant tout en ne rejetant pas la machine démocratique. A l’inverse, on ne peut pas savoir si celui qui s’est abstenu rejetait un candidat ou le système démocratique ou bien les deux ou bien aucun. Le vote blanc, lui, n’est pas ambigu.
    Je ne comprend pas pourquoi cette idée a toujours été rejetée. Je ne vois aucun défaut. Si quelqu’un pourrait m’éclairer ça serait avec plaisir

  • jor
    jor
    Tant Pis
    • Posté à 14h43 le 08/06/2011
    • Internaute 120234
      Tant Pis

    Le vote blanc serait un premier pas pour lutter contre l’abstentionnisme, mais l’obligation de voter me gêne.
    Ça ressemble à un aveu d’échec : puisqu’on arrive pas à vous motiver à voter par nos qualités d’hommes (et de femmes) politiques, on va vous y forcer.

    L’idée d’annuler les élections en cas de vote blanc en masse est séduisante, mais pourquoi choisir un seuil fixe ?
    Le vote blanc serait traité comme un candidat (Monsieur ou Madame Voteblanc), et si c’est lui qui arrive en tête (au deuxième tour d’une élection cantonale UMP / FN, par exemple), on annule. N’est-ce pas plus logique ?

  • Grobool
    Grobool répond à char23
    Fatigué ...
    • Posté à 14h54 le 08/06/2011
    • Internaute 48045
      Fatigué ...

    à chaque second tour je vote blanc, je vais donc voter mais ne donne ma voix à aucunes des deux parties encore en lice...

    Pas parce que je suis frustré, mais parce que simplement à chaque fois, ce sont des candidats de parti que je ne cautionne pas...

    Cela ne les empèchent pas d’être largement élus, de pouvoir continuer leurs petites vies pénards puisqu’ils sont souvent issue d’une belle dynastie, et moi d’avoir réalisé mon droit civique et d’avoir donné mon point de vue.

    Contrairement à ce que vous avancez, je pense qu’il est intéressant de comptabiliser le vote blanc, parceque ça permettrait à tout un chacun de se sentir investi, intéressé, bref de se sentir réèlement consulté pour un choix majeur. Au final, je sais que si je vote ou pas pour les municipales, mon maire restera à sa tête... Parce qu’il trouve toujours un arrangement pour soit le passer à son premier adjoint et/ou le faire élire à sa place... Bref, mon avis ne compte que moyennement ce qui me fait dire que l’avis de beaucoup ne compte que moyennement (au vu des abstentionnistes ...)

    Bref, tout cela pour dire que frustré ou non, oui il faut nous prendre en compte, parcequ’on existe, parce que c’est notre choix et que cela permettrait une réelle mise en cause des politiques actuelles... Et Je pense que cela devient largement nécessaire de faire un grand nettoyage de printemps dans ce taudis poussiéreux de gouvernant qui n’a d’utilisé qu’à vider les comptes de l’état...

  • Ganjine
    Ganjine
    fainéant
    • Posté à 15h02 le 08/06/2011
    • Internaute 51612
      fainéant

    Pour moi le vote blanc est une fausse bonne idée car il représente la négation de la démocratie. Le vote blanc voudrait dire que la démocratie est un simplement un choix à faire de temps en temps entre plusieurs personnes et qu’on pourrait refuser ce choix ; un peu comme quand on revient du supermarché et qu’on annonce à sa moitié « désolé, mais il n’y avait plus ta marque préférée de petit pois donc je n’ai rien pris ».

    Hors la démocratie n’est pas un produit de consommation, la démocratie c’est la participation de chacun dans le débat citoyen à travers l’engament associatif ou un parti politique (et il y a suffisamment de partis en France en dehors de l’UMP et du PS pour couvrir toutes les opinions). Et si vraiment aucun parti ne vous plait, Vous pouvez même monter votre propre structure et commencez à militer au niveau local. Il y a quelques années la Rue avait publié le témoignage d’un mec qui avait monté sa propre liste pour les élections municipales de son village.

    Voilà tout ça pour dire que si vous pensez que les politiques sont tous pourris et que vous ne vous investissez pas vous-même et que vous préférez voter blanc en attendant que le candidat miracle arrive, la situation ne risque pas de changer.

  • Joyce E.
    Joyce E.
    (étudiant)
    • Posté à 17h21 le 08/06/2011
    • Internaute 113023
      (étudiant)

    C’est cette obligation d’avoir un avis ou de ne rien dire qui est un problème. On peut avoir un avis sans voter pour quelqu’un. Pourquoi nier le fait qu’on peut exprimer sa voix et dire « je ne trouve pas de candidat qui me corresponde » ? Quand on dit que « Le problème du vote blanc c’est qu’il veut tout dire et rien dire : anarchiste, monarchiste, mécontent, indécis, frustré de ne pas voir son candidat présent,... “, on considère qu’un vote doit forcément être caractérisé. Le vote blanc signifie juste qu’on est présent et qu’on participe à la démocratie (la voix de tous), pas qu’on soutient quelqu’un.
    Avez-vous un avis sur tout ? Je ne pense pas. Pourtant, vous pouvez vous intéresser à tout. Le vote blanc revient à dire qu’on a une conscience politique et démocratique, qu’on fait l’‘effort’ de suivre le débat, de participer au suffrage ; mais qu’on ne trouve pas son élu. C’est surement plus démocratique que de s’abstenir en ne votant pas, ou que d’être suffisament hypocrite pour se forcer à voter pour un candidat lorsqu’on ne soutient pas ce candidat.

    Et je ne comprend toujours pas pourquoi le vote blanc n’est pas comptabilisé dans les votes totaux. Plus que de manoeuvres politiques (avec le FN etc.), il s’agit d’un prinicpe démocratique. Après, si on refuse leur liberté d’expression à ceux qui font l’effort de s’exprimer, une foule d’adjectifs me vient en tête.

  • Mon-Al
    Mon-Al
    roturière : -)
    • Posté à 17h32 le 08/06/2011
    • Internaute 24219
      roturière : -)

    Pour avoir « tenu » des bureaux de vote pendant une bonne vingtaine d’années, je ne peux qu’apporter du grain à moudre aux partisans du comptage des votes blancs ! En effet, lors du dépouillage, il est très commun de trouver un très grand nombre de « votes nuls », certains avec des réflexions parfois drôles - qu’il est interdit de lire à haute voix ! - des insultes aussi, mais autant de feuilles blanches, parfois de papier toilette ( !), ce qui prouve que des personnes bien intentionnées, ne voulant en aucun cas être abstentionnistes, mais ne désirant pas faire de choix, choisissent cette échappatoire. En effet, quand on trouve 30 % de bulletins nuls ou blancs, 50 % d’abstentions décomptées, on se demande à quoi rime le résultat de l’élection.

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