
Espagne: il poursuit la famille de sa victime pour réparer son Audi
Les parents de la victime n’en reviennent pas. Et les internautes espagnols non plus, qui font bruisser la blogosphère de leurs commentaires indignés. L’objet de leur colère ? Un homme de 43 ans qui, en août 2004, avait renversé un cycliste de 17 ans, Enaitz Iriondo, causant sa mort. Il réclame aujourd’hui 20000 euros à la famille de l'adolescent, en compensation des dommages causés par l’accident à son Audi A8.
Selon El Pais, Tomas Delgado Bartolomé roulait à plus de 160 km/h, sur une route limitée à 90 km/h, lorsqu’il a percuté de plein fouet Enaitz Iriondo. L’adolescent était alors en vacances dans la région de La Rioja et roulait à vélo, de nuit, sans gilet de sécurité ni casque. Il n’a pas survécu au choc.
Le juge d’instruction avait alors estimé, en faveur du conducteur, qu’il n’y avait pas d’infraction criminelle, ne laissant à la famille que trois jours pour faire appel. Après un accord entre les compagnies d’assurance, les parents d’Enaitz avaient finalement reçu 33000 euros d’indemnisation.
Sa mère explique aujourd’hui à l’agence de presse EFE qu’ils n’ont jamais admis le contenu de l’accord , mais qu’ils l’avaient accepté pour pouvoir fermer ce chapitre si tragique et avancer.
Moi aussi je suis une victime »
C’est pourtant elle qui devra finalement se présenter devant le tribunal de la ville d’Haro, le 30 janvier prochain, convoquée par la défense du chauffard, qui s’en est expliquée à El Pais : Moi aussi je suis une victime, l’histoire du petit, on ne peut pas y remédier, mais la mienne si. Il réclame à la famille 14000 euros pour les dommages causés à son Audi A8 lors de l’accident et 6000 euros pour la location d’un véhicule de remplacement pendant les réparations.
Selon des propos cités par le quotidien ABC, la décision n’a tout de même pas été facile à prendre pour le conducteur :
J’y ai pensé pendant presque un an, en tournant le sujet dans tous les sens. Et finalement j’ai conclu que je n’avais pas à perdre de l’argent. La vie continue, et si les compagnie d’assurance fonctionnaient bien, je n’aurais pas à agir comme cela.
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Manifestement le cynisme et l’intérêt n’ont pas de limites.
Et le cadre juridique Espagnol ne permet pas les mêmes choses qu’en France en la matière.
Et les assureurs en question s’en tirent à bon compte
En France les victimes cyclistes ou piétonnes sont considérées comme « privilégières », terme juridique consacré. Aussi quelque soient les circonstances le conducteur est considéré comme responsable à 100% et le processus d’indemnisation peut démarrer.
La victime, ou sa famille, a trois mois pour porter plainte et a intérêt à le faire. Car même si une procédure civile peut contraindre les assureurs à indemniser correctement, une plainte permet d’accoler le civil au pénal et ainsi l’accélèrer.
Il est par ailleurs indispensable de porter plainte dans tous les cas car les assureurs, qelqu’ils soient, cherchent à minimiser. Il convient également dans le cadre de la procédure de prendre l’attache d’experts médicaux qui ne travaillent pas pour les compagnies d’assurance, ce qui est dur, et de même pour les avocats. En effet un avocat qui attaquerait une compagnie serait instantanément mal vu par cette autre qui l’emploie de temps en temps.
Ce sont mes quelques années d’accompagnement de victimes dans une association spécialisée qui me permettent ces quelques réflexions très raccourcies mais qui résument le problème.
Cette histoire me fait penser à celle des autorités chinoises qui demandent aux familles des condamnés à mort de les indemniser des cartouches ayant servi à exécuter leur parent.