Le promoteur mégalo de Sesena met la clé sous la porte

Le chantier de construction d'une des barres d'immeuble de Sesena, en novembre 2006 (Andrea Comas/Reuters)

(De Seseña, Espagne) Les images de cette ville champignon ont fait le tour du monde : plantés au milieu des terres de Castille, 5 300 appartements répartis dans des immeubles monolithiques marrons s'élèvent au sud de Madrid.

Symbole des excès de la construction qui plombent l'économie, la résidence Francisco-Hernando, du nom de son créateur (un brin mégalomane), se retrouve sans promoteur.

L'ironie n'échappe pas à la petite mairie de Seseña « la vieille », la ville d'origine qui ne compte que 14 500 habitants. Son maire, de l'alliance écolo-communistes Gauche unie (Izquierda Unida), n'a eu de cesse depuis son élection en 2003 de dénoncer le projet, approuvé par son prédécesseur.

Comment son budget serré était-il censé assurer les services de transports, de santé, d'éducation dont ces milliers de nouveaux habitants, isolés de l'autre côté de l'autoroute, allaient évidemment avoir besoin ?

La mairie peut désormais ajouter à sa liste de préoccupations le financement des travaux d'urbanisme qu'elle avait exigé au promoteur.

Alors que le contrat le liant pour cinq ans au développement de sa ville rêvée vient de s'achever, Francisco Hernando annonce cette semaine dans une lettre ouverte qu'il part vers des cieux plus propices, « d'autres lieux où il sera possible de créer de la richesse, d'autres pays dont les gouvernements ont frappé à ma porte. »

Une statue de ses parents veille sur les milliers d'appartements

Célèbre pour avoir possédé « un yacht plus grand que celui du Roi », Francisco Hernando est le « self made man » dans toute sa splendeur. Si tous le connaissent en Espagne sous le surnom « Paco el Pocero », c'est parce qu'il a commencé sa carrière dans la rue, sans études, accumulant les petits boulots dont celui de puisatier (« pocero »).

Statue à la gloire des parents de Francisco Hernando (Elodie Cuzin/Rue89)Dominé par la statue de ses parents, son projet phare, la « résidence Francisco Hernando », devait compter 13 500 logements une fois terminé : des blocs installés au milieu de nulle part et flanqués d'une gigantesque décharge de pneus.

« Seulement » 5 600 ont finalement été achevés et quelques 2 300 habitants auraient déjà emménagés.

Surprise. La plupart de ceux rencontrés ces derniers mois dans les rues tracées au compas sont enchantés d'avoir investi ici : une piscine par immeuble, des terrains de jeux, des entrées bien surveillées… Tout y est.

De jeunes couples ou des familles sont donc venus peu à peu peupler les lieux qui sont loin de ressembler à une ville fantôme le week-end. On n'est pas en Espagne pour rien et plusieurs « bars du coin » ont vite ouverts.

Mais en semaine… Avec les rues battues par les vents, l'horizon marqué par une ligne à haute tension et les entrepôts de supermarchés, c'est autre chose.

Justement, « El Pocero » et son entreprise, Onde 2000, reprochent au maire d'avoir ralenti au possible les procédures pour permettre d'éloigner cette ligne, de créer une bretelle d'autoroute facilitant l'accès ou d'autoriser l'alimentation en eau des milliers d'appartements encore sans habitants.

Il a porté plainte à plusieurs reprises contre l'exécutif local, qui par conséquent s'est montré beaucoup plus prudent, donnant des interviews sur des places isolées, l'air de ne pas y toucher. La mairie pourrait désormais être forcée de financer tous les travaux qu'elle aurait freiné.

« J'ai créé 3 000 emplois par an  »

Dénonçant une « campagne politique », Francisco Hernando affirme dans sa lettre espérer que lorsqu'il rentrera en Espagne, on assurera « aux chefs d'entreprise la sécurité juridique, le respect médiatique et la considération politique dont j'ai manqué pendant ces dernières années ».

Après une longue enquête, le parquet a accusé l'ancien maire socialiste qui lui avait attribué les premiers permis de construire de délit de corruption et d'abus de pouvoir, ayant constaté des revenus personnels « injustifiés ».

Francisco Hernando n'a encore pas été inquiété mais la justice continue d'étudier la légalité du chantier. Lui affirme avoir servi la région :

« En cinq ans, une moyenne de trois mille emplois annuels ont été crées et 12 000 emplois indirects. Il faut en plus ajouter les 18 millions d'euros qu'ont reçu les organismes municipaux pour les licences et autorisations, sans que la résidence Francisco Hernando n'ait supposé aucun coût pour les finances locales. »

« On ne va pas payer sa folie des grandeurs »

« Il nous laisse tomber », s'est lamenté le maire, Manuel Fuentes, en apprenant la nouvelle. Ce dernier affirme avoir respecté les règles pour l'attribution des autorisations : il attendait que le constructeur confirme pouvoir assurer les arrivées d'eau, ce qui explique les retards.

La mairie a mis en place l'année dernière un service de transport public reliant le centre-ville et une école a ouvert ses portes dans la ville nouvelle. Effrayé par le coût des travaux restants, Manuel Fuente assure qu'il ne « va pas rester les bras croisés. »

« Les habitants de Seseña n'ont pas à payer la folie des grandeurs d'un promoteur immobilier. »

La résidence Francisco-Hernando (Elodie Cuzin/Rue89)

Photos : le chantier de construction d'une des barres d'immeuble de Sesena, en novembre 2006 (Andrea Comas/Reuters), statue à la gloire des parents de Francisco Hernando, la résidence Francisco-Hernando (Elodie Cuzin/Rue89)

3 commentaires sélectionnés

Portrait de taurus

De taurus

coté soleil | 21H49 | 11/06/2009 | Permalien

Va a Bilbao, Saragosse, Madrid, Barcelone le gigantisme de ce qui a été créé depuis une dizaine d'année n'a pas d'égal en France.
Pour avoir la chance de voler au dessus de ce vaste pays, il est impressionnant vu du ciel de voir en 5,10 ans le nombre d'autoroutes tracés, la construction de lignes TGV , l'explosion du nombre d » d'éolienne, et pour l'habitat, bien sur, ce nombre gigantesque d'appartements construit en périphérie des villes où on se demande d'où viennent les gens sensés les habiter.
Au pays Basque on creuse directement dans la montagne pour dégager des terrains…. et bâtir des immeubles.
A part ça la télé, c'est 30 % pub pour la bagnole, 30% Pub pour les banques et le crédit le reste c'est pour la lessive ….

Pourtant à l'intérieur, sortie des grandes villes c'est un sacrément beau pays.

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De EulChe

Humaniste hère | 01H46 | 12/06/2009 | Permalien

13500 logements prévus, 5600 construits…

Un des symboles des cités, des banlieues, telles qu'on les médiatisent aujourd'hui avec les fameuses « violence urbaines » a été construit sur ce modèle en France il y a presque 50 ans. Elle s'appelle les 4000 à La Courneuve. Ce nom pour signifier les 4000 logements (seulement ? ) qu'elle contenait…

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De ericparis11

juriste | 15H40 | 12/06/2009 | Permalien

Les commentaires paraissent parfois un peu « décalés ».
« L'aéroport de Barajas est complètement disproportionné » : dites plutôt que les aéroports français sont complètement disproportionnés ! Barajas accueille chaque année 50 millions de voyageurs, presque autant que Roissy ou Francfort, c'est le 4e d'Europe en termes de traffic, et un hub majeur pour l'Amérique Latine. Les extensions réalisées sont vastes, modernes, pratiques, accessible en métro -avec enregistrement des bagages au centre ville -, bien loin de nos halls mesquins aux commerces ringards, comme Roissy 1 ou Orly.
En dehors des constructions de logements (au moins peut on se réjouir qu'il y en ait eu, et qu'en dehors des zones balnéaires, ce soinet des immeubles et des quartiers « urbains » qui ont surgi, pas du lotissement pavillonnaire comme en France..), l'Espagne, en 20 ans, a rattrapé son retard en termes d'infrastructures. Aujourd'hui, son réseau de transports publics est un des plus modernes d'Europe. En 15 ans, Madrid a construit près de 120 km de métros, et a aujourd'hui 283 km de lignes et 293 stations.
On va attendre encore longtemps la « double boucle » de Sarko !
On peut critiquer certes un mode de fonctionnement de l'économie reposeant sur la spéculation immobilière, mais il ne faut pas nier non plus les réels progrès connus par un pays qui était encore sous-développé il y a 40 ans.

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