Virage politique au Pays basque. Et nouvelle carte météo ?

La carte météo de eitb.com.

Pour la première fois depuis le retour de la démocratie en Espagne, il y a trente ans, un socialiste va diriger le gouvernement autonome du Pays basque. Plus que de grands gestes politiques, une carte météo pourrait marquer le changement.

On affichait complet mardi au parlement de Vitoria, capitale de la région autonome du Pays basque espagnol. Personne ne voulait rater ce moment historique : l'arrivée à la tête de l'exécutif régional d'un socialiste, Patxi Lopez, premier non-nationaliste à devenir « Lehendakari » dans la démocratie récente.

Porté par une alliance inédite de députés socialistes (PSE) et des représentants du parti populaire (PP), deux ennemis jurés à l'échelle de la politique nationale, ce blogueur assidu de bientôt cinquante ans compte mettre au centre de sa législature la lutte contre l'ETA, qui cimente sa nouvelle union avec le PP, et le combat contre la crise économique.

Quel temps fait-il en Euskal Herria ?

Une lourde tâche, donc. Et pourtant un autre point, apparemment anodin pour le non-initié, a déjà fait couler beaucoup d'encre. Va-t-on changer la carte de la météo qu'utilise la télévision publique basque EiTB ?

La société basque mettra Patxi Lopez à l'épreuve à coups de « symboles », dont cette fameuse carte, prévenait El Pais, dimanche, en mettant l'accent sur ce débat météorologique dans un long reportage sur son imminente arrivée au pouvoir.

Pourquoi une telle importance symbolique ? C'est simple, la carte d'EiTB calque rigoureusement les limites d'Euskal Herria, soit le grand Pays basque qui unit la Navarre et le Pays basque français aux trois provinces espagnoles. Ce qui n'est pas du goût de tous.

« On a jonglé avec la géographie basque »

Le quotidien basque non-nationaliste El Correo dénonce ainsi « le jonglage » subi par « la géographie basque, qui a étendu son domaines jusqu'au Sud-Ouest français, ignorant tous les jours et dans tous les journaux télévisés, la délimitation inscrite dans le propre statut d'autonomie ».

L'avis est tout autre du côté du quotidien indépendantiste Gara, où l'on met en garde contre une éventuelle modification des cartes qui « ôterait sa légitimité à EiTB et la politiserait. Les gens ne la considéreraient plus comme leur. »

Symboles des lignes éditoriales, chacun a choisi la carte qui lui convenait pour ses propres pages météo : El Correo opte pour les strictes limites de la région autonome et Gara choisit, comme EiTB, de l'étendre au « grand Pays basque ».

Pour Ramon, un Basque trentenaire installé hors d'Espagne depuis plusieurs années, cette polémique entache une pratique finalement logique :

« De nombreux Basques espagnols sont installés à Hendaye, en France, et font tous les jours l'aller-retour pour aller travailler à Saint-Sébastien. Il est logique qu'ils puissent voir le temps qu'il fait de part et d'autre de la frontière. Sans compter les nombreux Espagnols et Français qui la franchissent le week-end pour aller se balader. »

De carte météo en agitateur politique

Pour ses détracteurs, cette carte incarne en fait les « dérives nationalistes » de la télévision publique basque. Ses journalistes reflètent le pluralisme complexe de leur société et son siège a été victime récemment d'un lourd attentat à la voiture piégée, mais certains l'accusent d'être toutefois trop proche des indépendantistes. Elle laisserait notamment trop d'espace aux commentateurs proches de partis interdits, lors de ses débats télévisés.

Ancien journaliste d'El Pais passé aux colonnes du conservateur ABC, Fernando Jáuregui s'étonnait récemment de ce débat sur son blog :

« Même sur Mars, il doit sembler étrange d'associer le concept de “changement de régime” à la modification, ou au maintien, de la carte de la météo à la télévision. »

Ce n'est pourtant pas la première fois qu'une carte météo agite le débat politique. Un député écossais s'était ainsi plaint en 2005 devant le Parlement, à Londres, du nouveau graphisme que la BBC venait d'adopter et qui offrait, selon lui, une vision déformée de l'Ecosse, trop petite par rapport à l'Angleterre. La chaîne avait finalement obtempéré en changeant l'inclination de son animation.

9 commentaires sélectionnés

Portrait de Citoyen Omega

De Citoyen Omega

Ingénieur et peintre | 20H12 | 06/05/2009 | Permalien

La carte météo d'EITB n'a rien de nouveau : elle était déjà en place quand je vivais à Bilbao entre 1994 et 1999 ! Le Pays Basque français y était appelé « Euskadi continental » et, pour affiner les prévisions,on mentionnait les provinces du nord : Lapurdi, Nafarroa et Zuberoa. L'intention nationaliste sous-jacente était évidente mais il y avait bien pire.

Portrait de Baptiste P.

De Baptiste P.

Ancien étudiant | 21H39 | 06/05/2009 | Permalien

Moi, ce qui me surprend le plus avec cette carte, c'est le soleil !
C'est impossible, cette carte a été retravaillé, il pleut tout le temps au Pays Basque… ou du moins il fait toujours gris.

Ah, ce n'était pas prévu mais en direct, vu les cris, les claxones et autres feux d'artifice, le Barça a dû gagner ce soir…

Portrait de martine silber

De martine silber

journaliste et blogueuse | 23H22 | 06/05/2009 | Permalien

ça m'a tjrs sidérée cette carte météo, j'en ai parlé plusieurs fois moi même. Bonne chance au nouveau gouvernement…et que ceux qui pensent encore que les etarras sont de braves opprimés lisent sabino arena, père du nationalisme indépendantiste et raciste patenté (http://elkarri.org/fr/pdf/le_monde02-04.pdf) ou (http://sabinoweb.iespana.es/) aillent tout simplement faire un tour dans les herriko tabernas de saint sébastien ou de bilbao

Portrait de DKP

De DKP

Etudiant | 00H30 | 07/05/2009 | Permalien

De toute façon la prise de pouvoir du PSE n'est pas démocratique. Tous les autres partis de gauche abertzale (indépendantistes) ont été interdits par la justice bien avant les nouvelles élections…Très démocratique tout ça…Les Basques n'ont pas eu trop le choix.
Madrid a voulu mettre fin à l'hégémonie du PNV, au pouvoir depuis 30 ans.

De plus, changer la carte de météo ? Je suis Basque, et ce que dit Ramon dans l'article est vrai. La carte ne doit pas changer.

Gora Independentzia ! Gora Euskal Herria !

Orok Bat !

Portrait de nono le simplet

De nono le simplet

gardien de phare en intérim | 04H10 | 07/05/2009 | Permalien

la prochaine étape , d'après mes sources , est de niveler la partie ouest de la chaîne des Pyrénnées afin de supprimer ces collines qui empêchent une unité géographique cohérente et qui permettrait de plus une météo plus uniforme . Alain Juppé n'est pas opposé à la reconstruction des Pyrénnées au sud de Bordeaux ce qui permettrait d'économiser du temps pour se rendre au ski aux habitants de l'agglomération bordelaise . Bouygues prépare un projet .

Portrait de malatrie

De malatrie

06H45 | 07/05/2009 | Permalien

J'ai regardé sur le site d'ETB : pas d'inquiétude, les nuages sont prévus pour demain ou après-demain.

Portrait de ericparis11

De ericparis11

juriste | 11H03 | 07/05/2009 | Permalien

Cette question de carte météo est un problème bien secondaire. Le même problème se pose sur la TV catalane qui « annexe » le Roussillon, les Baléares et les pays valenciens (où l'on parle catalan).
Mais avons nous le droit, en France, de donner des leçons de géographie en la matière, quand on nous donne, le soir, la méteo à Tahiti mais pas à Genève ?
Bonne chance à Patxi Lopez, il aura bien d'autres soucis que cette pauvre carte.

Portrait de ericparis11

De ericparis11

juriste | 11H23 | 07/05/2009 | Permalien

L'alternance, c'est la démocratie.
Poser des bombes, non.

Portrait de Citoyen Omega

De Citoyen Omega

Ingénieur et peintre | 21H35 | 07/05/2009 | Permalien

Présentation curieuse, bien que sans surprise de la part d'un nationaliste, de la situation politique au Pays basque. Ce n'est pas Madrid mais bien une fraction significative des électeurs basques qui aspirait à une alternance nécessaire à un fonctionnement démocratique (pas loin de 50% des gens vivant en Euskadi ne sont d'ailleurs pas nationalistes). il est regrettable que cela soit au prix d'une alliance avec le PP mais le PNV a-t-il vraimant laissé le choix au PSE ?

Non, tous les partis de gauche abertzale n'étaient pas interdits (cf. Aralar, voire EA) mais seulement celui qui refuse obstinément de se démarquer de la dérive sanglante du groupuscule totalitaire qu'est devenu ETA (dont vous évitez soigneusement de parler…) et de renoncer au chantage à la violence pour imposer ses idées : l'ex HB/EH/PCTV. Quand ils franchiront enfin ce pas, beaucoup de choses changeront alors dans le bon sens.

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