Les habitants du vieux Madrid disent non au « mini-Vatican »

La Basilique San Francisco el Grande, vue du parc (Elodie Cuzin/Rue89)

(De Madrid) Après des années de tractations, l'archevêché de Madrid vient d'être autorisé à construire un immense complexe privé en plein centre de Madrid. Mais le projet menace un parc immortalisé par Goya et fréquenté par tout le voisinnage. Depuis que la mairie a donné le feu vert, fin février, les habitants se mobilisent pour repousser « l'envahisseur ».

Son bouledogue anglais tire énergiquement sur la laisse, mais Eduardo, un Chilien de 33 ans, prend le temps de commenter, avec un sourire ironique, les plans qui menacent les deux parcs où il se promène tous les jours.

« L'Église finit toujours par faire ce qu'elle veut. Elle s'en fiche de savoir si les gens du quartier n'ont que là où venir pour profiter du soleil avec leurs enfants. »

Eduardo sur la Place Gabriel Miró (Elodie Cuzin/Rue89)« Ce qu'elle veut », c'est construire cinq nouveaux immeubles, dont une résidence pour prêtres, une bibliothèque et un parking privé de 200 places, après avoir obtenu le permis de construire auprès de la mairie, tenue par le parti populaire (droite).

Une expansion spectaculaire de 25 000 mètres carrés qui pourrait, selon ses opposants, endommager l'une des vues les plus célèbres de Madrid : le flanc de colline qui dévale aux pieds de la basilique San Francisco El Grande, peinte par Goya depuis l'autre rive de ce qui n'est aujourd'hui qu'un maigre filet d'eau.

« C'est comme si l'on détruisait les jardins de Versailles pour faciliter l'entrée à un “mini-Vatican” »

« Pas de voiture, ni de ciment », « N'arrachez pas nos arbres », clament les banderoles faites maison qui trônent aux balcons d'immeubles pimpants.

Pancarte sur un balcon donnant sur le parc (Elodie Cuzin/Rue89)Bien décidés à empêcher le projet, les habitants se sont organisés en association et prévoient une manifestation dimanche 29 mars, à l'heure même (hasard du calendrier), où débutera aussi à Madrid une grande marche contre l'avortement, soutenue par l'Eglise. Leur groupe de soutien sur Facebook compte lui déjà plus de 3 500 membres.

« Nous ne sommes pas anticléricaux et nous reconnaissons que les terrains leur appartiennent », précise David Gimenez, porte-parole de l'association des habitants du quartier :

« Mais on va détruire le seul parc de ce genre à Madrid, un véritable patrimoine historique où les enfants peuvent jouer loin des voitures, pour faciliter l'accès aux nouveaux immeubles d'une entité privée. C'est comme si l'on détruisait les jardins de Versailles pour permettre l'accès à un complexe religieux privé. »

Les deux forces d'opposition au conseil municipal, le Parti socialiste (PSM) et Gauche unie (IUCM) ont rejoint leur mouvement et tenté de bloquer l'autorisation en faisant appel aux tribunaux et à la Commission européenne, qui devra désormais se prononcer sur l'impact environnemental du projet.

Une campagne de désinformation, selon l'archevêché

Tout cela n'est qu'une vague campagne d'intoxication, selon l'archevêché de Madrid, tenu par l'austère président de la conférence épiscopale espagnole, le cardinal Antonio Rouco Varela.

Dans un communiqué (il se refuse à toute autre déclaration sur le sujet), l'archevêché précise que l'on construira aussi une école, un centre sportif et de nouveaux espaces verts, tous ouverts au public.

Des arguments qui ne convainquent pas Angeles Santos, retraitée venue comme chaque jour accompagner sa petite-fille au parc après l'école :

« On n'est sûrs de rien, on n'a pas du tout éte informés par l'Archevêché et qui sait si on aura accès à ces nouveaux espaces ? . »

Angeles se souvient de l'époque où elle emmenait ses propres enfants jouer sur le terrain vague qui se tenait là avant. « On avaient été tellement contents lorsqu'ils avaient finalement aménagé ce parc », explique-t-elle, en précisant toutefois qu'à ses yeux, les lieux ne sont pas idylliques : des sans-abris se sont installés à côté des jeux d'enfants, dans des campements de fortune.

Mais à tout prendre, elle préfère la « cohabitation » à la disparition de son parc.

« L'Eglise n'a qu'à construire ses nouvelles résidences sur son terrain, il est déjà bien assez grand », dit-elle en montrant du doigts l'imposante bâtisse qui flanque la basilique.

« Nous risquons de perdre une vue symbolique »

Les autorités religieuses affirment également que contrairement à ce que beaucoup craignent, l'historique vue de la colline ne sera pas altérée par ses nouvelles constructions qui maintiendront « l'harmonie architectonique » des lieux.

Professeur d'urbanisme à l'université polytechnique de Madrid, José Fariña en doute, après avoir étudié de près le projet  :

« On va perdre 15 000 mètres carrés de l'un des parcs les plus connus de la ville, un lieu essentiel pour l'identité de Madrid. »

Photos : la Basilique San Francisco el Grande, vue du parc, Eduardo sur la Place Gabriel Miró, Pancarte sur un balcon donnant sur le parc (Elodie Cuzin/Rue89

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6 commentaires sélectionnés

Portrait de sebastiendubai

De sebastiendubai

Ingenieur | 13H26 | 26/03/2009 | Permalien

Apres la scientologie, un mini vatican, le hasard comme par hasard…. ?

Portrait de Lemmy_Nothor

De Lemmy_Nothor

Pssssssstttt...t'as pas une brique ... | 13H50 | 26/03/2009 | Permalien

Quand je lis des trucs comme ça, je pense à cette phrase de William Burroughs : Tax all churches into oblivion. ( Taxez toutes les églises jusqu'au néant )

Portrait de 101.7

De 101.7

Promeneur | 13H55 | 26/03/2009 | Permalien

@ni loup ni mouton

plutôt ouaille non ?

Vous attaquez Rue 89 pour cet article, c'est votre droit mais est ce un commentaire de bonne « foi » que le vôtre ?

Non, assurément ! Il n'est pas en rapport avec le sujet de cet article mais il est là simplement pour défendre une église catholique de façon détournée. (j'ai fait un tour sur votre profil et tous vos commentaires ne sont consacrés qu'à cette motivation)

Ici il est question d'un parc où les madrilènes peuvent respirer, où les enfants peuvent jouer.
Vous préférez donc voir des immeubles, des parkings et autres monstruosités inhumaines s'ériger ?
Mais bien sûr… l'église ne s'occupe que du spirituel pas de l'humain.
Que pensez-vous d'un vieux monsieur qui condamne l'usage du préservatif pour les autres mais qui roule dans un préservatif à roulettes géant ?
Que craint-il ?
Normalement il devrait s'en remettre à son dieu, car il me semble que dans la religion chrétienne on dit souvent : « dieu l'a voulu… »

Si dieu veut qu'il vienne auprès de lui pourquoi se protéger à ce point ? Une voiture blindée pour contrecarrer les projets du seigneur ? Ce ne serait pas une sorte de blasphème ?

Laissez les espaces verts aux humains, il leur reste si peu d'oxygène dans les villes pour respirer et qui sait méditer.

Tiens à propos de Rue 89, ce n'est pas la première fois que ce site s'inquiète du bétonnage des espaces verts dans les villes :

http://www.rue89.com/marseille/2008/12/11/marseille-un-projet-de-parking…

Vous verrez, ici point d'église, point de religion mais juste une horrible chose qu'on veut nous faire avaler.. une de plus.

Et pour en terminer sur le sujet madrilène, j'espère que ce projet ne se fera pas, que la mobilisation sera ferme et que la conclusion sera : Que se joden !

Portrait de Joli grain de sable

De Joli grain de sable

ni loup ni mouton | 14H03 | 26/03/2009 | Permalien

Je ne sais pas pourquoi, depuis quelques jours, les médias m'ont complètement enlevé l'envie de critiquer l'église catholique.

La discussion pour moi n'est pas d'ordre religieux même si c'est ce qui peut le plus facilement susciter la polémique.

Je me mets à la place de ceux qui vont perdre un espace vert et j'y suis vraiment sensible comme n'importe qui réfléchissant 5 mn à ce genre de situation.

Mais je dis qu'il y a partout et tout le temps des projets immobiliers bien plus scandaleux (y compris en France et ne serait-ce que parce qu'il s'agit du domaine public et pas privé)… mais sans doute plus rarement à cause de l'église…

Le titre et les réactions nous le montrent bien : il s'agit de détourner une cause honorable et juste (défendre en ville les espaces verts) pour lui donner un caractère idéologique qui n'a que très peu de rapport avec cette cause.

Je dis donc que cet article n'est pas un article sur l'immobilier mais implicitement un article sur la religion. C'est de la propagande, c'est autorisé et ça ne me gêne pas plus que ça tant qu'on peut encore critiquer cette propagande.

Portrait de Tita

De Tita

oiseau | 14H10 | 26/03/2009 | Permalien

A la lecture de cet article, je ne parviens pas à savoir quelle est la nature exacte du problème :

- un problème de communication de l'archevêché qui n'a pas su expliquer aux riverains les bénéfices qu'ils auront des changements effectués (école, espaces verts, etc.). Il est vrai que l'Église croit encore du haut de sa superbe qu'il suffit de déclarer pour convaincre.

- un problème réel de conflit d'intérêt entre les riverains qui se sont attribués un espace et l'Église à qui appartient le terrain et qui veut l'utiliser (pour elle-seule).

Portrait de Charro1974

De Charro1974

Chargé d'affaire | 14H43 | 26/03/2009 | Permalien

Ah l'état, l'église et le peuple…
On pourrait cité des exemples similaires comme l'emplacement de l'usine Renault à Valladolid. Plusieurs sites étaient prévues comme Salamanque et Léon, mais sous le jouc de l'église, ces régions n'ont pas voulu qu'une entreprise française s'installe dans ces régions.
Regarder dans les régions catalanes ou basque combien d'entreprises étrangères sont venus profité de la main d'oeuvre.
L'église espagnole a toujours eu beaucoup d'influence sous Franco et a su sortir son épine du pied après l'arrivée de Juan Carlos et du passage à la démocratie.
A chaque moment de l'histoire le peuple a subi et continuera à subir l'influence des religions. La religion est un passe droit.
L'église profite de la concentration chrétienne en espagne pour s'octroyer un pouvoir non moins sournois.
Imaginons un instant que le bois de boulogne à Paris soit rasé en partie pour mettre en place un nouveau stade de foot (religion française) je pense que les riverains ne seraient pas content…

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