
L'Espagne prête à faire la lumière sur les enfants perdus du franquisme ?

Le célèbre juge Baltasar Garzon continue de mettre le doigt là où ça fait mal en Espagne.
Alors que sa hiérarchie l'a empêché de mener personnellement l'instruction sur les crimes du franquisme il y a près de deux mois, il vient de transmettre à sept tribunaux la responsabilité d'enquêter, ou non, sur plus de 30 000 enfants de républicains qui furent placés dans des centre pour être « rééduqués ». Une manière de tourner les projecteurs sur cette page noire pourtant peu connue des Espagnols.
Selon les informations réunies par le juge, 30 960 enfants, la plupart fils et filles de républicains exilés, incarcérés ou fusillés, auraient été envoyés dans des internats religieux entre 1944 et 1954. Certains médias espagnols avancent en outre que 12 042 autres avaient déjà été mis sous tutelle de l'Etat franquiste avant 1944. Un chiffre colossal. Et pourtant, nombre d'Espagnols connaissent souvent mieux le drame des « enfants perdus » d'Argentine que le leur.
Le professeur de sciences politiques à l'université Pompeu Fabra et ancien exilé, Viçens Navarro, écrivait ainsi dans les colonnes d'El Pais récemment :
« L'une des surprises au retour de mon long exil fut de constater que mes étudiants (jeunes, éveillés, curieux intellectuellement, épouvantés par les actes barbares commis par les dictatures chiliennes et argentines […]) ignoraient que toutes ces horreurs s'étaient produites également en Espagne sous la dictature franquiste, y compris le vol d'enfants aux mères républicaines assassinées par l'armée responsable du coup d'Etat. »
Des enlèvements auraient eu lieu en France
Dans les années 90, l'une des émissions les plus populaires de la télévision espagnole était une sorte de « Perdu de vue » ibérique. Des familles d'anciens enfants « disparus » étaient alors passées sur le plateau sans que cela ne perturbe outre mesure la soirée des téléspectateurs, se souvient, encore surpris, Emilio Silva, le président de l »Association pour la récupération de la mémoire historique.
« On présentait leur cas à côté des histoires du fiston qui n'a plus donné signe de vie après être parti à la plage et les neuf millions de téléspectateurs ne réagissaient pas différemment, comme si ce qui s'était passé pendant la guerre relevait du destin implacable, et non d'un délit. »
S'ils sont peu commentés en Espagne, les faits sont pourtant loin d'être secrets. Un documentaire, « Les Enfants perdus du franquisme », a été réalisé par Montse Armengou et Ricard Belis pour la télévision catalane mais sa diffusion est restée limitée.
Un artiste originaire d'Alicante et vivant aujourd'hui en France, Saülo Mercader, a lui écrit un livre en français, « Les Chants de l'ombre », dont on avait parlé en France au moment de sa publication, en 2000, mais qui n'a pas encore été traduit en castillan.
Enfin l'assemblée parlementaire duConseil de l'Europe a évoqué explicitement le sort de ces enfants entre 2005 et 2006 pendant l'élaboration de sa condamnation du franquisme, en ajoutant en outre que « des enfants réfugiés ont aussi été enlevés en France par le service extérieur de “rapatriement” du régime et placés ensuite dans des institutions d'Etat franquistes ».
Photo : milicienne disant au revoir à son fils (Albero y Segovia/Archivo Rojo du Ministère de la Culture espagnol).
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De Infovite
Plébéien. | 16H35 | 09/01/2009 |
Que justice soit enfin faite !
http://info-espress.over-blog.com/
De anibas
Etudiant | 16H43 | 09/01/2009 |
33 ans après la mort de Franco, il temps que l'Espagne et la société espagnole se réconcilie avec son passé.
Facile à dire dira-t-on, surtout quand on voit la question de la guerre d'Algérie en France…
à anibas
De Lemmy_Nothor
The Emmett Grogan Memorial Barbecue | 17H03 | 09/01/2009 |
Sans oublier comment la France a traité les refugiés Espagnols…..en les parquants dans des camps….
Aller voir le cimetière espagnol de Sept Fonds, près de Montauban.
à anibas
De egide
Littéral | 17H20 | 09/01/2009 |
Avec un passé terrible, on ne se réconcilie jamais.
Il importe surtout de savoir.
De tout savoir.
Et ne rien oublier.
De egide
Littéral | 17H17 | 09/01/2009 |
Il serait intéressant de savoir, si dans la loi espagnole l'enlèvement d'enfant est un crime imprescriptible.
Si on pouvait faire la lumière sur ce qui s'est passé avec tous les enfants orphelins de parents républicains tués ou disparus, certaines institutions religieuses et politiques seraient très, pour ne pas dire extrêmement gênées d'expliquer ce qu'ils ont fait exactement et quelle est leur part de responsabilité dans ces enlèvements.
Et puis, que sont les enfants devenus ?
à egide
De Lemmy_Nothor
The Emmett Grogan Memorial Barbecue | 18H20 | 09/01/2009 |
J'en connai deux qui furent « adoptés » par des couples Français dans les années cinquantes. Je mets adoptés entre guillemets, parce qu'il s'agit plus d'un achat que d'une adoption.
De Marie-France
Toujours ailleurs | 23H28 | 10/01/2009 |
On ne peut qu'admirer le juge Baltasar Garzón, qui ne baisse pas les bras dans son combat malgré tous les obstacles qu'il affronte à cause des descendants du franquisme. Heureusement qu'il y a encore des gens comme lui (mais il y en a peu) !
Beaucoup, même non nostalgiques du franquisme, ne souhaitent pas que l'on remue les « trapos sucios », mais les non-dits sont pire que tout.
De nayko
Troubadour urbain | 17H58 | 09/01/2009 |
Merci à ce juge espagnol de remettre le pays face à son histoire. Et merci a Elodie pour cet article. La société espagnole a encore de grands efforts à fournir pour effectuer son travail de mémoire. La période Franquiste a laissé une population exsangue et divisée. Difficile, encore aujourd'hui de recoller les morceaux. Pourquoi ce silence sur les crimes du passé ? Pourquoi des officiers franquistes occupent-ils toujours des postes à responsabilité, en toute impunité ? Quand je regarde cette période qui a marqué l'histoire de ma famille du sceau de l'exil, j'ai mal. J'ai mal quand je vois un million de personne descendre dans la rue, à Madrid, pour protester contre le retrait d'une plaque rendant hommage à Franco. J'ai mal, quand j'entends des historiens placer les fascistes et les républicains dos à dos en prétextant que les 2 camps ont commis des atrocités, donc c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Cela me répugne. Les fils des vaincus demandent justice.
Pour tous ceux qui veulent aller plus loin sur la guerre, je vous conseille le documentaire « Mourir à Madrid ».
Venceremos.
Paz
De madrid
21H29 | 09/01/2009 |
Bonsoir
« En Espagne, jusqu'à nouvel ordre, les crimes du franquisme resteront impunis, mais un premier électrochoc a bien eu lieu. »
**
Un lien ..pour ceux qui sont intéressés :
http://espana36.site.voila.fr/articles/JugeBaltazarGarzon.html
De guarana
11H00 | 10/01/2009 |
Bien sur que des atrocités ont été commises des deux côtés.
Une guerre n'est jamais « propre », mais rappelons les faits :
Les républicains ne défendaient qu'un gouvernement élu ….
L'aristocratie,la bourgeoisie et l'église a eu peur que le peuple sorte de la misère, qu'il accède à l'éducation et à sa souveraineté.
Les « gagnants » ont pratiqué durant des années après la guerre, la censure, l'humiliation, la torture envers les « perdants“et leurs enfants.
De noufaro
Profession liberale | 20H13 | 10/01/2009 |
Le célebre juge remue beaucoup d » air sans résultats très probants.
Je doute que les Espagnols soient disposés de rouvrir des plaies et regarder l'horreur dont leurs pères ou grand-pères ont été capables tout camp confondu. leur guerre fut une des plus terribles et elle encore très proche pour qu'ils puissent en parler.