
Le patron de Zara se dévoile pour la première fois

Son anonymat s'est brisé en 2001 avec l'entrée en bourse du groupe Inditex mais il a fallu attendre cette semaine pour voir paraître la première biographie autorisée du boss de Zara, Amancio Ortega, ce fils de cheminot qui a révolutionné l'industrie de la mode.
Vingt-deuxième fortune du monde, sa discrétion lui permettait encore il y a peu de s'asseoir incognito à la terrasse d'un bar de Galice où il ne lui était pas rare de surprendre un client à la table d'à côté affirmer le connaître. Dur pour le vantard d'imaginer qui était vraiment cet homme rondouillet, en jean et bras de chemise.
New York, Paris, Porto, l'enseigne Zara se lance hors d'Espagne dès la fin des années 1980 mais ce n'est que dix ans plus tard que l'on découvre le visage de son patron, aujourd'hui à la tête de 4000 boutiques dans le monde. Et encore, ce n'est que forcé par la loi qu'il accepte de poser pour une photo officielle au moment de la sortie en bourse d'Inditex, la seule qui existe aujourd'hui.
Sa voix est presque aussi rare, ce qui explique le tumulte qu'a causé en Espagne la publication de sa première biographie, rédigée par une journaliste et amie de longue date de l'entrepreneur, Covadonga O'Shea. Président du Congrès, responsables de l'opposition, ambassadeur, mannequins et autres grands noms de la mode se sont pressés sur les chaises matelassées d'un hôtel de luxe madrilène cette semaine lors de la présentation du livre. Avec un absent de marque, mais qui n'a surpris personne : Ortega lui-même.
Un véritable « self-made man »
Le contraste était alors frappant entre les ors du palace et le dénuement de l'enfance de l'entrepreneur telle que Covadonga O'Shea la raconte, mettant fin du même coup à de nombreuses rumeurs et imprécisions. Fils de cheminot, Amancio Ortega a bien grandi en Galice mais il est né dans la province voisine de León. Peu importe, la ville de La Corogne le considère tout de même comme son plus prestigieux représentant international.
Comme dans toute bonne fable de « self-made man », la montée en puissance de ce jeune homme sans études et ne sachant toujours pas, à 72 ans, parler anglais, trouve son origine dans une anecdote marquante. Ortega a confié à la journaliste se souvenir des temps difficiles de son enfance dans une famille modeste -il est né en 1936, au début de la guerre civile- et en particulier d'une fois où, petit garçon qui ne voyait pas la tête de l'épicier derrière le comptoir, il l'a entendu refuser un énième crédit à sa mère. « Cela n'arrivera plus jamais à ma mère », se souvient-il avoir pensé alors :
« Tout était clair : à partir de ce jour j'allais me mettre à travailler pour aider la maison. J'ai abandonné mes études, les livres et je me suis fait embaucher comme vendeur dans une boutique de chemises. »
Devenu garçon à tout faire dans un magasin de vêtements où travaillent aussi ses frères et sœurs, il se décide en 1963 à lancer sa propre entreprise avec plusieurs d'entre eux et sa première épouse : GOA confections. Ils façonnent des robes de chambres et de la lingerie dans leurs salons, qu'ils revendent aux boutiques du coin. « Dix ans plus tard, l'entreprise comptait plus de 500 employés », souligne Covadonga O'Shea.
GOA s'occupe alors de l'approvisionnement, de la confection et de la distribution des vêtements. En 1975, Ortega ouvre la première boutique Zara à La Corogne et « complète ainsi un modèle d'intégration verticale encore inconnue dans l'industrie européenne de la mode à l'époque. »
Suit le développement fulgurant et bientôt international d'un modèle économique innovant, centré autour de deux idées phares : le renouvellement rapide des stocks en boutiques, qui motive les achats compulsifs, et une excellente structure logistique.
Le « Henry Ford » de la mode
« Nous pouvons créer une collection en quatre semaines, voire en deux si le marché l'exige », explique Amancio Ortega dans l'ouvrage. Et si l'idée de design n'était pas bonne ?
« Nous avons la capacité de nous débarrasser totalement d'une ligne de production si elle ne se vend pas. Nous pouvons teindre les collections avec de nouvelles couleurs et nous pouvons créer de nouveaux styles en peu de jours. »
Ses usines ultramodernes de Galice comptent sur 200 kilomètres de souterrains qui mènent vers un centre logistique totalement automatisé d'où partent les camions vers les boutiques du monde entier. Pour la première fois, le groupe Inditex, dont Zara représente 78% des revenus, est passé devant le géant américain GAP en juin dernier. Mais la crise en Espagne affecte ses ventes et sa volonté de dominer le monde pourrait nuire à la créativité de ses designs, selon un article publié par le site espagnol Soitu.es à l'époque de ces résultats .
Peu importe, Ortega reste « le Henry Ford » de la mode pour l'ambassadeur espagnol au Vatican et ancien maire de La Corogne, Francisco Vázquez, qui est venu présenter le livre cette semaine :
« Il a popularisé la mode, la rendant plus accessible que le prêt-à-porter ou l'avant-garde », a-t-il alors déclaré avant d'insister sur « la dimension éthique d'Inditex qu'on ne lui connaît pas forcément », le groupe ayant été parmi les premières entreprises à souscrire le code de conduite des Nations Unis qui proscrit entre autre le recours à des travailleurs mineurs (Voir le code d'Inditex en anglais sur son site.).
Le milliardaire aurait choisi l'une des ses filles, Marta, 24 ans, pour prendre sa relève. Son apprentissage a débuté à l'automne 2007 et il la conduira dans tous les départements de l'entreprise familiale et sur tous les continents. Sa première mission ? Vendeuse dans l'une des boutiques Inditex. En tant que jeune fille anonyme, bien sûr.
- 7634 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque



























14
(Pour réagir, connectez-vous)
De Camille
Mauvais genre | 17H51 | 29/10/2008 |
Interesting ! gracias
à Camille
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 18H22 | 29/10/2008 |
Ben voilà ! Camille 69 se jette sur Zara, et on pense tout de suite à la ligne …de vêtements de Zara White !
En même temps , j'en profite pour signaler que le fauteuil de soeur Emmanuelle est toujours en vente sur eBay.
Euh, je me demande si je ne suis pas un peu hors sujet .
à Charles Mouloud
De Camille
Mauvais genre | 18H38 | 29/10/2008 |
Charles, tiens toi tranquille… on n'est pas sur rue69 ici, on est sur l'Ibère espace de eco89…
Sinon j'ai de jolies photos de Zara Whites que j'avais interviewée il y a quelques temps ; une fille adorable et très abordable mais on est complètement hors sujet !
Allez, coup de fouet pour Charles parce que ça part en vrille (et bondage si t'es pas sage)
De Elodie Cuzin (auteur)
Journaliste | 18H44 | 29/10/2008 |
Que d'émotions ! Si Amancio Ortega savait les passions qu'il déchaine
De l´axe du bien
19H45 | 29/10/2008 |
super ! et les ateliers de confection basés en Italie, gérés par la mafia, bossent avec toutes les grandes marques. vu le salaire des couturieres/couturiers, c´est cher le torchon. bah, il faut bien payer le patron…
De TonyMo
Athée in Heaven | 21H52 | 29/10/2008 |
« Henry Ford » de la mode… Amancio Ortega il n'a pas collaboré avec Franco ? j'espère comme Ford avec les Nazi…
De InitiativeDharman
Merde in France. | 08H35 | 30/10/2008 |
Ah ben flûte alors ! Si Besancenot savait çà il irait s'habiller au secours catholique !
De Chou marin
kiné | 10H07 | 30/10/2008 |
J'aime beaucoup Zara, ça serait dommage que la qualité de ses designs baisse, car c'est bien ce qui me fait y acheter mes vêtements - un bon design à un prix abordable, surtout pendant les soldes ; -)
De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 11H09 | 30/10/2008 |
un espagnol qui a fait le début de sa fortune sous franco vous m'étoner qu'il était devenus discret
De sabrina
instit qui y croit! | 11H26 | 30/10/2008 |
J'ai travaillé à Zara… le pire souvenir de ma vie professionnelle, et pourtant j'ai fait quelques boulots pas folichon : ménage, serveuse…
Salaires de misère, heures supplémentaires non rémunérées, jamais récupérées (ou alors on te laisse une heure entre 15h et 16h…), aucun avantages (5% de réduction sur des fringues que l'on a pas les moyens de s'offrir). Un turn-over phénoménal et un taux de dépression impressionnant ! Ils ont même un budget spécial « prud'hommes », sachant qu'une partie de leurs méthodes sont limites !
La seule chose que m'a apporté cet emploi : un bon coup de pied au fesse pour réussir ma licence et ne pas finir là-bas. Quand je pense à mes anciennes collègues qui n'ont aucun espoir d'avancée dans l'entreprise et qui sont traitées comme des moins que rien et par la direction et par les clientes.
Bref, la fortune de cet homme est faite avec la sueur et les larmes de ses employées pour lequel il n'a aucune considération
à sabrina
De Gina Grimont
09H04 | 31/10/2008 |
Merci pour ces infos…édifiantes, le monsieur paraissait trop clean pour un patron !
à Gina Grimont
De sabrina
instit qui y croit! | 22H36 | 01/11/2008 |
Merci,
Je n'hésite pas à le rappeler quand j'entends des amis me dire à quel point Zara est une marque « cool »… non, ca ne l'est pas… C'est humiliant de devoir demander l'autorisation pour aller aux WC, de devoir sourire à des pissouses de 17 ans qui te regarde avec un air condescendant et à leur mères qui disent en te regardant « tu vois, si t'as pas ton bac, c'est ca qui t'attend ! ». Tout ca pour 800€ par mois, les heures supp » n'étant pas payées, mais a récupérer… et perdue au bout d'un an !
J'ai maintenant la chance de faire un métier que j'aime, et je dois avouer plus valorisant malgré ses difficultés : je suis instit.
Mais cette expérience me rappelle que dans de nombreuses entreprises l'employé est une sous-m… à presser jusqu'au bout. Ca me rend plus compréhensive avec les parents usés par leur journée qui n'ont plus forcement l'énergie d'aider leurs enfants à la maison, de leur stress en cas d'absence de la maîtresse parce qu'au boulot, ca va être mal vu s'ils ont un problème de garde (moi aussi, je suis maman). Bref, mes expériences dans la vie pas rose des boulots comme celui là me permette de garder les pieds sur terre !
De Lala
13H04 | 30/10/2008 |
Tout gentil tout beau ce Monsieur tel que vous le présentez.
les employés (de tous pays) n'en pensent pas moins…
http://geneve.unia.ch/communiques.2099.0.html ? &no_cache=1&tx_ttnews[tt_news]=2343&tx_ttnews[backPid]=1974&cHash=2566d1b22d
De compte-supprimé
Haggard | 17H03 | 30/10/2008 |
Ah ! La légende du self made man à encore de beaux jours devant elle.
Une bio écrite par une une bonne amie…. Wouarfffff ! ! !