
Une semaine de JO : beaucoup de médailles et de controverses
Fascinés par les résultats de leurs sportifs, les Chinois restent sourds aux polémiques qui agitent la presse internationale.

(De Pékin) Une semaine après le début des JO, il règne un étrange calme à Pékin. Les Chinois engrangent, fascinés, les médailles d'or, ils font et refont leurs calculs pour savoir s'ils seront bien en mesure de réaliser leur rêve de surpasser le total des Etats-Unis. Et ils n'en finissent plus d'être congratulés pour la qualité de l'organisation des Jeux.
Et pourtant, les mêmes Pékinois qui comptent les médailles attendent avec impatience le 24 août et la clôture des épreuves pour retrouver une vie normale. Après avoir subi pendant sept ans les chantiers pharaoniques dans leur capitale, ils se sentent aujourd'hui dépossédés d'un événement trop stratégique, sans doute, pour les inclure autrement que comme télespectateurs. Des banderoles dans les magasins recommandaient d'ailleurs aux Pékinois de « rester chez eux pour mieux accueillir nos amis étrangers »…
Ce sont de petits incidents dont on est témoin au quotidien, l'irritation d'une femme du peuple à qui un « volontaire olympique » interdit le passage là où elle avait coutume de traverser, ou le taxi qui fait grise mine parce que les bars et karaokés doivent fermer plus tôt qu'avant pendant la période des Jeux.
Ce sont toutes les décisions qui ne sont pas prises parce que l'appareil d'Etat est tout entier au service des JO, ces demandes de rendez-vous qui sont renvoyées en septembre : « Ça sera plus simple »… Même la parole est moins libre qu'en dehors des JO, un comble !
Pékin a perdu du poids
Pékin est aussi une ville qui, visiblement, a perdu du poids. On y roule mieux grâce à la circulation alternée, mais aussi parce que de nombreux Pékinois ont préféré la fuite à l'invasion olympique. Beidahe, l'ancien lieu de villégiature de Mao, à trois heures de Pékin, au bord de la mer, est une destination d'exil de choix pour ceux qui y disposent d'un pied à terre.
Mas Pékin s'est aussi vidée d'une partie de ses migrants, chassés de la capitale à la fin des chantiers des installations olympiques, ou à la fermeture exceptionnelle des usines pour réduire la pollution. Ce sont des congés payés, sauf qu'ils ne sont pas payés !
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Vidée aussi de tous ses activistes, militants associatifs, dissidents patentés et répertoriés, intellectuels trop remuants, auxquels on a laissé le choix de s'éloigner quelques semaines ou de rester assignés à résidence chez eux, avec garde devant la porte.
Pour le gouvernement chinois, l'opération est jusqu'ici gagnante. Même si ces Jeux ont leur lot de controverses plaçant les porte paroles chinois sur la défensive et révélant un grand décalage entre la façade impecable et des dessous moins reluisants. Mais tous ces contretemps ne sont que de banales irritations pour le pouvoir chinois, comparés à l'ampleur de l'événement et au coup de projecteur exceptionnel qu'il accorde à la nouvelle superpuissance chinoise.
Des polémiques à répétition
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Des polémiques, il y en a pourtant. La cérémonie d'ouverture du 8 août, orchestrée par le réalisateur de cinéma Zhang Yimou, n'en finit pas de faire des vagues, révélant un rapport à la vérité un peu troublant.
- La grande polémique de la toute jeune chanteuse dont on a appris que ce n'était pas sa voix car celle qui chantait n'était pas assez belle pour la télévision.
- La petite polémique sur la supercherie du feux d'artifice réalisé en 3D sur ordinateurs et pas en direct à travers Pékin comme annoncé.
- La dernière née des controverses avec la révélation, par le Wall Street Journal, que les enfants en costumes de minorités ethniques, censés incarner l'harmonie entre les différents peuples de la Chine, étaient en fait tous des Hans, le groupe majoritaire. En ces temps de tensions au Tibet et au Xinjiang, ça fait assurément désordre et renforce l'idée largement répandue que ces minorités sont marginalisées dans la Chine harmonieuse.
Ces sujets de polémique agitent la blogosphère chinoise et la presse internationale, mais on n'en trouve quasiment pas mention dans la presse officielle chinoise, et assurément pas à la télévision, qui reste le premier moyen d'information en Chine et qui est toute entière dédiée aux épreuves sportives. Les détracteurs du pouvoir chinois y voient la confirmation du peu de cas de la vérité dans l'empire du Milieu, mais pour beaucoup, l'excitation des épreuves l'emporte sur le reste…
Des manifs sans impact
Idem avec les micromanifs qui se succèdent à Pékin. Dernière en date, spectaculaire, vendredi, lorsque des militants protibétains américains ont escaladé le chantier du futur siège de la télévision chinoise, le plus gros bâtiment de Pékin, dessiné par l'architecte néerlandais Rem Koolhas, et ont accroché une banderole « Free Tibet ». Avant d'être arrêtés et sans doute expulsés dans la foulée comme tous ceux qui les ont précédé.
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Ces manifestations ont évidemment une portée symbolique, et le web leur fournit une caisse de résonance plus grande que la réalité. Mais elles n'ont pas été perçues par les Chinois eux-mêmes, et n'ont eu aucun impact sur le déroulement des Jeux autrement qu'en renforçant la parano naturelle des autorités.
Les activistes étrangers n'ont pas trouvé le moyen de s'adresser directement à la population chinoise, de faire passer le message ou, mieux encore, de dialoguer avec une société chinoise qui, on le voit chaque jour dans les blogs traduits sur Rue89, est loin d'être monolithique.
Les attentats du Xinjiang, à 3000 km à l'ouest de Pékin, n'ont pas eu plus d'impact. Ils ont pourtant fait une trentaine de morts dans plusieurs incidents.
L'évenement le plus significatif, hors des stades, a finalement été le meurtre d'un touriste américain, parent d'un entraîneur de l'équipe US de volley-ball, tué à coups de couteau par un Chinois qui s'est ensuite suicidé en se jetant d'un monument de Pékin. L'homme, agé d'une cinquantaine d'années, présenté comme un déséquilibré après une vie d'échecs, se serait « vengé » de la société avant de se tuer. Difficile d'aller plus loin dans l'interprétation, mais la toile de fond sociale de la Chine faisait exceptionnellement irruption sur une scène bien nettoyée.
En interne comme en externe, le gouvernement chinois aura réussi, jusqu'ici, à orchestrer les JO comme il l'entendait. En faisant venir des dirigeants étrangers comme Nicolas Sarkozy, rendus muets par leur présence à Pékin ; en mettant en oeuvre ses puissants moyens au service d'une organisation impeccable ; et en marginalisant tous les sujets de polémique ou de protestations (y compris avec ces pseudo espaces de manifestations où personne n'arrive à manifester). Reste à tenir cette équation jusqu'au 24…
Photo : Devant le stade olympique de Pékin, vendredi (Joe Chan/Reuters)
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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 16H43 | 15/08/2008 |
J'ai l'impression que ces Jeux sont réussis (selon les critères en vigueur dans le reste du monde) parce que, finalement, tout le monde a intérêt à ce qu'ils le soient.
Pour la Chine, c'est évidemment l'occasion de faire la manifestation qu'elle est devenue un pays qui compte. Sous ce rapport, l'objectif est pleinement atteint, mais il faut bien reconnaître que personne ne songeait à lui contester ce statut-là.
Une observation sur le paragraphe concernant les polémiques à répétition : la conclusion, selon laquelle ces incidents illustrent le peu de cas de la vérité dans l'empire du Milieu, me paraît un peu expéditif. Il me paraîtrait plus juste d'en conclure qu'ils illustrent le peu de cas qu'on fait de la vérité dans l'empire de la télévision. Ils ne me paraissent pas vraiment avoir de caractère exceptionnel ou propre à la Chine.
De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 18H11 | 15/08/2008 |
Un avis très personnel sur ces Jeux, sur cette première semaine, l'intolérance, la censure, et une certaine sorte de falsification, telle la cérémonie d'ouverture ?
Si la Chine ouvre ses portes, des mouches entreront forcément.
[ Deng Xiaoping ]
Cette sorte de sentence m'apparaît symbolique de celui que l'on appelait le « petit timonier » le secrétaire général du parti communiste chinois, celui qui dirigea la Chine de 1976 à 1997.
Un peu plus de dix ans après son décès, celui qui fit son apprentissage en Marxisme en France, fut ouvrier (au Creusot) puis chez Renault, et entreprit dès son retour, avec Mao d'abord, et après celui ci, de transformer son pays pour en faire cette Chine dont on parle tant.
Question ! Et si les occidentaux étaient les « mouches » !
Les mouches ça pond des oeufs, et fait des larves qui elles même vont faire d'autres mouches.
Donc peut être avait il peur Xiaoping que l'occident les pollue.
Et bien c'est parti avec ces Jeux, et cette première semaine.
Quand à la suite, avec ce duel pacifiste de « nationalite » aiguë, je ne sais quoi trop en penser, sinon que j'estime que c'est une calamité.
Les Jeux ne sont pour certains, qu'un prétexte pour évoquer le Monde et ses grand équilibres, d'aller au delà de ces « joutes sportives », pour s'épancher sur les grands défis auxquels notre planète, va être confrontée, tant du point de vue économique, libertés fondamentale, là où justement l'Occident, et les sois disant Démocraties jouent elle même, un rôle ambiguë.
Enfin, ce sera aussi l'occasion de ne pas manquer de parler des énergies, du nucléaire, et du fondamental problème de la sauvegarde de l'équilibre écologique, sauver la Planète Bleue.
Puis, nous ne pouvons néanmoins ignorer ces Jeux.
Ceux qui s'y opposent, n'y voient aucune vertu, estiment que tout est négatif, ont toujours la possibilité de « casser leur télé » (clin d'oeil à un Bloggeur Mulhousien).
Ils ont aussi le droit absolu de ne pas lire sur le site de Rue89 les articles afférents.
Ils ont même le droit de s'exprimer, pour dire que l'on devrait s'occuper de choses (ce qui n'engage qu'eux) plus importantes et primordiales à leurs yeux.
C'est cela, cette liberté de gueuler, d'expectorer notre dégoût intime, nos différences, que nous permet l'existence d'un tel site.
Oh, je ne me fait aucune illusion sur les tenants et aboutissants, et la probabilité d'une orientation certaine de quelques « cadres » ayant contribues à l'émergence de cet espace qui vous, et nous rassemble presque tous les jours.
Et alors ! Grand bien leur fasse, ce n'est pas mon problème immédiat personnellement.
En tout cas, je ne suis pas actionnaire, ne le serais jamais, tant je suis impécunieux.
Mais d'aucun, ont certainement mis sur le pas de leur porte, la notion de tolérance. Ils sont en « combat » permanent, en lutte, (du moins au niveau de leurs clavier).
Fort bien, respectons les aussi, car pour ma part, à titre intime, leur colère est probablement le reflet de mes propres colères, qui je l'avoue, se sont elles, un peu émoussées.
Bon, les Jeux Olympiques qu'est ce ?
Je vais vous le dire sous forme de fuite, car il y en a de plus perspicaces que moi, qui se sont exprimés il y a fort longtemps, donc bien avant la demi portion de Grec que je suis :
La pensée d'un expert en théorèmes également Grec, mais entier lui :
« Le spectacle du monde ressemble à celui des Jeux olympiques : les uns y tiennent boutique ; d'autres paient de leur personne ; d'autres se contentent de regarder. »
Pythagore. Extrait des Fragments.
De hogan
actif | 18H38 | 15/08/2008 |
Etant donné que ce genre d'article est puni d'une balle dans la nuque en Chine, il faut bien que des journalistes étrangers le fassent.
Tiens au fait, aujourd'hui un journaliste britannique a été traîné au sol par des policiers chinois le motif ? Il filmait une tentative de libre expression sur le Tibet, mais c'était sûrement un journaliste anti-chinois.
J'aimerais juste en rajouter un peu sur cette puanteur qui règne dans la Rue depuis quelques jours sur le thème : « les médias chinois sont manipulés et alors ? les nôtres aussi »
Qui serait capable d'oser tenir ce discours devant un journaliste indépendant Chinois, Russe, etc… se mangerait une grande baffe de la part du dit journaliste qui bave d'envie devant la liberté de la presse occidentale.
Bien sûr notre presse n'est pas parfaite, mais un peu de respect pour toute cette presse qui se bat dans les pays autoritaires pour tenter de rester ou de devenir libre et indépendante, Anna Politkovskaïa est un excellent exemple de ce qui ne peut pas se produire chez nous. Tentez seulement d'envisager l'existence d'un Robert Mébard chinois (quoi qu'on pense de ce monsieur…)
Alors oui c'est vrai, notre presse subit des pressions, mais elle est infiniment plus libre que dans de nombreux pays, la preuve est que je peux écrire ces quelques lignes qui seront mon coup de gueule du week-end…ça soulage je vais bien dormir.
De vol19
awash | 20H25 | 15/08/2008 |
Dans ce qui est évoqué, soucis de l'image, du masque au delà de la réalité est intéressante. Bien sûr, c'est une contruction de la culture médiatique qui est mondiale, de ce pragmatique, recherche de l'efficacité, du moins en terme de semblant.
Pourtant, celà m'évoque curieusement aussi la Chine ancienne, en particulier ce que Auguste Comte a appellé le « fétichisme ». La prépondérance des rites, conventions, le code ou le symbôle qui transforme la réalité… ou qui est une manière de travestir la réalité tout en gardant la face. L'important c'est la cérémonie, le rite, qui si celle-ci se déroule de manière esthétique et conforme au rite permet de retrouver l'« harmonie » dans le cosmos : La Chine au milieu… Je me questionne si dans cette mise en scène quelque chose n'est implicitement pas en train de se jouer sur le plan imaginaire pour la Chine ? Tout l'univers de la Chine ancienne aurait-il pu définitivement disparaître ? comme çà ? Relire Marcel Granet… Rien ne disparaît jamais totalement, ce que savent les sciences humaines.