07/08/2008 à 03h23

Sarkozy, Pékin et le dalaï lama : une Bérézina diplomatique


(De Pékin) Ainsi donc, la raison d'Etat l'a emporté. Nicolas Sarkozy ne verra pas le dalaï lama, afin de sauver les relations franco-chinoises des « conséquences graves » qui leur étaient promises en cas de rencontre, même informelle, entre le président français et le leader tibétain. C'est le plus grave échec de la diplomatie de Sarkozy depuis son élection, qu'il ne doit qu'à sa propre maladresse.

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Depuis le début de cette affaire, Nicolas Sarkozy a multiplié les incohérences et les gestes contradictoires, créant lui-même le piège qui finit de se refermer sur lui. Il est le seul chef d'Etat ou de gouvernement à avoir mis des conditions à sa venue à Pékin pour la cérémonie d'ouverture des JO vendredi : Angela Merkel n'y sera pas, sans avoir expliqué pourquoi, et George Bush a finalement décidé d'y aller, sans état d'âme, se payant le luxe de recevoir des dissidents chinois chez lui sans faire trop de vagues. Sarkozy, lui, a d'abord lié sa venue à d'hypothétiques « progrès » dans le dialogue entre Pékin et les Tibétains, avant de mettre en parallèle sa rencontre avec le dalaï lama en août.

Cette valse hésitation a eu le don d'agacer au plus haut point les dirigeants chinois, déjà remontés contre la France après le passage de la flamme olympique à Paris en avril. Les choses s'étaient calmées après l'envoi de trois émissaires, pas moins, à Pékin, pour mieux repartir avec l'annonce simultanée de la visite à Pékin et de la rencontre avec le dalaï lama.

Il y a alors eu une joute verbale entre le chef de l'Etat et l'ambassadeur chinois à Paris, Kong Quan. Ce dernier a convoqué des journalistes pour déclarer solennellement qu'une telle rencontre Sarkozy-dalaï lama « serait contraire au principe de non-ingérence des États dans leurs affaires intérieures ».

Et le tout nouvel ambassadeur -un diplomé de l'ENA française- de brandir la menace de « conséquences graves » sur les relations bilatérales. Nicolas Sarkozy avait aussitôt répliqué sèchement que ce n'était pas à l'ambassadeur de Chine de lui dicter son agenda. Eh bien si ! (même si c'est déguisé sous la forme d'un renoncement de la partie tibétaine elle-même à demander une telle rencontre).

Le paradoxe de cette situation est que la sortie de Kong Quan avait été critiquée dans certains secteurs de l'establishment chinois, qui estimaient qu'elle ne laissait pas d'autre choix au président français que de rencontrer le dalaï lama, sous peine d'avoir l'air de céder aux injonctions de l'ambassadeur. Kong Quan et l'aîle dure de la diplomatie chinoise ont montré que la fermeté paye, avec Nicolas Sarkozy en tous cas.

Le pire, c'est que le mal est fait et que l'annulation de la rencontre n'est qu'une manière de limiter la casse. La gestion désastreuse de toute cette « séquence chinoise » , des émeutes de Lhassa le 14 mars à l'ouverture des JO le 8 août, aura montré un amateurisme incroyable et une méconnaissance du contexte et de la psychologie du pouvoir chinois à ce moment particulier. Le triangle Sarkozy-Kouchner-Yade a dysfonctionné de manière spectaculaire, et le seul vrai connaisseur de la Chine à l'Elysée, le conseiller diplomatique Jean-David Levitte, n'aura pas pu empêcher le désastre.

Nicolas Sarkozy arrive vendredi à Pékin pour quelques heures à peine -vingt heures de vol aller-retour pour dix heures sur place, sans même y passer la nuit...- en position de faiblesse. Le président français s'est éliminé du jeu diplomatique entre la Chine et le reste du monde : il devra subir le rapport de force ainsi instauré pour le reste de son mandat : les Chinois ont compris que pour quelques contrats dont l'économie française a un besoin vital, ils le tiennent.

Que la France entretienne de bonne relations avec la Chine n'a rien que de plus normal. Nicolas Sarkozy avait eu une très belle sortie au parlement européen, en lançant à Daniel Cohn-Bendit : « on n'humilie pas un quart de l'humanité » . Mais une phrase brillante et une belle intuition ne font pas une politique étrangère, pas plus que l'envoi de sa femme à une cérémonie religieuse, puisque c'est le lot de consolation auquel auront droit les Tibétains.

La France sort affaiblie et déconsidérée de cet épisode. Elle s'est tirée une balle dans le pied dans l'un des lieux du monde où s'écrit le XXIe siècle. Et surtout, elle aura donné au clan des durs de la diplomatie chinoise une médaille d'or avant même l'ouverture des Jeux.

Pierre Haski


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  • pablico
    pablico
    Sudoku et Nord de face
    • Posté à 04h13 le 07/08/2008
    • Internaute
      Sudoku et Nord de face

    la bérézina, était annoncée depuis longtemps, depuis que la Chine est devenue l'usine du Monde.
    On ne peut plus jouer, les matamores, les donneurs de leçons, les moralistes.
    Les gentils financiers qui ont délocalisé, déployé nos industries sur la chine, ont été si avides de gains faciles, qu'ils n'ont pas pensé à un plan B de repli, ou de mise en concurrence.
    Et maintenant on paye, on mange des couleuvres, des chapeaux, et un lama.
    Les financiers ne vont pas tarder non plus à avoir leur indigestion.

  • zphilou
    • Posté à 06h25 le 07/08/2008

    Observations :

    « C'est le plus grave échec de la diplomatie de Sarkozy depuis son élection »...
    Inexact, c'est l'UN des plus graves échecs de la diplomatie Sarkozy (cf : Liban, Bétancourt, Dakar, les suites de l'UPM à venir... ! ! )

    « on n'humilie pas un quart de l'humanité »...
    Certes, mais du coup, on piétine allègrement 1% de l'humanité (çàd, une France à 65 millions d'âmes)...autrement dit, une quantité négligeable... !

    Salutations...Ph neutre.

  • la champenoise
    • Posté à 08h06 le 07/08/2008
    • Internaute

    L'an dernier, il avait envoyé Cécilia à Tripoli.
    Cette année, il envoie Carlita rencontrer le dalaï-lama.
    En quel honneur ? Par le fait du prince qui nous gouverne ?
    Mais quant il s'agit des sinistrés d'Hautmont, elle et lui sont aux abonnés absents. Drôle de conception du rôle ….

  • zorglub
    zorglub
    insulaire en exil
    • Posté à 08h35 le 07/08/2008
    • Internaute
      insulaire en exil

    tout ceci est une masquarade. Le roi de la française du Je joue un jeu double et trouble.

    Sous prétexte de vouloir ménager la chèvre et le chou il se retrouve, encore une fois, le cul entre 2 chaises.
    Les dirigeants chinois veulent lui dicter sa ligne de conduite, alors il s'offusque pour paraître crédible. Seuleumement son petit manège (from mickeyland ? )manque de force d'inertie et son joujou commence à ne plus tourner bien rond.
    Pour ne pas perdre la face (sic) il va séjourner 10 heures !

    10 heures, à ce rythme là il va falloir travailler plus et encore très longtemps pour que le kid de Neuilly pleure son caprice de globe trotteur
    et voyage ainsi à l'oeil et ce ne seront pas les miaulements de sa Carlita qui atténueront son mutisme sur la question des droits de l'Homme en Chine lors du passage du Dalaï Lama.

  • Di
    Di
    • Posté à 08h41 le 07/08/2008

    Finalement, le pire ennemi de Sarkozy, c'est lui-même. Son ego surdimensionné le pousse toujours à dire et faire des choses qui se retournent contre lui.

  • jlcheche
    • Posté à 08h50 le 07/08/2008
    • Internaute

    Si NS était diplomate, ça se saurait.
    Il se comporte avec les autres chefs d'état comme s'ils étaient ses copains d'enfance. Ils les étreint, leur tape dans le dos et se retient à peine de rouler un patin amical à Angela.
    Du coup, ceux-ci le traitent comme le mec un peu chiant qui est tout le temps après toi à te dire combien il t'aime. Tu le supportes, tu lui demandes quelques menus services (« installe-moi une tente dans le jardin ») et tu l'oublies quand il a passé la porte.
    Ajoutons un conseiller qui lui fait dire n'importe quoi, un gouvernement à l'unanimité suspecte, un parlement insipide (à droite comme à gauche), le décor est planté pour nous faire passer pour des cons.

  • mecontent
    • Posté à 09h30 le 07/08/2008
    • Internaute

    Pourtant Sarko n'a qu'une parole : « Je dis ce que je fais, je fais ce que je dis » autant dire qu'il se prend pour un magicien. S'imaginant seul peut-être. Et dire qu'il y a des millions de Français qui ont gobé ses paroles. Or il bute sur la réalité du monde.
    Il est aussi doué pour la diplomatie que je le suis pour dispenser la parole divine, ce qui n'est pas peu dire.
    En résumé je vous approuve entièrement.

  • Pharisien
    Pharisien
    Pas bien situé
    • Posté à 09h37 le 07/08/2008
    • Internaute
      Pas bien situé

    Bah, désolant mais si prévisible...