06/08/2008 à 19h46

Pourquoi l'Inde ne s'intéresse pas aux Jeux olympiques

Thomas Pekish | Aujourd'hui l'Inde.com


Match de hockey sur gazon Inde-Pakistan en 2004 (Zahid Hussein/Reuters).


L’Inde n’a récolté que quinze médailles olympiques depuis son indépendance. Un bilan humiliant pour le deuxième pays le plus peuplé du monde. D’autant que ses espoirs sont minces à Pékin : la délégation indienne s’envole pour les Jeux sans son principal atout, l’équipe de hockey.

Lors des trois derniers Jeux, les sportifs indiens ne sont revenus qu’avec une seule médaille à chaque fois. De tous les pays de son envergure, économique ou démographique, l’Inde est le parent pauvre du palmarès olympique.

Avec 15 médailles seulement depuis 60 ans, le second pays le plus peuplé du monde est le grand absent du podium olympique. A titre de comparaison, la Chine en totalise 286, et en a remporté 63 à Athènes en 2004. Même des petits pays dépassent amplement l’Inde, comme Cuba (170 médailles), ou la Belgique (137).

La délégation indienne compte 57 athlètes, contre 630 pour la Chine

Le président de l’Association olympique indienne (AOI), Suresh Kalmadi, n’a ainsi ému personne en déclarant cette semaine que le pays ne doit pas s’attendre « à trop de médailles à Pékin ». Le nombre d’athlètes indiens qui va concourir est d’ailleurs ridicule relativement à la population du pays : alors que la Chine présente plus de 630 sportifs, la délégation indienne ne compte que 57 athlètes. Et seule une poignée d’entre eux peut espérer décrocher une place sur un podium.

Pire, les chances indiennes sont encore plus minces cette année : la seule valeur sûre du pays, son équipe de hockey sur gazon, qui a remporté 11 des 15 médailles indiennes (dont les huit en or), a en effet échoué à se qualifier. Le patron de l’AOI tente pourtant de rebondir sur ce revers :

« L’Inde n’est connue dans la sphère olympique que pour son hockey, il est grand temps de prouver au monde que nous avons d’autres atouts. »

Les regards sont ainsi tournés vers les archers et les boxeurs, qui se sont illustrés avec brio au niveau mondial, ainsi que sur le tireur Rajyavardhan Rathore, qui avait déjà remporté la seule médaille indienne à Athènes. Leander Paes et Mahesh Bhupathi, le double masculin de tennis, qui ont remportés ensemble trois tournois du Grand Chelem, sont également porteurs d’espoir.

« La majeure partie de la population n’a pas accès à la pratique d’un sport. »

Les théories ne manquent pas pour tenter d’expliquer ce piteux état des lieux sportifs. Beaucoup s’accordent à dire que le cricket (qui n’est pas une discipline olympique), véritable religion nationale, accapare à la fois l’attention des médias, du public et l’argent des sponsors, laissant peu de place aux autres disciplines pour se développer.

Pour Randhir Singh, c’est une question d’argent ; l’Inde n’investit pas assez dans le sport :

« Le budget dédié aux sports est loin d’être suffisant, voilà la racine de cette maladie. Il n’y a pas assez de bon entraîneurs, ni d’infrastructures appropriées. »

Anirudh Krishna and Eric Haglund, tous deux chercheurs à l’université de Duke, aux Etats-Unis, avancent une analyse plus structurelle : « L’Inde est encore rongée par la pauvreté : la majeure partie de la population n’a ainsi pas accès à la pratique d’un sport. Le réservoir de talents potentiels est ainsi largement inexploité », affirment-ils dans un article publié la semaine dernière dans la revue Economic and Political Weekly.

Le cricket mis à part, l’Inde n’a pas développé de culture sportive nationale, et très peu de sportifs indiens ont atteint un haut niveau international. Randhir Singh cache difficilement son pessimisme pour Pékin, mais espère un regain d’intérêt par la suite :

« Les mentalités sont pourtant en train de changer, le gouvernement et les sponsors se réveillent à l’approche des Jeux du Commonwealth [qui se tiendront à New Delhi en 2010, ndlr]. »

Photo : match de hockey sur gazon Inde-Pakistan en 2004 (Zahid Hussein/Reuters).

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  • NicolasL
    • Posté à 20h28 le 06/08/2008
    • Internaute 37519

    Je suis allé en Inde l’an dernier, et il vrai que le Cricket y est une véritable religion. A chaque match tous les gens dans la rue se massent devant les écrans de télévision des bars, échoppes, restaurants etc...

    Sinon les télévisions dédiées au sports, qui sont nombreuses, diffusent surtout les rencontres sportives Européennes et Américaines, comme le golf, le football ou le tennis. Je n’ai pas souvenir d’y avoir vu autre chose que des matchs de Cricket pour ce qui est des évènements opposants des équipes Indiennes, à part une fois un match de Football entre l’Inde et la Birmanie.

    Pour finir j’ai le souvenir d’avoir très rarement vu des enfants jouer à un sport dans les rues, là où tout commence pour un athlète.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 21h12 le 06/08/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Quel sympathique record , d’ avoir le moins de records sportifs !

    Peut être que la plus grande démocratie du monde préfère pratiquer le tantrisme et le Kama sutra que les sports violents et fascisants !

    Are Krishna !

    Lien

  • Deamon7
    Deamon7 répond à Numerosix
    Petit agité
    • Posté à 21h52 le 06/08/2008
    • 49273
      Petit agité

    Pratique du tantrisme ... vite fait alors. Ce qu’on voit en Inde, c’est plutôt hiérarchisation de la société, exploitation des plus pauvres, désintéressement quasi-total pour la misère.

    Quant au Kama-sutra, je ne vais pas développer mais selon mon humble expérience les françaises n’ont rien à envier aux indiennes.

    Après je ne vois ce qu’il y de fascisant ou violent dans le sport.

  • asozial
    asozial
    Bobo reprazent - aus Berlin.
    • Posté à 22h33 le 06/08/2008
    • Internaute 2273
      Bobo reprazent - aus Berlin.

    quel bonheur qu’l reste un grand pays qui ne soit pas totalement contrôlé par l’aliénation moderniste...

    le sport a toujours été partie prenante de tout ce qu’il y a eu de pire, créé à l’origine pour préparer les enfants pour les armées impériales et coloniales, il a été l’instrument favori aussi bien des nazis que des staliniens, et des nationalismes en général (rappelons que la guerre en yougoslavie a commencé quand le club des supporters du Red Star de Belgrade s’est transformé en milice serbe), et est maintenant le fer de lance du liberalisme mondialisé dont il glorifie l’esprit de compétition et de domination.

    le sport est contraire à la démocratie et les jeux olympiques sont la pire entreprise de propagande qui soit.

  • remez
    • Posté à 00h06 le 07/08/2008
    • Internaute 13750

    je ne vois pas bien où peut être l’humiliation ! ce terme galvaudé dans le domaine sportif ! on ne subit plus une lourde défaite : on est humilié !
    Pour revenir au sujet l’Inde sera absente de ce qui risque d’être les derniers grands jeux olymiques pour cause de trust de médailles par les chinois ! Il va y avoir de l’humiliation dans l’air me semble t’il pour beaucoup d’autres pays qui pourraient bien à moyen terme se désinteresser d’une activité qui politiquement n’est plus « porteuse » comme on dit en marketing !
    Un mot sur les arguments sur la richesse qui ne tiennent pas sinon l’éthiopie ou le kenya n’auraient jamais eu autant de champions olympiques ou du monde !
    Enfin il serait peut être temps d’enrichir le vocabulaire d’un autre mot que « sport » pour ce qui concerne une simple activité physique fut elle basée sur l’exercice d’un sport ! qu’y a t’il de commun entre le sport spectacle professionnel (et toutes les déviances qui vont avec ) et l’activité de la personne qui décide par exemple d’aller taper dans un ballon pour des raisons sociale ou de santé ? je pense qu’il y a là une grave confusion des genres .

  • Stephane MOT
    Stephane MOT répond à Keloglan
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 04h24 le 07/08/2008
    • Internaute 17943
      Author & Chief AtoZ Officer

    L’argent n’explique pas tout, il s’agit effectivement avant tout d’une question de mentalite. A mon sens, les Indiens apprecient le sport au sens noble du terme et sont moins omnubiles par l’aspect competition / ambition vaine, pas vraiment en phase avec leur education.

    Un sport comme le cricket passe encore - pas de contacts directs, ca s’etale sur plusieurs jours et ca permet de renvoyer regulierement mais pacifiquement l’ex colon a ses cheres etudes.