13/08/2008 à 10h33

Peu importe la censure, les résultats sportifs tombent à l'heure

Jean Lapierre | Aujourd'hui la Chine

(De Pékin)

L'appareil de propagande chinois tourne à plein régime, mais personne ne s'en plaint : les résultats sportifs tombent en temps et en heure, l'information est donc apparemment libre et rapide.

Le gouvernement chinois, évidemment ne s'en vante pas, mais les consignes rédactionnelles imposées aux journalistes chinois sont drastiques. Une liste de 21 interdictions sert de charte aux journalistes à travers tout le pays, et consigne a été donnée à toutes les autorités locales en charge de la propagande de veiller à sa stricte application.

Les sujets interdits sont extrêmement variés : le protocole de la répartition des places dans la tribune officielle lors de la cérémonie d'ouverture, les problèmes de sécurité alimentaires dans le pays , le débat sur la liberté d'accès au web, la vie privée des responsables politiques, les éventuelles manifestations dans les trois « réserves » prévues par les autorités à Pékin, mais aussi les horaires des services religieux proposés dans l'enceinte du Village Olympique font ainsi partie des sujets tabous, qui s'ajoutent a tous les interdits que les journalistes chinois ont intégré depuis longtemps.

Pour que tout soit parfaitement contrôlé, Pékin a demandé à tous les responsables régionaux de la propagande de mettre en place une réunion quotidienne avec les organes de presse sous leur responsabilité. Les journalistes doivent demander une autorisation de publier, au cas ou ils auraient à rendre compte d'une situation d'urgence, touchant aux jeux Olympiques.



Marchand de journaux à Pékin (P.Haski/Rue89)

Pour que les journalistes chinois ne s'écartent pas de la ligne, les autorités ont aussi mis en place un contrôle à la source. La Fédération Internationale des Journalistes souligne ainsi que des policiers en civil sont chargés de la surveillance des media chinois aux jeux : ils filment fréquemment pour leurs propres archives les journalistes au travail, enregistrant ainsi le moindre faux pas.

Pour la FIJ, il s'agit là d'une forme de pression incompatible avec la liberté de la presse. Ces policiers ont également saisi les notes de journalistes chinois qui avaient eu l'outrecuidance d'interviewer l'entraîneur américain de l'équipe de volley ball, dont les beaux parents venaient d'être assassinés par un déséquilibré.

Sun Weide, le porte parole du BOCOG, un peu gêné aux entournures, a expliqué qu'il ne « disposait pas de tous les éléments quant à cette situation », avant d'ajouter que « les journalistes chinois apprécient beaucoup leur droit de couvrir ces jeux » et que « leurs droits sont protégés par la constitution chinoise ».

La presse étrangère également visée

Ces consignes s'appliquent bien sûr d'abord aux journalistes chinois. Mais leurs confrères occidentaux les subissent aussi indirectement : les correspondants en place à Pékin, mais aussi les envoyés spéciaux traitant de l'actualité chinoise en dehors du sport, ont tous constaté le raidissement des autorités.

Un reporter et un photographe d'un journal sportif, qui voulaient suivre la cérémonie d'ouverture à la télévision avec une famille chinoise à Pékin, ont par exemple été dénoncés par le comité de quartier, et la police a mis un terme au reportage au bout de dix minutes d'entretiens ...

De nombreuses équipes se sont heurtées à une fin de non recevoir de leurs interlocuteurs chinois, tétanisés par les consignes de non communication avec la presse étrangère, imposées du haut en bas de l'appareil d'Etat : les reporters se plaignent ainsi d'aller de « galère en galère », dès qu'ils s'intéressent à la société ou à la vie politique chinoises.

L'association des correspondants de la presse étrangère à Pékin n'a pas encore enregistré d'incidents clairement liés aux jeux Olympiques depuis leur ouverture officielle. Mais depuis la mise en oeuvre, le 1er Janvier 2007, d'un texte sensé faciliter le travail de la presse étrangère en Chine, elle a répertorié 270 incidents, incluant des violences physiques, la destruction de matériel de reportage, des interpellations, des interdictions de tournage,des interceptions de communication, l'intimidation des sources ou du personnel chinois des bureaux de correspondants, voire l'interruption manu militari d'un direct.

Le correspondant de la ZDF en a fait les frais en juillet sur la grande muraille de chine, au prétexte que son interlocuteur américain n'était pas un spécialiste politiquement correct pour parler de cette merveille architecturale ...

Peu importent ces grincements, pour les autorités chinoises : l'essentiel, c'est que la presse locale continue à marcher au pas, et que la mécanique de l'information sportive à destination du reste du monde tourne sans le moindre raté . C'est le cas, les résultats tombent en temps et en heure, et les journalistes sportifs saluent l'excellente organisation des jeux.

Les Chinois démontrent ainsi à nouveau leur redoutable efficacité en termes de communication, en étouffant dans l'oeuf, encore plus que d'habitude, toute critique, tout propos indépendant ou tout dérapage ... Dans les épreuves de censure et de propagande, Pékin devrait donc décrocher sans encombre une nouvelle médaille d'or.

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  • parousnik
    • Posté à 12h39 le 13/08/2008
    • Internaute

    « On nous cache tout, on nous dit rien. Plus on apprend plus on ne sait rien On nous informe vraiment sur rien etc » ce n'est pourtant pas une chanson Chinoise... et toujours plus d'actualité...car a quel moment il faut rire, pleurer ou se sentir fier quand un agent de propagande dénonce ce qui lui paraît être une autre propagande. Les dizaines de milliers d'agents de la drci discrètement disséminé sur la France sont sans doute la pour décoré...

    • sam09
      sam09 répond à parousnik
      • Posté à 19h48 le 13/08/2008

      Si les journalistes français étaient aussi libres qu'ils aimeraient que leurs collègues chinois le soient, ça se saurait.

      L'article va jusqu'à dire que les Chinois ont bien organisé les Jeux pour éviter toute critique. C'est tout de même la moindre des choses pour un pays organisateur !

      C'est très bien de critiquer, il faut le faire, mais il faut aussi s'apercevoir quand sa propre critique peut se retourner contre soi.

      Quand la France organise la Coupe du Monde de foot (ou d'Europe) ou encore la Coupe du Monde de rugby, est-ce que les journalistes français dénoncent l'inondation médiatique qui masque les problèmes sociaux ? Non.

  • compte supprimé 13
    • Posté à 13h01 le 13/08/2008

    tiens encore un article de propagande anti-chinoise !
    ça devient une habitude quotidienne.
    celui-ci fait si fort qu'il en est amusant.

  • sapsanyi
    • Posté à 14h46 le 13/08/2008

    vous seriez vous trompés de site, Paousnik et ira ?

  • muzzzak
    muzzzak
    etudiante
    • Posté à 16h26 le 13/08/2008
    • Internaute
      etudiante

    j avoue que moi aussi je reste perplexe face a ces deux 1er commentaires

  • Ouinouin
    • Posté à 18h12 le 13/08/2008

    Ca devient une mode de critiquer les articles anti-régime chinois. Et je dis bien le régime et non pas les Chinois.
    Mais ces gens ne voit qu'une attaque envers un peuple tout entier.
    Ils doivent penser que les Chinois approuvent ce régime et que si on l'attaque, on attaque 1 milliard et quelques de personnes.
    Conneries...

    Merci à M.Lapierre de nous éclairer un peu plus sur la censure dans ce pays.
    Je ne comprends pas pourquoi des gens s'énervent lorsqu'on les informe. Peut-être veulent-ils aller vivre là-bas...

  • Spook 3421
    Spook 3421
    sniper
    • Posté à 08h16 le 14/08/2008
    • Internaute
      sniper

    L« audiovisuel public qui se vante d'avoir des taux d'audience record (France Inter) pour voir les jeux à 4h du mat, semble un peu avoir oublié de nous parler de la censure chinoise, alors merci de ne pas céder à l'obsession de jeux et des médailles en nous rappelant ces faits.

  • Choc Mandarin
    Choc Mandarin
    野小子
    • Posté à 08h22 le 14/08/2008
    • Internaute
      野小子

    Comment cela se passe t'il pour nos amis de Rue89 a Beijing ? Sentez-vous de la réticence de la part des chinois que vous interviewez ? Certains refusent-ils carrément de vous parler ? Avez-vous affaire aux comités de quartier ?

  • A déménagé le 22-6 2
    • Posté à 12h01 le 14/08/2008
    • Internaute
      nc

    Ce qui me choque le plus , malgré le poids évident de l'événement sportif dans les médias, c'est qu'on n'entende pas nos fameux journalistes indépendants et libres relater ce genre de faits. Doit-on penser que la presse étrangère (notamment française) se complaise au moins pour le moment dans la censure ou, pire, qu'elle ne fait pas son travail ? Dans tous les cas, la situation semble bien pathétique...

    Merci à Rue89 de donner une voix différente à l'actualité. L'uniformisme ambiant est d'un lugubre et d'un glauque...