Pékin en ordre de marche olympique, marginaux interdits

Pékin mardi (P.Haski/Rue89)

(De Pékin) Pékin est une ville en apnée à deux jours de l'ouverture des Jeux olympiques, une métropole de quinze millions d'habitants dans laquelle plus rien d'autre ne compte que d'assurer le succès de cet événement sur lequel le pouvoir chinois a tant misé. Mercredi, la désormais célèbre flamme olympique a fait son entrée dans la capitale, dans laquelle il devient très difficile de se déplacer.

De nombreux Pékinois commencent à être un peu agacés par cet événement qu'ils attendent pourtant depuis si longtemps, et qui leur marche sans ménagements sur les pieds, bloquant les grandes artères, comme mardi soir pour une ultime répétition du spectacle de vendredi soir au stade olympique, ou mercredi pour le passage de la flamme qui sillonera la ville jusqu'à vendredi.

Circulation alternée plus routes bloquées : reste le métro, flambant neuf mais au réseau encore peu dense, qui oblige à de longs parcours à pied dans une chaleur étouffante. Rien d'étonnant à ce que la ville, au-lieu d'être submergée de visiteurs, ait l'air de plus en plus vide.

Omniprésent, le matraquage publicitaire et/ou propagandiste pour « Pékin2008 » et le slogan des jeux, « un monde, un rêve », qui semble de plus en plus anachronique, ainsi que les pubs des sponsors, utilisant les incontournables photos des deux stars chinoises, le basketteur de la NBA, le géant Yao Ming, et le coureur du 110m haies, Liu Xiang. Si ce n'est l'un, c'est l'autre, au point qu'on se demande comment ils ont pu s'entraîner entre les séances photos. Indispensable aussi, le petit drapeau rouge aux étoiles jaunes des « patriotes », accroché « à l'américaine » sur les voitures (voir ci-dessus).

Omniprésente également, la sécurité. Impossible de faire plus de 200 mètres sans tomber sur un « volontaire », souvent des étudiants au polo bleu en extérieur, polo rouge pour ceux qui seront à l'intérieur des installations olympiques et touristiques. Mobilisées également, les mamies et papys au brassard rouge à l'inscription jaune « surveillance », autrefois chargées d'être les yeux et les oreilles du parti dans les ruelles populaires, aujourd'hui un peu partout. Ces réseaux de vigilance populaire, plutôt attachés à la période maoïste, ont en fait été maintenus en existence discrètement, et servent quand c'est nécessaire.

Certains peuvent être souriants, comme ceux-ci au Palais d'été, au nord de Pékin : Pékin lundi (P.Haski/Rue89)

Dans le métro, ils sont beaucoup moins souriants. Ils arpentent les wagons en permanence, chargé de surveiller tout individu ou colis suspect. Le passage des sacs et des paquets au détecteurs d'explosifs est obligatoire dans le métro, et toutes les boutiques du réseau ont été fermés par mesure de sécurité après l'attentat de Kashgar.

Pékin mardi (P.Haski/Rue89)

Il ne fait pas bon d'être hors norme aujourd'hui à Pékin, et, de fait, la ville a été vidée de plus d'un million de travailleurs migrants, ceux qui ont construit les installations olympiques mais n'ont pas été invités à rester pour la fête, ou les « mingongs », ouvriers-paysans des usines qui ont fermé pour la durée des Jeux afin de faire baisser (avec un certain succès), le taux de pollution. Le centre-ville a été également vidée de ses pauvres, de ses handicapés, de ses mendiants, de ses marginaux…

Rien d'exceptionnel et personne ne s'en offusque ici : c'est le cas à chaque veille de congrès du Parti communiste, de session de l'Assemblée nationale populaire, ou de tout événement important. Ils seront de retour en septembre, quand les « illustres visiteurs » seront partis.

Tout est fait pour que la ville soit belle, impeccable, sans aspérités. Sculptures vertes (voir ci-dessous), un million de pots de fleurs le long des cinq périphériques de la capitale, et des murets ou des bâches pour cacher ce qui n'a pu être embelli à temps…

Pékin mardi (P.Haski/Rue89)

Certains parviennent à se soustraire à l'enthousiasme obligatoire proclamé dans les journaux et à la télé. A l'ombre d'un arbre, en plein centre de Pékin, un groupe de retraités joue aux échecs chinois comme on le fait à Pékin depuis toujours, indifférents à l'agitation du monde qui les entoure.

Pékin mardi (P.Haski/Rue89)

D'autres enfin, s'entraînent comme s'ils participaient aux épreuves olympiques. Ils font, là encore, comme toujours, pratiquant leurs exercices d'assouplissement en pleine rue. Ils sont, sans le savoir, en phase avec une ville qui s'apprête à basculer dans dix-sept jours d'obsession olympique frisant d'ores et déjà l'overdose.

Pékin mardi (P.Haski/Rue89)

Pékin mardi (P.Haski/Rue89)

Pékin mardi (P.Haski/Rue89)

5 commentaires sélectionnés

Portrait de adaunis

De adaunis

Nul part....si adelyne me plaque...... | 07H28 | 06/08/2008 | Permalien

Si j'ai bien compris, ayant les « synapses » qui se font la malle d'un manière débridée, pour votre premier article sur cette manifestation, vous confortez les premières images et commentaires que nous proposent les autres médias dépêchés sur place.
Tout est en ordre, (j'allais dire de bataille), une ville bien lavée, aseptisée, et anesthésiée.
Encore heureux de rencontrer des gens âgés jouer aux échecs Chinois.
(Bien que béotien, j'imagine que c'est le Xiangqi.)

Donc, laissez vous entendre, le calme plat, (avant la tempête ? ).
Non, ne le souhaitons pas, (enfin j'espère) mais dites nous si vous sentez vous, si vous percevez, que ces Jeux seront marqués par quelques évènement.
Je dis cela, parce que (et ce n'est pas la première fois, se souvenir, de Moscou 80, Mexico68 et la révolte étudiante meurtrière à la veille de l'ouverture), je crois que d'autres problèmes, d'autres questions fondamentales, droits de l'homme, libertés, antagonismes de systèmes économiques, dépassent largement le cadre de ces Jeux Olympiques, où le sport devait ou devrait avoir une place prépondérante, ce qui ne sera pas le cas hélas, ou préférez vous rester sur votre réserve . Wait and see comme on dit !

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 09H57 | 06/08/2008 | Permalien

Hé ben . on l » a echappé belle , nous les parisiens, avec Paris 2012 ..

Portrait de Jana

De Jana

bretonne en Normandie | 10H20 | 06/08/2008 | Permalien

Oui, je pense vraiment que la suppression , au moins quelques années, serait une très bonne décision.

Juste le temps d'un bon vide sanitaire, le temps de dissoudre le C.I.O (il doit y avoir assez de formules chimiques pour le dissoudre ? )

Juste le temps de retrouver le sport.

Portrait de vodkaboy

De vodkaboy

Socialiste mais pas con... | 11H04 | 06/08/2008 | Permalien

c'est bien beau de s'indigner de la force du pouvoir chinois ,quand celui-ci organise les JO , mais ils sont ou les droitdelhomistes le reste du temps ?

Biensure ces JO sont une démonstration de force pour la chine , et ca contribue a faire entrer ce pays au magnifique club (youpi ! ! ! ) des pays dévellopé (encore que…) , mais pour moi il s'agit avant tout d'un constat de faiblisse pour nous pays occidentaux, qui n'avons pas été fichu de faire respecter un seul des engagement que la chine a prit pour avoir l'optention.

De plus j'ai l'impression aujourd'hui que l'olympisme ne représente plus rien , en effet ou est l'olympisme ? cachée sous des tonnes de sponsorts et de produits dopants ? caché sous la tonne de fric qui vas etre dépensé pour ses jeux ?

ou est l'olympisme quand ont sais que Pékin est entouré de missiles sol-aires « au cas ou »… ?

je me le demande

Portrait de benprod

De benprod

Sage-femme breton | 16H18 | 06/08/2008 | Permalien

Profusion de commentaires, car tout le monde doit donner son avis… (tiens, moi aussi, c'est pas si souvent…)

Quelque part, c'est vrai : dénigrer la Chine est à la mode aujourd'hui. Comme ça l'a été pendant un temps pour la Libye, la Syrie, les Etats-Unis, la Russie, Israel, la Corée, divers états africains, j'en oublie volontairement, là n'est pas le propos. Le fait d'être à la mode du dénigrement n'occasionne pas un contre-courant de sympathie ou de compassion de ma part, mais plutôt une tendance à essayer de réfléchir plus loin (malgré mes modestes moyens).

Comment un pays (et par extension son peuple) se retrouve-t-il si unanimement (ou quasi) et si rapidement l'objet de critiques aveugles, superficielles dans leur forme (bouh, la Chine ne respecte pas les droits de l'homme ! ) ?

Quel pays peut se vanter de n'avoir bafoué aucun « droit de l'homme » envers la population que le compose ?

Regarder et critiquer ce qui se fait à côté de chez soi est bien plus simple que de tourner les yeux vers soi pour une introspection utile et salvatrice… Encore faut-il avoir l'envie, le courage, la prétention de vouloir le faire concrètement.

En somme, critiquer sans agir n'est-il pas que dénigrer, et prendre le contre-courant d'une pensée majoritairement acquise par ses compatriotes, n'est-ce pas un moyen de se démarquer pour mieux se faire mousser ?

L'humanité est-elle donc vouée à ne chercher à tirer que vers le bas ? Joli exemple d'harmonie olympique qui a pour seul mérite, à mon sens aujourd'hui, de chercher à aller « plus haut » (plus vite et plus fort n'étant pas forcément la meilleure façon d'arriver à s'élever…)

Néanmoins, n'étant pas sinocompétent, je me contenterai de continuer de méditer sur ces quelques interrogations, et de continuer d'agir pour y trouver des réponses concrètes.

Sur ce, riveraines et riverains, et piétons de passage…

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