
L'interview. Xiao Biar, « le train chinois va trop vite »
Chaque jour, pendant la durée des JO, Rue89 demande à un Pékinois, célèbre ou anonyme, sa vision de l'avenir, en lui posant la question : Où en sera la Chine dans dix ans ?
Aujourd'hui, Xiao Biar, patron de bar à Pékin. Graphiste de formation, voyageur au long cours et fêtard assumé, Xiao Biar a ouvert en 1999 l'un des premiers cafés-bars du vieux Pékin. Le Pass By est depuis devenu une institution locale et son patron un « petit entrepreneur privé », à la tête de plusieurs restaurants et boutiques de T-shirt. Débordé mais épanoui.

« Certains disent qu'il n'y a pas de raison précise pour expliquer la vitesse du développement chinois, que c'est arrivé grâce à un concours de circonstances historiques favorables. Moi je n'y crois pas trop. C'est la même chose quand les gens me flattent sur ma réussite professionnelle. J'ai tendance à répondre que j'ai juste eu de la chance, mais au fond de moi, je sais que tout cela est le résultat de nombreux efforts et parce que j'ai su avancer avec mon époque.
J'avais 26 ans lorsque je me suis lancé à mon compte, c'est l'âge où on a le plus d'énergie. La Chine elle aussi en est à un moment de son histoire où elle a l'énergie et la capacité d'accomplir beaucoup, comme elle l'a montré en préparant les Jeux Olympiques. On peut apprécier ou pas le résultat, mais on ne peut pas occulter le fait qu'elle fait des efforts.
Le principal problème pour moi, même si je n'en ai pris conscience que depuis un an ou deux, c'est que les changements sont trop rapides, dans tous les domaines. Prenons l'exemple du cinéma : aujourd'hui tout le monde va encenser les films de Zhang Yimou, demain il n'y en aura plus que pour les films de Chen Kaige, après-demain ce sera peut-être au tour des films de Ning Ying. Les modes se télescopent les unes les autres et je crois que cette vitesse influence la réflexion sociale.
Les jeunes arrivent mieux que les autres à s'adapter à ce tourbillon des nouveautés, mais une grande partie d'entre eux commencent déjà à se sentir perdus. Comme s'ils se trouvaient dans un train qui roule à une telle allure qu'ils n'ont pas le temps d'apercevoir le paysage. Les plus âgés, eux, ont surtout du mal à monter dans le train. Mais le plus inquiétant, c'est que quand un train roule très vite, s'il rencontre un obstacle, il déraille plus facilement.
Ce n'est pas que la direction générale m'inquiète : il faut évidemment que notre pays poursuive son développement. Simplement, si j'étais le conducteur du train, une fois le carrefour des J.O. dépassé, je commencerais à ralentir. Il y a trop de choses que nous jetons ou remplaçons avant d'avoir eu le temps de les apprécier, ou même de les avoir pleinement utilisé.
Combien de fois ai-je vu le même processus avec les travaux de rénovation du vieux Pékin ? Les gens détruisent les vieux murs de leur maison, doivent payer des ouvriers pour se débarrassera des vieilles briques, puis payer encore pour acheter des nouvelles briques et faire bâtir des murs neufs. Alors qu'avec juste un peu d'imagination et de créativité, on peut réutiliser les murs anciens, conserver quelque chose qui a une histoire tout en économisant beaucoup d'argent et d'énergie.
J'espère que l'évolution de la Chine se fera dans ce sens, en recyclant au maximum au lieu de tout changer. Cela permettrait non seulement de réduire la vitesse du développement, mais de donner un sentiment de sécurité qui manque aujourd'hui aux Chinois.
J'ai aussi confiance dans la force chinoise, mais j'espère qu'a l'avenir, ce ne sera pas une force qui se manifeste en bandant les muscles comme aujourd'hui. J'espère plutôt qu'elle ressemblera plus à la puissance montrée par un pratiquant de tai-chi : ses mouvements sont souples et posés, mais quand il veut vraiment quelque chose, il le saisit en un seul mouvement, précis et rapide.
Sur ce, savoir à quoi ressemblera la société chinoise d'ici dix ans dépasse mon champ de visibilité. Je ne peux avoir qu'une vision de ma situation personnelle. Aujourd'hui, je pense que ma contribution la plus utile à la société est d'être ce que je suis : un petit entrepreneur privé. Mais d'ici cinq ou dix ans, j'espère pouvoir consacrer plus de temps aux voyages et à la création ».
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De Rihen
| 17H35 | 13/08/2008 |
Voilà qui repose des discours enflammés contre la Chine. Un chinois de Chine qui vit au quotidien l'essor économique fantastique de son pays ; un pays qui essaie de s'adapter à cette nouvelle donne en laissant la porte entrouverte à l'économie de marché. Moi français de France j'aimerais vivre ce quotidien et cet avenir.
Pour tout ce qui nous choque et ne correspond pas à notre vision de la société, nous devons faire confiance à tous les Xiao Biar de Chine qui font de leur pays un pays moderne. J'aime à penser que ça commence par cette forme d'économie à la chinoise et que rapidement les libertés, les droits de l'homme trouveront leur équilibre.
En tous cas moi petit français, je ne vois pas en quoi je peux en douter…
De parousnik
17H39 | 13/08/2008 |
A peine touché par l'enfer de la consommation et du gaspillage a l'oocidentale ce Monsieur comprends ou cela les entraine… Belle lucidité, la Chine a de l'avenir…
à parousnik
De San De
20H31 | 13/08/2008 |
Qui à lancé ce train ?
à San De
De thomasfan
18H26 | 14/08/2008 |
C
De Carmagnole
retraité de l'Education Nationale | 18H03 | 13/08/2008 |
Je suis vraiment déçu ( même si J.O. et Chine sont médiatiquement très importants )que Rue 89 n'est toujours pas consacré au moins un article au « référendum révocatoire » qui s'est déroulé Dimanche en Bolivie ?
De ericj
19H25 | 13/08/2008 |
Voilà qui ne va pas rassurer les nombreux « sinophobes » :
« J'espère plutôt qu'elle ressemblera plus à la puissance montrée par un pratiquant de tai-chi : ses mouvements sont souples et posés, mais quand il veut vraiment quelque chose, il le saisit en un seul mouvement, précis et rapide. »
^ ^
Cet homme parle d'or…
Je ne sais pas sur quel critères sont choisis les portraits publiés mais ils contribuent fortement à donner de la Chine une image moins rébarbative…
à ericj
De San De
20H30 | 13/08/2008 |
C'est quoi un « sinophobe » ?
De San De
20H35 | 13/08/2008 |
Les changements sont rapides, mais superficiels, des murs, des objets, mais les hommes ? La rpc est un ensemble incontrolable, car le premier ennemi du systeme, de l'Etat qui dirige tout, c'est la culture etl'intelligence. C'est la nature même de la dictature. Le pouvoir a peur de perdre son pouvoir et son obcession le condamne a la fuite en avant, de plus en plus vite. La situation ecologique en est la plus grande illustration.
à San De
De parousnik
22H31 | 13/08/2008 |
De qui tu parles de étasuniens ?
à parousnik
De San De
00H46 | 14/08/2008 |
Non, je parlais de tes dieux, les membres du comité central du pcc…
à San De
De parousnik
02H02 | 14/08/2008 |
non moi c'est mac…
à San De
De GanLanShu
shodavid.blog.lemonde.fr | 03H26 | 14/08/2008 |
@San De
C'est effectivement LE problème ! Pour lequel les quelques centaines de Xiao Biar n'ont pas d'autre solution que de faire la fête en attendant le chaos,non seulement écologique, mais aussi social, sécuritaire. Les mingong et autres villageois qui vivent dans des conditions qui feraient passer nos sans-papiers pour des bourgeois cèdent de moins en moins / la classe moyenne qui profite de la vitesse folle du train soutient toute action gouvernementale maintenant ce clivage. Les J.O. repoussent le clash intérieur de qq mois, ou années, Shanghai 2010 prendra le relais, mais l'éclatement intérieur semble inéluctable… Seule l'agitation étrangère à propos de la Chine crée l'unité…
à GanLanShu
De San De
13H18 | 14/08/2008 |
Oui, et ça parce que les gens comme ce monsieur, qui est mine de rien interessant (ce qu'il dis est interessant) n'ont d'autres choix que d'esperer le bon vouloir des chefs, sans aucun acces a la gestion des affaires… les membres de cette société chinoises n'ont pas leur destin entre leurs mains !
De François-Xavier Prévot
Marcheur-Photographe | 01H05 | 14/08/2008 |
Xiao Biar qui a un Bar, il rit peut-être aussi parce qu'il ne connaît pas la devise du Parti Communiste Chinois (PCC), lors de la Révolution Culturelle.
Devise qui en dit long :
« Combattre le ciel, lutter contre la terre, se battre contre l'homme – la vie ainsi vécue est pleine de joie ».
Pour mémo, voilà ce que disait Lao Tseu, dans le Tao Te King, à l'époque de la vraie Chine et de ses vraies valeurs traditionnelles :
« L'homme suit la terre, la terre suit le ciel, le ciel suit le Tao, et le Tao suit la nature »
De manusan
08H35 | 14/08/2008 |
Un des rares intérêt de JO s'est de pouvoir entendre ce que des gens comme Xiao Biar ont à dire, leur offrir une tribune. Hélas, dans une semaine, les journalistes étrangers partiront, on entendra plus parler de lui, on va vite passer à autre chose, comme ce décrit dans l'article.