L'interview. Li Yang, le cinéaste qui espère faire ses films librement

Chaque jour, pendant la durée des JO, Rue89 demande à un Pékinois, célèbre ou anonyme, sa vision de l'avenir, en lui posant la question : Où en sera la Chine dans dix ans ?

Mercredi, Li Yang, cinéaste indépendant. Son premier film, « Blind Shaft », portait sur l'univers des mines de charbon clandestines, est un des meilleurs films chinois des dernières années. Son deuxième film, « Blind mountain », a été présenté à Cnnes en 2007 dans la sélection « Un certain regard ». Il vit et travaille à Pékin.

Li Yang en 2003 à Pékin (P.Haski/Rue89)

« Les Jeux olympiques sont à mon avis une très bonne occasion d'avancer pour ce pays. Ce ne sont pas les JO qui changeront la vie des gens, mais le gouvernement a voulu montrer une image très positive au monde, prouver que la Chine n'est plus “l'homme malade d'Asie‘ comme on la surnommait autrefois, elle est devenue forte. La Chine a été maltraitée pendant cent ans, elle montre aujourd'hui qu'elle s'est relevée.

Il faut prendre le gouvernement au mot, et faire en sorte que le pays reste aussi beau qu'on a voulu le présenter aux étrangers. Les gens ne supporteraient pas qu'on revienne à la situation qui prévalait avant.

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J'espère donc que dans dix ans, la situation sera bien meilleure. J'espère d'un point de vue personnel que je pourrai alors faire des films librement. Mais ça dépendra du degré d'ouverture politique du pays.

Tout le monde a les yeux fixés sur le progrès économique, mais j'espère que la vitesse avec laquelle nous avons avancé sur le terrain économique s'appliquera aussi au terrain politique. Mesures économiques et politiques devraient avancer ensemble pour que le changement se produise.

En ce qui me concerne, ça doit aussi s'appliquer à la censure. Aujourd'hui, nous avons la censure, mais il n'y a pas de loi, il n'y a pas de norme. Qu'est-ce qui est permis, qu'est-ce qui ne l'est pas ? Cette situation ne correspond pas au discours que tient le gouvernement, une société harmonieuse n'a pas besoin de censure.

Mes films montrent les problèmes sociaux de la Chine. Un film ne peut pas résoudre ces problèmes, mais au moins il permet de les mettre à jour. Il y a évidemment une part de critique dans mes films, mais c'est une grande tradition du cinéma.

Mais je ferai un jour des films sur d'autres sujets, sur des rapports amoureux, sur des émotions. L'émotion, c'est ce qui manquait lors de la cérémonie d'inauguration des JO. C'est très bien de montrer ce qu'il y a de plus beau dans la culture chinoise, mais il y manquait l'émotion, la tolérance.

Le caractère trop ordonné, trop martial, de la cérémonie m'a aussi mis mal à l'aise, ce n'est pas ce que je souhaite donner comme image de la Chine. Pour entrer dans la modernité, le facteur essentiel est la tolérance.”

Photo : Pierre Haski/rue89.

PS : cette photo a une histoire : elle a été prise en 2003 dans la cour de ma maison à Pékin, lorsque j'étais le correspondant de Libération en Chine. C'était le jour de la projection de “Blind Shaft”, le film de Li Yang, à Pékin : film underground, il ne pouvait pas être projeté en salles, et faisait le tour de maisons amies et de cafés. Plusieurs dizaines de personnes se sont serrées dans la cour ce soir d'été pour assister à cette “première” un peu particulière.

P.H.

4 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de sapsanyi

De sapsanyi

15H54 | 20/08/2008 | Permalien

et oui, on y était !

Portrait de sapsanyi

De sapsanyi

15H58 | 20/08/2008 | Permalien

Plus sérieusement , ce que dit Li Yang est très émouvant et encourageant pour tous ceux qui se battent et qui croient au changement. Au véritable changement , pas à la poudre aux yeux.
Continuez à faire vos films, Li Yang, espèront que vous pourrez rapidement les montrer aux chinois ailleurs que dans les cours des correspondants étrangers qui ne sont pas à convaincre !
Jiayou !

Portrait de sapsanyi

De sapsanyi

15H59 | 20/08/2008 | Permalien

« espèrons » serait meiux.

Portrait de AF

De AF

21H21 | 20/08/2008 | Permalien

Les Chinois disent eux-memes : « il faut dix minutes pour scier un arbre, cent ans pour qu'il etende ses branches a nouveau » !

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