09/08/2008 à 05h46

Impressions d'une nuit pékinoise babylonienne

Emilie Li ah Kim | Etudiante


Pékin le 8.8.08 (Emilie Li ah Kim/Rue89)

(De Pékin) Pékin était bien calme en ce 8 août 2008. Pas un chat dans les rues, si ce n’est quelques retraités pékinois qui prenaient l’air, grappes immobiles sous la chaleur moite et grise que pas un souffle de vent ne vint agiter.

La circulation était miraculeusement fluide de la place Tiananmen au 5e périphérique. Seuls les volontaires se pressaient aux portes des stades olympiques pour une ultime répétition. La directive était tombée la veille : les écoles, les usines et les entreprises de Pékin fermeraient leurs portes le 8. L’entrée dans les Jeux serait ainsi marquée du sceau de l’improbable : un jour férié ! Pourtant, certains continuèrent à trimer dans la capitale désertée : les chauffeurs de taxis, les restaurateurs et le personnel des supermarchés formaient les rangs des troupes malchanceuses. On ne se met pas au repos si facilement dans un pays où le travail est une valeur qui forge une partie de l’identité nationale.

En effet, la valeur travail est cultivée dès le berceau comme une condition sine qua non de la réussite professionnelle, en langue chinoise cela se traduit par un expression spécifique : shao zhuang bu nuli, lao da tu shang bei. Ce qui donne : si on ne se donne pas du mal en étant jeune, on souffrira plus tard.

Lu Xun, écrivain majeur de la première partie du XXe siècle, a lui aussi sanctifié le travail. Faisant référence à sa propre réussite, il dit : nali you tiancai, wo shi ba bie ren he jiafei de gongfu, dou yong zai gongzuo shang de : « Il n’y a pas de talent, les efforts que d’autres font pour boire du café, moi je les concentre tous sur mon travail ».

On va même plus loin avec la citation attribuée à Zhang Heng, un célèbre mathématicien astronome de la dynastie Han, ren sheng zai qin, bu suo he huo : « sans travail ardu, pas de réussite ».

Autrement dit, en Chine, il semblerait qu’il faille souffrir pour réussir.

Le jour de congé accordé par le gouvernement fait alors figure d’exception, une concession faite par les gouvernants à un peuple à qui il doit ce temps de célébration ; expédient adroit et maigre rétribution après sept ans de battage et d’intoxication olympique. Mais surtout, il s’agissait de graver dans l’histoire ce jour pendant lequel Pékin fut comme en état de veille.

Animal assoupi qui attendit les heures plus fraîches de la nuit pour s’éveiller, la capitale ne s’est cependant animée qu’en certains lieux où avaient été disposés des écrans géants. Où avaient disparus les quelques millions de Pékinois manquants ? C’est en regardant la retransmission de la cérémonie d’ouverture au parc Ditan que je compris, ils étaient probablement devant leur téléviseur chez eux, ou dans les coulisses du Nid d’oiseau, employés par Zhang Yimou pour son spectacle époustouflant et surtout babylonien.

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  • chengyang
    • Posté à 07h57 le 09/08/2008
    • Internaute 38622

    Vous n en faites pas un peu trop sur la valeur travail ?
    Demandez a un Japonais ce qu il pense des Chinois sur ce plan la : des rigolos et des fantaisistes selon leurs propres criteres ...

  • Meilidao
    • Posté à 12h17 le 09/08/2008
    • Internaute 30143

    Non mais faut pas dire ça, chuuuuuut, c’est du racisme anti-chinois que vous faites ! Ne pas comparez, ne pas même en discuter ! Vieille civilisation, cinq mille ans d’histoire on vous dit, la Muraille wooooooow, Tian An Men wawowaw, la Cité Interdite fantastiiiiique, chut, chut, silence, dormez...

  • Gandijyn
    • Posté à 14h55 le 09/08/2008
    • Internaute 30465

    5000 ans de formatage neuronal ... très difficile de sortir de « l’inconscient collectif », même quand l’exemple des étrangers du monde entier, peuvent témoigner du contraire ...
    travailler beaucoup pour réussir ? ...

    Y’en a qui, d’un simple clignement de l’oeil, gagnent plus que certains autres durant toute leur vie de labeur, à la sueur du front, et au sacrifice du temps, et parfois, du sang... !

  • évette
    évette
    fleuriste
    • Posté à 17h40 le 11/08/2008
    • Internaute 50294
      fleuriste

    on reste un peu sur notre fin...
    On voudrait gouter plus de cet instant suspendu dans les rues de pékin.
    Comment survis-tu à l’enfer des JO maintenant que les gens ont quitté leur poste de télé et ont recommencé à travailler ?
    Tu me manques mimich.