De Mao aux JO de Pékin, du bon usage idéologique du sport

Le slogan des Jeux olympiques de Pékin de 2008, « un monde, un rêve », incarne, selon les dirigeants chinois, l'essence et les valeurs universelles de l'esprit olympique -l'unité, l'amitié, le progrès, l'harmonie, le partage et le rêve. Mais l'histoire du développement du sport en Chine moderne nous indique qu'il a le plus souvent été, pour le gouvernement, au service d'une idéologie politique.

A l'occasion des quatrièmes Jeux olympiques de l'ère moderne, à Londres il y a un siècle, le magazine La jeunesse de Tianjin publie un article intitulé « De la compétition sportive », dans lequel l'auteur, soulignant le retard de la Chine en la matière, exhorte le gouvernement chinois a développer le sport et organiser des Jeux olympiques en Chine. Des étudiants de Tianjin s'interrogent en ces termes :

« Quand la Chine pourra-t-elle envoyer un athlète capable de remporter les Jeux olympiques ? Quand la Chine pourra-t-elle organiser les Jeux olympiques et inviter les délégations internationales à Pékin ? “

A partir de la fin du XIXe siècle, la peur du déclin national est très présente chez la plupart des intellectuels chinois, et certains d'entre eux associent volontiers les notions d'éducation physique et de force nationale. Le plus célèbre d'entre eux est Mao Zedong, dont la pensée a beaucoup pesé sur le développement du sport à partir de la deuxième moitié du XXe siècle.

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La pensée du jeune Mao au sujet du sport est influencée par la défaite humiliante de la Chine lors de la guerre de l'opium. Le sport constitue à l'époque un maillon important de l'impérialisme culturel occidental en Chine, et, parallèlement, il permet également à beaucoup d'intellectuels de formuler et de transmettre l'idéologie nationaliste qui marque la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

Dans un article intitulé ‘ Le Nouveau Citoyen ’ (1903), Liang Qichao évoque pour la première fois l'idée d'une nation qui se manifesterait à travers la personne physique de chaque Chinois :

‘Il est regrettable que chacun des 400 millions de Chinois ne soit pas en bonne santé. Une nation composée d'hommes malades est sans aucun doute une nation malade.’

L'image de la Chine comme ‘ homme malade de l'Asie ’ a donc été véhiculée par la communauté intellectuelle chinoise elle-même, ce que tendent à oublier les Chinois qui considèrent souvent cette métaphore comme imposée de manière insultante par l'Occident.

A partir de cette période, les Chinois sont convaincus que la meilleure façon d'exorciser l'image humiliante de l'‘ homme malade de l'Asie ’ est de remporter les compétitions sportives internationales.

Nationalisme et marxisme en concurrence

Le nationalisme chinois moderne s'exprime le 4 mai 1919, quand près de 3 000 étudiants de Pékin signent un manifeste dénonçant le transfert au Japon des droits de l'Allemagne sur la province du Shandong, décidé lors de la Conférence de paix de Paris. La période est également marquée par l'émergence du marxisme.

Mao est alors un grand admirateur des écrits sur la force physique de Chen Duxiu, fondateur du Parti communiste chinois (PCC), et un fidèle lecteur de Nouvelle jeunesse, revue phare du ‘ Mouvement pour la nouvelle culture ’. Tous deux considèrent que les Chinois souffrent physiquement de la décrépitude de leur nation. Ainsi Mao écrit :

‘Notre pays est vidé de sa force. L'intérêt public pour les arts martiaux s'amenuise. La santé des citoyens décline de jour en jour. Ce phénomène mérite notre plus grande attention. Les promoteurs de l'éducation physique n'ont en rien réussi à changer les choses car les racines du problème demeurent. Notre pays s'affaiblira encore si rien n'est fait pour changer les choses.’

Mao, tout comme Chen Duxiu, insiste sur le conditionnement physique et la santé, plutôt que sur l'esprit de compétition qui prévaut dans la conception occidentale du sport. Ce premier article porte également la marque du nationalisme de Mao ainsi que de son admiration pour l'esprit militaire, deux thèmes auxquels il restera fidèle tout au long de sa carrière. Le programme sportif du PCC sous la direction de Mao mêle éducation physique et discipline militaire.

Mao et le sport

Ce fort sentiment nationaliste, qui est au coeur de la pensée politique de Mao Zedong, sera difficile à concilier avec les visées internationalistes du marxisme, tout comme le nationalisme des intellectuels sera en contradiction avec leur rejet de l'héritage culturel chinois. Ce type de conflit idéologique est à l'origine de nombreuses tensions qui influenceront le développement de la culture physique et du sport après l'établissement de la Chine nouvelle en 1949.

La ‘ nouvelle culture physique démocratique ’ de Mao sera ‘ nationale, scientifique et de masse ’. Cette culture est nationale car, selon les termes de Mao :

‘[Le sport] s'oppose à l'oppression impérialiste et maintient la dignité et l'indépendance de la nation chinoise. Il appartient à notre propre nation et porte nos caractéristiques nationales.

Xu Yingchao dresse un portrait très critique de la « vieille » culture physique :

Les méthodes, l'organisation et les théories du sport moderne chinois ont été copiées sur celles des Etats- Unis, qui sont un pays capitaliste et impérialiste, et dont les politiques économiques, militaires et éducatives servent la bourgeoisie.

Les impérialistes américains cherchent à diffuser leur sport non pas parce qu'ils sont concernés par la santé du peuple chinois, mais parce que le sport est l'outil idéal de l'impérialisme culturel.’

Xu insiste ainsi sur la nécessité de développer en Chine une nouvelle culture physique démocratique, anti-impérialiste, et fidèle à la pensée de Mao Zedong. Mais cette théorie ne débouche pas d'emblée sur la mise en place d'un système sportif aux caractéristiques maoïstes.

En réalité, au moment de passer à la pratique, entre 1950 et 1957, le gouvernement chinois s'est beaucoup inspiré du système sportif soviétique pour réformer son système sportif, et, en particulier, du ‘ système de travail et de défense ’.

A partir de 1956, Mao commence à remettre en question la validité du modèle soviétique et ses bénéfices pour le développement chinois. Le développement du système sportif connaîtra de nouveaux déboires au cours de la Révolution culturelle.

Dans ses premières années, le sport de compétition est critiqué, le système d'entraînement démantelé, les écoles sportives fermées et les compétions annulées ; les équipes chinoises cessent de se rendre à l'étranger, les athlètes de haut niveau, taxés d'enfants de la bourgeoisie, seront nombreux à subir des mauvais traitements physiques et psychologiques.

Le développement sportif prendra un nouveau départ en 1972, à l'initiative du premier ministre Zhou Enlai, mais celui-ci sera la cible d'une nouvelle campagne politique, orchestrée cette fois par la ‘ Bande des quatre ’, faction extrémiste organisée autour de la femme de Mao, Jiang Qing. (Voir la vidéo.)

Cette période chaotique de l'histoire du sport s'achèvera avec la mort de Mao Zedong le 9 septembre 1976 et l'arrestation de la Bande des quatre en octobre 1976.

Les réformes de Deng

Après l'échec de la Révolution culturelle, Deng Xiaoping engage des politiques de ‘ réforme et d'ouverture ’. Mao n'ayant jamais soutenu le sport de haute performance, sa mort sonne le déclin d'une vision hygiéniste du sport en tant qu'auto-discipline et favorise le retour d'une vision plus occidentale de la performance. Deng Xiaoping appelle ainsi à ‘promouvoir le sport pour la fierté nationale’.

La Chine commence à se tourner avec de plus en plus d'intérêt vers les sports olympiques après sa participation aux JO de Los Angeles en 1984, où elle est le représentant principal du monde communiste (en raison du boycott mené par l'Union soviétique). Elle arrive quatrième aux Jeux d'été de 1984. Une délégation est également envoyée auprès du Comité d'organisation de Los Angeles afin d'étudier les différentes manières de financer de grands événements sportifs.

La Chine prend conscience que le sport peut être une entreprise qui rapporte et qui par ailleurs motive le nationalisme chinois. Le succès des équipes chinoises aux Jeux olympiques de 1984 donne lieu à de véritables élans patriotiques et nationalistes. Pour beaucoup cet événement est le signe que le sport chinois ‘sort enfin de la scène asiatique pour avancer sur la scène mondiale’.

C'est à cette époque, en 1984 et en 1986, que le gouvernement adopte deux documents clés visant à accélérer la réforme du système sportif, qui préconisent notamment d'encourager l'excellence en récompensant les performances des athlètes par des honneurs et des rétributions financières appropriées.

La période qui va de 1978 à 1989 marque donc une étape décisive dans le développement du sport qui a profité de la remise en question du maoïsme et du renouveau politique, économique, social et culturel. S'imposer fermement dans le système global du sport, respecter les politiques intérieures tout en satisfaisant les attentes internationales en termes d'idéal sportif et de démocratie, est un défi de taille pour la Chine.

Du bon usage du sport

Tout au long des années 80, le processus de réformes structurelles dans le domaine politique et économique connaît des périodes de gel et de dégel. A l'issue des manifestations de 1989, il devient clair que l'ouverture économique sera plus rapide que l'ouverture politique. La réforme des sports ne perd cependant pas le soutien du gouvernement. Les Jeux asiatiques tenus à Pékin en 1990, événement social et politique majeur, sont là pour montrer au reste du monde que la Chine entre sur le marché des événements sportifs internationaux.

Ces Jeux sont également l'occasion pour le gouvernement de réinstaurer, par le biais des médias, la confiance et le bien-être de la population après le déroulement désastreux des événements de 1989. La Chine se distingue parmi les autres pays en remportant plusieurs médailles ce qui ajoute à l'enthousiasme général des Chinois, et parmi eux, contre toute attente, les personnes qui ont exprimé leur opposition au gouvernement.

Dans les années 80, alors que le maoïsme s'efface, le sport devient le phénomène culturel le plus important de la période des réformes, et son développement est largement favorisé par l'apparition d'une culture consumériste de plus en plus exacerbée. Cependant, contre toute attente, le nationalisme qui caractérise l'idéologie maoïste reste vivace dans l'ère des réformes. C'est ce nationalisme qui pousse gouvernement chinois à censurer tous les matchs de la NBA programmés à la télévision, en signe de protestation après le bombardement accidentel de l'ambassade de Chine à Belgrade par les forces de l'OTAN le 8 mai 1999.

Traduit par Laure Courret

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De pablico

11H59 | 24/08/2008 | Permalien

Tous comptes fait, il vaut mieux devenir une grande puissance, en captant les économies des autres, en astiquant son image avec des jeux olympiques et toute l'infrastructure qui va avec, que de faire une guerre avec morts et fracas, pour prouver sa grandeur.

Portrait de Gastlag

De Gastlag

flâneur | 13H35 | 24/08/2008 | Permalien

à mon avis ceux qui passent le plus à coté de l'usage politique des JO ce sont les Européens. En effet l'Union Européenne a gagnée 280 médailles dont :
87 en or,
101 en argent et
92 en bronze ! !

Pour faire vivre l'idéal européen et ses valeurs ça serait quand même un bon levier !

Portrait de San De

De San De

13H38 | 24/08/2008 | Permalien

Une broyeuse d'enfants, le sport en rpc c'est la traite des berceaux.

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