
Comment draguer les Chinoises ? Un livre nippon énerve le Web
(De Pékin) En pleine période olympique, un manuel japonais destiné à apprendre à séduire les jeunes filles chinoises met la blogosphère chinoise en ébullition.
C'est un blog sur tianya.cn qui a révélé l'existence du manuel avec un billet intitulé :
« Abominable ! Un manuel japonais enseigne comment flirter avec des filles chinoises. »
L'affaire a été révélée au printemps, mais ce n'est que fin juillet, à quelques jours de l'ouverture des JO de Pékin, que la toîle chinoise s'est enflammée, avec des centaines de milliers de visites des articles sur le sujet.
Des reproductions de pages de l'objet du crime ont fait bondir les internautes chinois, avec des phrases comme : « Rapproche toi un peu de moi », « Ne pars pas ce soir » ou encore « Laisse moi te déshabiller ».

La plupart des internautes ont donné libre cours à leur fureur. Ainsi, benjamin-081 propose : « Démolissons l'impérialisme japonais » et nombre de bloggeurs d'acclamer l'initiative. Le » rêveur perpétuel » inversant les rôles commente : « Mais c'est aussi un manuel permettant aux chinois de flirter avec les Japonaises. » Alors que « l'œil gauche d'Austin » expose :
« Ca, ce n'est rien ! Il y a même des cassettes vidéo qui sont à louer dans la section adulte des magasins enseignant comment flirter avec des filles chinoises. »
Ces réactions constituent une nouvelle illustration de l'antagonisme sino-japonais déjà ancien et qui est toujours d'actualité. Soixante-dix ans après la prise de Nankin par les soldats de l'armée japonaise et le viol estimé de 20 000 femmes chinoises, les chinois n'ont peut-être toujours pas digéré le comportement des japonais vis-à-vis des femmes chinoises durant la seconde guerre mondiale. Et ne ratent pas une occasion de régler leurs comptes à l'autre puissance d'Asie de l'Est.
Ce drame historique demeure en effet l'un des points centraux du nationalisme chinois particulièrement intense sur les forums de la toile chinoise.
Les « fenqing », troupes au service de la gloire nationale
Cette partie de la population chinoise qui fait d'Internet le lieu privilégié où exprimer son courroux est désigné par le terme » fennuqingnian » , désormais abrévié » fenqing » . Ce qui signifie littéralement : « jeune en colère ».
D'après l'encyclopédie du moteur de recherche chinois Baidu, cette appellation a vu le jour à Hong-Kong dans les années 70. Elle désignait alors généralement les jeunes qui n'étaient pas satisfaits de leur condition sociale et étaient impatients de changer cette réalité.
Plus tard, c'est devenu une expression idiomatique en cours dans la terminologie de l'Internet chinois continental. La plupart des « fenqing » ont entre 20 et 30 ans, sont étudiants à l'université et font montre d'un nationalisme virulent. C'est un phénomène très particulier qui a commencé au cours du développement économique extrêmement rapide en Chine, et après l'essor d'Internet.
Au début les « fenqing » ne représentaient qu'une minorité et n'exprimaient leur insatisfaction que sur les forums universitaires. A cause de l'anonymat rendu possible par Internet, les premiers « fenqing » s'exprimaient uniquement dans un style expéditif. Mais par la suite, avec le développement très rapide d'Internet en Chine continentale ainsi que l'augmentation du nombre des internautes, les extrémistes attirèrent plus facilement l'attention du public et des médias.
A présent, les « fenqing » ne limitent plus leur expression à la sphère Internet, les gens à s'épancher en public sont plus nombreux. Les « fenqing » n'en sont pas à leur coup d'essai : ils avaient frappé fort lors du passage de la flamme olympique à Paris en mai dernier. Les insultes contre les « traîtres » français ont envahi les forums universitaires et ont donné lieu à des réactions musclées comme l'invasion du Carrefour de Qingdao, par une majorité d'étudiants ayant répondu à l'appel au boycott du supermarché français. Qui chatouille l'honneur national, s'attire les foudres des « fenqing ».
Le débat reste ouvert
Le manuel a aussi donné naissance a des commentaires plus rationnels, ainsi « Os de dinosaure » met en évidence :
« C'est un manuel bilingue, nous ne pouvons donc pas émettre l'hypothèse que le livre enseigne comment flirter avec des filles chinoises. Je vous prie d'employer le mot “chinois” avec précaution et ne nous avilissons pas. »
L'internaute Melerad nuance :
« Mon ami possède ce manuel et il ne contient pas uniquement des propos licencieux. Au contraire, il comporte des chapitres enseignant comment aimer, comment être dans une relation avec quelqu'un et d'autres situations. Ne le comprenez pas de travers ».
Un autre groupe d'internautes a émis une perspective différente sur le problème. « Young » dit : « En réalité, c'est un manuel très vivant. Les situations de dialogue sont très efficaces et utiles pour apprendre le chinois ». Et à « Bangle » de rebondir : « N'est-ce pas uniquement une façon d'utiliser la discrimination nationale pour rien ? »
Ces commentaires montrent une diversité d'opinions qui tranche avec celle des « fenqing ». Mais ceux qui se posent des questions salutaires sont nettement inférieurs en nombre.
L'existence de ce manuel marque indéniablement l'intérêt accordé par la nouvelle génération japonaise à son voisin. Mais il réveille également les tensions liées au traumatisme de la seconde guerre mondiale qui restent dans les mémoires d'un grand nombre et surtout des « fenqing », les défenseurs de l'image nationale chinoise.
Une offensive qui ne correspond pas nécessairement aux désirs du pouvoir chinois, intervenant paradoxalement à un moment où les responsables chinois comme japonais font beaucoup d'efforts pour se rapprocher.
Le 15 août, date anniversaire de la fin de la guerre ave les Japonais, le premier ministre nippon, Yasuo Fukuda, s'est abstenu de se rendre au temple de Yasukuni, à Tokyo, où reposent « les âmes » des soldats morts, y compris celles des criminels de guerre. Les relations sino-japonaises étaient au point de gel lorsque l'ancien premier ministre, Junichiro Koizumi, se rendait chaque année au sanctuaire shintoïste.
Dans ce contexte, le « guide de séduction » japonais paraît inoffensif et pourrait même témoigner d'un réchauffement des relations bilatérales. Mais les jeunes nationalistes chinois ne partagent pas cette vision.
► Rectifié le 19/08/2008 à 14h00 : le magasin Carrefour est celui de la ville de Qingdao, et non de Chengdu comme initialement mentionné. Merci à l'internaute de Chengdu qui nous a signalé l'erreur.
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De A.V.
tamagotchi89 | 08H56 | 19/08/2008 |
Si les fenqing sont inquiets des plans drague des Japonais, ils n'ont qu'à faire l'amour au lieu de faire la guerre sur le Web. La solution est dans le manuel, bordel !
De Panama
enseignant | 09H14 | 19/08/2008 |
Manifestement, la distinction entre les deux arts n'est pas si claire, ni en Asie ni ailleurs : de la guerre de Troie à Lust, Caution, en passant par Roméo et Juliette, on a toujours su que l'amour et la guerre avaient d'étroites affinités. Il fallait être bien naïf pour adhérer au slogan « faites l'amour, pas la guerre »…
Je constate que beaucoup de lecteurs fustigent le nationalisme chinois. Mais on pourrait aussi s'interroger sur l'arrière-plan imaginaire du manuel japonais. Est-il considéré comme valorisant de séduire une Chinoise ? Est-ce gratifiant pour un macho japonais ? Pourquoi ne pas supposer que, pour certains, c'est aussi une manière de se mesurer à la Chine, voire de l'humilier ?
Je ne dis pas ça par parti-pris anti-japonais, juste pour équilibrer les réactions, et suggérer que le fait présenté ici est plus ambigu qu'il n'y paraît peut-être. Qui peut croire que la séduction est une activité entièrement dépourvue d'ambivalence, et qu'elle n'aurait rien à voir avec tout un imaginaire social, culturel, national, etc. ?
De vol19
awash | 10H25 | 19/08/2008 |
Ce manuel évoque en fait une démarche assez courrante au Japon qui rappelle aux USA les « guides pour action », les guides : « how to » : « make friends », « iron successfully » etc…
Mais en fait au Japon, celà s'inscrit plus dans la démarche de l'OJT, « on the job training » qui consiste à apprendre, les gestes, les mots, les codes et conventions précis, rites à utiliser dans une situation de communication précise. Cet « obscession » vise à réduire l'angoisse,et prend reune dimension esthétique par contre elle se montre « instrumentalisatrice » de part son coté rituel. Mais au Japon, la vie courrante est « remplie » de formules standardisées le long de la vie quotidienne « ita dakimasu » (je commence le repas), « gotchiso o sama » (fini : bon repas..) désolé mes cours de japonais datent de plus vingt ans.
Ce qui est intéressant, c'est que les nationalistes Chinois ne reprennent pas le côté « instrumentalisant », qu'il s'agisse un manuel qui standardise le communication et donc ne s'adresse pas à une personne, mais reprennent qu'il s'agisse d'une stratégie délibérée de « séduire » les femmes chinoises et le lient à la guerre…
Les mythes et histoires entre les deux peuples sont parfois féroces. Effectivement, il n'y a pas eu le travail qui s'est fait (non sans mal et avec beaucoup de moyens) en Europe.
De General Subverciòn
pas content qui le dit! | 11H50 | 19/08/2008 |
les fenquing sont les nouveaux gardes rouges,mais quelque part quand on sait que des millions de chinois ne pourront pas trouver de femme à cause de la politique de l'enfant unique qui privilégie les garçons par rapport aux filles,on comprend qu'ils soient en rogne quand ils voient que des japonais viennent daguer chez eux…Et les filles chinoises,elles en pensent quoi au fait ? ? ?
De LienRag
12H12 | 19/08/2008 |
En tant que béotien intégral je trouve intéressante la comparaison entre Fenquing et gardes rouges…
Mais il faut rappeler que la Révolution culturelle fut un phénomène complexe, et qui si au tant de la fascination maoïste des Glucksmann et consorts il était important de dire qu'au niveau du pouvoir central au moins elle n'avait rien de révolutionaire et de culturel uniquement l'alibi, il est temps de cesser de vouloir en faire une lecture unilatérale.
Certes la capacité d'instrumentalisation d'une jeunesse insatisfaite par la classe dirigeante semble être restée, mais est-ce que la sincérité et la générosité de la mobilisation de nombreux gardes rouges a résisté aux désillusions de l'époque ? Et la banalisation de la violence qui accompagna ces nobles idéaux est-elle toujours possible ou la violence verbale actuelle est-elle retenue par une conscience qui n'existait pas à l'époque ?