
Après son succès, Pékin face aux défis de l'après-JO
Organisation parfaite, dissidences étouffées, fierté nationale renforcée : les Jeux ont rendu le pouvoir chinois plus puissant que jamais.
(De Pékin) Inutile de tourner autour du pot, la Chine a remporté un triple succès au cours de ces Jeux olympiques. La seule vraie question est de savoir ce qu'elle va faire de ce triomphe ambigu.
D'abord, elle a relevé le défi du déroulement technique des épreuves : installations parfaites, organisation plus efficace que tout ce que la Chine a pu organiser précédemment. Mais qui en doutait ? Ces Jeux n'étaient sans doute pas les plus festifs, tenus dans une capitale aseptisée, mais ils ont été jugés techniquement parfaits.
Ensuite, elle a réussi à faire venir le monde entier à Pékin sans rien lâcher sur son système politique et en marginalisant les détracteurs de ces JO chinois, ce qui n'était pas évident lorsqu'on repense aux polémiques du passage de la flamme olympique à Paris et ailleurs ; Nicolas Sarkozy a fait, à ses dépens, l'expérience du nouveau rapport de force international.
Enfin, elle a servi à sa population une overdose de jeux et de fierté nationale, notamment par le biais d'un nombre record de médailles d'or, qui lui ont permis de dépasser les Etats-Unis au classement final ; Le nationalisme a assurément remplacé le communisme comme source de légitimité du parti de Mao.
La superpuissance chinoise est née
On l'a dit, la Chine attachait une importance démesurée à ces Jeux de Pékin, qui devaient symboliquement signifier, au peuple chinois et au reste du monde, la fin de l'époque de l'« homme malade d'Asie », le surnom de la Chine au début du XXe siècle ; la fin de cent-cinquante ans d'« humiliations » et d'échecs du pays le plus peuplé au monde ; et enfin le retour de la Chine au centre du monde, avec des ambitions de puissance, sinon de superpuissance.
Cet enjeu était tel que les dirigeants de Pékin n'étaient pas prêts à accepter la moindre note discordante, comme Nicolas Sarkozy en a fait la rude expérience. Pour avoir mis des conditions à sa venue à la cérémonie d'ouverture, avoir tergiversé et changé d'avis plusieurs fois, et enfin agité le « diable en habit de moine » qu'est le dalaï lama pour le gouvernement chinois, il a été humilié et a dû aller à Canossa/Pékin en restant muet.
|
Le message a été reçu par tous les partenaires de la Chine : on ne fait pas perdre la face au secrétaire général du Parti communiste chinois, la leçon numéro un de tout apprenti sinologue est plus vivante que jamais.
Dans une situation économique et sociale plus difficile qu'il n'y parait, et que ces JO ont laissé paraître, Hu Jintao jouait rien de moins que sa place dans l'histoire chinoise, Sarkozy ne l'a compris que trop tard.
Ce rapport de force est bien réel. Puissance économique et financière, la Chine est aussi devenue une puissance politique qui déploie son influence en Asie, en Afrique et progressivement au-delà. Pour le meilleur, quand elle facilite un compromis américano-nord coréen, ou pour le pire, quand elle met son veto au Conseil de sécurité de l'ONU afin de protéger le régime de Mugabe au Zimbabwe.
Les plus optimistes estiment qu'une Chine qui a repris confiance en elle et dans sa place dans le monde, au travers de l'expérience réussie de ces JO, pourra se montrer plus responsable, moins crispée, dans ses relations internationales. Rien n'est moins sûr, car la Chine a aussi découvert qu'il n'y avait pas grand monde, aujourd'hui, en mesure de lui tenir tête.
Les protestations étouffées
Ces Jeux n'ont pas fait avancer la cause des droits de l'homme et des libertés en Chine. C'est la triste réalité à l'issue de ces années de préparation et de ces dix-sept jours d'épreuves, au cours desquels le pouvoir chinois n'a cédé sur rien.
Pas une seule libération de prisonnier avant les Jeux, les rares dissidents muselés, exilés ou assignés à résidence, et interdiction de fait de toute protestation pendant les Jeux. On a ainsi eu droit à la tartufferie des trois zones attribuées aux manifestations à condition de s'enregistrer cinq jours à l'avance auprès de la police.

Pour l'avoir fait, les deux femmes ci-dessus, Wu Danyuan et Wang Xiuying, respectivement agées de 77 et 79 ans, ont été condamnées à un an de camp de « rééducation par le travail ». Expulsées de leur logement en 2001 pour cause de JO, elles s'estiment lésés et voulaient manifester leur désaccord.
|
Elles resteront le symbole des promesses olympiques non tenues, et du silence complice du Comité international olympique (CIO).
Les protestataires étrangers n'ont pas eu plus de marge de manoeuvre. Les banderoles « Free Tibet » ou les happenings sur la place Tiananmen n'ont pas eu plus d'impact que des piqûres de moustique sur un événement aussi géant, et quasiment pas un seul Chinois n'en a entendu parler.
Cette incapacité des défenseurs des droits de l'homme à s'adresser directement ou indirectement aux Chinois, notamment par le biais d'Internet, seul espace de liberté très relative en Chine, est sans doute révélatrice du désarroi de ces organisations face à une situation inédite.
Le pouvoir chinois a, là encore, démontré sa capacité à gérer la présence de 20000 journalistes étrangers et de nombreux visiteurs sans risque sécuritaire majeur, et en leur vendant une image moderne et efficace. Même les polémiques sur les « petites libertés avec la vérité » de la cérémonie d'ouverture, comme la vraie-fausse chanteuse ou les enfants de minorités qui ne l'étaient pas, n'ont pas écorné la belle façade de ces Jeux.
Du nationalisme et de ses dangers
Cela faisait sept ans que les Pékinois « bouffaient » des JO, depuis l'attribution des Jeux à leur capitale qui a vécu, depuis, un véritable tourbillon de transformations. Nouvelles lignes de métro, stades et piscines, remodelage d'une capitale multiséculaire transformée en métropole de plus en plus « américaine »…
Il y a de nombreux perdants dans cette aventure, ceux qui ont été chassés de chez eux pour céder la place au changement, ou ceux qui espéraient des retombées économiques plus importantes de cet événement, ceux encore qui ont dû fermer leur usine pour baisser la pollution, ou ces centaines de milliers de migrants renvoyés chez eux sans salaire pendant la durée des Jeux.
Mais au-delà de ces désagréments, il y a une opinion publique gonflée d'orgueil, de fierté d'avoir pu et su accueillir un événement comme la Chine n'en a jamais organisé avant. Et il y a une lame de fond nationaliste dans une partie de la jeunesse, visible lors des polémiques autour du Tibet de la flamme olympique au printemps, et qui s'est enivrée des succès chinois aux JO.
|
L'enjeu des médailles d'or est devenu symbolique, et le gouvernement, depuis des années, a élaboré un plan d'action -le « projet 119 », dit-on, qui a repéré 119 compétitions gagnables pour les Chinois- permettant à la Chine de dépasser les Etats-Unis. On ainsi vu des générations spontanées de champions chinois dans des sports où la Chine n'existait pas, comme le hockey sur gazon féminin où elle a terminé en finale, ou le base-ball ! Sur Internet, certains blogueurs chinois dénoncent ce « sport d'Etat » coûteux et qui ne correspond pas à la réalité de la pratique sportive du pays. Ils y voient une approche idéologique comparable au dopage des athlètes est-européens à l'époque communiste. Mais c'est légaln et ça rapporte gros.
L' »affaire Liu Xiang », née du forfait du chamion chinois du 110 mètres haies, a été le révélateur de l'approche très « militaire » de la population chinoise : le sportif blessé est pour beaucoup de jeunes un déserteur en temps de guerre… Les sponsors ont senti le vent du boulet.
Malgré toutes ces réserves, Pékin 2008 n'a rien à voir avec Berlin 1936. La comparaison est injuste, et la Chine ne s'apprête pas à fondre avec ses tanks sur ses voisins ou à exterminer ses minorités, même les Tibétains ou les Ouïgours sur lesquelles les menaces qui pèsent sont d'abord politiques, culturelles, économiques.
De surcroit, le gouvernement sait très bien qu'il ne peut plus vendre son idéologie communiste à son peuple, il n'y croit pas plus que les dirigeants du PCC eux-mêmes… Il lui donne, à l'opposé, des points de PIB et de la fierté nationale. Il doit malgré tout rendre des comptes.
|
L'exercice est évidemment délicat. Le nationalisme est une arme qui peut très vite se retourner contre ses apprentis-sorciers, et peut façonner une génération -celle qui est née dans les années 80- tellement consciente du nouveau rapport de force international qu'elle en deviendra dominatrice. Une sorte d'Amérique-bis, sans les garde-fous institutionnels des Etats-Unis.
Les dirigeants du Parti communiste chinois doivent donc aujourd'hui apprendre à gérer leur succès, tant dans le monde qu'en interne. Les défis de l'après-JO restent entiers pour une Chine dopée par son triomphe : les enjeux du système politique chinois, du modèle économique et social, ou encore de son rôle dans le monde n'ont pas encore obtenu de vraie réponse. Les leçons que Pékin tirera de son triomphe ambigü pèseront lourd sur le monde de demain.
En attendant, laissons le mot de la fin à Li Yang, cinéaste indépendant chinois que nous avons interviewé pendant notre couverture « hors jeux ». Non sans humour, il a suggéré de rendre la Chine aussi belle que celle que le gouvernement a « vendu » au monde pendant les JO.
Photos : membre d'un groupe d'animation des stades olympiques, fière de son ticket (P. Haski/Rue89), Wu Danyuan et Wang Xiuying (DR), publicité avec Liu Xiang dans le métro pékinois (P. Haski/Rue89), à Pékin (P. Haski/Rue89).
- 16882 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque




































11
De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 07H41 | 24/08/2008 |
Un aspect apparait mineur, mais qui bien sûr peut nous toucher à titre purement hexagonal.
Ce fut cette pathétique escapade Pékinoise de notre représentant de commerce illustre, qui nous
a un peu plus ridiculisé à la face du monde.
Cela dit, le « Monsieur » a été un peu bousculé pendant son « farniente » au Cap Nègre, et il a du interrompre sa dolce vita, et sa bonne compagnie.
Évènements divers, drame National, il a été au « four et au moulin ».
Vous me rétorquerez, que c'est un peu normal pour un Président, puisque ce n'est pas un « péquin moyen » lui.
Donc, la question qui ne va pas manquer de remplir les rubriques à venir de nos journaux, magasines, et émissions de télé, est : mais après !
Après, mais ainsi que je le pense depuis des « lustres », c'est la « régénérescence » du « Nationalisme ».
Mais pas seulement, dans l'empire du Milieu !
Non, ils n'ont été le temps de ces « festivités sportives » que la tête de gondole de ce mouvement qui resurgi comme les « vieilles lunes », ce « fléau de l'humanité », symbole de toutes les dérives et exactions perpétrées par l'espèce humaine, le « Nationalisme ».
Ne pensons pas que nous sommes à l'abri.
Ce décompte des « médailles », cette course à la « championite » effrénée, m'inquiètent au plus haut point.
Les derniers évènement (d'ailleurs pas encore réglés à l'heure qu'il est) en Ossétie, et en Géorgie, ce qui se passe en Afghanistan, ne sont que des exemples de ces « bouffées » de Nationalisme sous prétexte de recherche d'identité, de « racines culturelles partagées », cachant souvent des pensées bien différentes de la part de leur auteurs.
Je voulais juste étendre, au delà des interrogations que vous posez, le champ de celles ci, au niveau de la « planète » toute entière.
J'ai l'impression grâce à ces Jeux, d'avoir une autre vision de ce pays, les images, les reportages depuis des mois, divers et variés, les écrits, commentaires et éditoriaux, concernant la Chine, nous ayant probablement soit confortés ou à l'inverse remis nos convictions en bernes.
Personnellement, je n'émets pas un avis définitif tant que je n'aurais pas sillonné en long large et travers cet espace infini.
Mais mon approche se veut empirique, du fait que j'ai une défiance naturelle face aux « masses », aux démonstrations de puissance, de fierté des « pouvoirs quelqu'ils soient » au détriment de peuples et masses laborieuses, manipulées et sans recul par rapport aux « gouvernants ».
Bon retour en République Pierre ! ; -))
De Phil2922
Retraite invalidité | 08H23 | 24/08/2008 |
Certes la persécution faite aux Tibétains et aux Ouïgours va se poursuivre, mais les conditions carcérales dans lesquelles travaillent les paysans qui viennent dans les villes et également la dramatique situation des femmes et des enfants fabriquant des jouets va continuer également…
75% des jouets vendus dans le monde sont chinois et ceux-ci sont construits par des femmes et des enfants qui travaillent 7/7, 12H par jour, pour 1 euro de la journée. Les usines de fabrication ressemblent plus à des prisons avec des conditions d'hygiène déplorables.
300, 500 millions de paysans (les Mingongs) viennent faire le sale boulot que les citadins ne font pas pour payer les études scolaires de leurs enfants restés au village, dans la mesure où ils n'ont pas le droit de venir faire leur scolarité en ville. Ils travaillent dans les mines où il y a 4 000, 5 000 morts chaque année. 12% d'entre eux ont un contrat de travail et ils sont logés dans des tentes, sur les chantiers ou dans des taudis à la périphérie des villes. En sachant que la liberté syndicale n'existe pas en Chine, le premier qui râle est renvoyé chez lui ou emprisonné où l'on torture allègrement…
Pendant les JO cette facette sociale de la Chine aura été occultée et montre que cette « super puissance économique » n'est rien qu'un pays totalitaire aux pieds d'argile et a besoin du nationalisme sportif pour continuer à tromper le monde extérieur… ! !
http://phil195829.overblog.com
De daniel
09H33 | 24/08/2008 |
De retour de vacances (héhéhé) je n'ai suivi les JO que de loin, mais il est clair que les seules critiques à légard de la Chine lors de ces JO sont un peu dérisoires : la fausse petite chanteuse de la cérémonie, le trucage vidéo des pas de géants (tout un symbole ? ), les enfants Hans déguisés en minorités ethniques et l'age douteux de deux gymnastes (on sait que les asiatiques font jeunes mais tout de même).
L'erreur qu'ont fait beaucoup de personnes appelant au boycott est de penser que les JO sont une consécration et font des parallèlles douteux avec des jeux de Berlin.
Si on devait faire un parallèle se serait plutôt avec les jeux de Tokyo en 64 ou même de Séoul en 88. Je trouve curieux que peu de médias ont voulu faire ce rapprochement, préférant se cantonner à l'outrance avec Berlin. Mais comment faire un parallèle pertinent lorsqu'il s'agit de la Chine aux dimensions d'un continent et plus peuplés que l'Europe et les amériques réunis ?
Ainsi, ces JO comme le souligne PH est un point de départ, un tournant. Son succès pouvant convaincre les Chinois qu'ils n'ont pas à craindre l'ouverture vers le monde.
Naturellement cette ouverture n'est pas sans conséquence pour nos société tant la « réussite » du modèle Chinois est effrayante (système autoritaire+liberté economique). Elle nous amène également à réflechir sur nous même et notre vision du monde ainsi que notre place réelle : le fiasco de Sarkozy et donc de la France entre ses hésitations (来不来, viendra-t-il ? ) et le ridicule de nos peopolitique s'empressant d'aller recevoir le kata auprès de sa Sainteté le 14ème Dalai Lama, sont emblématiques.
Quel rôle pour nos sociétés dans cette ascension ? Encourager le nationalisme Chinois par les provocations style RSF ? Ne rien dire, faire comme si la croissance Chinoise n'est que bénéfice ?
Est il raisonnable même de vouloir façonner la Chine et le monde à notre image ?
Si nous voulons vraiment que les choses changent vraiment en Chine, il me semble que le biais économique est la voie la plus simple : exigeons déjà que les entreprises qui exportent de la Chine vers notre pays suivent des règlent similaires aux notres en matière de droits sociaux et de droits du travail car cela affecterait la vie des gens de manières concrète loin des discours théoriques sur la liberté d'expression.
J'ai toujours regretté que les règles de l'OMC ne comportent pas de telles clauses et sachant que ce ne sont pas les Chinois qui ont imposés ces règles, nous ne pouvons hélas que nous reprocher notre propre hypocrisie.
De vol19
awash | 10H51 | 24/08/2008 |
Sans doute, au regard d'un monde, la Chine a t-elle tenté et réussi de redevenir l'« empire du milieu » … des produits de consommation, et des liquidités financières de l'économie mondialisée… Une bonne démonstration de l'Etat et du parti à tout « verrouiller » et à contrôler la communication. Une démonstration que le cynisme, la peur, le contrôle, l'autoritarisme, l'instrumentalisation çà paie bien… Voilà qui devrait donner de bonnes idées ailleurs… On a souvent dénoncé la prise de modèle sur le modèle américain, pas sûr que le mimétisme implicite sur le domaine dominant Chinois, soit demain très confortable.
Quand au sport… La thèse de la présence des Jo à Péking pour ouvrir doucement aux débats, rencontres, droits de l'homme est un échec absolu.
Le sport de haut niveau n'est rien d'autre qu'un outil, un spectacle au service de puissances économiques ou politiques, un décervelage supplémentaire. Que l'on ne parle plus de valeurs dans l'olympisme…
Médaille d'or des JO au pouvoir fort, au nationalisme, certes, ce n'est pas 36 mais voilà qui n'annonce rien de bon dans les années à venir en ce qui concerne nos toujours fragiles libertés…Le mimétisme, c'est jamais bon !
De skalpa
actif et militant ? | 11H47 | 24/08/2008 |
La Chine d'après les jo ?

ben, elle batifolera dans le sexe, c'est ce que j'ai lu, ici, non ?
http://kprodukt.blogspot.com
De Pékin moyen
wanderer | 12H02 | 24/08/2008 |
« …la Chine ne s'apprête pas à fondre avec ses tanks sur ses voisins ou à exterminer ses minorités… »
Mais, bien sûr, que la Chine est bien plus subtile que cela. Il est temps de relire « l'art de la guerre » de Sun Tsu et de réactualiser notre grille de lecture.
Dissuadons nous …, aujourd'hui, l'arme de la Chine ce ne sont pas ses tanks mais bien … sa démographie.
Toutes les ethnies au cours des 2 derniers millénaires ont été phagocytés par les Hans par les mouvements de population Han pour submerger ses ethnies qui localement sont devenues minoritaires.
En plus, deviennent Hans les enfants issus de parents dont le père est Han. Sachant que les armées d'occupation sont composées en quasi totalité d'hommes on comprendra aisément que rapidement ces nouvelles provinces annexées deviennent, sous l'effet de la combinaison de ces deux processus, assez rapidement majoritairement Han.
Aujourd'hui, cette hégémonie se poursuit en interne et s'élabore en externe.
En effet, l'un des aspects de géopolitique assez révélateur de la politique chinoise est son expansion vers l'Afrique non seulement pour acquérir des matières premières mais comme continent d'immigration massive.
En effet, l'immigration est devenue une partie de la solution pour faire baisser la pression démographique en Chine …
Quand la Chine comptait 700 millions de Chinois, Mao avait fait une confidence à un secrétaire d'état américain, il avait dit en substance :
« Nous avons un gros problème ; nous avons 20 millions de femmes en trop. Pour le résoudre, nous pourrions faire en sorte que ce problème devienne le vôtre. »
Maintenant que la Chine dépasse les 1 milliard 300 millions, il est encore plus vrai que dans l'esprit des dirigeants chinois, et singulièrement dans celui du président actuel, surnommé parfois Hu jintao l'Africain, l'immigration est plus que jamais l'une des solutions pour faire baisser la pression démographique, la surchauffe économique et la pollution.
« Nous avons 600 rivières en Chine, 400 sont mortes de pollution, affirmait un scientifique au Figaro (7-8-2007), sous couvert de l'anonymat. On ne s'en tirera pas sans envoyer 300 millions de personnes en Afrique ! ».
Ils sont pour l'instant des centaines de milliers en avoir fait le grand saut.
Lire : « LA CHINAFRIQUE »
de Serge MICHEL et Michel BEURRET (Ed. Grasset)
Et ailleurs ?
Alors la Chine, combien de tentacules ?
En conséquence, ne voir que le Tibet, comme le « seul » problème de la Chine serait une erreur fondamentale ainsi qu'evaluer son pouvoir de domination que par son nombre de chars serait faire preuve de myopie.
Il est donc nécessaire d'avoir un champ d'observations plus large pour comprendre les méthodes de ce régime chinois si non le proverbe chinois suivant prendrait tout son sens :
« Le poète montre la lune, le fou ne verrait que le doigt … »
De asozial
aus Berlin | 14H01 | 24/08/2008 |
l'autre pan de la question est : le CIO et les JO ont-ils encore la moindre crédibilité ? combien de temps encore les gouvernements et les médias seront-ils complices de cette mafia et au bénéfice de qui ?
De PhiPoePsy
Etudiant à Strasbourg | 15H48 | 24/08/2008 |
Pour rebondir sur ce que dit fort à propos « parousnik », la Chine est en train, après une expansion économique exceptionnelle encadrée par une politique ferme (autoritaire ? ) mais plus souple qu'il n'y paraît, de passer à la phase la plus importante de son redéveloppement en tant qu'Empire du Milieu : la culture extraordinairement différente et puissante de l'Orient nous renvoie face à nos propres et innombrables problèmes failles… L'empire anglo-saxon (occidental) vacille, vieillissant et trop connu (comme stagnant dans ses modèles et ses erreurs) alors que l'Extrême-Asie se dévoile comme ce dehors plein d'inconnu, qui résiste tant à notre rationalité greco-latino-judeo-chrétienne… Avant le XIXème siècle, seuls les Jésuites missionnaires laissaient filtrer un échantillon de leur culture… Quel chemin parcouru depuis ? Sans doute qu'un tout petit tronçon, ne serait-ce qu'au regard de leur langue idéogrammatique…
Il est toujours intéressant de lire les ouvrages de l'éminent sinologue et philosophe François Jullien pour mettre ça en perspective, mais aujourd'hui, il est peut-être encore plus important de partager par la révolution internautique et par d'inévitables échanges culturels, nos visions du monde et de l'homme. Peut-être ais-je tort, mais pour ce que je connais de cette civilisation qui me passionne, l'avenir de l'humanité se jouera probablement là-bas, où tout change si vite, de manière si déconcertante pour beaucoup… Cependant, la Chine ne doit pas oublier (serait-ce le plus grand risque ? ) ses fondements taoïstes et bouddhistes, au risque d'agrandir la béance intergénérationnelle et de ne pouvoir puiser les assises nécessaires à leurs transformations dans des racines traditionnelles : éviter l'écueil où s'est enfoncé le Japon, pays fascinant mais toujours à la recherche de sens à donner à leurs myriades d'artifices, entre semblant et violence.
Comme symbole des Jeux, je retiens volontiers que ce sont les femmes chinoises qui remportèrent le plus de médailles, d'or en particulier : en « forte » minorité sexuelle (cf. politique de l'enfant unique) dans leur pays, elles sont plus que jamais primordiales à l'ouverture de la Chine…
De Pékin moyen
wanderer | 19H33 | 24/08/2008 |
La Chine de demain n'était pas dans le nid d'oiseau mais … dans les universités.
En discutant avec des profs d'anglais et de français dans différentes villes de Chine, profs d'université d'origine américaine, anglaise, canadienne, australienne et française, ce qui m'a frappé c'est leur unanimité au sujet de :
- l'effarente absence de questionnement des étudiants chinois.
- leur Ego surdimensionné, sous un apparent effacement qu'ils attribuent à leur(fausse)timidité.
- leur absence totale de raisonnement logique (qui en a déstabilisé plus d'un prof devant l'incapacité apparente de leurs élèves à se prêter à l'exercice).
Pour ma part, je sais dire : ce ne sont pas les 50 dernières années qui les ont rendus ainsi.
S'agit-il d'une spécificité du monde asiatique ou du résutat d'une culture d'au moins deux ou trois millénaires ?
That's the real question ?
En attendant et en tout état de cause, nous n'avons vraiment pas les mêmes référenciels.
De Pékin moyen
wanderer | 21H14 | 24/08/2008 |
« Espérons pour eux que cela évolue »
Oui, c'est à souhaiter et surtout pour nous…
Car compte tenu du rouleau compresseur démographique nous serons bien démuni comme ce vaillant chinois, en 1989, faisant face à un char sur la Place Tien An Men.
On sait tristement ce qu'il en advint.
Et comme il y a toujours beaucoup d'exceptions qui confirment la règle, j'ai pu discuter longuement avec une étudiante de 23 ans qui avait lu le Petit Prince, c'est rare grâce à un prof américain. Waouuuh !
Elle m'interrogea sur plusieurs phrases et leurs significations. Je lui dis mon sentiment et elle exprima une grande satisfaction, à ma grande surprise.
Je lui part de mon étonnement à mon tour, et là, elle m'avoua qu'avec toutes ses collègues étudiantes elle ne pouvait pas en discuter car aucune ne ressentait les mêmes choses qu'elle. Elle en avait même pleuré de n'avoir pu communiquer avec elles.
J'ai donc eu, là encore, confirmation du pragmatisme sans pareil chez ce peuple où la poésie et le romantisme leur est étranger et ne sont utilisés uniquement comme support publicitaire.
Un monde complètement matérialistique, aseptisé, monolithique … le meilleur des mondes … celui d'Aldous Huxley ? !
De vol19
awash | 22H10 | 24/08/2008 |
@ wanderer
Par rapport à certains traits constatés des étudiants que vous décrivez. Je me suis demandé s'il y avait eu des études sur l'effet de l'enfant unique sur la psychologie des enfants, ceci depuis déjà deux générations… qui ont été surprotégés, plus exposés à la consommation pour la dernière génération (du moins pour certains), avec peut-être un manque de cadres et de repères qui peut générer des personnalités plus égotiques, sans limites, plus dépendantes d'autant plus qu'en terme de transmission avec toutes ces ruptures de modèles le siècle précédent… il doit bien se poser la question du « que transmettre » hormis l'accès à la jouissance, au pouvoir… ? Le marché et l'Etat comme surmoi, cela peut-il bien fonctionner ?