L'interview. Yan Lianke : « pas de pensée indépendante en Chine »

Chaque jour, pendant la durée des JO, Rue89 demande à un Pékinois, célèbre ou anonyme, sa vision de l'avenir, en lui posant la question : Où en sera la Chine dans dix ans ?

Pour le dernier jour des Jeux, le regard de Yan Lianke, écrivain, 50 ans, auteur de plusieurs livres remarqués traduits en Français, « Servir le Peuple », « Le rêve du village des Ding » (ed. Philippe Picquier). Plusieurs de ses romans ont été interdits en Chine, et il porte un regard critique sur la société chinoise contemporaine.

Yan Lianke à Pékin (P. Haski/Rue89)

« Où en sera la Chine dans dix ans ? Mais même [le président] Hu Jintao et [le premier ministre] Wen Jiabao n'en savent rien ! Comme disait Deng Xiaoping, ils “traversent la rivière en tâtant les pierres‘… Pendant les JO, le premier ministre a dit qu'il allait sauver la Bourse, mais il ne s'est rien passé. Le gouvernement dit qu'il va contrôler l'inflation, mais il n'y parvient pas…

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Dans ma pratique d'écrivain, je n'ai pas de changements à attendre. Pendant les JO, la presse a été un peu plus libre, mais sitôt les Jeux terminés, on va revenir à la situation d'avant. Le gouvernement va de nouveau tout contrôler.

Deux mois avant les Jeux, j'ai publié un essai de réflexion sur le rôle des intellectuels chinois. J'ai été attaqué par les pontes de Beida [la grande université de Pékin, ndlr], et lorsque l'hébdomadaire Nanfang Zhomou a publié une page sur mon livre, le gouvernement a ordonné qu'on n'en parle plus.

Je critiquais le silence et l'inaction des intellectuels qui se disent : ‘il n'y a pas moyen d'agir, dès lors on n'agit pas… Et ils cherchent tous à s'intégrer dans le système. Les intellectuels sont victimes à la fois de l'attrait du marketing et de la répression politique.

Il n'y a pas de pensée indépendante en Chine. Les écrivains sont dans le système, et donc il n'y a pas besoin de censure visible, ils savent tous où sont les limites, c'est une censure invisible… Ca ne va pas changer après les JO.

La différence par rapport à l'époque de Mao, c'est évident qu'on nous laisse publier aujourd'hui, et que le contrôle s'effectue après. Il y a une technique d'étouffement très éfficace, mais c'est un progrès incontestable par rapport à avant.

J'ai dû faire six maisons d'édition avant d'en trouver une qui osait le publier, et encore, avec quelques coupes. Mais la version non expurgée a été publiée à Taiwan ! De fait, on vous laisse publier, on vous impose des changements, on fait pression sur vous jusqu'à ce que vous acceptiez les limites qu'on veut vous faire accepter.

Mais là encore, c'est moins dur qu'avant. Lorsque mon premier livre a été interdit, en 1994, j'ai écrire une autocritique pendant six mois, car chaque jour on me renvoyait ma copie en me disant, insuffisant. Mais lorsque Servir le peuple’ a été banni en 2004, plus d'autocritique, juste des pressions sur l'éditeur ! Est-ce que ça changera un jour ? Difficile à dire.

Heureusement qu'il y a Internet. Le web est aujourd'hui le principal lieu d'expression des Chinois. On le voit lorsqu'il se passe des événements comme les émeutes du Guizhou, ou l'affaire des esclaves du Shanxi. C'est le web qui reflète la société chinoise d'aujourd'hui, et qui pousse le gouvernement à la réforme.”

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Portrait de San De

De San De

13H44 | 24/08/2008 | Permalien

à lire :
http://www.amazon.fr/pens%C3%A9e-manipul%C3%A9e-cas-chinois/dp/287678929…

Présentation de l'éditeur
Sans barrières apparentes ni verrous visibles, comment le lavage de cerveau est-il possible à l'échelle d'une société tout entière ? Comment une doctrine étrangère, importée par quelques personnes, peut-elle se transformer en une croyance de masse ? Pourquoi les victimes de la dictature cherchent-elles de leur propre gré à s'identifier à l'idéologie qui justifie la dictature ? Ces questions fondamentales hantent d'une manière ou d'une autre les intellectuels chinois. En analysant systématiquement l'évolution du système dit de « réforme de la pensée », l'auteur, tente, par cet essai, de percer le mystère du lavage du cerveau dans son application quotidienne.
Observer le fonctionnement du lavage du cerveau par le travail forcé dans un univers clos est relativement facile à réaliser. En revanche, comprendre les mécanismes qui consistent à réformer la pensée de l'individu tout en mobilisant les masses à l'aide de méthodes qualifiées par le pouvoir d » « études », de « critiques » ou d'« autocritiques » est beaucoup plus subtil. En examinant ces méthodes, utilisées fréquemment dans les campagnes de masse, les interminables réunions de critiques ou d'autocritiques, la confession auprès du Parti (xiangdang jiaoxin), le travail manuel, la rééducation des intellectuels par les paysans, Hu Ping cherche les raisons profondes de ces rituels collectifs dans la psychologie des individus qui y étaient impliqués. Allant à contre-courant de la plupart des témoignages qui affirment le caractère volontaire des comportements adoptés dans les campagnes de réforme de la pensée, Hu Ping affirme que celle-ci est avant tout un processus de contrainte par la force et la terreur.

L'auteur vu par l'éditeur
Hu Ping, exilé à New York, rédacteur en chef de la revue mensuelle « Beijing zhi chun » (Printemps de Pékin/ China Springs).

Ca aidera à comprendre beaucoup de choses.

Portrait de Compte supprimé à la demande du riverain 5 mars

De Compte supprimé à la demande du riverain 5 mars

wanderer | 17H46 | 24/08/2008 | Permalien

En discutant avec des profs d'anglais et de français dans différentes villes de Chine, profs d'université d'origine américaine, anglaise, canadienne, australienne et française, ce qui m'a frappé c'est leur unanimité sur :
- l'absence de questionnement des étudiants chinois.
- leur Ego surdimensionné.
- leur absence de raisonnement logique (qui en a déstabilisé plus d'un devant leur incapacité apparente à se prêter à l'exercice).

Pour ma part, je sais dire : ce ne sont pas les 50 dernières années qui les ont rendus ainsi.
S'agit-il le résultat génétique ou d'une culture au moins deux ou trois fois millénaires ?
That's the real question ?
En attendant et en tout état de cause, nous n'avons vraiment pas les mêmes référenciels.

Oh, detrompes vous, quand on se fait laver le cerveau à grande echelle, quand votre identité, votre culture est detruite par une idéologie fanatisante, etre comme tout ces gens l'observent ne prend pas beaucoup de temps ! ! ! ! ! ! ! ! Une génération suffit ! ! ! Un arbre prend du temps pour pousser, mais le couper prend quelques minutes à peine ! ! ! La RPC, ce n'est pas la « CHINE », c'est la REPUBLIQUE POPULAIRE et rien d'autre !

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