Tout, tout, tout, vous saurez tout sur la censure de Pierre Perret
Si par hasard, vous disposez comme moi d’un ami sympathisant de la droite identitaire, vous avez peut-être reçu une missive dans votre boîte aux lettres électronique qui commence par :
« Où est la liberté d’expression pour la femme ? Moi, humble musicien, ne peux rester silencieux et indifférent à un chanteur qui ose dire la vérité et dont on interdit la chanson, alors qu’il y a tant de groupes ou de rappeurs... qui “ niquent la France...” »

« La Femme grillagée » de Pierre Perret (Naïve).
Depuis plusieurs mois, ce genre d’appels au soutien de Pierre Perret tournent
sur le Web. Le chanteur de « Lily » serait interdit des radios et des
plateaux télés à cause de son dernier album « La Femme grillagée ».
« Faire circuler cette poésie à la gloire de la femme »
Cet « humble musicien » à l’initiative de l’appel, Gérard Brazon de son nom, est un ancien élu au conseil national de l’UMP (2008-2010) et responsable, dans les Hauts-de-Seine, de Résistance républicaine.
Notre ami est scandalisé que la dernière chanson de Pierre Perret, « La Femme grillagée », ait été « interdite par la presse, la radio et la télé ». Dans cette chanson, Pierre Perret évoque le dégoût que lui inspire le port de la burqa :
« Quand la femme est grillagée
Toutes les femmes sont outragées
Les hommes les ont rejetées
Dans l’obscurité » (Ecouter la chanson)
En tant qu’ardent défenseur des droits des femmes (surtout quand elles sont mannequins et en maillot de bain), Gérard Brazon se joint donc à Pierre Sifferlin de Riposte laïque pour inviter ses lecteurs à « faire circuler cette poésie à la gloire de la femme » :
« Ecoutez cette superbe chanson de Pierre Perret qui vient d’être interdite par la presse, la radio et télé. Une simple chanson pleine de vérité, censurée ! »
Un député UMP s’empare de la rumeur
Fallait-il relayer cette rumeur, quitte à lui faire de la publicité ? S’il fallait se pencher sur tous les racontars nauséabonds lancés par l’extrême droite et ses avatars les plus insidieux, le démonte rumeur de Rue89 serait tombé en panne de surchauffe depuis bien longtemps.
Sauf que la rumeur déborde largement des blogs identitaires. Elle s’incruste sur les forums des sites dédiés au chanteur. Un député UMP de l’Oise, François-Marie Gonnot, dénonce sur son blog, sans la vérifier, l’interdiction supposée de la chanson qui « fait peur à tous les “ politiquement correct ” des médias français qui craignent, s’ils la diffusaient, des représailles. »
François-Marie Gonnot s’est fait une réputation dans le combat contre les rappeurs aux chants « anti-Français ». Alors, quand il a su qu’on bâillonnait un monument de la chanson française, son sang n’a fait qu’un tour :
« J’ai entendu que cette chanson de Pierre Perret était bannie, ça m’a énervé : elle est bien française, et musicalement très jolie, mais elle n’a rien d’anti-Arabes. »
Lorsque je lui demande s’il s’est assuré de la véracité de l’affaire, François-Marie Gonnot semble un peu gêné :
« Comme beaucoup de gens, j’ai reçu un mail qui en parlait. C’est une chanson qu’on n’ entend pas dans les médias. J’ai cherché sur Internet et je n’ai rien trouvé. »
Une chanson « censurée » écoutée par 5,8 millions de personnes
Pierre Perret n’est pas censuré. Il suffit de se rendre sur Hoaxbuster pour constater que la couverture médiatique de l’album de Pierre Perret, sorti le 16 novembre, a été très complète. Le chanteur paillard a fait l’objet :
- d’un article de France-Soir ;
- d’un de Paris Match ;
- d’un sujet dans un journal de France 3 ;
- d’un article sur le site de la radio Nostalgie ;
- d’une interview sur RFI, sur Europe 1 ;
- d’une invitation dans le 18 heures de Christophe Hondelatte sur RTL ;
- et, surtout d’une de Michel Drucker sur France 2, où il a pu chanter son opus devant 5,8 millions de téléspectateurs.
Pas vraiment confidentielle cette tournée de promo. Annie Markhan, l’attachée de presse du chanteur déroule la liste des médias qui ont diffusé la chanson : « Si ça, c’est de la censure... n’importe quoi ! »
« La banalisation des pensées d’extrême droite me fout la trouille »
Pierre Perret dit avoir écrit cette chanson il y a plusieurs années, bien avant que le débat sur le voile intégral s’emballe. À l’époque de la sortie du disque, dans un entretien au magazine Platine (reprise ici par le site Pure Charts), l’auteur de « Lily » et de « La Bête est revenue » s’inquiétait déjà des mauvaises interprétations que sa chanson allait susciter :
« Le risque est qu’elle puisse être récupérée de toutes parts, notamment par le Front National comme un pamphlet anti-islam, ce qui n’est pas le cas. La banalisation des pensées d’extrême droite, de l’usage de la croix gammée et de l’histoire d’Hitler, me fout vraiment la trouille. »
À force de craindre de voir son oeuvre mal interprétée, Pierre Perret pourrait bien finir par s’autocensurer.
►Ajout. 12h45. Réactions du clan Perret
- Sur wikipedia.orgPierre Perret sur Wikipédia
- Sur rue89.comTous nos articles sur la censure
- Sur rue89.comTous nos articles sur la musique
- 123316 visites
- 328 réactions








7

Economiste
Economiste
Les radios privées auraient le droit de diffuser ou de « censurer » les chansons qu’elles désirent, tout comme je peux mettre les artistes que je veux dans mon salon.
La question est plus délicate avec les radios publiques dans la mesure où elles diffusent aussi de la musique, bien que cette activité ne devrait à mon avis absolument pas faire partie de sa mission de service public.
En tout état de cause, cette rumeur que le journaliste Victor Joanin démonte est emblématique du climat qui paralyse la France depuis une dizaine d’années : la dictature de politiquement correct qui censure la liberté d’expression, et contre laquelle de plus en plus de personnes se révoltent, quitte à faire parfois preuve d’un peu trop de zêle.
L’affaire d’Eric Zemmour montre que même le Code Pénal Français ne respecte pas l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme qui prévoit la liberté d’expression et d’opinions, aussi bêtes et infondées soient-elles. Voltaire, à qui on a faussement attribué la citation « Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer », se retournerait probablement dans sa tombe s’il voyait à quel point la dicature contre laquelle les Lumières se sont battues revient par la petite porte.
Le plus triste dans cette dictature de la bien-pensance, c’est qu’elle est contreproductive. Alors qu’elle vise à favoriser le « vivre ensemble », et la paix au sein de notre pays, elle attise les extrêmismes politiques. Marine Lepen qui joue au coude-à-coude dans les sondages avec l’UMP et le PS en est l’effrayante preuve.
La censure empêchant le débat, il est impossible de démontrer que les thèses xénophobes ne reposent sur rien, pour le plus grand plaisir du Front National. Rendez-vous donc en 2012, qui s’annonce comme l’année électorale d’un retour de manivelle prévisible...




Partager