L'asperatus, le nouveau nuage qui part en fumée

Un Anglais se bat pour que soit reconnue une nouvelle espèce. En France, les experts parlent d'une « particularité », et encore.

Un nuage désigné comme aspertus à Cedar Rapids, aux Etats-Unis (Jane Wiggins/Cloud Appreciation Society)

Depuis plusieurs années, Gavin Pretor-Pinney, fondateur de la Cloud Appreciation Society, recevait de Grande-Bretagne et de quelques autres pays des photos (visiblement retouchées) d'impressionnants nuages ondulés, se ressemblant tous. Mais il ne parvenait pas à apparenter ce type de formation nuageuse aux catégories existantes.

Il leur donna d'abord le nom de « Jacques Cousteau », pour les mouvements d'une mer agitée que le spectacle lui inspirait. Moins loufoque, « aspertus » est la dénomination qu'il a finalement retenue, avant de s'appliquer à en faire reconnaître la nouveauté par les autorités scientifiques.

« Une forme très marquée d'ondulations turbulentes et désordonnées », c'est ainsi qu'il le décrit. Les poètes classiques utilisaient le mot « aspartus » (« brutal » en latin) pour désigner les océans tumultueux.

Le « nuage » devrait, pour être classé, être proposé à l'Organisation météorologique mondiale,
organisme responsable du système de classification des nuages. L'OMM, pour l'instant, ne s'est pas prononcé sur ces photos. Si, comme Gavin le souhaite, la
procédure aboutissait, l'Atlas international des nuages, inchangé depuis
1956, pourrait ainsi être complété.

Pas de « nouveau nuage », à la rigueur une nouvelle « particularité »…

Mais ce que montrent ces clichés ne permet pas du tout de parler d'un « nouveau
nuage », comme le font pourtant certains (comme MaxiSciences ou Futura Sciences) ainsi que le petit lobby qui s'est formé autour du fondateur de la Cloud Appreciation Society, de son livre qui s'est bien vendu et de la prochaine émission de BBC4 qui lui sera consacrée.

Pas de « nouveau nuage », donc, selon les experts que nous avons contactés. A la rigueur, une « particularité » de nuage. Les formes remarquées correspondraient à une perturbation, certes exceptionnelle, mais qui pourrait transformer l'apparence de n'importe quel nuage, sous certaines conditions.

Cette « particularité » assombrirait très fortement les territoires sous le nuage, mais ne serait pas accompagnée d'orages ou d'averses (pas de panique donc si vous en croisez).

« On dénombre 10 genres, 14 espèces, 9 variétés… »

Jean-Pierre Chalon, conseiller scientifique à Météo France, trouve artificiel l'emballement autour de ce prétendu « nouveau nuage » :

« Il y a des milliers de possibilités de structure de nuages : on dénombre 10 genres, 14 espèces, 9 variétés, ce à quoi il faut ajouter ce qu'on appelle des “particularités”.

Chaque nuage est donc unique car peut être déterminé par un nombre très élevé de critères. Cette perturbation là, certainement causée par la présence d'un territoire à relief et de forts vents, ne peut pas constituer en soi un “nouveau nuage”, ni un genre, une espèce ou une variété. A la rigueur, une particularité.

Ainsi, chaque nuage présente une forme et des caractéristiques qui s'expliquent par la structure verticale de l'atmosphère et la combinaison d'éléments dynamiques du contexte.

J'ajoute qu'en aucun cas ces formations peuvent être expliquées en faisant appel à des hypothèses liées au réchauffement climatique. »

Pour attester scientifiquement de la nouvelle particularité, il faudrait connaître l'altitude moyenne, le taux moyen d'humidité, l'apparence et encore d'autres principes classificatoires . Et élucider mieux les nouvelles causes météorologiques de la particularité.

Nuage désigné comme "aspertus" à Hanmer Springs, Nouvelle-Zélande (Merrick Davies/Cloud Appreciation Society).

Or, un type de particularité déjà existant pourrait accueillir celle-ci, comme le montre Jean-Pierre Chalon en commentant de la photo ci-dessus :

« A vue d'oeil, ce nuage pourrait être classé dans le genre altocumulus (en moyenne altitude, avec une allure un peu empaquée) ou altostratus. De telles ondulations le rapportent aux variétés “undulatus” ou “lanticularis”. Le fait qu'il ait ce genre de mamelles le rapporte à la particularité appelée “mamma”.

Mais s'appuyer sur ce genre de photographies est insuffisant et ne relève de la démarche scientifique : il faudrait élucider les conditions photographiques, les conditons météorologiques (pour bien comprendre la physique en contexte), la stabilité de l'atmosphère, et plus généralement, si l'on a fréquemment ces formes dans les nuages. »

La « nouveauté » pourrait entrer dans la classification actuelle, sans la modifier.

« On ne peut pas s'appuyer sur des photos »

Nuage désigné comme asperatus en Nouvelle-Zélande (Tanis Danielson/Cloud Appreciation Society).C'est ce qu'explique Vincent Cassé, directeur du laboratoire de météorologie dynamique (LMD), lors de son explication de la démarche de recherche météorologique :

« A ma connaissance, il n'y pas eu de parution d'article scientifique à ce sujet. Les photos peuvent montrer des nuages très esthétiques, des formes bizarres, mais y a t-il dans sa dynamique quelque chose de singulier ?

Les quelques photos qui circulent ont certainement été retouchées pour les contrastes, mais les formes pourraient être réelles. Ces nuages seraient associés à des mouvements d'air importants, mais ne permettraient pas de caractériser leur taille, leur ampleur ni leur durée dans le temps.

De plus, du point de vue de la recherche, ce n'est pas tant la forme que le contenu du nuage, en eau ou en glace, qui peut importer, la forme n'étant pas importante dans la modélisation météorologique et la météorologie
opérationnelle. »

Pour lancer un programme de recherche, il faudrait que les formes se reproduisent plus régulièrement. Alors peut-être le LMD lancerait-il une campagne avec des instruments de mesure depuis la Terre et en avion.

La Royal Meteorogical Society annonce sur son site que « s'il devient évident qu'il faut soutenir un nouveau type de nuage, la société assistera Gavin ».

Photos : des nuages désignés comme aspertus à Cedar Rapids, aux Etats-Unis (Jane Wiggins/Cloud Appreciation Society), à Hanmer Springs, Nouvelle-Zélande (Merrick Davies/Cloud Appreciation Society) et en Nouvelle-Zélande.

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Tigerbill

De Tigerbill

retraité en CDI en charente-maritim... | 10H38 | 02/08/2009 | Permalien

Portrait de ginkoland

De ginkoland

Ginkologue | 10H45 | 02/08/2009 | Permalien

Et l'équidorus, vous n'en parlez pas hein ?

Portrait de Yvon le Zébulon

De Yvon le Zébulon

Retraité | 12H38 | 02/08/2009 | Permalien

Ce thème de débat m'intrigue. Je suis assez passionné par les observations météorologiques de ces dernières années, mais je pense qu'il faudra ici, qu'un véritable spécialiste vienne nous aider à comprendre ces phénomènes qui sont nouveaux.

° Il y a longtemps que je regarde le ciel à la recherche d'indices pour mon bulletin météo (à l'ancienne - plus fiable que celui proposé à la Télé) et je me suis effectivement aperçu depuis des lustres que tout ne collait pas aux normes établies.
- Cumulus, Nimbus, Cumulo-nimbus, Stratus, Alto-cumulus, Alto-stratus, Cirrus…

* Ils y sont tous….sauf effectivement ces formations bizarres sur les photos….
* inqualifiables en effet (et je dirais : inquiétantes aussi)

Les zones de haute et basses pression se chevauchent me semble-t-il de façon plus anarchique qu'auparavant. Les zones de températures idem.
- Les courbes isobariques semblent s'entrelacer et s'entrechoquer, et il ne me semble pas qu'ils soit dans la nature des choses qu'il en soit ainsi.

Le mot choisi « Aspératus » pourrait être remplacé par « Aspiratus », car nous sommes quasiment dans un contexte de « préformation » de tornades, même si l'aboutissement n'a pas lieu.
- Une chaleur (température de l'air) au sol importante…
- Des remontées en colonnes de vapeurs
- Des blocages en altitudes par les zones de haute pression.

Des contrastes d'aujourd'hui, pour une planète aujourdhui abimée.

Portrait de Tigerbill

De Tigerbill

retraité en CDI en charente-maritim... | 13H42 | 02/08/2009 | Permalien

Portrait de dulconte

De dulconte

Mordu par un fachogarou | 16H12 | 02/08/2009 | Permalien

connaissez-vous le homocumulus apuradus et le ciclocumulus galopandus ?

un homme pressé

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