Non, la presse n'a pas étouffé l'affaire du crash de l'A340-600

L'Airbus A340-600 d'Etihad à Blagnac après le crash (Jean-Philippe Arles/Reuters)

La nouvelle circule depuis quelques jours sur le web, par email et reprise sur plusieurs blogs : dans un souci de ne pas « froisser » le monde musulman, les médias français auraient volontairement passé sous silence une étrange affaire de crash d'avion, celui d'un l'Airbus A340-600 sur le tarmac de l'aéroport de Toulouse-Blagnac le 15 novembre 2007.Dans ce courrier, on apprend qu'un équipage de l'Abu-Dhabi Aircraft Technologies (Adat), alors aux commandes de l'appareil lors d'une phase de test, a percuté de plein fouet un mur anti-bruit. Les raisons avancées par son auteur sont claires : l'équipage aurait commis plusieurs erreurs graves qui auraient entrainé l'avion à sa perte.

Accompagné de photos impressionnantes, le courrier finit en annonçant que les médias français ont étouffé l'affaire, considérée comme une insulte pour le monde arabe.

Une série de tests moteurs avant la livraison de l'avion

Pour commencer, les médias français n'ont jamais étouffé l'affaire. Les faits remontent au 16 novembre 2007. Au lendemain du crash, La Depêche du Midi publiait sur son site le compte-rendu de cet accident. Un an plus tard, le 10 décembre 2008, un diaporama avec les photos de l'épave était mis en ligne, une fois l'enquête terminée.

Le 15 novembre 2007, un Airbus A340 roule sur le tarmac de l'aéroport de Toulouse pour entamer une série de tests moteurs avant sa livraison à la compagnie des Emirats Arabes Unis Etihad Airways.

A son bord, une équipe de sept techniciens de l'Adat, mandatés par la compagnie aérienne, ainsi que deux techniciens d'Airbus, non mentionnés dans le courrier incriminant, probablement pour étayer la thèse défendue.

L'avion est immobilisé et l'équipage teste la poussée des réacteurs. Quand la puissance a atteint 70 % de la capacité maximale, les freins n'ont plus suffi à retenir l'appareil qui s'est mis à avancer. L'un des techniciens a coupé le moteur afin d'éviter le crash, mais il était trop tard : l'appareil percute un mur anti-bruit à 60 km/h et se brise en deux parties.

Dans le courrier qui circule, il est question d'un technicien de l'Adat qui aurait activé un coupe-circuit, cette manoeuvre relâchant instantanément tous les freins de l'appareil. Selon l'enquête réalisée par le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), une telle manoeuvre n'a jamais eu lieu, en fait c'est l'action du volet de direction qui a annulé le freinage.

Comme souvent, le but réel d'une telle désinformation est flou

L'auteur incrimine aussi cet équipage en expliquant que les moteurs tournaient à pleine puissance, ce qui est inexact. Dernier point : le « hoax » précise que le nombre de victimes ainsi que leur état est inconnu, alors que dès le 16 novembre, La Depêche du Midi annonçait neuf blessés dont quatre graves.

A l'origine de ce faux, une information avérée, et classée, mais dont le contenu a été subtilement remis à jour et modifié par son auteur. Les internautes étant passés à côté de cette information en 2007 se feront piéger si ils ne vérifient pas par eux-mêmes.

Comme pour tout hoax, le but d'une telle désinformation est flou. Est-ce pour nuire à la presse, est-ce un acte raciste à l'encontre des pays arabes ? Le ton employé par l'auteur laisse à penser que oui, il insiste sur l'incompétence et l'idiotie de l'équipage à plusieurs reprises. Une escroquerie à oublier au plus vite…

Photo : l'Airbus A340-600 d'Etihad à Blagnac après le crash (Jean-Philippe Arles/Reuters).

2 commentaires sélectionnés

Portrait de FabiendeMénilmontant

De FabiendeMénilmontant

journaleux - blogueur | 00H09 | 28/03/2009 | Permalien

Le lendemain de l'accident, l'Associated Press donnait des nouvelles des blessés :
http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/societe/20071116.FAP9486/acciden…
donc dire que la presse n'a rien dit est « un peu » exagéré.

En revanche, sur le site AirValid, aucun incident (ni accident) n'est à déplorer pour cette compagnie, ce qui peut se concevoir : si l'avion avait les couleurs, il n'était officiellement pas livré.

Bientôt, Toulouse devrait livrer l'avion d'occase et hors de prix de notre mètre à tous… qui était en leasing aux Antilles, mais appartenait à une compagnie américaine. Rien que le fait qu'il ait appartenu aux USA doit avoir fait b…er le futur proprio, car le rapport qualité-prix bat de l'aile : un neuf eut été préférable.

Portrait de Maxleo

De Maxleo

Toulouse | 15H07 | 28/03/2009 | Permalien

Cet article est déjà trop d'honneur aux auteurs de ce hoax…

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