27/07/2010 à 11h26

Feu les cigares de monsieur B. aux frais du contribuable

JY Hervieu | Riverain de Rue89

Le 4 juillet, à la une de Rue89 : « Deux fusibles sautent : Joyandet et Blanc démissionnent ». Dans le corps de l’article, il est précisé que « l’Elysée semble allumer des contre feux, afin d’éloigner la polémique dans laquelle se débat le ministre du Travail, Eric Woerth ».

Contre toute attente, « contre feux » est orthographié en deux mots et sans trait d’union. La règle d’emploi du trait d’union est, il est vrai, un véritable casse-tête, dit-on.

La une d’un journal n’étant pas une substance fixe mais volatile, bornons-nous, puisque tous les jours il y a le feu à la une, à rappeler la règle des mots composés dans lesquels entre le préfixe contre.

Il ne faut pas jouer avec le feu

L’Académie française, adepte du fusionnisme, préconise que la fusion se substitue au trait d’union dans tous les composés de contre. On écrira donc sans hésiter : contrepouvoir ; contrepropagande ; contrerévolutionnaire ; contrefeu, etc.

Cependant, les académiciens séparatistes ont obtenu gain de cause en préconisant qu’une borne frontière soit érigée quand deux voyelles irréductiblement dissonantes se succèdent. On écrira donc sans hésiter : contre-attaquer ; contre-appel, etc.

Tenaces, les fusionnistes -tout en acceptant la légitimité de la scission matérialisée par un trait d’union ( !)- rappellent le principe de l’autodétermination, principe selon lequel : chacun doit avoir le droit de déterminer la forme orthographique des mots dans lesquels entre le préfixe contre, quand il y a contact dissonant entre les voyelles. On écrira donc, avec une certaine hésitation : contrattaquer (le « e » terminal de contre s’élide devant une voyelle) ou contre-attaquer ; contrordre ou contre-ordre, etc.

Ainsi fut dit, ainsi fut fait.

Dans le même article, il est souligné qu’un des fusibles a été mis en cause « pour avoir fumé des cigares au frais du contribuable ».

Arrêter les frais

Un conseil : la bonne conservation des cigares exige qu’ils soient entreposés au frais en été, c’est-à-dire à l’abri de la chaleur.

Mais, le nom « frais », appliqué aux dépenses, ne s’emploie qu’au pluriel : Faux frais ; à grands frais ; à frais communs ; aux frais de la princesse. Il fallait donc écrire : « pour avoir fumé des cigares aux frais du contribuable ».

Pour terminer -puisque les feus cigares de Monsieur B. n’étaient qu’un feu de paille-, soufflons sur le feu. Dans l’affaire W. : diriez-vous que cette affaire est une affaire qui fait long feu ou une affaire qui ne fera pas long feu ?

  • 5718 visites
  • 48 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 12h10 le 27/07/2010
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    100 printemps au compteur !

    Au fait, avez vous des nouvelles des jeunes, riverains de Fos-sur-Mer ?
    (ceux-là, vu ce qu’ils acceptent des industriels...n’emmerdent pas les fumeurs !)

  • A déménagé le 9-8
    • Posté à 12h30 le 27/07/2010
    • Internaute 5710

    pour avoir fumé des cigares au frais du contribuable

    et il fallait écrire :

    contribuable
    ou
    contre-ibuable

     ? ? ? ?

    • Alexad
      • Posté à 15h25 le 27/07/2010
      • Internaute 8145

      Con-tribu-able !

    • egide
      egide répond à A déménagé le 9-8
      Littéral
      • Posté à 18h38 le 27/07/2010
      • Internaute 45067
        Littéral

      Contrit bu hâble

      Le contrit but sa honte et hâbla.

      Ainsi font ceux des corps, rompus à toutes les ruses :
      Davantage d’avantages chantait Boby Lapointe.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h03 le 27/07/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Sur mon navire est hissé l’étendard des séparatistes, je trouve ça plus lisible de mettre un trait d’union.
    En tout cas merci pour cette leçon des plus utiles.

  • ShyY71
    ShyY71
    employe
    • Posté à 14h23 le 27/07/2010
    • Internaute 76075
      employe

    Voilà, ça c’est un article qui change...
    Merci Yann, le top, j’ai adoré :)

    • Lemmy_Nothor
      Lemmy_Nothor répond à ShyY71
      - Gone fishing !
      • Posté à 18h43 le 27/07/2010
      • Internaute 12434
        - Gone fishing !

      Sans vouloir vous contre - dire
      l’auteur n’est pas Yann....

      Lien...

  • Alexad
    • Posté à 15h26 le 27/07/2010
    • Internaute 8145

    Sympa l’article ! !

  • Captain Martin
    • Posté à 15h31 le 27/07/2010
    • Internaute 63465
      marin

    merci mille fois de nous montrer qu’il y a encore des journalistes qui se préoccupent d’avoir une orthographe correcte.

  • A déménage le 14-03-2012
    • Posté à 17h16 le 27/07/2010
    • Internaute 98050

    Un régal que cet article.
    Merci, j’attends les prochains avec impatience.

    Au plaisir de vous lire, encore, et souvent.

    Cordialement.

  • ozi
    ozi
    Mauvais-goûteur
    • Posté à 18h39 le 27/07/2010
    • Internaute 111670
      Mauvais-goûteur

    Vraiment sympathique cet article, bravo !

  • Danielle29
    Danielle29
    Soutien à amonhumbleavis
    • Posté à 18h40 le 27/07/2010
    • Internaute 30791
      Soutien à amonhumbleavis

    Une affaire qui ne fera pas long feu, enfin je l’espère, puisque faire long feu signifie échouer, ne pas atteindre l’objectif fixé...
    merci pour cet article.
    Quant au riverain qui se charge de pénaliser chaque commentaire d’une boule rouge « naze », qu’il essaie plutôt de s’approprier les richesses de la langue française.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 18h43 le 27/07/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    « Les agriculteurs multiplient les “ contre-feux ‘ comme s’ils pressentaient une offensive prochaine du ministre des Finances contre le soutien des cours. ’

    En exemple de l’utilisation de contre-feu au pluriel !
    Mais que fait la censure c’est de l’outraaaaaaaaaaaaageu ?

    Synonyme peu connu de contrecœur.

  • guillemet underscore
    guillemet underscore
    pov'con qui ne se casse pas !
    • Posté à 19h47 le 27/07/2010
    • Internaute 85877
      pov'con qui ne se casse pas !

    Lien

    Faire long feu signifie donc échouer, rater.
    J’espère bien que cette affaire n’échouera pas et que les politicovoyous seront châtiés.

  • jmc06
    jmc06
    chasseur de gorille
    • Posté à 07h41 le 28/07/2010
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    ouai ben l’hospice (l’académie) tous les ans inventent un mot ou des

    y a des mots que l’ont ne connait pas, dont ne se serviras jamais ,dans son langage habituel

    a koi ça sert ? ? j’me l’demande

  • Giorgio
    Giorgio
    Cinéaste
    • Posté à 14h24 le 28/07/2010
    • Internaute 8133
      Cinéaste

    Horte-Feux ? de l’amour ! ! !

  • philipp
    philipp
    « La voix de son maître »
    • Posté à 15h15 le 28/07/2010
    • Internaute 48057
      « La voix de son maître »

    Il n’y a pas de fumée sans feu ! C’est net !

  • A déménage le 14-03-2012
    • Posté à 09h40 le 29/07/2010
    • Internaute 98050

    Bonjour M. Hervieu.

    J’ai une commande d’article suite à la parution dans Rue89 du gros titre « Le co-prince Nicolas Sarkozy fraîchement attendu en Andorre »

    Il est également fréquent de lire « co-signé », « co-actionnaire », « co-auteur », « co-détenu » « co-location ». Me basant sur mes souvenirs corrodés de cours de français, il me semble qu’une correction s’impose : les deux parties ne devraient-elles pas être connectées et le tiret copieusement oublié ?

    Pourriez-vous corroborer mes dires et vous coltiner la corvée colossale de rédaction d’une copie explicative s’il s’avérait que mes cogitations soient correctes ?

    Avant de monter une coalition contre les rédacteurs de Rue89 pour la suppression de ce tiret, je profite de ce blog collégial. Il n’est pas commode de faire des remarques de forme sans être dans le collimateur des commentateurs de fond dont je doute que le fait de savoir si la présence ou non de tiret dans « coprince » soit la priorité.

    La langue française évoluant trop vite pour que je me mette à jour, je ne voudrais colporter de mauvaises règles sans votre coopération.

    Tiret ou pas tiret ? Coprince ou co-prince ? Merci de votre collaboration éventuelle.

    Cocassement vôtre

    • JY Hervieu
      JY Hervieu répond à A déménage le 14-03-2012
      Auteur(e) de l'article Riverain de Rue89
      • Posté à 00h19 le 30/07/2010
      • Internaute 118862
        Riverain de Rue89

      Bonsoir,

      Le préfixe co- s’associe avec des noms et des verbes : codétenu, coaccusé, coprince, coexister, cogérer…

      Ces noms et ces verbes s’écrivent en un seul mot. A ce sujet, l’Académie française recommande la soudure : les mots nouvellement préfixés devront adopter cette règle.

      Il est vrai que certains dictionnaires usuels proposent les deux graphies : coauteur ou co-auteur.

      A noter qu’il y a lieu d’employer le tréma sur i dans coïncider (et ses dérivés) et coïnculpé, afin de prononcer séparément les deux éléments d’une diphtongue (co-ïn-ci-der).

      En tout état de cause la tendance est à la suppression du trait d’union.

    • flixp
      flixp répond à A déménage le 14-03-2012
      Aboyeur
      • Posté à 18h36 le 30/07/2010
      • Internaute 34063
        Aboyeur

      coquin va !

  • emelinebecuwe
    emelinebecuwe
    Journaliste et réalisatrice des (...)
    • Posté à 13h49 le 30/07/2010
    • Journaliste 116346
      Journaliste et réalisatrice des (...)

    Balle de démission
    Il n’y a pas d’autre pouvoir que le pouvoir de l’image
    Et quand on le conjugue avec l’image du pouvoir
    Ce n’est plus du tapage mais du matraquage.
    Et pourquoi l’image a t- elle ce pouvoir ?
    A cause du nombre de gens qui la regardent.
    Et qui se forgent une opinion.
    Et qui exercent une pression
    Sur tous ceux qui font l’événement
    Aucune diffusion ne peut en faire abstraction
    Parce qu’il n’y a pas de publicité sans public
    Ni de public sans têtes coupées.
    Un ministre et deux secrétaires d’état en voie de destitution
    Et le cinquième pouvoir, celui de l’opinion, en voie de consécration.
    En 2 temps, 3 mouvements on est passé de la télécratie à la médiocratie…
    N’importe qui associé à n’importe qui peut imposer n’importe quoi…
    Et si on renvoyait à l’opinion une mauvaise image d’elle-même, peut-être qu’elle finirait par démissionner !
    Boum boum badaboum ! ! !

    Lien