
Le génocide, un crime à définition variable

Radovan Karadzic est arrivé mercredi au centre de détention du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) de La Haye. L'ancien chef des Serbes de Bosnie, en fuite depuis plus de douze ans, est inculpé de « génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre » par le TPIY.
Or ce chef d'accusation ne recouvre pas tous les massacres ethniques ou religieux commis dans l'histoire et continue à faire l'objet d'interprétations divergentes… et de revendications. En droit, la notion se révèle flexible dans la mesure où c'est la jurisprudence qui détermine la reconnaissance en tant que génocide, crime le plus grave aux yeux du droit international.
Le 18 juillet 1995, les journalistes en Bosnie révélaient au JT du soir l'ampleur du massacre de Srebrenica :
Le génocide dans les dictionnaires.
Définition de « génocide » par le Petit Larousse illustré : « Crime contre l'humanité tendant à la destruction de tout ou partie d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux. » Sur Wikipedia, on trouve, en plus, l'idée d'un crime « systématique et programmé ».
Le terme apparait en 1944. A l'époque, c'est un néologisme : à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Raphaël Lemkin, juif d'origine polonaise, professeur de droit aux Etats-Unis, crée le mot « génocide » en associant la racine grecque « genos » (« naissance », « genre », « espèce ») et « cide », suffixe d'origine latine, qui implique l'idée de tuer.
Initialement, le mot « génocide » est associé à la Shoah, avant que son acception ne s'élargisse dans les années 70. Toutefois entre 1946 et 1948, un flottement avait subsisté, notamment aux Nations unies, où l'on avait commencé par intégrer la destruction d'un groupe de nature politique à la définition du génocide. Avant de biffer cet aspect dans la définition onusiène de 1948. Certains historiens expliquent que cette suppression est le fruit de pressions de l'URSS sur l'ensemble des Nations unies.
Le génocide en droit.
C'est en 1948 avec la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide que l'Assemblée générale des Nations-Unies le reconnait officiellement. Entré en vigueur en 1951, le texte précise :
« Le génocide, qu'il soit commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime du droit des gens, que [les Nations unies] s'engagent à prévenir et à punir. »
La Convention condamne aussi « l'entente en vue de commettre le génocide » et « l'incitation directe et publique à commettre le génocide ».
Au niveau national, un Etat peut décider de juger d'un génocide au regard de son droit propre. Mais c'est aussi la compétence de tribunaux supra-étatiques, qui, en prenant le génocide comme chef d'inculpation, entérinent de facto sa reconnaissance.
Longtemps, il n'y eût que des juridictions ponctuelles créées pour l'occasion. Ce fut le cas du Tribunal de Nüremberg, du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ou du TPIY, qui jugera Karadzic. Ou encore de juridictions ad hoc créées localement par les instances internationales, par exemple en Sierra Leone ou au Centrafrique.
Mais, en juillet 1998, la première juridiction permanente a été créée : la Cour pénale internationale (CPI). Elle siège à La Haye, aux Pays-Bas et juge des « crimes les plus graves ayant une portée internationale, à savoir les crimes de génocide, les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre ».
La CPI est compétente pour qualifier les génocides et a la particularité de n'intervenir que lorsque les tribunaux nationaux ne se sont pas saisis d'un cas… ou que « les procédures ne sont pas menées de bonne foi », précise-t-on sur son site.
Comme tous les tribunaux internationaux nés depuis 1945, la CPI ne peut pas prononcer de peine de mort. Le délai d'emprisonnement maximum est de trente ans, sauf pour les crimes « d'une extrême gravité », comme les génocides par exemple, pour lesquels ses statuts autorisent la prison à perpétuité.
Reconnue par cent-six pays depuis son entrée en vigueur le 1er janvier 2002, la CPI a, depuis, enregistré des centaines de dépôts de plaintes. Mi-juillet, un nouveau cas a débouché sur la reconnaissance avec l'inculpation du président soudanais Omar el-Béchir, pour lequel Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la CPI, a réclamé un mandat d'arrêt international.
Enfin, des instances dépendant de l'Onu peuvent aussi reconnaître certains génocides. C'est le cas de la Cour internationale de justice, « tribunal mondial » de l'Onu, qui peut formuler des avis et reconnaitre ainsi des événements historiques comme génocides. C'est ce qui s'est passé l'an dernier pour Srebrenica : la CIJ a confirmé la décision du TPIY, qui avait qualifié de génocide, le 2 août 2001, le massacre de sept à huit mille Bosniaques, à Srebrenica.
Enfin, la Commission des droits de l'homme, qui a par exemple fait du massacre de Sabra et Chatila, en septembre 1982 au Liban, un génocide :
Le génocide en débat.
Le terme « génocide » reste cependant une notion élastique. Certains, y compris chez les universitaires ou sur le Net, affirment parfois que l'ONU ne reconnait que trois génocides. Or Jacques Sémelin, chercheur au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri), dément l'existence d'une liste établie pour de bon et rappelle que le génocide reste sujet à interprétation. Lui qui a créé l'encyclopédie en ligne sur les crimes de masse Massviolence.org, souligne surtout que « le droit est d'abord politique » :
« N'importe qui, vous comme moi, peut se saisir du texte de 1948 et faire des démarches dans le sens d'une reconnaissance d'un génocide. C'est ce qu'il s'est passé en France pour le génocide arménien, aujourd'hui reconnu par la loi française.D'autres revendications émergent dans une dimension mémorielle, par exemple la reconnaissance des massacres en Ukraine en 1932-33 qui ont fait six à sept millions de morts, du massacre des Vendéens en 1793 ou même des Gaulois par Jules César, sur quoi travaille un historien ! Ensuite, les juridictions internationales font des choix et décident de la légitimité du terme. »
Reste aussi l'utilisation du mot hors contexte juridique, de plus en plus courante. Par exemple dans la bouche de ceux qui parlent de « génocide culturel ». Sur le Net, plusieurs internautes rappellent ainsi que Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, avait parlé de « génocide » pour dénoncer l'éradication de la langue bretonne. C'était dans le magazine « Bretons » à l'été 2005.
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De le soudanais
ici et là | 15H40 | 30/07/2008 |
Les mots ont un sens.
La conclusion de votre article montre bien qu'à force d'utiliser certaines expressions à tort et à travers, elles perdent leur sens.
Au détriment ici, n'en déplaise aux bretons, des victimes de véritables génocides.
De le poupre
contempleur | 15H47 | 30/07/2008 |
Banc sur la cervelle de CLoé Leprince . Le mot génocide fut bien crée par Raphael Lemkin pour définir le massacre par les Turcs en 1915 de 1500000 D'ARMENIENS . La Vérité lorsque on ce dit journaliste écrivant a Rue 89 .
à le poupre
De Chloé Leprince
(auteur)
Rue89 | 15H53 | 30/07/2008 |
Bonjour
Je découvre avec étonnement votre expression concernant ma « cervelle »… et ne manque pas de vous repondre qu'en effet si le cas arménien a bien fait partie des réflexions de Raphael Lemkin, il n'empeche que tous les spécialistes de droit international s'accordent à dire que le mot est d'abord utilisé pour caractériser la Shoah, notamment de par la proximité immédiate de l'évenement dans le temps.
à Chloé Leprince
De BrunoC
( ° ) ( ° ) | 16H19 | 30/07/2008 |
Chloé, avec tout le respect du à ceux qui se décarcassent pour éclaircir la complexité du monde aux autres, je me permets de vous dire que citer wikipédia dans un article par ailleurs bien articulé entame durement votre crédibilité et ouvre la voie à ce genre de remise en cause tatillones.
à BrunoC
De Chloé Leprince
(auteur)
Rue89 | 16H29 | 30/07/2008 |
Bonjour BrunoC
en effet, la prose n'est pas univoque sur ce theme, notamment sur le Net, comme je le mentionne dans l'article. Toutefois, Jacques Sémelin est par exemple tout à fait explicite sur cette question et précise par exemple que, contrairement à ce qu'affirment certains articles de wikipedia, il n'y a pas de liste établie des génocides, pour ne citer que cet exemple.
à BrunoC
De Courageux_anonyme
13H49 | 31/07/2008 |
@brunoC
wikipedia pas crédible ? ? ?
c'est vous qui ne l'êtes pas :
« En dépit de ces faiblesses, cette encyclopédie ne cesse de gagner en crédibilité, particulièrement dans les milieux scientifiques – qui témoignent à cet égard d'une bien moindre frilosité que leurs collègues de lettres et sciences humaines. En décembre 2005, Jim Giles a ainsi publié dans la revue Nature une étude comparée de Wikipédia et de la vénérable Encyclopaedia Britannica, fondée sur quarante-deux articles de nature scientifique évalués par des experts, selon une procédure en aveugle. Loin d'être aussi tranchés qu'on aurait pu le croire, les résultats placent les deux ouvrages à peu près sur le même plan … »
« L'étude de Giles aboutit aux mêmes résultats qu'une étude allemande de 2004 qui avait comparé Wikipédia à trois encyclopédies numériques en langue allemande 8. Elle sera également corroborée en 2006 par l'historien américain Roy Rosenzweig qui, au terme d'une étude très fouillée des articles de sa spécialité 9, ne trouvera que quatre erreurs de détail dans vingt-cinq biographies, ce qui est minime et se compare très avantageusement aux ouvrages du même genre. »
« Compte tenu de ces études, il y a lieu de s'interroger sur l'hostilité que Wikipédia continue de susciter en France, particulièrement dans les milieux pédagogiques. On est même allé jusqu'à écrire au printemps 2007 que “ Wikipédia ne peut avoir une présence reconnue dans l'enseignement en France, ses principes mêmes (neutralité) n'étant pas compatibles avec les valeurs de l'école laïque et républicaine française, valeurs qui conduisent à privilégier certains points de vue et à en interdire d'autres ‘
http://www.lettres.uottawa.ca/vanden/wikipedia.html
wikipedia gène car elle n'est pas sous contrôle et certains de ses articles démontent les propagandes gouvernementales !
à Courageux_anonyme
De TARPON
17H45 | 31/07/2008 |
Je vous rappelle « Gilles Gabriel » ce rocker des annees 70 en plein retour avec son tube « flou de toi » qu'on trouvait partout,Facebook,copains d'avant.tentation d'en savoir plus et d'aller sur Wikipedia et de decouvrir la page dediee à Gilles Gabriel .La page est restee suffisamment longtemps pour etre consultee par des millions de gens dont beaucoup y croient encore .Gilles Gabriel etait lun des personnages crees pour l'occasion pour le film « la personne aux deux personnes »
http://www.mtchedeville.com/2008/04/gilles-gabriel-o-comment-crer-un.htm…
Il existe encore une faille (et de taille) sur wikipedia qui devrait generer pas mal de surprises.
à le poupre
De Révolutiona
Hawwah | 20H13 | 30/07/2008 |
Attention, à l'évolution des termes et des expressions dans le temps. Nous avons une académie française qui révise le dictionnaire, ce n'est pas pour rien.
Il existe un livre dont le titre est « Génocidé » écrit par une victime du Rwanda… c'est comme « être démissioné », « être suicidé »… donc une intervention extérieur…
Je crois qu'il faudrait plus s'intéresser à cette Cour. Je suis surprise qu'il y ait trois pays qui s'abstiennent et pas des moindres : j'ai relevé les Etats-Unis et la Chine…
Pour moi, tout crime commis d'une certaine ampleur dans un pays sans que les gouvernements réagissent doit avoir un arbitrage international. Et je pense notamment à tous ces phénomènes d'harcèlement moral et sexuel dans les entreprises qui touchent deux millions de personnes en France et qui ne sont pas vraiment « combattues ». Ce sont des tortures mentales. Dans mon cabinet de « psys », deux patientes me disaient qu'elles n'arrivent plus à lire, que des bandes dessinées… D'autres perdent la parole (aphasie), ou displexie… D'autres à 22h00 se mettent à insulter les autres… D'autres sont invalides et développent des tas de maladies parce que la justice de leur pays n'a pas voulu reconnaître leur préjudice. L'injustice est à elle seule une véritable maladie.
Il n'y a pas que Nüremberg, le Rwanda, la Yougoslavie… Je ne dois pas penser à tous les cas de figure, mais qui dit tortures sur un grand nombre de personnes, dit tribunal pénal international…
à Révolutiona
De jabier
31087
consultant dans les Landes | 15H34 | 31/07/2008 |
L'académie française ! Elle en est où ? Pas encore au G, je pense.
De pirouette
peanut freak | 16H05 | 30/07/2008 |
Rectification : el-Beshir n'est pas « sous le coup d'un mandat d'arrêt international ».
Le 14 juillet 2008, le Procureur, Luis Moreno-Ocampo, a soumis des éléments de preuve aux juges et a demandé qu'un mandat d'arrêt soit délivré à son encontre. Mais ce mandat d'arrêt ne peut être délivré que par des juges de la CPI et en aucun cas par le Bureau du Procureur.
Il appartient donc maintenant à une chambre composée de trois juges d'étudier les éléments fournis par le Procureur. Cette procédure peut (et va) prendre quelques mois. …
Cela peut paraître absurde de préciser ce genre de petits détails, mais malheureusement la couverture médiatique de la chose (avec ce genre d'erreurs balancées à tout va), donne pas mal de grain à moudre aux cerveaux qui considèrent que la Cour n'est qu'un instrument politique à l'encontre des pays en voie de développement-et plus particulièrement africains, vu que tous les cas devant la Cour sont, pour le moment, situés sur ce continent-et que Moreno-Ocampo en est le grand manitou démoniaque.
Rien que les déclaration du Conseil Paix et Sécurité de l'UA, qui demande au Conseil de Sécurité de l'ONU de suspendre les poursuites (ce qu'il est autorisé à faire par le Statut de Rome, traité fondateur de la Cour) à l'encontre d'el-Beshir, alors même que celles-ci n'ont pas commencé (et qu'on ne sait pas si les juges vont considérer la requête du Procureur comme recevable), montrent bien qu'il y a confusion/incompréhension quant au fonctionnment de cette instution. Et c'est un VRAI problème…
Alors s'il vous plaît, quand vous maniez des concepts aussi sérieux, évitez d'alimenter les polémiques avec ce genre d'erreurs !
Article très intéressant par ailleurs !
à pirouette
De Chloé Leprince
(auteur)
Rue89 | 16H13 | 30/07/2008 |
Bonjour pirouette
Merci de votre réaction. Vous lisant, je reconnais que la formule pouvait être ambigue, je l'ai donc remplacé dans l'article par la phrase suivante :
« Mi-juillet, un nouveau cas a débouché sur la reconnaissance avec l'inculpation du président soudanais Omar el-Béchir, pour lequel Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la CPI, a réclamé un mandat d'arrêt international. »
à Chloé Leprince
De Père_Ubu
Étudiant | 11H41 | 31/07/2008 |
Chloé,
votre correction n'est pas moins ambiguë
:
sur la reconnaissance…. mais de quoi ?
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 16H12 | 30/07/2008 |
Merci de tenter de nous faire comprendre l'extrême complexité du droit en matière de génocide et de crimes de guerre (j'ai toujours un rictus quand j'écris ces deux mots côte à côte).
--------------------
(d'après le wiki)
Il faut ajouter à cette explication le « controversé » article 7 du CPI, statué à Rome en 1998.
« Controversé » car il se termine par cette définition ouverte dont chacun peut se faire juge :
Est considéré comme crime contre l'humanité d'autres actes inhumains de caractère analogue (comme, entre autre, au génocide précité dans cet article) causant intentionnellement de grandes souffrances ou des atteintes graves à l'intégrité physique ou à la santé physique ou mentale.
----------------------
Enfin, je pense que l'on pourra rendre compréhensible toutes les lectures de ces jugements encore très jeunes dans l'histoire de l'humanité par une étape simple qui consisterait à remettre la charrue derrière les boeufs : celle de ne pas faire une sélection des criminels sur la seule lecture manichéenne de l'Histoire. Il faudrait voir le tribunal de La Haye respecter le principe fondamental d'un jugement, celui de permettre à tout le monde de témoigner.
Sinon, cela s'appelle un arbitrage privé et le droit le plus élémentaire se retrouve foulé comme un vulgaire tapie.
à Blaise11
De Père_Ubu
Étudiant | 11H53 | 31/07/2008 |
blaise11, je conçois mal les raisons de votre rictus. Quoiqu'il en soit les notions de génocide, crime contre l'humanité et crime de guerre sont des notions autonomes.
Un crime de guerre consiste en la violation par un Etat, une entité organisée militairement (p.e. guerilla), ou un de leur membre de normes impératives du droit international humanitaire. Celui-ci est constitué de différents traités internationaux, les plus importants étant les quatre conventions de Genève et leurs protocoles additionnels ainsi que les conventions de La Haye.
La notion de génocide est présentée dans le présent article.
Enfin, la notion de crime contre l'humanité est la pour protéger des populations civiles de situations qui n'entrent dans le champ d'application d'aucune des deux notions précédentes. Par exemple exactions commises par des populations civiles (≠ crime de guerre) sur des populations civiles et qui ne mènent à la destruction partielle ou totale de celles-ci (≠génocide).
Si votre rictus persiste peut-être devriez-vous vous instruire voire consulter…
à Père_Ubu
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 13H36 | 31/07/2008 |
!
Salut Papa Ubu.
Je dois dire que votre tentative d'explication est accompagné d'un certain aplomb.
Mais à cela il aurait fallu rajouter la justesse ou, à tout le moins, enlever l'invention de propos ou leur déformation…
Ceci dit, un dirigeant d'une armée sous contrôle d'un État et qui extermine une population civile, ne pourrait, selon vous, se voir juger aussi en tant que criminel contre l'humanité ?
La réponse est bien évidemment oui - je vous vois déjà acquiescer - tout autant qu'il pourrait être jugé pour génocide. Le génocide fait partie du champs sémantique d'un crime contre l'humanité. C'est pour cette raison que vous avez pu remarquer l'extrême difficulté que l'auteur de l'article a eu pour dépatouiller la seule notion de génocide.
Si les 3 notions sont autonomes, elles sont pourtant bel et bien intimement liées. Le génocide rentre dans le champs d'application d'un crime contre l'humanité.
Bon, tout ceci regarde les spécialistes et si vous en êtes un (ou en devenir) je vous demanderai de bien vouloir réfléchir plus au delà des textes déjà établis, de prendre de la distance par rapport aux différentes conventions et d'adopter un sens critique vis-à-vis d'elles… Pour rappel, l'homme est apparu il y a 200 000 ans, et vos conventions et jugement cadre, il y a 60 ans. Autant dire qu'il reste heureusement encore pas mal de boulot.
Sinon, pour ce qui est du rictus, je maintiens, je vais réécrire les deux mots, « crime de guerre », ah aha ah, cette fois-ci je me poile. Et le taré que je suis de vous donner une piste de réflexion :
la guerre n'est-elle déjà pas un crime ?
À bon entendeur, je vous dit « merdre ».
Blaise, antimilitariste qui vous conseille amicalement de lire Force ennemi de John Antoine Nau et Moravagine de Blaise Cendrars.
à Blaise11
De Père_Ubu
Étudiant | 14H05 | 31/07/2008 |
merdre à toi aussi Blaise (gonflé de me piquer ma réplique ! ),
je ne sais quels propos j'ai inventé ou déformé….
Concernant votre première question, je n'ai fait que distinguer le champ d'application matériel différent de ces trois notions et pris des exemples illustratifs. Ceux-ci n'épuisent ainsi pas la portée de la notion.
Ainsi dans l'exemple que vous prenez, le dirigeant en question peut à la fois avoir commis un crime de guerre, un crime contre l'humanité, ainsi qu'un génocide. Ces notions ne sont pas exclusives les unes des autres.
Vous avez raison quand vous dites qu'elles peuvent être étroitement liées.
Quant à votre seconde question, dire que la guerre est une posture idéologique (à laquelle je peux souscrire si vous me laissez ma chandelle verte et mon sabre à phynance) mais non juridique. Après des siècles de réflexions sur le « droit à la guerre » et la « guerre juste » certains pragmatiques (Dunant) sont convenus que quitte à ne pouvoir empêcher la guerre autant en régler les modalités pour éviter autant que possibles des souffrances inutiles. C'est le domaine du droit international humanitaire, et c'est dans cette perspective que je me suis exprimé.
Merci, également de votre soucis pour ma culture, et tacherais de lire « Force ennemie ». Quant au remarquable « Moravagine » il ne traite pas de la guerre autant que je m'en souvienne.
Meilleures salutations
à Père_Ubu
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 14H25 | 31/07/2008 |
Non, mais il traite de celui qui « consulte »…
Tout autant que le non moins remarquable Force ennemie, premier prix Goncours.
Pour le propos de mon premier post, je tentais de faire passer l'idée d'une certaine illégitimitée du tribunal de la Haye. Non pas pour son extistence plus que nécessaire, mais sa façon de juger les criminels. C'est certain, c'est un autre débat ! … intimement lié aussi, comme je le faisais remarquer (« le rendre compréhensible par tous ») Intelligible, il l'est. Juste, tout autant que certain jugement rendu dernièrement en France…
Je comprends votre propos pour ce qui est de juger des crimes au sein d'une guerre. Et l'ai toujours compris. Je sais qu'il sera difficile de comprendre le mien tant que je m'efforcerai à ne pas vouloir assimiler le vôtre. Sorte de militantisme primaire, je désire avant tout faire passer une émotion.
Sinon, pardon pour vous avoir coupé l'herbe sous le pied, cela fait partie de ma rhétorique. Prière, donc, de n'y voir aucun « parasitisme » : -)
Amicalité sincère
à Père_Ubu
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 16H40 | 31/07/2008 |
Ah, c'est sympa les pastilles, mais ce serait mieux d'expliquer les points de vue par écrit…
Bon, c'est pas grave.
Je considère que l'idée de refuser de but en blanc la guerre est considérer comme « naze » et qu'émettre un avis critique sur le tribunal de la Haye l'est tout autant.
Effectivement, il y a du boulot…
De pirouette
peanut freak | 16H17 | 30/07/2008 |
Merci pour la rectification !
De Phil2922
Retraite invalidité | 16H24 | 30/07/2008 |
le tyran soudanais Béchir va t-il rester 14 ans à pouvoir se balader en 4X4, comme le faisait Karadzic qui passait allègrement les check-points de l'Otan, protégé par les Américains et les russes… ? !
http://phil195829.overblog.com
à Phil2922
De le soudanais
ici et là | 11H21 | 01/08/2008 |
Bashir est sans doute le chef d'état encore en vie qui a le plus de sang de ses compatriotes sur les mains à l'heure actuelle (pas loin de 3 millions tout de même), mais - et je suis sérieux - je ne pense pas qu'on puisse le condamner pour génocide. crime de guerre, crime contre l'humanité, nettoyage ethnique et la liste est longue mais pas génocide. en dehors du fait que les preuves seront difficiles à trouver, il n'a pas cherché à éliminer un groupe dans sa totalité. je n'ai aucun respect, surtout du mépris pour l'homme, mais il est inutile de le condamner pour ce qu'il n'a pas fait, alors que la liste de ses crimes est longue, vraiment longue…
De compte supprimé 13
16H45 | 30/07/2008 |
non spécialiste en droit, je m'étonne de voir que l'on pourrait appliquer cette qualification (et ce qui en découle) de « génocide » à des événements antérieurs à la définition par les instances internationales.
Est-ce possible ?
Les Etats-Unis par exemple pourraient être poursuivis pour le génocide de chacune des Nations Indiennes ?
ma question est peut-être naive ? …
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 17H13 | 30/07/2008 |
on pourrait allez plus loin sur le sujet, en parlant de génocide(s) pour les massacres des indiens sur l'ensemble du (des) continents américains.
Que sont devenus les indiens de Cuba par exemple, ou comment qualifier la conquête du désert par Roca qui a consisté à l'extermination systématique et organisé des Mapuches et autres tribus de Patagonie dont certaines ont totalement disparues.
Ce ne sont que deux exemples, il y a en a de nombreux autres…
Je ne crois pas que parce qu'un mot n'a été créé récemment, que ce qu'il qualifie ne peut être appliqué à l'histoire. Après les crimes contre l'humanité étant imprescriptible, on peu t se demander si vous n'avez pas raison…
ce qui irait contre cela, c'est qu'on ne condamne pas un état mais des hommes, hommes morts et enterrés depuis bien longtemps pour ce qui est des massacres sur le continent américain
à dulconte
De compte supprimé 13
17H16 | 30/07/2008 |
C'est vrai que l'on peut aller très loin et ainsi bouleverser l'Histoire officielle.
Une sorte de « révisionnisme » douloureux pour beaucoup de pays…
Ce que j'aimerais aussi savoir c'est :
l'expression « Nettoyage ethnique » a-t-elle une assise juridique (définition, lois…) ou n'est-ce qu'un euphémisme pour génocide ? Une manière de minimiser ?
à compte supprimé 13
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 17H42 | 30/07/2008 |
N'y a t'il pas plutôt une révision de l'histoire en faveur des massacreurs (vainqueurs) dans l'histoire habituellement acceptée ?
Je n'ai aucune connaissance de droit non plus, mais on peut, me semble-t'il, parfaitement imaginer un nettoyage ethnique sans génocide.
Je pense aux indiens Quilmes qui après la chute de leur capitale au Nord de l'Argentine (province de Tucuman) ont été déportés vers le sud de la ville de Buenos Aires.
Mais cet exemple n'est pas bon car les conditions de déportation, presque 1500 de kilomètres à marche forcé qui ont tourné carnage seuls quelques dizaines arriveront au bout de leur galère. La ville où ils furent déportées s'appelle aujourd'hui Quilmes, la grande bière argentine porte aussi ce nom, mais le peuple a disparu.
à dulconte
De compte supprimé 13
18H17 | 30/07/2008 |
« N'y a t'il pas plutôt une révision de l'histoire en faveur des massacreurs (vainqueurs) dans l'histoire habituellement acceptée ? »
-------
bien entendu, c'est pour cela que si l'on devait réviser l'histoire officielle (la rééquilibrer en quelque sorte) pour requalifier des événements qu'ils ont passé sous silence, beaucoup de pays « vainqueurs » devraient réecrire leurs manuels…
à compte supprimé 13
De Père_Ubu
Étudiant | 11H32 | 31/07/2008 |
Ira, la notion de nettoyage ethnique n'est pas juridique mais historique.
Cela dit elle est plus large que la définition historique du génocide (et non juridique qui elle implique un jugement normatif par la qualification de crime). En effet, il peut y avoir nettoyage ethnique sans mort d'homme. Ainsi le déplacement de la population grecque présente sur le territoire Ottoman pour la concentrer uniquement sur le territoire de l'actuel Grèce est un nettoyage ethnique mais n'est pas un génocide.
Le nettoyage ethnique pourrait être défini comme la volonté de réduire à néant, ou du moins de rendre négligeable, la présence d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux sur un territoire donné.
Toutefois un génocide, s'il aboutit, est toujours un nettoyage ethnique.
à compte supprimé 13
De guiton
chargé d'enquête | 18H13 | 30/07/2008 |
A titre personnel ,je trouve effectivement qu'il s'agit d'un génocide (comme le massacre de nombreuses populations autochtones sur les continents américains océanien, africain ,etc.). D'ailleurs, le général Custer, héros américain, n'a-t-il pas clamé haut et fort qu'un bon indien est un indien mort ». Et quand on voit les conditions de vie réservées à ceux qui ont accepté de se « civiliser », on peut se demander si le but des déplacements dans les réserves étaient la mort des Indiens (apaches habitués au climat arides transférés en Floride où de nombreux sont morts de pneumonie ; tribus auxquelles on a imposé de vivre de l'agriculture sur des terres stériles ; etc.).
Mais les pays européens ne sont pas non plus exempts de tout reproche quand on voit les conditions dans lesquelles se sont passées certaines colonisations de territoires.
Enfin, les Etats-Unis et l'Europe sont dans le camp des vainqueurs donc des gentils et ils ne peuvent avoir commis des actes aussi atroces sans motif louable.
à compte supprimé 13
De Yawn
Chomiste | 20H30 | 30/07/2008 |
C'est exactement ce qui s'est passé à la fin de la guerre lorsque le crime contre l'humanité a été défini dans l'accord qui a créé le Tribunal de Nuremberg et qui a servi à poursuivre les criminels nazis (dont les crimes étaient antérieurs). Et cela a fonctionné de la même façon avec la loi française qui ne réprimait pas les crimes contre l'humanité avant la guerre et qui a utilisé cette loi pénale rétroactive (notamment pour juger Klaus Barbie, Paul Touvier et Maurice Papon).
Une telle démarche est contraire aux principes généraux du droit qui interdisent à la loi pénale d'être rétroactive. Cela dit, les mêmes personnes auraient pu être poursuivies pour assassinat. Je ne sais pas ce que donnerait une interprétation du Conseil Constitutionnel sur ce point lorsque l'article 61-1 de la Constitution sera applicable. Car le Conseil ne s'est jamais prononcé sur la constitutionnalité de la loi qui réprime le crime contre l'humanité.
Par contre il ne serait pas possible de poursuivre un pays pour génocide. En effet, les crimes impliquent une responsabilité individuelle. Cela voudrait dire que George Custer ou Ulysses Grant (s'ils étaient vivants) pourraient être poursuivis devant la Cour pour le génocide des nations indiennes. Mais pas un pays en tant que tel (l'Espagne ou les Etats-Unis pour les indiens du continent américain, l'Allemagne ou la France pour les juifs, la Serbie pour les bosniaques…).
à Yawn
De compte supprimé 13
21H05 | 30/07/2008 |
merci pour ces précisions.
en revanche - et c'est là toute l'ambiguité pour ma part - on a bien condamné les états quand il a fallu restituer les biens volés par des hommes et non par un état.