La BCE a « injecté des liquidités » : qu'est-ce que cela veut dire ?
Pour calmer les marchés affolés par les turbulences bancaires américaines, la Banque centrale européenne (BCE) a injecté ce lundi 30 milliards d'euros de liquidités dans les rouages intebancaires, alors que 51 établissements avaient soumis des offres pour un montant global dépassant 90 milliards.
Les milliards volent, mais que représentent-ils ? Que signifie, concrètement, « injecter des liquidités » ou « appels d'offre » ?
(NB : ceci est un article recyclé, l'original est ici).
Pour comprendre, il faut revenir aux principes de base de la politique monétaire. Ce qui suit se veut éclairant, mais je vous préviens, ce n'est pas toujours très sexy.
Pour commencer, contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les banques centrales qui créent de la monnaie. Ce sont principalement les banques commerciales. Lorsque ces dernières font un prêt, ce prêt atterrit sur un compte de dépôt : c'est de la monnaie.
Pour éviter que le crédit (et donc la création de monnaie) ne s'emballe, il faut que la Banque centrale puisse s'immiscer d'une façon ou d'une autre dans la relation entre les banques et les emprunteurs. Elle le fait à travers un instrument qu'on appelle les « réserves obligatoires ».
Le rôle des réserves
Quand le Crédit Agricole accorde un crédit de 100 000 euros à un client, le niveau des dépôts augmente de 100 000 euros. Si le taux de réserves obligatoires est de 2%, la banque doit alors conserver, sur un compte BCE peu rémunéré, 2% de ces nouveaux dépôts, soit 2 000 euros.
L'ensemble des « réserves » des banques, augmentées des pièces et des billets, est appelé la « base » monétaire. Ou encore, M0 (M zéro).
Si une banque n'a pas suffisamment de réserves pour exercer son activité de crédit comme elle le veut, que peut-elle faire ? Elle va chercher une autre banque qui, elle, dispose de plus de réserves qu'elle n'en a besoin. Elle va emprunter à cette autre banque les réserves dont elle a besoin, en échange d'une rémunération. Chacun y gagne : la première pourra faire son prêt, la seconde est ravie de pouvoir prêter des réserves qui, sinon, ne lui rapporteraient rien.
Le marché interbancaire
Ces échanges sont organisés sur un marché, le marché monétaire « interbancaire ». Sur ce marché s'échangent chaque jour de très grosses sommes, des prêts à court terme : un jour, une semaine, un mois.
Comme sur tout marché, l'offre et la demande se chargent de fixer le prix de la denrée qui y est échangée : si la demande d'argent à court terme (ou « liquidités ») est forte, alors les taux d'intérêt grimpent.
Si les banques se mettent à accorder toutes des crédits, alors elles font face à une pénurie de « réserves ». Conséquence : les taux d'intérêts menacent de s'envoler sur le marché interbancaire. Le risque, c'est qu'ensuite les banques répercutent cette hausse sur leurs clients, et que tout cela ne finisse par freiner la croissance.
La Banque centrale peut éviter ce scénario, car elle est dans une situation unique : elle a le monopole de la création de la denrée qui est échangée sur le marché interbancaire. Les banques peuvent en effet toujours se tourner vers elle pour emprunter les fameuses réserves.
Si la Banque centrale veut faire baisser les taux d'intérêts et pousser les banques à accorder davantage de crédits à leurs clients, elle peut donc leur prêter plus de réserves. C'est ce qu'on appelle, dans la presse, « injecter des liquidités ».
Les fameux « appels d'offre »
Comment l'opération a-t-elle lieu ? La BCE procède à des « appels d'offre » sur le marché interbancaire. Elle a proposé ainsi lundi de l'argent, sur un jour, au taux minimum de 4% (le « taux de refinancement » , qui est son principal « taux directeur »). Les banques répondent à cette offre en proposant des taux supérieurs à 4%, afin d'être certaines d'obtenir les liquidités dont elles ont besoin. La BCE examine le niveau de la demande, les taux proposés par les banques, et elle fixe alors un taux au-delà duquel les les « offres » sont servies.
Les liquidités sont alors distribuées. Un peu comme au Mont-de piété, la Banque centrale prend en gage (on dit « en pension ») des titres (bons du trésor, etc.).
Ces appels d'offre, en période normale, ont lieu toutes les semaines. Mais en cas de désordres financiers, la BCE procède à des « appels d'offre rapides » pour injecter ou retirer des liquidités. Dans ce cas, ce sont des opérations à très court terme : des prêts d'un jour.
Si la BCE intervient aujourd'hui massivement, c'est pour contrecarrer la méfiance qui s'est instaurée sur le marché interbancaire. Que se passe-t-il ? Les banques hésitent à se prêter mutuellement leurs liquidités, car elles craignent que certaines d'entre elles connaissent les même troubles que Lehman Brothers ou Merril Lynch, et qu'elles se retrouvent piégées par la crise des « subprimes ».
Numéro d'équilibriste
Alors vous me direz, quelles conséquences tout cela a-t-il avec la vie réelle ? Elles sont énormes. Si la Banque centrale surestime la crise et facilite une création monétaire trop importante, cela risque de déboucher sur une forte inflation (je n'y crois pas, mais bon). Si au contraire elle se montre trop timide dans son action, si elle ne parvient pas à dégripper le marché interbancaire, alors les taux d'intérêt se tendent, les crédits se tarissent, avec le risque de casser la croissance.
La Banque centrale tente de résoudre cette équation, ce qui se traduit par un numéro d'équilibriste : d'un côté elle inonde le marché interbancaire (et elle a raison de le faire), de l'autre elle refuse de baisser son taux d'intérêt directeur (4,25%), pour contrecarrer l'inflation. Un grand écart qui risque d'attiser les critiques qui lui sont adressées, notamment par le gouvernement français qui hésite, à son endroit, entre la carotte et le bâton.
Les décisions des Banques centrales, dans ces périodes de crises financières, sont capitales. En 1929, la Réserve fédérale américaine avait très mal réagi, choisissant de restreindre le crédit : le krach s'était transformé en crise économique majeure. En 1987, face à un krach boursier plus vertigineux encore, la FED et les autres banques centrales avaient fait l'inverse, ouvrant hardiment les vannes du crédit : l'économie n'avait pas été affectée. Et qui se souvient aujourd'hui du krach de 1987, surnommé à l'époque avec angoisse « le jour le plus bas » ?
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De Teez-teez
Back in the USSR | 15H56 | 15/09/2008 |
Est-ce qu'on peut vraiment comparer la crise de 29 avec le krach de 1987 ? il me semblait que la crise de 29 était une crise de l'économie réelle, liée à la surproduction de l'économie américaine…
à Teez-teez
De Eolas
Avocat | 17H10 | 15/09/2008 |
En effet, on ne peut pas comparer.
Lors du jeudi noir de 1929, le Dow Jones a perdu 13% en un jour.
Le 19 octobre 1987, il a perdu 22,6%.
à Eolas
De sissa
13H19 | 16/09/2008 |
Il faut regarder un peu au delà de ce qu'il s'est passé le jour « j ».
En 1987 l'indice Dow Jones est passé de 2300 à 1600 en quelques jours et s'est stabilisé ensuite.
Par contre en 1929, on a vu une chute de 350 à 200 en 2 mois.
L'autre différence, c'est bien que l'un des deux krachs n'a pas été suivi d'une crise économique.
à sissa
De Teez-teez
Back in the USSR | 12H45 | 17/09/2008 |
Je parlais des causes de la crise : si j'ai bien compris, en 1987, la crise était due à une crise de change, renforcée par la spéculation ? et en 1929, la crise était liée à la surchauffe de l'économie américaine, qui produisait trop et manquait de débouchés (corrigez-moi si je me trompe)
Donc dans un cas, on a une crise issue de la sphère réelle (1929), dans l'autre non ? ou je me plante totalement ?
à Eolas
De nemo3637
Déchoukeur | 22H17 | 17/09/2008 |
« La BCE a “ injecté des liquidités ” : qu'est-ce que cela veut dire ? »
ben en gros ça veut dire qu'« ils » ont pris de ton pognon pour le donner à des patrons qui ont de gros soucis. Merci pour eux.
à Teez-teez
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 07H13 | 16/09/2008 |
Dans les deux cas, il y avait des bulles speculatives et un decalage entre l'economie « reelle » et la bourse.
En commun avec 2007-2009 : une faillite des garde-fous et une proliferation d'outils accelerant les decalages.
Mais a la difference de 1929 et 1987, la bourse ne joue plus un role aussi central dans l'economie. Et les boites noires se sont multipliees comme autant d'excroissances totalement incontrolees.
à stephanemot
De Teez-teez
Back in the USSR | 12H46 | 17/09/2008 |
pourquoi la bourse ne joue plus un rôle aussi central dans l'économie ?
De zphilou
16H33 | 15/09/2008 |
Pour faire bref…(façon « Retour aux fondamentaux.. ! ! »)
1) La crise échappe aux économistes et autres experts, apprentis sorciers de service…(Les politiques.. ? ? ? N'en parlons même pas qu'ils sont mobilisés autout de leurs nombrils.. ! ! »)
2) Pour le clanpin moyen (tel votre serviteur) qu'est-ce que çà change… ? ? ? Rien… ? ? ?
3) Alors..reprenons tous en choeur « L'Aquoiboniste »…(Merci Serge… ! ! )
4)Et revenons sur terre au plus près des préoccupations du lambda standard :
De quoi de qu'est-ce au menu des grands de ce monde ce soir… ? ? ? ? ?
Rutabagas. ? ? ? Topinambours.. ? ? ? Soupe d'ortie.. ? ? ?
Je ne pense pas….Par contre, amis citoyens, armez-vous d'un bon jambon-beurre avant la taxe sur le lisier dévastateur de l'écologie si chère à nos gouvernants… ! ! !
Salutations…….Affamées… ! !
De Triquoise
rouge de honte | 17H25 | 15/09/2008 |
90 milliards débloqués par des banques pour sauver d'autres banques de la faillite.
On sauve combien de RMIstes et de RSAistes de la misère avec ça ?
D'ailleurs, il vient d'où, cet argent ? On va leur décerner une médaille ?
De Lucien_de_Rubempré
Splendeur et misère des court-disan... | 17H46 | 15/09/2008 |
Tant d'articles économiques tout d'un coup…vous préparez la sortie de la version « économique » de Rue89 en nous fournissant des « exemples » d'articles que l'on pourra y trouver ? : -)
C'est de bonne guerre.
à Lucien_de_Rubempré
De RedIsDead
19H15 | 15/09/2008 |
De bonne guerre en effet. Enfin, peut-être aussi que c'est relativement important et que, finalement, beaucoup d'emploi et donc la vie de beaucoup de personnes dépendent du choix des Banques Centrales en ces moments cruciaux.
Ensuite c'est peut-être utile de savoir de quoi on parle lorsque l'on possède un président qui critique démagogiquement et de manière répétitive le travail de la BCE. Ce qui est d'autant plus navrant lorsque l'on sait que ces critiques émanent d'une vision court-termiste du capitalisme et que cette même vision vient d'amener Wall Street au bord du gouffre.
Enfin petite suggestion pour le prochain article : pourquoi ne pas expliquer l'effet de levier et les principes de couverture pour comprendre les implications de la faillite de Lehman Brothers dans le monde de la finance et dans l'économie réelle ?
De Wicem Souissi
Journaliste | 19H55 | 15/09/2008 |
Votre numéro n'est pas seulement d'équilibriste.
Je viendrai vous voir
A +
De YggNobel
Errant | 20H37 | 15/09/2008 |
Je trouve cet article très peu compréhensible.
Vous dites :
« Pour commencer, contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les banques centrales qui créent de la monnaie. Ce sont principalement les banques commerciales. Lorsque ces dernières font un prêt, ce prêt atterrit sur un compte de dépôt : c'est de la monnaie. »
Très bien, dans ce cas pourquoi des banques font-elles faillite si elles peuvent créer de la monnaie ? (Ça semble d'ailleurs en contradiction avec la suite de votre article)
Enfin vous parlez d'emprunts faits par les banques commerciales aux banques centrales à des « taux directeurs ».
N'est-ce pas cela, plutôt, créer de la monnaie ?
(Et c'est là qu'on note la perversion du système économique actuel : les banques centrales se font rembourser les prêts qu'elles contractent aux banques commerciales avec… le futur argent qu'elles leur emprunteront)
De plus, quel pays ne serait pas soumis à une inflation exponentielle si toutes les banques pouvaient créer de la monnaie ?
à YggNobel
De Pascal Riché
(auteur)
7
Rue89 | 00H19 | 16/09/2008 |
Elles peuvent créer de la monnaie, mais il existe une corde de rappel, via le mécanisme des « réserves obligatoires ». En gros, elles créent de la monnaie, mais la Banque centrale tient la bride.
à Pascal Riché
De Pas lolo
fasciné | 04H01 | 16/09/2008 |
La corde « de rappel » à un noeud coulant. Que les banques européennes, à commencer par les espagnoles, ont noué elles-même, et sur laquelle Trichet a tiré il y a dix jours.
Serait intéressant d'expliquer que les banques commerciales déposent des titres en garantie des prêts court-termes de la BCE, et que la nature de ceux-ci a quelque peu évoluée.
Voir Ambrose Evans-Pritchard en Janvier :
http://www.telegraph.co.uk/money/main.jhtml ? xml=/money/2008/01/28/bcnspa…
Sur la nature des titres déposés en garantie à la FED par les banques américaines, c'est encore pire.
une joli photo pour illustrer la situation dans ce lien :
http://www.marketoracle.co.uk/index.php ? name=News&file=article&sid=6251
Et pour se donner une idée de la « fluidité » du marché aux states, il faut savoir que les enchères de la FED de dimanche ont vu des demandes de fonds à 6%, pour un taux de base de 2%. Il a fallu que la FED remette au pot pour que le taux descende à 3,5.
http://www.bloomberg.com/apps/news ? pid=newsarchive&sid=aKojF4cu6lpg
De yapadebug
20H59 | 15/09/2008 |
Moi ce que je veux savoir c'est qui prend la décision « d'injecter des liquidités » ou pas. QUI ? Trichet ? Tout seul ?
à yapadebug
De Pascal Riché
(auteur)
7
Rue89 | 00H25 | 16/09/2008 |
Le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne donne les grandes orientations (maintien ou non des taux directeurs, etc).
Le directoire (président, vice-président, quatre autres membres) pilote au quotidien la politique monétaire.
De marcus olibrius
21H09 | 15/09/2008 |
Bref, tout va bien, le moteur bouffe de l'huile, pollue, on remet de l'huile, jusqu'à ce qu'on pète les bielles et le joint de culasse, c'est 1929 et la guerre qui a suivi. Il y a des gens qui ont trouvé comment éviter ça :
http://www.nouvellegauche.fr/PDF/contribution_URGENCE_SOCIALE.pdf
De Wicem Souissi
Journaliste | 22H02 | 15/09/2008 |
c amusant
De Mehdi
19H49 | 16/09/2008 |
Ceci est ce qu'on appelle le « seigneuriage“[sic ! ].
Et il n'y a pas meilleur mot pour décrire la chose :
http://www.fauxmonnayeurs.org/articles.php ? lng=fr&pg=8
De Carmagnole
retraité de l'Education Nationale | 21H04 | 16/09/2008 |
Questions basiques…OU EST L'ÊTRE HUMAIN DANS TOUS CES ARTICLES « ECONOMIQUES » ?
L'économie est-elle au service des êtres humains pour la satisfaction de leurs besoins fondamentaux ou une fin en soi ?
Ces problématiques essentielles pour les 6 milliards et plus d'humains vivants sur la planète sont toujours absentes des « analyses,articles,commentaires,exposés…des experts ès-économie » ? ? ?