Europe: cinq questions sur le référendum irlandais

Seul Etat à avoir soumis le traité de Lisbonne au référendum, l'Irlande vote ce jeudi. Peut-elle bloquer le projet ratifié par les autres ?

Affiche pour le oui, à Dublin, le 11 juin (Andrew Winning/Reuters).

L'Irlande vote ce jeudi sur le traité de Lisbonne, qui vise à réformer l'organisation des institutions européennes, pour les rendre plus efficaces. C'est le seul Etat à avoir choisi de soumettre le traité au référendum. Les autres, échaudés par les non français et néerlandais de 2005, ont préféré passer par la plus prudente voie législative.

Le vote aura lieu toute la journée, mais les résultats officiels ne seront connus que vendredi après-midi. Dans toute l'Europe, les responsables politiques s'inquiètent : si l'Irlande (1% de la population européenne) vote non, la réforme des institutions, sur laquelle ils planchent depuis huit années, devra-t-elle être de nouveau remise sur le métier ?

Quelles sont les chances du oui et du non ?

Au début de la campagne, le oui était largement en tête. Mais le non a pris petit à petit de l'ampleur. Jusqu'à ce qu'un sondage, à la fin de la semaine dernière, le donne gagnant. Selon cette enquête d'opinion publiée par le Irish Times, le nombre de personnes en faveur du non a presque doublé, passant de 17 à 35% en trois semaines, alors que le nombre des oui a décrû de cinq points pour s'établir à 30%. D'autres sondages ont donné le oui gagnant. Mais le camp du oui craint une faible participation, qui jouerait en faveurs des nonistes » , généralement plus motivés que les ouistes .

Quels sont les camps en présence ?

On retrouve un clivage proche de celui qu'on pouvait constater en France lors du référendum de 2005, avec d'un côté un camp du oui animé par les élites et les principales organisations politiques et syndicales du pays, et de l'autre une coalition hétéroclite de petits partis et associations :

Côté oui : le gouvernement de Brian Cowen, la plupart des partis politiques, le patronat, le puissant lobby agricole, les responsables des syndicats.

Côté non : le Sinn Féin, parti nationaliste, est le seul mouvement politique représenté au parlement (4 députés sur 166) à appeler à voter non (voir la vidéo)


Quelques associations catholiques antiavortement (qui craignent une harmonisation des législations), animent également la campagne du non. A noter le rôle joué par l'association ultralibérale Libertas fondée par le milliardaire Declan Ganley : catholique pratiquant, père de quatre enfants, il s'est juré de faire dérailler le traité de Lisbonne. Il a fait fortune dans le commerce avec la Russie et les pays de l'est de l'Europe.

Quels sont les arguments des nonistes » ?

Démocratie : le traité est abscons, pesronne ne peut comprendre ses enjeux, il est antidémocratique.

Place de l'Irlande dans l'UE : avec la limitation du nombre de commissaires européens,il n'y aurait de commissaire irlandais que pendant 5 ans tous les 15 ans.

Fiscalité : selon les nonistes, une plus grande intégration de l'Europe risque de nuire à l'Irlande : l'UE ne manquera pas selon eux de chercher à harmoniser les fiscalités. Or le pays a en effet profité du faible niveau de son impôt sur les entreprises (12,5% des bénéfices). Le traité de Lisbonne ne dit pas un mot sur le sujet.

Neutralité : l'Irlande est un pays traditionnellement neutre, pour des risons historiques (la proximité avec la Grande Bretagne). Les partisans du non mettent en garde contre un rapprochement de l'UE et de l'OTAN, contraire selon eux aux intérêts de l'Irlande. L'Irlande a toujours eu une rétiscence vis à vis d'une trop grande intégration européenne en matière de défense ou de sécurité, comme l'explique Bernadette Andreosso-O'Callaghane, professeure d'économie internationale à l'University of Limerick : (Ecouter le son)



Avortement : il est interdit par la Constitution Irlandaise. Selon les opposants à l'avortement, la Charte des droits fondamentaux du traité risque (ce qui est très discutable) d'affecter cette disposition constitutionnelle qui reconnaît le droit à la vie de l’enfant à naître . Le traité de Lisbonne reconnaît le droit à la vie des personnes , et confie à la Cour européenne de Justice le droit d'interpréter cet article.

Pourquoi le non » a-t-il mordu sur l'opinion ?

Les partisans du traité de Lisbonne fustigent, non sans mauvaise foi, l'ingratitude des nonistes irlandais . Après tout, disent-ils, le pays est l'un de ceux qui ont le plus profité de l'Union européenne et de ses fonds structurels pour se développer. Dans les années 1990, les aides européennes représentaient jusqu'à 3% du PIB !

Quand l'Irlande est entrée dans la Communauté européenne en 1973, son PIB par habitant était d'un tiers inférieur à la moyenne euopéenne. Aujourd'hui, il se situe dans le peloton de tête européen, en seconde position juste derrière celui du Luxembourg... Et le tigre celtique est devenu contributeur net au budget européen.

Mais l'économie traverse cette année une mauvaise passe. Le taux de croissance a chuté (de 5,3% l'an dernier, il pourrait terminer à 2.5% cette année) et le nombre de chômeurs a atteint son plus haut niveau depuis dix ans... L'ambiance n'est plus à la fête dans l'économie irlandaise.

Selon Bernadette Andreosso-O'Callaghan, le non a progressé lorsque les Irlandais ont pris conscience des enjeux du référendum et pointé la question du déficit démocratique de la construction européenne : (Ecouter le son)



Elle trouve certains points de comparaison avec la campagne française, même si les Irlandais ne se sont pas plongés, à la différence des Français, dans une lecture passionnée du texte du traité de Lisbonne : (Ecouter le son)



Quelles seraient les conséquences d'un non ?

Avec ses 4,5 millions d'habitants, l'Irlande peut-elle bloquer un projet que doivent ratifier tous les autres pays, représentant 480 millions d'habitants ? C'est un cauchemar agité par le camp du oui, redouté à Bruxelles. José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a prévenu : Il n'y a pas de plan B. » En cas d'échec du oui, trois solutions sont possibles :

Abandon du traité de Lisbonne, retour au cadre actuel (traité de Nice)

Renégociation générale du traité (mais les héros commencent à être fatigués de jouer les Sisyphe)

Octroi de clauses dérogatoires, réservées aux Irlandais, suivi d'un second vote. C'est l'option qui avait été retenue en 2002 pour le traité de Nice, que les Irlandais avaient rejeté, dans sa version initiale, par référendum.

C'est la troisième option qui est la plus probable : des protocoles peuvent ainsi prévoir des dérogations irlandaises sur les questions de l'avortement ou de l'intégration de la défense européenne. La technique de l' opting out existe, et elle a déjà servi pour éviter des clashes. Mais les défenseurs du traité en parlent le moins possible car pour dramatiser l'enjeu du référendum, mieux vaut cacher la possibilité d'un plan B .

Ce qui est certain, en tout cas, c'est qu'un non irlandais gâcherait la fête de Nicolas Sarkozy, qui s'apprête à prendre, le 1er juillet, la présidence de l'Union européenne pour six mois.

A lire aussi : Quand Bernard Kouchner apporte sa contribution au non irlandais, l'édito de Pierre Haski.


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Par Béatrice1
02H10    12/06/2008

Le problème du référendum, c’est que les électeurs répondent très rarement à la question posée : on a eu en France un non largement anti-Chirac (alors qu’il avait été élu avec 82% des suffrages exprimés), et les nonistes agitaient la menace d’une INTERDICTION de l’avortement et du divorce. Les Irlandais ont aussi des griefs contre leur gouvernement en ce moment, et les nonistes agitent la menace de l’OBLIGATION de légaliser le divorce et l’avortement.

Il n’y a pas grand chose de rationnel dans tout ça.

L’Irlande, pendant toute son histoire jusqu’à ces 25 dernières années, était un pays misérable, il est aujourd’hui méconnaissable. Les Irlandais ne sont PAS anti-libéraux, c’est un non-sens de croire ça - ils sont au contraire TRES libéraux, au sens économique du terme : c’est au libéralisme qu’ils doivent leur soudaine et récente prospérité, et ce que les nonistes craignent c’est que l’Europe les empêche d’être aussi libéraux ! (Les Français ne sont PAS anti-libéraux à 55% non plus.)

Je suis certaine que si le Premier ministre irlandais (ou Sarkozy) soumettait la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme à référendum le non l’emporterait !

Le camp du non (en Irlande comme en France) rassemble un bric-à-brac de gens plus ou moins respectables. La construction européenne est une démarche visionnaire, il n’y a vraiment pas à se vanter d’avoir voté non.

 
Par siko
03H20    12/06/2008

Si ils votent non, je crains que l’Europe ne rentre dans une impasse. C’est tout à fait ridicule. Peur du changement ? Je crois que c’est cela qui fait peur à pas mal d’européens, ils croient qu’en refusant toute avancée, ils garderont leur niveau de vie tel qu’il est aujourd’hui.

Vous ne comprenez pas ? Comme l’a dit Bayrou aujourd’hui, nous sommes dans une période de changement, c’est la fin de l’énergie à gogo et pas cher. Votre pouvoir d’achat baisse, que voulez-vous c’est comme ça, aucun politique ne peut rien y changer, alors s’attaquer à l’Europe c’est facile.

De toute façon, ce texte passera que les irlandais le veuille ou non, si ils ne le veulent pas, ce sera sans eux. Ou avec eux, mais leurs politiques ne leur diront pas, comme on a du le faire avec les français. Il faut aller de l’avant que les peuples le veuillent ou non.

 
Par richelieu94
10H12    12/06/2008

Les arguments du Oui n’ont pas bougés d’un iota. On a toujours droit à « c’est un vote idéologique » (laquelle idéologie?), « c’est un vote de refus » (anti…, anti-chirac a l’époque parait il), « c’est un vote de conservatisme « (au choix des privilèges, des acquis, des systèmes en place). A l’époque Mme Ockrent (ex-fausse journaliste, vraie people) avait même osé dire que les partisans du Non étaient moins éduqués, de niveau social moindre, des cons quoi… et pauvres pouahhh!…

Mais les tenants du Oui ne se demandent pas pourquoi logiquement on vote Non à un texte qui n’a que peu changé… Le Non l’emporte grâce à une conviction profonde: on cherche à imposer derrière le terme générique « construction européenne » une Europe qui ne nous concerne en rien… D’abord il est à peu près illisible, il propose un système imparfait, plein de faille et d’errance, il cache (ou peut cacher ce qui est pareil)des motivations plus profondes… La vérité est que nos élités européennes s’en tapent d’avoir une constitution, on pérpare un système vérrouillé, sans démocratie accessible pour nous les citoyens, une europe qui ressemblera plus à une assemblée de banquiers qu’à une agora citoyenne…

S’ils veulent une constitution j’ai une piste pour eux:

Réunir un conseil de quarante « sages », personalités européennes et nationales majeures qui ont eu une action déterminante… on en a pas ? mais si allez pensons à Mme Simonde Weil, Jacques Delors, Vaclav Havel, Felipe Gonsalez, quelques philosophes, etc… Enfin un aréopage représentatif d’une europe intellectuelle et humaniste
Demandons leur de plancher sur un texte qui reprendraient en préambule les lignes inconditionelles des traités européens majeurs et intangibles (liberté de circulation dans l’espace européen, etc)…
Demandons leur ensuite, en 30 articles maximums, de poser les bases philosophiques, morales et juridiques communes de l’Europe telle que la voudraient les citoyens (nous pouvons nous entendre sur les bases que sont la liberté d’oppinion, d’entreprendre, la démocratie directe, les droits de l’Homme et de la Femme, etc)
Finaliser ce texte des « Sages de l’Europe » et le donnait à lire..
Organiser une consultation sur un an des peuples, écouter leurs craintes et leurs sugestions… en tirer les enseignements…
le proposer en plébiscite, éloigner les politiques, ne s’intéressaient qu’aux valeurs que nous européene nous souhaitons voir inscrites dans le marbre de nos convictions…
Enfin, que les sages le déclarent publiquement, en un lieu symbolique de notre histoire européenne, comme étant notre table de la loie, la pierre philosophale sur laquelle les politiques européens doivent se reposer pour construire une europe respectueuse de nos désirs…

Si nous ne pouvons pas faire ça, si nous ne pouvons nous définir comme un espaces socio-culturel cohérent philosphiquement et humainement, si nous n’avons pas de valeurs chevillées aux ames, arrêtons tout… contentons nous de voter des quotas de lait et de sardines… l’europe des assureurs et des commerçants se fera sans nous de toutes façon, enfin sur notre dos….

 
Par syaranosui
10H29    12/06/2008

« Peur du changement ? Je crois que c’est cela qui fait peur à pas mal d’européens, ils croient qu’en refusant toute avancée, ils garderont leur niveau de vie tel qu’il est aujourd’hui. »

De mon point de vue, c’est justement une peur de la continuité et une envie de changement que veulent certains opposants au non.

Une Europe encore plus libérale n’est peut-être pas la solution que les citoyens veulent car ils se rendent de plus en plus compte que le système actuel n’est plus ce qu’il était il y a 20 ans et qu’il est sur un posible déclin, que l’Europe se borne à continuer sur cette voie semble une hérésie à leurs yeux (à tort ou à raison).

Les petits pays s’inquiètent de la perte de représentation, laisser les pays poids lourds (actuellement à droite, et pas vraiment axés sur le social de manière générale) décider de l’avenir économique de plus petits (qui n’ont pas forcément les mêmes objectifs et les mêmes problèmes) ne les enchante pas.

Au final, ça ressemble presque à un système purement majoritaire, dans lequel les minorités n’auront justement plus leur mot à dire.

C’est en tout cas ma crainte, je suis fervent partisan d’une Union Européenne, mais pas de cette manière.

 
Par jjezfm
11H02    12/06/2008

a propos du traitement mediatique en France…

j’ai vu le JT de C+ hier, d’habitude sérieux, j’étais bouche bée :

le commentateur français nous expliquait très sérieusement que les nonistes racontent n’importe quoi, qu’ils sont de mauvaise foi, et que les irlandais sont bien ingrats de ne pas voter oui après avoir reçu autant de sous

je crois que perdre sa liberté en échange de l’argent reçu, ça porte un nom, et que, comme en 2005 en France, on trouve dans les deux camps des gens convaincus et des gens de mauvaise foi

mais surtout, depuis 2005, les journalistes français n’ont toujours pas compris. En fait, le problème, c’est combien de « vrais » journalistes reste-t-il au sein de la profession ? merci rue89 et quelques autres…