
Ce que signifie, concrètement, « la BCE a injecté des liquidités »
La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé lundi avoir injecté de nouveau 47,66 milliards d'euros, pour détendre un peu l'atmosphère sur les marchés financiers. La semaine dernière, elle avait déjà introduit dans les circuits bancaires 156 milliards d'euros… Les milliards volent, mais que représentent-ils ? Que signifie, concrètement, « injecter des liquidités » ?
Pour comprendre, il faut revenir aux principes de base de la politique monétaire. Ce qui suit se veut éclairant, mais je vous préviens, ce n'est pas toujours très sexy.
Pour commencer, contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les banques centrales qui créent de la monnaie. Ce sont principalement les banques commerciales. Lorsque ces dernières font un prêt, ce prêt atterrit sur un compte de dépôt : c'est de la monnaie.
Pour éviter que le crédit (et donc la création de monnaie) ne s'emballe, il faut que la Banque centrale puisse s'immiscer d'une façon ou d'une autre dans la relation entre les banques et les emprunteurs. Elle le fait à travers un instrument qu'on appelle les « réserves obligatoires ».
Le rôle des réserves
Quand le Crédit Agricole accorde un crédit de 100000 euros à un client, le niveau des dépôts augmente de 100000 euros. Si le taux de réserves obligatoires est de 2%, la banque doit alors conserver, sur un compte BCE peu rémunéré, 2% de ces nouveaux dépôts, soit 2000 euros.
L'ensemble des « réserves » des banques, augmentées des pièces et des billets, est appelé la « base » monétaire. Ou encore, M0 (M zéro).
Si une banque n'a pas suffisamment de réserves pour exercer son activité de crédit comme elle le veut, que peut-elle faire ? Elle va chercher une autre banque qui, elle, dispose de plus de réserves qu'elle n'en a besoin. Elle va emprunter à cette autre banque les réserves dont elle a besoin, en échange d'une rémunération. Chacun y gagne : la première pourra faire son prêt, la seconde est ravie de pouvoir prêter des réserves qui, sinon, ne lui rapporteraient rien.
Le marché interbancaire
Ces échanges sont organisés sur un marché, le marché monétaire « interbancaire ». Sur ce marché s'échangent chaque jour de très grosses sommes, des prêts à court terme : un jour, une semaine, un mois.
Comme sur tout marché, l'offre et la demande se chargent de fixer le prix de la denrée qui y est échangée : si la demande d'argent à court terme (ou « liquidités ») est forte, alors les taux d'intérêt grimpent.
Si les banques se mettent à accorder toutes des crédits, alors elles font face à une pénurie de « réserves ». Conséquence : les taux d'intérêts menacent de s'envoler sur le marché interbancaire. Le risque, c'est qu'ensuite les banques répercutent cette hausse sur leurs clients, et que tout cela ne finisse par freiner la croissance.
La Banque centrale peut éviter ce scénario, car elle est dans une situation unique : elle a le monopole de la création de la denrée qui est échangée sur le marché interbancaire. Les banques peuvent en effet toujours se tourner vers elle pour emprunter les fameuses réserves.
Si la banque centrale veut faire baisser les taux d'intérêts et pousser les banques à accorder davantage de crédits à leurs clients, elle peut donc leur prêter plus de réserves. C'est ce qu'on appelle, dans la presse, « injecter des liquidités ».
Les fameux « appels d'offre »
Comment l'opération a-t-elle lieu ? La BCE procède à des « appels d'offre » sur le marché interbancaire. Elle a proposé ainsi lundi de l'argent, sur un jour, au taux minimum de 4% (le « taux de refinancement » , qui est son principal « taux directeur »). Les banques répondent à cette offre en proposant des taux supérieurs à 4%, afin d'être certaines d'obtenir les liquidités dont elles ont besoin. La BCE examine le niveau de la demande, les taux proposés par les banques, et elle fixe alors un taux au-delà duquel les les « offres » sont servies.
Les liquidités sont alors distribuées. Un peu comme au Mont-de piété, la Banque centrale prend en gage (on dit « en pension ») des titres (bons du trésor, etc.).
Ces appels d'offre, en période normale, ont lieu toutes les semaines. Mais en cas de désordres financiers, la BCE procède à des « appels d'offre rapides » pour injecter ou retirer des liquidités. Dans ce cas, ce sont des opérations à très court terme : des prêts d'un jour.
Si la BCE intervient aujourd'hui massivement, c'est pour contrecarrer la méfiance qui s'est instaurée sur le marché interbancaire. Que se passe-t-il ? Les banques hésitent à se prêter mutuellement leurs liquidités, car elles craignent que certaines d'entre elles aient massivement investi dans l'immobilier américain, et se retrouvent piégées par la crise actuelle des « subprimes ».
Vous êtes toujours là ? Bravo ! Numéro d'équilibriste
Alors vous me direz, quelles conséquences tout cela a-t-il avec la vie réelle ? Elles sont énormes. Si la Banque centrale surestime la crise et facilite une création monétaire trop importante, cela risque de déboucher sur l'inflation (je n'y crois pas du tout, mais bon). Si au contraire elle se montre trop timide dans son action, si elle ne parvient pas à dégripper le marché interbancaire, alors les taux d'intérêt se tendent, les crédits se tarissent, avec le risque de casser la croissance.
La Banque centrale tente de résoudre cette équation, ce qui se traduit par un numéro d'équilibriste : d'un côté elle inonde le marché interbancaire (et elle a raison de le faire), de l'autre elle annonce qu'elle augmentera son taux d'intérêt directeur en septembre, pour contrecarrer l'inflation… Ce grand écart commence à lui valoir des critiques. Ainsi, dans une interview au Monde , Thierry Breton, ancien ministre des Finances, aujourd'hui prof à Harvard, se demande si elle n'est pas en train de devenir « prisonnière de sa stratégie de hausse des taux, à contre courant d'un renversement de cycle économique qui pourrait bien intervenir plus tôt que prévu, en 2008 »…
Les décisions des Banques centrales, dans ces périodes de crises financières, sont capitales. En 1929, la Réserve fédérale américaine avait très mal réagi, choisissant de restreindre le crédit : le krach s'était transformé en crise économique majeure. En 1987, face à un krach boursier plus vertigineux encore, la FED et les autres banques centrales avaient fait l'inverse, ouvrant hardiment les vannes du crédit : l'économie n'avait pas été affectée. Et qui se souvient aujourd'hui du krach de 1987, surnommé à l'époque avec angoisse « le jour le plus bas » ?
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De Servais-Jean 4591
Retraité | 02H26 | 14/08/2007 |
Pour bien comprendre il faudrait prendre des notes.
Mais comme je suis à la retraite et qu'il n'est pas question que je me recycle en banquier, cet article un peu trop technique, parcequ'il se veut complet, me convient parfaitement.
Donc Merci.
à Servais-Jean
De
10H02 | 14/08/2007 |
Enfin des journalistes qui font leur boulot d'explication. N'hésitez pas à reecommencer.
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 18H43 | 14/08/2007 |
Vous avez raison
mais tout n'est pas clair pour moi.
Je ne comprends pas la phrase ci-dessous :
» ……
L'ensemble des « réserves » des banques, augmentées des pièces et des billets, est appelé la « base » monétaire. Ou encore, M0 (M zéro).
»
à Claude PELLETIER
De
18H15 | 15/08/2007 |
ne pas comprendre « réserves » au sens habituel du terme
les billets detenus par les banques
plus la monnaie speciale qu'elle possede (la monnaie banque de france)
egale l'indicateur Mo
De
11H48 | 16/08/2007 |
Merci de cette explication excellente que je n'ai entendu ni à la radio, ni ailleurs.
Je craignais que ce soit encore de l'argent public de nos impôts. Ce n'est pas le cas.
Reconnaissance. Paul Maridet 69610 haute-rivoire
De
14H07 | 16/08/2007 |
Bravo pour l'article
Bravo pour le commentaire
Une leçon d'économie + une leçon de journalisme : c'est rare et ça en fait tout le prix
à Servais-Jean
De
13H13 | 14/08/2007 |
Il y a un lézard dans votre exposé.
Les banques ne peuvent préter que ce qu'elles ont et non pas créer in-extenso de la monnaie.
Et ce qu'elles ont ce sont soit les dépôts des clients, qui ne leur appartiennent pas, soit l'argent qu'elles empruntent à la Banque centrale ( au taux de base) ou ailleurs (au taux interbancaire).
Janus Simplet
De
15H09 | 14/08/2007 |
Bien sur que si on peut préter ce que l'on n'a pas.
C'est le principe même de la création de monnaie par le crédit.
De
15H50 | 14/08/2007 |
Vraiment simplet ! Il faut relire l'article absolument : ce sont les banques commerciales qui créent la monnaie « ex nihilo », à partir de rien d'où la necessité d'une banque centrale qui peut limiter ce pouvoir exorbitant ou bien mettre de l'huile dans des rouages qui se grippent comme c'est en train de s e produire
De
18H26 | 14/08/2007 |
Je vais fonder une banque, elle se prètera de l'argent. Les comptes seront équilibrés puisque crédit et débit seront équivalents. Elle construira un hôtel, achètera un bâteau et une grosse voiture. A moi la grande vie.
Non, ce n'est qu'un rêve, seule les banques centrale créent et la monnaie en prêtant l'argent aux banques commerciales. Injecter c'est prêter plus que d'habitude, mais après on récupère et on détruit.
Janus Simplet
De
00H07 | 15/08/2007 |
Si vous faîtes cela, il faudra deux conditions que vous ne remplirez pas :
1. si vous créditez votre compte d'une somme, il faudra que le vendeur imagine que vous puissiez le payer. Or, vous ne le pourrez pas, puisque votre banque (qui n'est que vous-même) devra alors débourser la somme d'argent.
Une banque commerciale n'est pas dans ce cas. Quand elle doit payer l'achat d'un de ces clients, cet achat n'est qu'un élément. Certains de ses clients reçoivent des revenus, ce qui permet in fine de se compenser.
2. de plus, si vous voulez vous acheter une voiture, encore faut-il que vous ayez les réserves obligatoires pour payer la banque centrale.
De
16H38 | 14/08/2007 |
A croire que vous n'avez pas lu l'article que vous contestez !
De PonG 14407
rationaliste fondamentaliste à Pari... | 17H06 | 14/08/2007 |
Si, si j'ai bien compris justement, les banques commerciales peuvent prêter bien plus que ce qu'elles n'ont (en gros 6 fois plus). Donc les banques sont bel et bien créatrices de monnaies (scripturale et pas fiduciaire). Une monnaie provisoire (elle disparait avec la fin du crédit) mais une monnaie quand même puisqu'elle permet d'acheter un bien ou un service.
Une assez bonne explication se trouve là (un peu orienté mais ça me semble tenir la route) :
http://www.local.attac.org/13/documents/doc16.htm
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 19H33 | 14/08/2007 |
Ciel ! Vous ne pouvez pas être sérieux ! Croyez-vous vraiment que le système ne prête que l'argent des dépots ?
je souhaite que l'auteur parle un peu de M1, M2 et M3, des produits dérivés et des opérations « hors-bilan »…
En attendant, le probléme des subprime n'est plus économique, mais social. 7 000 000 d'Américains risquent d e perdre leur résidence principale. Si ce n'est pas réglé, on risque une révolution aux USA.
http://www.nouvellesociete.org/401.html
Pierre JC Alard
à pierrejcallard
De
15H46 | 17/08/2007 |
Une révolution aux USA ?
ah enfin une bonne nouvelle !
De Pascal Riché (auteur) 7
Rue89 | 08H35 | 15/08/2007 |
Vous vous trompez, Janus. Ce ne sont pas les dépôts qui font les crédits, mais les crédits qui font les dépôts !
Tout crédit accordé par une banque augmente la masse monétaire en créant un dépôt bancaire de montant équivalent…
à Servais-Jean
De sderaedt
14H33 | 14/08/2007 |
Bravo pour ces explications ! Enfin un journaliste qui prend la peine de s'adresser aux lecteurs profanes pour les rendre meilleurs lecteurs ! Je travaille dans le milieu bancaire et je trouve cet article bien réussi. A refaire sur d'autres sujets voire celui là !
à Servais-Jean
De
15H27 | 14/08/2007 |
bonjour,
j'ai moi aussi bcp aimé l'article mais une question me tarabuste. Si, d'un côté, la fameuse main invisible de l'ami Milton doit permettre une auto-régulation complète et parfaite des marchés pourquoi faut-il donc alors que dans le saint des saint du capitalisme (le marché inter-bancaire, allez Wéber) l'argent public ou émanant d'organisme public vienne au secours des acteurs privés ?
Sachant que, au final, nos amis des fonds de pensions, d'investissement ou autres analystes des banques d'affaires continuent de jouer avec les crédits susnommés, susévoqués et là, à priori, susinvestis ?
De
16H12 | 14/08/2007 |
Parceque, contrairement au dogme libéral, la neutralité de la monnaie en économie est un leurre.
De
21H59 | 14/08/2007 |
parce que comme le pratiquent tous les unltra-liberaux , et contrairement à leur credo, ils ne jurent que par la privatisation des profits, mais bien sûr par la la mutualisation des pertes !
De Pascal Riché (auteur) 7
Rue89 | 08H32 | 15/08/2007 |
La réponse est dans votre question, non ? (et la main invisible n'est pas celle de « Milton », mais d'« Adam »)…
à Servais-Jean
De
18H17 | 15/08/2007 |
http://video.google.fr/videoplay ? docid=5547481422995115331
voilà ce que signifie rue89.
à Servais-Jean
De
18H22 | 15/08/2007 |
bonjour,
je suis d'accord avec le commantaire précédant.
merci à RUE89 pour ses article.
Philippe
De janis.Hese
02H58 | 14/08/2007 |
excellentes explications des termes techniques d'échanges bancaires qui nous expliquent pourquoi on a failli ou on est en train de froler une crise comparable à celle de 1929.
Est-il encore vrai que pour se préconiser de telles problèmes en Europe la Deutsch Bank (une des banques les plus imprtantes d'Europe) a d'énormes volumes d'or en Amérique ? Cerla risque d'être encore préoccupant si à cause des « subprime » des banques américaines manquent de cash pour palier au mauvais payeur et se servent.
à janis.Hese
De
10H52 | 14/08/2007 |
Extrait d'un article trouvé sur le Web :
En tonnes, voici les 20 plus importantes réserves d'or de pays dans le monde ainsi que celle du Fond Monétaire Mondial. Notez que pour l'Italie cela inclut la précieuse réserve d'or du Vatican. Richesses du Vatican :
1 United States 8 133,5
2 Germany 3 427,8
3 International Monetary Fund 3 217,3
4 France 2 892,6
5 Italy 2 451,8
6 Switzerland 1 290,1
7 Japan 765,2
8 Netherlands 722,4
9 European Central Bank 719,9
10 People's Republic of China 600,0
11 Spain 493,3
12 Republic of China (Taiwan) 423,3
13 Portugal 407,5
14 Russia 386,6
15 India 357,7
16 Venezuela 357,4
17 United Kingdom 311,3
18 Austria 307,5
19 Lebanon 286,8
20 Belgium 227,7
Et sur wikipédia :
Aujourd'hui, la plus grande réserve d'or mondiale se trouve aux États-Unis, il s'agit de la réserve fédérale de New York, pourtant moins célèbre que celle de Fort Knox, dans le Kentucky.
De
12H38 | 14/08/2007 |
l'or n'a plus grand chose à voir la dedans. Nous sommes au temps de l'argent electronique.
De
15H53 | 14/08/2007 |
L'or ne joue plus aucun role monétaire depuis 1924
De
16H55 | 14/08/2007 |
Depuis 1974 vous voulez dire
De
20H47 | 14/08/2007 |
Détrompez vous, lorsque la bourse se plante, tous les cours se tournent vers « la vieille économie », l'or en cours à pris +/- 500 % de valeurs depuis l'explosion de la bulle internet 2001 où on relèguait les « anciennes valeurs » à la poubelle. Vous serez peut-être étonné dans ce cadre que si une banque n'a pas de cash en fond pour ses crédits, elle risque tout bonnement de plonger --> confer crise de 1929 … De plus pendant longtemps le dollar était rataché à la valeur de l'or.
De C. Creseveur
scénariste | 22H38 | 15/08/2007 |
Non. L'or joue un rôle moins important depuis les accords de Bretton woods en 1944, lorsqu'on a choisi d'abandonner l'étalon or pour l'étalon dollar (ce à quoi s'opposait vivement le général de Gaulle, qui pour une fois avait raison : depuis nous ne faisons que soutenir l'économie américaine qui vit à crédit sur le dos de la planète).
Pour autant il continue de jouer un rôle important de valeur refuge, et la valeur des monnaies reste en partie gagée sur les réserves en or de chaque pays, et sur les réserves en devises.