01/08/2011 à 07h50

Obama annonce un accord sur le « plafond de la dette américaine »

Pascal Riché | Redchef Rue89


Barack Obama, après un point presse sur le plafond de la dette, à la Maison Blanche, le 31 juillet 2011 (Jonathan Ernst/Reuters)

Après des semaines de tractations, Barack Obama a annoncé tard dimanche soir que les chefs des partis républicain et démocrate avaient trouvé un accord sur le relèvement du plafond de la dette américaine. L’accord permet ainsi, s’il est adopté par le Congrès, d’empêcher l’administration américaine d’être confrontée à un défaut de paiement. (De nos archives, article publié le 14 juillet.)

A s’en tenir à sa seule ampleur, la dette américaine aurait de quoi affoler 42 fois plus les marchés que la dette grecque :

  • Etats-Unis : 14 000 milliards de dollars de dette (100% du PIB),

  • Grèce : 330 milliards de dette (120% du PIB)

Mais personne, sur la planète finance, ne considère encore les Etats-Unis comme étant dans une situation critique. Si les Etats-Unis connaissent une difficulté, ce n’est pas parce que les créanciers refusent de lui prêter de l’argent. C’est parce que le Congrès et la Maison-Blanche se chamaillent. L’affaire du « plafond de la dette » est avant tout politique (et un peu théâtrale).

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Qu’appelle-t-on le plafond de la dette ?

Pour financer la différence entre ses recettes et ses dépenses, les Etats émettent des titres de dettes (des obligations, ou Bons du Trésor). C’est le cas de l’administration fédérale américaine, dont l’endettement continue de croitre sans arrêt depuis des années. Les Américains adorent fabriquer des petits compteurs vertigineux pour le figurer :

National Debt Clock

Si aucune décision n’est prise, cet endettement atteindra le 2 août la limite autorisée par les parlementaires américains, ce fameux « plafond de la dette », au-delà duquel l’Etat fédéral n’a plus le droit d’émettre des obligations. Pour relever ce plafond, un accord est nécessaire entre le président (démocrate) Barack Obama et la majorité (républicaine) du Congrès. Mais ceux-ci s’étripent jusque-là sans résultat, entre éclats de voix et claquements de porte. Histoire d’agrémenter un peu l’ambiance, l’agence de notation Moody’s vient de menacer de dégrader la note des titres d’endettement des Etats-Unis, comme s’il s’agissait d’un vulgaire pays latino-américain (ou européen).

Ce plafond global est fixé, depuis 1917, par le Congrès (auparavant, ce dernier donnait des autorisations au coup par coup).

Il est fixé depuis février 2010 à 14 294 000 milliards de dollars. Il a en réalité déjà été atteint le 16 mai, mais le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, a gagné du temps en cessant provisoirement d’alimenter certaines réserves prévues pour les retraites de fonctionnaires fédéraux.

Ces mesures ont permis de reporter au 2 août le moment fatidique. Geithner a promis que ces réserves recommenceraient à être abondées normalement une fois qu’un accord sur le relèvement du plafond serait trouvé. (Cliquez le graphique concocté par les-crises.fr pour l’agrandir)



La dette américaine. Source : les-crises.fr

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Que se passe-t-il le 2 août, faute d’accord ?

On n’en est pas encore là : les Etats-Unis jouent surtout à se faire peur, et l’accord annoncé dimanche soir par Barack Obama, qui doit encore passer l’écueil du vote au Sénat à majorité républicaine, montre que le couperet du 2 août devrait être évité. Mais jouons donc nous aussi à avoir peur avec les Américains.

Si cela devait arriver, le gouvernement fédéral perdrait alors le droit d’emprunter. Et s’il ne veut pas être en situation de défaut de paiement vis-à-vis de ses créanciers, il devra réagir :

  • Soit en levant en urgence un impôt ou en réduisant certaines dépenses publiques ;

  • Soit en reportant le paiement de factures, voire de salaires.

Dans l’un ou l’autre cas, l’économie plongerait : l’austérité brutale n’a jamais été l’amie de la croissance. La crédibilité des Etats-Unis souffrirait également sur les marchés financiers, rendant le financement de l’économie plus difficile. Même s’il cessait de payer les intérêts de sa dette, le gouvernement devrait encore trouver 120 milliards par mois pour que les recettes fiscales couvrent les dépenses fédérales.

En résumé : ce serait une cata.

Bref, personne n’envisage encore vraiment sérieusement un tel scénario noir. Et encore moins un défaut de paiement vis à vis des créanciers du gouvernement américain – les détenteurs de bons du Trésor. La note accordée par Moody’s à la dette américaine est encore la meilleure du marché : AAA. Autrement dit : le risque d’un défaut de paiement est considéré comme quasi-nul. Le communiqué de Moody’s n’est qu’un petit coup de semonce, pour presser le Congrès de trouver un accord avec la Maison-Blanche.

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Que négocient le Congrès et la Maison-Blanche ?

La Chambre des représentants refuse de modifier le niveau du plafond de la dette tant que l’administration Obama ne se sera pas engagée sur des réductions de dépenses publiques.

Le débat est avant tout un show politique. En réalité, les augmentations de dépenses ou baisses d’impôts qui expliquent que les Etats-Unis atteignent aujourd’hui leur plafond de la dette ont toutes été autorisées par le même Congrès qui aujourd’hui s’indigne des dérapages de la dette.

L’ampleur du relèvement est également enjeu d’une négociation. Ceux qui profitent politiquement d’un tel débat sur les dépenses publiques (la plupart du temps : les républicains, qui rêvent de faire maigrir l’Etat fédéral) ont intérêt à ne pas accepter un relèvement du plafond trop important. Ainsi pourront-ils dans quelques années retrouver leur toge de vertu budgétaire, s’y draper, et dénoncer de nouveau l’impéritie fédérale.

Tout cela relève donc d’un petit théâtre assez rodé. Depuis 1962, le plafond a été relevé 74 fois. Depuis 2001, dix fois ! Lorsque la majorité à la Chambre des représentants est du même bord que le président, cela se passe évidemment bien mieux. Cette fois ci, à un an et demi de l’élection présidentielle, le relèvement du plafond a lieu dans une ambiance plus hystérique. Mais, à moins que les élus américains ne soient devenus complètement fous, il aura bien lieu.

Article initialement publié le 14 juillet 2011.

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  • GrandeEcoute
    GrandeEcoute
    Etudiant
    • Posté à 11h16 le 14/07/2011
    • Internaute 53986
      Etudiant

    « Tout cela relève donc d’un petit théâtre assez rodé. Depuis 1962, le plafond a été relevé 74 fois. Depuis 2001, dix fois ! »

    Sauf que cette fois-ci la dette représente 100 % du PIB américain, ce qui est totalement différent des derniers relevés du plafond de la dette

  • lapinenslip
    lapinenslip
    en montagne
    • Posté à 11h26 le 14/07/2011
    • Internaute 121980
      en montagne

    Super.

    Apparemment ca ne gêne personne : si les US relèvent le plafond de la dette (et donc créent plus de dette), la note AAA sur la dette est maintenue par Moody’s.

    Le risque de défaut serait donc moindre avec plus de dette.

    Relisez juste cette phrase plusieurs fois pour bien en apprécier l’absurdité.

  • GeraldH
    GeraldH
    Photojournaliste
    • Posté à 12h05 le 14/07/2011
    • Journaliste 115798
      Photojournaliste

    Pascal vous dites « Le débat est avant tout un show politique », certes... mais il l’est moins de la part des républicain modéré que de la part des nouveaux Congressmen fraîchement élus avec le soutien du mouvement « Tea party ». De Michele Bachman a Pawlenti ils ont tous mené ces dernières semaines une bataille quasi-idéologique anti debt ceiling. Cette frange extrême a très embarrassé John Boehner et son collègue du Senat Mitch McConnell qui ont très vite voulu limiter la casse politique en montrant des signes de bonne volonté vis-a-vis d’Obama.
    Le plan Ryan a été un exemple marquant de l’extrémisme budgétaire de cette nouvelle vague républicaine, mais pas seulement, les déclarations de Bachman ces dernières semaines ont toutes marqué l’inflexibilité déraisonnable de ce mouvement.

    Ce qui a été donc un petit spectacle bien rodé, ne l’est plus vraiment a cause de la frange extrême du GOP. Si effectivement McConnell a déclaré que les Républicains laisserait le champs libre a Obama en lui donnant le pouvoir de passer le vote au Senat, il va falloir encore passer la Chambre. La ou la majorité des Tea partyistes se trouvent. Le résultat de cette petite manœuvre va très vite se faire sentir, les Républicain « tradi » vont être vu comme des traîtres aux yeux des fondamentaux. Mitt Romney dans la campagne va s’effondrer un peu plus au profit de Bachman qui elle, n’aura pas joué le jeu politique (même si c’est une irresponsable notoire). Ce qui semble être donc un signe de bonne volonté Républicain, est en fait une catastrophe stratégique pour le GOP en vue des élections 2012.

    Autre point, c’est moins l’ampleur du relèvement qui est discuté par les Républicains que les coupes fiscales a l’endroit des business owners. Les taxes sont un enjeu majeur pour les élections de 2012 et constitueront un argument contre les démocrates. Pour le reste McConnell n’a proposé qu’une solution court terme pour sortir de la crise, un court terme rejeté par Obama qui espère un redémarrage de l’économie début 2012, et le voit comme un argument électoral fort pour novembre.

  • Caramiel
    Caramiel répond à duanra33
    (être humain)
    • Posté à 16h35 le 14/07/2011
    • Internaute 87270
      (être humain)

    Ce n’est pas souhaitable pour tout le monde.

    La création monétaire repose sur le principe de la dette. De l’argent est créé ex-nihilo par quelques organisemes bancaire autorisés. Celui-ci est revendu aux banques, qui le revendent aux particuliers et aux entreprises. Ce sont ainsi des crédits qui créés des débits et non l’inverse (l’argent sur mon petit compte épargne ne permet pas de faire l’énorme crédit immo de ma voisine) => Lienéation_monétaire

    Aussi, le principe d’effet multiplicateur du crédit explique comment un crédit peut générer une masse monétaire dix fois supérieure => Lienédit

    Ainsi, si tout le monde rembourse ses crédits, il y a dé-inflation (l’inverse du multiplicateur de crédit) et destruction monétaire de l’argent créé par le crédit initial.

    Le volume monétaire existant chute alors vertigineusement pour redevenir la réelle contrepartie de la monnaie en circulation qui permet les échanges économiques.

    Mais moins il y a d’argent et plus il vaut cher, et c’est la déflation. A priori rien de si terrible par rapport à une inflation, dont c’est l’inverse. Mais comme le monde financier ne repose que sur des ponctions sur le volume d’argent échangé dans le monde, leurs bénéfices s’écroulent alors proportionnellement de la diminution de la masse monétaire en circulation (le monde financier ne créer aucun produit ni aucun service, seulement de l’argent).

    L’endettement et la croissance à l’infini, exponentiellement.

  • joisey_boy
    joisey_boy
    expat
    • Posté à 17h31 le 14/07/2011
    • Internaute 99008
      expat

    Le problème, c’est le Tea Party.

    Ils n’accepteront une hausse du plafond de la dette qu’à la condition d’avoir des réductions monstrueuses des dépenses gouvernementales (principalement les programmes sociaux) pour lutter contre le déficit.

    Tous les experts s’accordent à dire qu’il est impossible de lutter contre le déficit uniquement avec des réductions des dépenses gouvernementales, mais qu’il est nécessaire d’augmenter aussi les revenus, c’est-à-dire certains impôts.

    Obama et le parti démocrate sont prêts à accepter des réductions douloureuses (et malheureusement inévitables) mais à condition de taxer les très grosses fortunes et les compagnies pétrolières (entre autres), ce que le Tea Party rejette avec véhémence en accusant Obama de « socialisme » (un mot qui, soit dit en passant, déclenche aux États-Unis les mêmes réactions quasi hystériques que le mot « capitalisme » en France).

    Or, il se trouve que le Tea Party a une emprise phénoménale sur les républicains traditionnels qui sont morts de frousse à la pensée de les offenser et qui, en conséquence, dérivent de plus en plus vers l’extrême droite… même à leur corps défendant (voir la gamelle que vient de se ramasser John Boehner, le leader de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, quand il a osé suggérer un compromis).

    Voilà ce qui se passe quand des démagos qui fonctionnent à l’idéologie et à l’émotion prennent en otage l’ensemble d’un pays.