27/03/2010 à 10h30

Pourquoi l'éléphant est protégé mais pas le thon rouge

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

La conférence sur le commerce des espèces menacées s’est achevée cette semaine. Les requins devront se protéger seuls.



Des éléphants dans un parc national d’Afrique du Sud (Siphiwe Sibeko/Reuters)

Douze jours de pourparlers pour une grosse déception. La Convention sur le commerce des espèces menacées (Cites), dont les 175 pays membres se sont réunis jusqu’à jeudi 25 mars, à Doha, au Qatar, apparaît comme un nouveau fiasco diplomatico-environnemental.

Comment fonctionne le classement de la Cites ?

La Cites décide quelles espèces sont en danger. Depuis 1975, cette convention rassemble l’essentiel des pays du monde, unis dans le but de :

« Veiller à ce que le commerce international des spécimens d’animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent ».

Elle a, au fur et à mesure de ces réunions, classé 5 000 espèces animales et 28 000 espèces végétales. Ses ennemis ? Tous ceux dont qui veulent s’enrichir sur le dos de la nature. On trouve ainsi, en vente libre dans une boutique parisienne, un ours blanc empaillé, affiché à 65 000 euros, alors même que la survie de ces bêtes est menacée.

La législation adoptée par la Cites se doit d’être contraignante pour les Etats qui décident de l’appliquer et doit traduire les décisions internationales.

Selon le danger estimé sur l’espèce, la Cites classe en deux grandes catégories :

  • l’annexe I interdit le commerce des « espèces menacées d’extinction » : « Le commerce de leurs spécimens n’est autorisé que dans des conditions exceptionnelles » ;
  • l’annexe II : concerne les espèces « dont le commerce des spécimens doit être réglementé pour éviter une exploitation incompatible avec leur survie ».

Plus anecdotique, l’annexe III comprend « toutes les espèces protégées dans un pays qui a demandé aux autres parties à la Cites leur assistance pour en contrôler le commerce ».

Il y a tellement d’espèces à surveiller que certaines ont été oubliées, et la conférence de Doha a aussi servi à « toiletter » ses listes : un canard, « anas oustaleti », qui n’existe plus ni à l’état sauvage, ni en captivité, a par exemple été retiré.

Au menu : thon, requin, ours, éléphant…

Thon rouge : enterré par la Libye

Rue89 avait raconté comment un petit pays, gros pêcheur, la Libye, avait forcé le cours des choses, réussissant, grâce à une astuce de procédure, à clore précipitamment les débats.

Les requins retoqués

Le commerce du requin-taupe a failli être réglementé lorsque, par un coup de théâtre qui ressemble à ce qui s’est passé sur le thon rouge, Singapour a fait valoir une erreur technique lors du vote. Alors que son inscription en annexe II avait été approuvée à une voix près, le refus l’a emporté de trois voix lors du second vote, après un sérieux lobbying. Les Japonais pourront continuer à se régaler de leurs ailerons.

Requin marteau, requin océanique et aiguillat commun (saumonette) sont également passés entre les mailles des filets.

Le corail fera toujours de beaux bijoux

Les coraux rouges et roses font de beaux bijoux et font vivre du monde en Italie, en Asie et au Maghreb notamment, alors que « corallium » soit menacé par la pêche moderne et la surexploitation, finalement, peu importe : leur inscription en annexe II a été rejetée.

« La Tunisie a avancé que 5 000 emplois seraient menacés, alors qu’il ne s’agissait pas d’interdiction du commerce, mais de régulation », fait valoir l’association Robin des bois.

On peut continuer à vendre la peau de l’ours polaire

La mascotte de la lutte contre le changement climatique restera autorisée car la menace qui pèse sur l’espèce reste « insignifiante comparée à la fonte de la banquise », ont conclu les délégués.

Qu’il n’en reste que 20 000 à 25 000 et que sa population ait diminué de 30% en 45 ans n’a pas refroidi ceux qui s’intéressent à sa peau, notamment les Inuits. Il faut dire que la division des ONG n’a pas aidé ; certaines, comme le WWF ou le World conservation trust, considéraient que la proposition de protection émanant des Etats-Unis était plus « émotionnelle » que scientifiquement fondée.

Les éléphants s’en sortent bien

Pour les éléphants, dont le commerce est déjà interdit, « ça s’est bien passé », résume un associatif. La Zambie et la Tanzanie avaient tenté de rendre possible leur commerce, mais une coalition de pays africains a résisté. L’importance du braconnage et l’absence de contrôle dans certaines régions ont fait pencher la décision.

Pour le reste, on notera que les tigres pourront continuer à rugir sous la protection de la Cites et que le bois de rose, et surtout son huile essentielle utilisée en parfumerie, seront surveillés.

La faute à qui ?

L’envoyée spéciale du Monde rapporte que le chef de la délégation japonaise a de quoi être « heureux » car il a sauvé les goûts de ses consommateurs. Surtout, certains pays n’avaient pas lésiné sur les moyens : « Ils étaient trente, nous étions trois », raconte le chef de la délégation monégasque.

Jacky Bonnemains, président de Robin des bois explique :

« Il faut bien comprendre qu’il y a trois trois blocs : les Etats-membres représentés par ministères de l’Environnement, les ONG de protection de l’environnement (outre les Greenpeace et autres WWF, chez les franco-françaises ont ne comptait que la fondation Brigitte Bardot et nous-mêmes) et les autres associations qui représentent les commerçants. J’en conclus qu’il faudra que nous soyons aussi actifs qu’eux la prochaine fois ; »

Si on a tendance à mettre beaucoup sur le dos du Japon, « il ne faut pas en faire le diable », précise Jacky Bonnemains, car :

« Il y a aussi du protectionnisme chez des pays européens ou chez certains qui veulent adhérer à l’UE, comme l’Islande, et un axe des pays méditerranéens, avec la Libye, la Tunisie, le Maroc, et dans le Pacifique Singapour, l’Indonésie, qui freinent des quatre fers pour que des espèces soient protégées. »

Les associations se désolent un peu tard de leur impuissance, à l’image du Pew environment group, dont la représentante Sue Lieberman lance :

’’C’est un triste, triste jour pour la conservation. La Cites était un traité qui réfrénait le commerce au nom de la conservation. Aujourd’hui, on restreint la conservation au profit du commerce’. »

Le président de Robin des bois appelle de son côté à une remise en question :

« Nous, ONG, avons un gros travail de pédagogie et de diplomatie à faire pour parler avec tous ces gens qui exploitent les ressources marines notamment. Il faudra changer nos méthodes. »

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  • Dissonance
    Dissonance
    met le doigt où ça fait mal.
    • Posté à 10h45 le 27/03/2010
    • Internaute 70089
      met le doigt où ça fait mal.

    Réponse « plausible » à la question posée par le titre :

    Parce que, outre le commerce généré par son ivoire, l’éléphant peut encore servir au titre d’attraction touristique. Le thon rouge nettement moins.

    Évidemment cette réponse ne vaut que pour les deux espèces citées, car on pourrait faire valoir que le corail rouge ou l’ours polaire puissent aussi constituer une ressource touristique, sauf que ça ne les sauve pas pour autant.

    Remarque : Pas de lobbying efficace de la Zambie et de la Tanzanie ? C’est étonnant, si si...

  • Karg se
    Karg se
    Ingénieur agronome vendu à une (...)
    • Posté à 12h34 le 27/03/2010
    • Internaute 9172
      Ingénieur agronome vendu à une (...)

    Un point très important n’est pas abordé, et en tant qu’halieut je me dois de le souligner : le CITES parle de danger d’extinction, hors même si les stocks de thons rouges sont très faibles, la mise en danger d’extinction de ces espèces n’est pas évidente et n’est pas prouvé.

    Leur dynamique de population est rapide, elle est sans commune mesure avec celle d’animaux terrestre comme l’éléphant. Le temps de doublement de population est dépasse la décennie pour l’éléphant, contre environ 5 ans pour le thon rouge. Malgré la pression sur les géniteurs, le grand nombre d’œufs produit par ces poissons permet, si les conditions climatiques sont bonnes, d’avoir des retour de population rapide. On peut considérer que le recrutement (=jeune de 1 ans) dépend plus de la météo que du stock de géniteur. Ce qui n’est pas cas le cas de l’éléphant, qui ne produit qu’un petit tout les 3-4 ans.

    Pêcher l’intégralité de ces poissons est impossible compte tenu de l’absence de goulet d’étranglement (zone de reproduction précise, passage obligé de migration). Ce fut facile de quasiment éradiquer l’esturgeon européen ou le saumon atlantique, sa migration l’oblige à traverser des estuaires très riche en pêcheurs. Dans le cas d’un animal terrestre, c’est très facile, surtout quand il est de grande taille.

    Autre exemple de la morue à Terre Neuve permet d’illustrer mon propos : la morue n’a pas disparu, mais sa population a atteint un niveau trop faible pour une exploitation commerciales.

    Dernier point leur environnement n’est pas directement menacé, même si il peut être dégradé, la où la disparition de la forêt vierge condamne à moyen terme l’orang-outan, le thon rouge de méditerranée est dans cette situation, il n’est pas menacé en temps qu’espèce, mais en temps que stock halieutique exploitable.

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  • la.palourde-
    la.palourde-
    plongeur en apnée professionnel (...)
    • Posté à 18h01 le 27/03/2010
    • Internaute 91039
      plongeur en apnée professionnel (...)

    ben pour connaître un peu le sujet, je vous donnerais un exemple : Je connais personnellement plusieurs marins pêcheurs qui travaillent sur les thoniers à Sète. La campagne dure environ 3 mois, le mode de paiement est basé sur la part (le CA du bateau est divisé en plusieurs parts qui sont réparties en fonction de la qualification et du rôle du marin à bord. Pour exemple, un cuisto a 1/2 part car il ne fait que la tambouille. Un plongeur à bord, lui, a 1,5 part car il plonge pour compter les prises et estimer le poids de celles-ci. Le patron a 2 parts, le bateau 1 ou 2 parts etc...) donc plus le bateau pêche, plus l’équipage gagne de l’argent. Cet argent est bien dépensé quelque part non ? L’état qui s’indigne et cri à la disparition du thon n’en palpe pas moins les dividendes par les autres taxes, dépenses et autres de ces marins. Il faut savoir qu’il y a 3 ou 4 ans, selon le bateau sur lequel travaillait un plongeur, la part pour 3 mois de travail s’élevait à 100.000€. Et oui les enfants, l’argent que génère ce poisson est fabuleux, cet argent est réinvesti dans l’économie locale, régionale et nationale et cela, l’état le sait bien. Interdiction du thon ? Venez à Sète voir la taille des thoniers, vous comprendrez les enjeux.

  • MamaPacha
    • Posté à 19h24 le 27/03/2010
    • Internaute 109998

    Le problème est moins de les protéger que de comprendre et d’agir sur le pourquoi les animaux sont en danger ...

    L’article parle des inuits qui mettent des peaux d’ours ... c’est pas d’aujourd’hui et le pb ne vient pas des inuits mais des glaces qui fondent. Nous sommes d’accord. Peut être faudrait il les mettre en relation avec un fabriquant chinois de fausse peau d’ours ...

    Je déconne ... toutes ces informations sont tellement débiles qu’on n’a pas grand chose d’intelligent à vous mettre sous la dent ...

    Arrêter de manger de la viande, où les animaux qui y sont élevés n’ont rien à envier aux camps de la morts ...

    La seule chose que je puisse dire c’est que plus je m’intéresse à l’ethologie plus je prefère les bêtes à l’homme ...

     ; -)

  • Madiran
    Madiran
    (Business Analyst)
    • Posté à 09h12 le 28/03/2010
    • Internaute 16911
      (Business Analyst)

    Tout cela est de la sensiblerie... Dommage pour la planète !

    C’est à l’image d’Arthus Bertrand ou Hulot... On dépense des heures d’hélicoptère, pour faire pleurer dans les chaumières avec les jolies couleurs d’un film sur la planète !

    En effet nous avons envoyé il y peu des écologistes à l’assemblée de Strasbourg... Ils en sont revenus avec une autorisation pour les OGM..... ! !

    Où donc se trouve l’écologie dans tout cela ?

    Qui se préoccupe de la planète ?

    Les représentants que sont Dufflot et Cohn Bendit ne pouvaient-ils pas faire une communication sur l’arrivée des OGM ?

    Rien ne fut fait... Ni à Strasbourg, ni par les verts ou par europe-Ecologie... Sinon...après ! !