18/02/2010 à 19h20

Quick sert du tout halal, c'est de la discrimination ?

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Des hamburgers (Meganjo/Flickr)

Le maire de Roubaix aura du mal à prouver que Quick discrimine les non-musulmans de sa ville en testant le halal et en supprimant du coup le porc de sa carte. C'est ce qu'indique le service juridique de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations), que l'élu socialiste s'apprête à saisir.

Un expert de cette institution nous explique que la discrimination est « très strictement définie dans la loi » :

« C'est le code pénal qui s'applique, articles 225-1 et 2 : il faut caractériser le refus d'accès à un bien ou un service pour une clientèle déterminée ou que cet accès soit subordonné à une condition. Là, le fait de proposer un produit halal n'est pas un refus. »

Et d'ajouter que « juridiquement, on ne peut obliger un restaurant à servir une certaine carte ».

Un point de vue qui rejoint exactement celui défendu par le mouvement patronal Ethic (Entreprises de taille humaine indépendantes et de croissance), dont Quick est justement membre. Un porte-parole explique défendre « la liberté d'entreprendre et les choix marketing d'une marque généraliste qui peut avoir des positionnements de niche ».

« Aucune obligation d'universalité »

L'avocat du maire de Roubaix annonce avoir déposé plainte auprès du procureur de Lille ce jeudi pour « discrimination » estimant que :

« On a une offre halal exclusive, le choix n'est pas permis. Le consommateur [...] est subordonné à la fourniture de son hamburger sur l'appartenance ou la non-appartenance religieuse. [...] Quand je me présente moi, consommateur, chez Quick, lorsque je vais à Roubaix je fais l'objet d'une discrimination à raison de mon appartenance vraie ou supposée à la communauté musulmane. »

Mais pour Agnès Tricoire, avocate et membre de la direction de la Ligue des droits de l'homme, juridiquement, cela ne tiendra pas :

« Si Quick discrimine les non-musulmans, alors il faudrait aussi interdire les restaurants casher ou végétariens. Les restaurants n'ont aucune obligation d'universalité, quand bien même ils décideraient de rendre tous leurs restaurants halal. Et il n'est interdit à personne de manger halal. »

L'argument, avancé par certains riverains dans les commentaires sous notre précédent article, que Quick appartient à l'État et se doit donc d'être laïc, ne change rien : si la chaîne de fast food est détenue à 94% par des fonds gérés par Qualium Investissement, nouveau nom de CDC Capital Investissement, filiale de la Caisse des Dépôts, bras financier de l'État, cela n'en fait pas un service public.

« Stop au Quick halal », clame un édito

Quand on entend nombre d'élus de la majorité, de Jacques Myard à Bruno Le Maire en passant par Luc Chatel ou Xavier Bertrand, dénoncer la « dérive communautariste », on ne peut que constater qu'ils réagissent tardivement à un test démarré le 30 novembre, et supposer que c'est à l'inspiration de Marine Le Pen qui a lancé la polémique dimanche.

Il est un peu étonnant de voir des journalistes les rejoindre dans ce combat en mêlant tous les sujets. Ainsi, le rédacteur en chef de L'Express, Christophe Barbier, signe ce jeudi un édito-vidéo intitulé « Stop au Quick halal » qui résonne un peu comme un « stop aux musulmans » :

« Après la burqa et les minarets, à chaque fois c'est la même chose. [...] La République laïque doit imposer sa loi à ceux qui tentent d'en imposer une autre, assez souvent intégriste. »

D'autres comme Claude Weill du Nouvel Observateur font valoir que « la désignation d'un “péril communautariste” cache un “prétendu péril arabo-musulman”. »

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  • Innsa1
    • Posté à 19h32 le 18/02/2010

    Je vais attaquer les restaurants végétariens qui discriminent les mangeurs de viande (tres large majorité de la population française). Ha non je peux pas : Je suis pas dans l'obligation d'aller dans ces restos. J'ai le choix d'aller ailleurs, de boycotter les restos végétariens.
    Si le maire arrive a ses fins, chacun pourra attaquer les enseignes spécialisées dans un domaine. Je commencerais par attaquer les magasins « grande taille » ou je ne peux pas m'habiller parce que trop maigre.

  • Daniel Zéro-
    • Posté à 19h51 le 18/02/2010

    Personnellement, je suis pour l'affichage de l'origine de l'abattage de la viande à tous les stades de la distribution (y compris dans les restaurants).

    Ainsi j'éviterai celles qui se revendiquent casher ou hallal.

  • alakauf
    alakauf
    informaticien
    • Posté à 19h56 le 18/02/2010
    • Internaute
      informaticien

    Petite question. Quand les fast-foods sont venus des USA pour nous envahir, ils ont adapté leur recette originale ( ? ? ? ) au goût français. Pour rappel, pour ne pas l'avoir fait à temps KFC a fermé ses restaurants en France pendant plusieurs années.

    Pourtant à cette époque personne n'a parlé de discrimination. Pour tout le monde c'était uniquement une stratégie commerciale adaptée au contexte français. Alors pourquoi quand on applique une stratégie commerciale liée au contexte local cela fait hurler ? Quick doit-il jeter 50% de ses produits parce que la présence de porc en réduit le nombre de ventes ?

    Pourquoi personne ne hurle contre le fait que les kebabs ne contiennent pas de porc ? Pourtant ce sont des « restaurants halal ». Pourquoi personne ne râle contre l'absence de porc dans les plateaux de fruits de mer ?

    Un peu plus de logique, et un peu moins d'intolérance raciste serait le bienvenu, dans le domaine de la restauration comme dans les autres.

  • jma14
    • Posté à 19h58 le 18/02/2010
    • Internaute

    L'avocate agnès Tricoire oublie un petit détail c'est que les restos cahers et végétariens sont des restaurants de destination.

    Le problème de quick c'est que l'on y va pour acheter de la viande « laique », sans conotation religieuse.
    Toute le différence est là.

    Quick doit proposer les deux. Enfin le mieux c'est qu'en même de ne pas en proposer. Le communautarisme est l'anti-thèse de la république.

  • ddh75
    ddh75
    salarié
    • Posté à 23h45 le 18/02/2010
    • Internaute
      salarié

    Lu sur un blog : Lien

    Ce n'est pas un restaurant de spécialité d'une culture ou d'une communauté (comme un resto chinois, indien, marocain,…), ni une chaine strictement hallal comme il en existe déjà. Quick, comme McDo et d'autres, quand un client y va c'est pour manger rapide, mais il attend du choix et les mêmes menus partout. Surtout, comment trouver normal que certains Quick vendent des trucs au bacon et d'autres non, sous prétexte qu'ils seraient ou on dans « un quartier musulman » ?

    Si on peut tolérer ou comprendre (on y reviendra) qu'on puisse offrir le choix aux musulmans d'avoir de la viande hallal, comment tolérer qu'on interdise aux non-musulmans de manger du porc ? Quick (et les gens comme Weill) dit « les clients peuvent trouver l'offre bacon ailleurs » ; certes, mais qu'entend-on quand on dit à un musulman qui ne trouve pas d'hallal : « va voir plus loin, il y en a » ? « Bouh, les intolérants, les musulmans doivent avoir le choix de manger hallal, où qu'ils soient, sinon c'est de la discrimination ! »

    Etendons la logique : si on trouve ça normal chez Quick, pourquoi ne pas l'accepter d'une grande chaine de supermarchés ? Après tout, avec cette mentalité, un Carrefour Market dans « un quartier musulman » ce serait normal qu'il ne vende plus de porc ni d'alcool, non ? Mais quid des non-musulmans pour qui c'est le seul supermarché du coin, et qui veulent continuer à manger du porc et à boire de l'alcool ? « Bah, prenez votre voiture, ou déménagez, intolérants islamophobes ! » Et après on s'étonne que l'islamophobie ait le vent en poupe…

    Des propos très sensés, et au delà de l'aspect purement légal de l'affaire, cet article souligne les risques de créer un précédent et les dérives qui peuvent s'installer.

  • karakul
    • Posté à 05h31 le 19/02/2010
    • Internaute
      -

    En Chine, où j'habite, on trouve des comptoirs de nourriture « musulmane » dans un très grand nombre de cantines d'entreprises, et ça ne choque absolument personne. On ne peut pourtant pas dire que le Parti communiste chinois encourage la pratique des religions, mais il y a ici apparemment un minimum de respect pour les rites et les coutumes.

    Manger hallal, je ne vois pas ce que ça a d'« intégriste », il faut arrêter de délirer. Moi même je mange souvent ici de la nourriture musulmane, à la cantine ou au restaurant. Comme je mangerais autre chose, d'ailleurs.

    La France semble spécialisée dans les combats d'arrière-garde...

  • Busta.Robert
    • Posté à 07h02 le 19/02/2010

    Comme le chante Zone d'Expression Populaire - ZEP :
    « ici ils veulent l'intégration par la Rolex et le jambon »